[Chronique] Le coeur battant de nos mères de Brit Bennett

Publié aux éditions Autrement – 30 août 2017 – 370 pages
Merci à  Decitre et les éditions Autrement pour cette lecture

« Tous les grands secrets ont un goût particulier. »

Nadia a 17 ans et la vie devant elle. Mais quand elle perd sa mère et avorte en cachette, tout change. Elle choisit alors de quitter la communauté noire et religieuse qui l’a vue grandir. Boursière dans une grande université, Nadia fréquente l’élite. Elle a laissé derrière elle Luke, son ancien amant aux rêves brisés, et Aubrey, sa meilleure amie.
Durant une décennie marquée des affres de la vie, les trajectoires des trois jeunes gens vont se croiser puis diverger, tendues à l’extrême par le poids du secret.

Dans la lignée d’Elena Ferrante et de Chimamanda Ngozi Adichie, Brit Bennett donne voix à des héros en quête d’accomplissement et nous offre un roman lumineux, inoubliable. Lire la suite

[Chronique] De l’autre côté du monde de Stephanie Bishop

Publié aux éditions Fleuve – 24 août 2017 -288 pages
Merci à Decitre, Fleuve et Netgalley pour cette lecture

Cambridge, 1963.
Une chambre à soi. Du temps pour peindre. Tel est le rêve de Charlotte après la naissance de ses deux filles. Son mari Henry, lui, ne supporte plus le climat anglais pluvieux et brumeux, et rêve d’un pays aride et ensoleillé comme l’Inde de son enfance. Une brochure, glissée dans la boîte aux lettres, semble apporter la solution : « L’Australie réveille le meilleur en vous. » Henry y croit.
Charlotte, en dépit de ses réticences, finit par céder, et peu après la petite famille embarque pour l’autre côté du monde.
Cependant, sous le soleil cuisant de Perth, la terre s’assèche tout comme leur relation dont la substance semble progressivement s’estomper. À l’image des aquarelles, les contours de leur vie précédente se brouillent, se perdent.
Lorsqu’un nouvel événement vient chambouler l’équilibre familial fragile, Charlotte décide de prendre en main son avenir, quitte à renoncer à ce qu’elle a de plus précieux…

« Elle sait désormais que ce n’est pas le fait de quitter un endroit le pire ; c’est, une fois arrivée à destination, de devoir vivre comme si son pays d’origine avait disparu. C’est cela la tragédie — au bout d’un certain temps on finit par douter de la réalité du lieu d’où l’on vient. Cette première existence, jadis pleine de sens, s’efface peu à peu. Sans faire de bruit, elle sombre dans l’oubli.» Lire la suite

[Chronique] Par le vent pleuré de Ron Rash

Publié aux éditions du Seuil – Août 2017 – 200 pages
Merci à Seuil, et Decitre pour cette lecture

Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis un demi-siècle. 1967 : le summer of love.
Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C’est l’époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.
À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l’éternelle confrontation d’Abel et de Caïn.

Ron Rash n’était pour moi qu’un nom, un auteur parmi tant d’autres. Et puis cette année, pour la Rentrée littéraire, je tombe sur le titre Par le vent pleuré. La couverture, le titre m’intriguent. Je lis alors la 4e de couverture et là je me rends compte que ce roman pourrait vraiment me séduire. L’époque, les deux frères et cette jolie sirène, le tout dans des paysages grandioses et le temps d’un été… tout pour faire un roman noir comme je les aime, à l’ambiance inquiétante et lourde. Les souvenirs qui remontent au rythme de la découverte des ossements, et l’un des frères, qui s’interroge alors grandement sur ce qu’il s’est passé. Qu’est-il réellement arrivé à Ligeia ?  Lire la suite

[Chronique] Je m’appelle Lucy Barton d’Elizabeth Strout

Publié aux éditions Fayard – 30 août 2017 – 208 pages
Merci aux éditions Fayard pour cette lecture

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et finalement son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses deux filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers le récit lucide et pétri d’humanité de Lucy, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille, faite d’incompréhension, d’incommunicabilité, mais aussi d’une entente profonde.
Salué comme un chef-d’oeuvre par la critique littéraire aux États-Unis, Je m’appelle Lucy Barton est un grand roman contemporain sur la solitude, le désir et l’amour.

