[Chronique] David Bowie n’est pas mort de Sonia David

Publié aux éditions Robert Laffont – 24 août 2017 – 180 pages
Lu en partenariat avec Netgalley et Robert Laffont , merci !

« Ma mère est morte. Mon père est mort. David Bowie est mort. Ce ne sont pas uniquement de mauvaises nouvelles. »

À un an d’intervalle, Anne, Hélène et Émilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi disparaît. Dans l’enfance d’Hélène, la « soeur du milieu », le chanteur a eu une importance toute particulière, dont le souvenir soudain ressurgit. Alors, elle commence à raconter… Sur les thèmes inépuisables de la force et de la complexité des liens familiaux, de la place de chaque enfant dans sa fratrie, voici un roman d’une déconcertante et magnifique sincérité.

Il m’aura fallu du temps pour vous parler de ce roman. Celui de l’assimiler et celui qui est nécessaire à lui accorder le meilleur possible. Car pour la « petite » histoire, David Bowie n’est pas mort restera dans la liste des ouvrages ayant marqué ma vie. C’est pour cette raison que j’en ai offert un exemplaire à ma mère, qui elle même en a offert un à sa sœur. Parce qu’aimer lire, c’est aussi partager, transmettre. Nos parents nous transmettent un héritage, nous le transmettons nous-mêmes à nos descendants, etc. Pour moi, la lecture c’est ça. En l’occurrence, j’ai offert l’opportunité à ma mère de lire un livre qui ne pourrait que lui plaire et lui parler. Car la thématique abordée par Sonia David est universelle, celle du deuil. Et que, si vous avez vécu ces moments si particuliers de l’existence, vous ne pouvez que comprendre. Un récit intimiste, mais universel, voilà ce qu’est ce roman. Et sous la plume de l’auteure, il se transforme en une sublime histoire familiale, qui pourrait être la vôtre, la nôtre.

Tout commence par le décès d’une mère. Celle de notre narratrice et de ses deux sœurs. Une « connasse de mère » comme elles le disent. Vous l’aurez compris, les trois sœurs ne sont pas si proches que cela de leur mère qu’elles ne comprennent pas. Mais ce premier jour, qui va durer bien plus qu’un seul jour, celui où la nouvelle tombe, va ébranler les certitudes de chacune. Va dévier des trajectoires, faire comprendre des choses, laisser de la colère et des regrets. Bref, un deuil dans toute sa splendeur et sa dimension douloureuse. Mais, attention, c’est aussi raconter l’histoire d’une femme si différente, et d’une fratrie brisée par la vie de famille. Les sœurs, bien adultes désormais, ont pris des chemins différents et peinent à se trouver, se retrouver. Ce décès va les installer dans des ambiances pesantes, quasiment en huis clos… Nous suivons le deuil, pour un découvrir peu de temps après un second…

Ce sont trois jours rallongés que va nous raconter notre narratrice, tout en revenant sur des éléments et évènements du passé, peignant les portraits de ses parents, depuis longtemps divorcés, et qui, semblerait-il, ont laissé bien des mystères et des secrets derrière eux. Nous plongeons au cœur même de ces moments de flottement entre la nouvelle qui tombe et le jour des obsèques. Prendre conscience, pleurer, se rappeler, évoquer les bons moments, mais aussi les plus durs, tenter de comprendre quelqu’un qu’on n’a pas pu vraiment appréhender pendant son existence, mettre les affaires en ordre, débarrasser l’appartement, décider quoi garder et puis… L’héritage. S’il n’est pas ici source de conflit direct, nous savons bien que dans de nombreux cas, les disputes éclatent. En revanche, l’auteure lui donnera une autre forme.

Ne vous attendez pas à la moindre action, ce n’est pas le livre pour cela. Introspection, réflexion et mémoires sont à l’ordre du jour. Mais les mots de Sonia David sont si bien choisis qu’ils vous pénètrent et vous font vivre ces deuils. Certes, celui de David Bowie peut paraître déplacé ou dérisoire à côté de la mort de ses parents. Pourtant, cette mort-là aura un sens incroyable et donnera un élan inestimable pour notre narratrice afin d’avancer dans son deuil et d’enfin, comprendre ses sœurs. Le deuil rapproche ou divise, ici il tend à faire les deux, mais nous rappelle une fois encore que chaque moment compte et que la vie peut s’arrêter à tout moment! Nous avons tous un sablier, mais qui s’écoule différemment. La plume est vraiment au corps à corps avec le ressenti de chaque fille, allant du « connasse de mère » au désarroi le plus profond. Les souvenirs sont évoqués souvent avec amertume, parfois comme du miel. L’amour est une notion terriblement compliquée au sein de cette famille, qui, à l’instar de nombreuses autres, n’a pas su s’aimer et se parler.

Ce n’est pas non plus un roman happy end, feelgood ou ce que vous voudrez. Non, c’est sombre, c’est triste, les lettres sont endeuillées et les pages portent les vêtements noirs. Les mots nous entrainent dans les couloirs d’hôpitaux aux chambres mortuaires avant de finir au voyage final. Mais c’est un hommage touchant et percutant à des parents, qui, s’ils étaient bien différents des autres, n’en oubliaient pas d’aimer leurs enfants. Des parents qui n’ont pas suivi de cours pour le devenir et qui ont donné ce qu’ils avaient, avec leur propre histoire et leur propre personnalité. Et les trois sœurs, ainsi qu’un autre personnage que vous découvrirez dans l’histoire, vont se retrouver, se parler et sans doute, se comprendre mieux que jamais… à moins qu’un air de David Bowie ne soit dans les parages.

Pour conclure sur une touche plus personnelle, je peux vous dire ce roman m’a saisie littéralement, mon ventre se serrant face aux épreuves que j’ai que trop bien connues. Dans notre famille, nous avons connu 4 deuils successifs (en moins de deux ans) et ces journées à rallonge, je ne connais que trop bien. Voilà pourquoi j’ai offert ce livre, car ma mère comme ma tante a elle aussi vécu l’accumulation cauchemardesque que constitue la perte d’un membre de sa famille et tout ce qui en découle. Parce que dans ma famille non plus on n’a jamais su s’aimer ni se parler. Merci à Sonia David de poser des mots si justes sur des évènements à la fois si personnels et si universels. Car, si chaque deuil est différent, certains cheminements sont immanquables. Enfin, j’ai aimé lire et comprendre la place de chacun dans une fratrie et ses conséquences. Je suis fille unique et j’aime les livres qui accordent du temps aux liens familiaux complexes et encore plus entre frères et soeurs.

Sonia David nous hypnotise entre musique classique et David Bowie pour nous entrainer au cœur de thématiques lourdes, à commencer par celle des deuils, ici rapprochés. Plongés dans la torpeur de la douleur de la perte et de ce que cela implique, nous visitons avec Hélène, l’histoire d’une famille. Une quête identitaire et de pardon en plein deuil, c’est profondément touchant et bien orchestré.

9 réflexions sur “[Chronique] David Bowie n’est pas mort de Sonia David

  1. La thématique du deuil me parle énormément, c’est quelque chose que j’ai rencontré très tôt dans mon existence, qui a bousculé mais vie dans son intégralité, je ne peux qu’y être extrêmement sensible. Parfois les livres n’ont pas besoin d’action pour être intense, je pense que ce livre fait parti de ceux qui nous scotch littéralement, ceux que j’ai envie de lire. Merci pour cette chronique. J’avais déjà entendu parler de ce livre ( avec un titre pareil on s’en souvient ), ton ressenti me donne envie de m’attarder dessus et de la découvrir.

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