[Chronique] Ne m’oublie pas de Victoria Stevens, se reconstruire en Australie ou partir ?

Publié aux éditions Hugo New Way – 11 janvier 2018 – 381 pages
Traducttion: Maud Desurvire
Merci à Hugo New Way pour cette lecture

 

« Je me souviens que tu avais toujours raison, même quand je voulais à tout prix que tu aies tort. 
Je me souviens des gâteaux que tu cuisinais quand j’étais triste, et des histoires qu’on lisait ensemble auprès du feu. Je me souviens que tu affirmais que même quelque chose d’aussi petit qu’un flocon de neige pouvait changer le monde. Tu me manques maman, mais je me souviens de tout… »

À la mort de sa mère, Hazel est envoyée en Australie chez un homme qu’elle connaît à peine, laissant derrière elle tout ce qu’elle a toujours aimé. Mais le soleil, la mer et le sable blond sont bien trop futiles pour consoler sa peine. Jusqu’au jour où elle rencontre Red et Luca, des frères jumeaux qui vivent dans la maison d’à côté. Elle commence à réaliser qu’elle passe sans doute à côté de sa vie. Alors qu’elle tente de se reconstruire peu à peu, elle va comprendre qu’elle n’est pas la seule à lutter contre ses fantômes. Mais peut-elle accepter si facilement qu’un coeur brisé peut parfois guérir ?

La première chose que je souhaite faire avant de me lancer dans cette chronique, c’est balayer une crainte que j’ai eu moi aussi avant ma lecture : NON il n’y aura PAS de triangle amoureux. Ce livre s’en sort à merveille de ce côté-là et vous comprendrez très vite dans quelle direction l’auteure veut vous entraîner. Partez sans crainte, rien d’agaçant ou lassant de ce genre. J’ai remarqué en effet que nous étions assez nombreux à fuir les triangles amoureux. Pour ma part, je ne les fuis pas absolument, mais certains peuvent me faire moins apprécier ma lecture, je l’avoue. Ici, dans ce livre vraiment touchant et empli de sincérité, vous pouvez partir confiants et passer un très joli moment en Australie.

Ne m'oublie pas - BettieRose books

« La nuit, les cris étaient pires.
Peut-être à cause de leur façon de résonner dans l’appartement en rebondissant de mur en mur ;; peut-être parce qu’ils réveillaient Hazel en sursaut et qu’elle avait les yeux encore voilés de sommeil en remontant le couloir jusqu’au chevet de sa mère. […] Hazel savait la réconforter et étreindre son visage à deux mains jusqu’à ce qu’elle cesse de tortiller et s’apaise. […]
– Reste, implorait-elle. S’il te plait, ne me laisse pas.
Sa mère n’avait pas l’air de se rendre compte que ce n’était pas Hazel qui s’en allait. « 

C’est ainsi qu’Hazel se retrouver à l’autre bout de la planète, quittant l’Angleterre pour l’Australie, auprès d’un homme qu’elle n’a jamais connu, Graham, mais qui est son père. Encore mineure, Hazel doit vivre sous le toit de cet étranger, dans un pays qu’elle ne connait pas et se scolariser auprès de nouveaux élèves. Mais d’ici quelques mois, elle en est persuadée, elle rentrera en Angleterre, là où est sa vie. Ce qu’Hazel ignore encore c’est que son expérience sous le soleil australien ne sera pas aussi morne et sombre qu’elle ne le pense. Bien entendu, il lui faudra s’adapter, accepter cet homme qu’elle n’a pas envie d’aimer. Après tout, il ne s’est jamais soucié d’elle, avant. Et puis, Hazel va faire des rencontres qui vont changer le cours de sa vie. Notamment celle des jumeaux Reed et Luca. Elle va alors comprendre qu’elle n’est pas seule à se débattre avec une grande souffrance et des remords et les quelques mois qui vont s’écouler pourraient bien tout changer. Même si Hazel ne veut pas se détacher de l’Angleterre et de Maman à qui elle écrit des lettres jamais envoyées, jour après jour.

Soulignons d’ailleurs la beauté et la qualité du travail éditorial sur ces fameuses pages de lettres qui viennent rappeler la sublime couverture du roman. Hazel écrit pour se souvenir et transmettre ses souvenirs. Pour que rien ne soit jamais oublié. Hazel, équilibriste du temps, tente de le capturer, le retarder, le renverser, pourtant, le sablier de la vie ne cesse de s’écouler autour d’elle. Elle qui, finalement, n’a jamais vraiment pris part à cette vie, actrice passive dédiée à un rôle qu’elle n’aurait pas dû endosser. La présence de ses nouveaux amis, la douceur de son père, Hazel pourra alors, peut-être cheminer. À condition de penser à elle en premier et aussi de se poser les bonnes questions. Les jumeaux ont eux aussi leur souffrance et pas des moindres. Le secret sera conservé un petit moment, assez pour qu’Hazel décide que Luca n’est pas dans un état normal. Et c’est vrai, mais personne ne peut s’approcher de son mur d’indifférence et de souffrance.

Reed c’est la jolie rencontre sur la plage. Le gentil garçon, plutôt mignon, artiste et séduisant malgré lui. Pour Hazel, le coup de foudre amical est là, et l’histoire nous contera une sublime histoire d’amitié, de solidarité, de complémentarité. Car derrière le masque bohème de Reed, jeune garçon à l’aise dans ses pompes tant qu’il peut s’exercer à son art, se cache une souffrance acérée, liée à son jumeau, mais pas seulement. Le jumeau, Luca, est très différent de Reed. Il est agressif, taciturne, à vif, sur la défensive et fuit le moindre contact humain. Sa souffrance personne ne peut la comprendre. Personne n’a réussi. Alors il est devenu « le problème », le garçon à part. La famille est au bord de l’effondrement et rien ne semble pouvoir les tirer de ce mauvais pas. Nous voyons à quel point le mal-être d’un membre de l’unité familiale peut mettre en danger tout le reste. Chacun des parents, mais aussi Reed a sa technique d’évitement, de protection. Certaines sont dévastatrices, mais comment trouver l’apaisement pour le garçon? Hazel, malgré elle, va le trouver, lire en lui derrière le masque et l’aider à remonter, à se remettre en piste, à redevenir quelqu’un qu’il peut enfin respecter. De nombreuses scènes à cœur ouvert nous permettront de saisir toute la complexité de nos adolescents et la souffrance qui les entoure. Mais Hazel reste toujours évasive, alors que Luca finit par mettre les mots. Deux âmes brisées, une rencontre, un espoir.

La construction d’une relation avec un père qu’on n’a jamais connu est ici aussi sublime. Si Hazel ne compte pas s’y attacher, elle comprendra vite qu’elle ignore bien de choses de cette histoire et que son père est quelqu’un de bien, d’honnête et déterminé à tout faire pour qu’elle se sente enfin chez elle ici. Il se réjouit des amitiés liées au lycée, et d’ailleurs, quel duo d’énergumènes va-t-elle trouver ! Ses deux amis sont hilarants ! Du respect, de l’humour adolescent, des envies de grandir, de découvrir, d’aimer, mais l’instinct de se protéger. Des piliers pour la jeune Anglaise. Pour Hazel, des choix seront difficiles à faire, mais grâce à la sagesse de son père et sa bienveillance, elle pourra avancer sur les chemins de son existence. Même si l’avenir est flou, au moins sait-elle sur qui compter.

C’est donc une sublime histoire de deuil, par forcément celui d’une personne, mais de ce qui était, qui nous est contée ici sous les décors marins de l’Australie. La mer, élément phare du paysage nouveau d’Hazel, apporte les vagues d’émotions et de libération. Au bout du chemin, la lumière, l’espoir, l’amitié, l’amour. Des notions douces et fortes à la fois et les liens qui se tissent semblent alors aussi solides qu’un nœud marin. Des nombreuses touches d’humour viennent d’étendre l’atmosphère, mais c’est la véritable chaleur humaine qui nous bouleverse. Bien entendu la vérité sur la mère d’Hazel, même si elle peut nous apparaitre évidente viendra à être révélé et nous apportera son lot d’émotions. Hazel est une jeune femme formidable, attachante et ses amis tout autant. Une très très belle histoire que je ne peux que vous recommander, vous succomberez certainement pour les thèmes des lettres, de la mémoire et du premier amour.

Un excellent roman young adult aux thématiques précieuses. Les liens qui se créent entre les personnages sont touchants et authentiques. Si certains éléments sont bouleversants, nous ne retenons que la lumière qui est apportée ici à travers l’incitation à vivre sa vie pleinement et ne pas rester bloqués à cause de regrets, de remords. Le choix délicat d’une nouvelle existence en Australie et des décors qui nous font du bien. Superbe. Nous sommes au cœur même du roman réconfortant où l’action ne sera jamais la priorité.

J’ai dévoré ce roman et passé un excellent moment avec ! Le style est fluide, les réflexions pertinentes et le quotidien d’adolescents plutôt bien dépeint. Nous succomberons vite au charme des jumeaux, mais aussi à celui du père d’Hazel et des parents de Reed et Lucas, ainsi qu’aux amis terriblement drôles qui accompagnent Hazel. L’histoire raconte le parcours pour se sentir chez soi, ailleurs qu’on le pensait, et bien avec des personnes qui n’avaient pourtant jamais fait partie de nos options. Du rire aux larmes, les émotions sont belles et nous balaient telles les vagues australiennes.

 

 

 

30 réflexions sur “[Chronique] Ne m’oublie pas de Victoria Stevens, se reconstruire en Australie ou partir ?

  1. Serena dit :

    Coucou,
    Je ne connaissais pas ce roman mais j’aime assez la littérature jeunesse, ils font des choses sympa 🙂
    Et ce roman a l’air touchant et intéressant et sur des thèmes qui me parlent, du coup je prends note ! Et si le style est fluide c’est parfait – car ça laisse parfois à désirer en litté jeunesse à mon goût ahah^^
    Gros bisous à toi 🙂

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  2. Les lectures de la Diablotine dit :

    Il faut bien avouer que j’avais repéré ce livre la semaine dernière. La première de couverture est magnifique, le titre plein de promesse puis… Et puis j’attendais une chronique qui confirme que ce n’est pas que beau mais que c’est aussi bon. Le point positif est que c’est un one shot ! Que su positif pour ce titre décidément !

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  3. Satine's books dit :

    Tu parviens à susciter mon intérêt pour un sujet et un thème que je n’apprécie pas forcément à la base. Je pense tenter ma chance pour découvrir un univers que je ne connais pas forcément très bien. Merci 🙂

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  4. Nath dit :

    Ohlala je pense que c’est complètement le genre de livres que j’adore 😍 Il me faisait déjà de l’oeil à cause de son résumé mais là je pense que je vais carrément l’acheter !

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  5. Natieak dit :

    J’ai comme l’impression que mon commentaire ne s’est pas validé hier ! Je disais que le thème de ce livre était intéressant et pourra tout à fait plaire à des ados. Et même à un public plus large car visiblement il est très bien écrit !

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  6. Alice Neverland dit :

    J’ai failli le prendre ce roman, mais la thématique me fait peur. Du coup, je l’ai toujours dans ma WL, mais je n’arrive pas à passer le cap. Pourtant j’adore les New Way, on trouve souvent de très belles pépites ❤

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  7. Katouee dit :

    Tu as parfaitement répondu à ma crainte de lire encore sur un /$%$ » de triangle amoureux. Je trouve rarement les histoires bonnes quand il y a un triangle. Ça à le dont de m’agacer. MAIS ce livre-ci me tente bien ! Je suis donc contente qu’il n’y en ait pas 😀

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  8. louloutediary dit :

    Ce roman a l’air vraiment beau et riche en émotions. Et la couverture est superbe ! J’adore ! J’ai tellement de lire à découvrir que je me restreins au niveau de ma wishlist, mais j’espère pouvoir le découvrir un jour 🙂
    Elsa

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  9. Sarah_Croft dit :

    Ah merci pour la decouverte car je pense que c’est un livre que je pourrais totalement lire. La pauvre Hazel doit être totalement chanboulée avec ce changement de vie !

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