Je tiens à remercier Fayard qui a eu la gentillesse de m’envoyer ce roman de la rentrée littéraire qui m’interpellait. Les retrouvailles entre Lucy et sa mère m’intriguaient et j’avais envie de comprendre cette relation aussi complexe qu’on pourrait l’imaginer. De plus, les livres traitant de thèmes forts comme la solitude, le désir ou encore l’amour sont souvent ceux qui m’attirent le plus. Et je peux vous dire que j’ai passé un très bon moment, un peu atypique, avouons-le, avec cette femme qui se souvient, qui, pourtant encore jeune, regarde son passé avec une certaine nostalgie.

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[Chronique] David Bowie n’est pas mort de Sonia David

Publié aux éditions Robert Laffont – 24 août 2017 – 180 pages
Lu en partenariat avec Netgalley et Robert Laffont , merci !

« Ma mère est morte. Mon père est mort. David Bowie est mort. Ce ne sont pas uniquement de mauvaises nouvelles. »

À un an d’intervalle, Anne, Hélène et Émilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi disparaît. Dans l’enfance d’Hélène, la « soeur du milieu », le chanteur a eu une importance toute particulière, dont le souvenir soudain ressurgit. Alors, elle commence à raconter… Sur les thèmes inépuisables de la force et de la complexité des liens familiaux, de la place de chaque enfant dans sa fratrie, voici un roman d’une déconcertante et magnifique sincérité.

Il m’aura fallu du temps pour vous parler de ce roman. Celui de l’assimiler et celui qui est nécessaire à lui accorder le meilleur possible. Car pour la « petite » histoire, David Bowie n’est pas mort restera dans la liste des ouvrages ayant marqué ma vie. C’est pour cette raison que j’en ai offert un exemplaire à ma mère, qui elle même en a offert un à sa sœur. Parce qu’aimer lire, c’est aussi partager, transmettre. Nos parents nous transmettent un héritage, nous le transmettons nous-mêmes à nos descendants, etc. Pour moi, la lecture c’est ça. En l’occurrence, j’ai offert l’opportunité à ma mère de lire un livre qui ne pourrait que lui plaire et lui parler. Car la thématique abordée par Sonia David est universelle, celle du deuil. Et que, si vous avez vécu ces moments si particuliers de l’existence, vous ne pouvez que comprendre. Un récit intimiste, mais universel, voilà ce qu’est ce roman. Et sous la plume de l’auteure, il se transforme en une sublime histoire familiale, qui pourrait être la vôtre, la nôtre. Lire la suite

[Chronique] Pour te perdre un peu moins de Martin Diwo

Publié aux éditions Plon – 24 août 2017 – 284 pages
Merci aux éditions Plon pour cette lecture

Lui, elle, une histoire universelle. Elle s’en va, il la rêve.

Un garçon, une fille, une histoire universelle. Ils s’aiment, se déchirent, elle s’en va. Lui s’écroule. La jeunesse et l’innocence avec. Un roman qui frappe, âpre, enlevé, emporté, qui ne s’oublie pas. Une signature, une écriture, une voix, une époque, une génération.
« Pendant un temps, tout reste normal. On saute et on rebondit, on s’élance et on atterrit, pourtant la fin est proche, très proche. Lorsqu’on en prend conscience, qu’on réalise que l’on ne saute plus aussi haut qu’avant et qu’on peine à atteindre les sommets que l’on caressait du bout des doigts en se hissant sur la pointe des pieds, il est déjà trop tard. Le fil se détache, et il faudrait courir s’agripper là ou on le peut, mais on ne le fait pas, et on s’élance, certain que tout va rentrer dans l’ordre. La chute n’en est que plus douloureuse. Mort d’inquiétude à l’idée de heurter le sol qui, seconde après seconde, se rapproche, on hurle, on se débat, et plein d’espoir, on attrape le fil encore pendu à notre coeur, mais ce fil, ah ! ce fil, il n’est plus relié à rien. »

Autre résumé disponible : 

Un garçon, une fille, une histoire universelle. Ils s’aiment, se déchirent, elle s’en va. Lui s’écroule. La jeunesse et l’innocence avec. Un roman qui frappe, âpre, enlevé, emporté, qui ne s’oublie pas. Une signature, une écriture, une voix, une époque, une génération.
« Vous avez peur ?
– Oui. Peur de l’après. Peur, parce que mettre le mot fin à ce livre, c’est mettre le mot « fin » à notre histoire. Aujourd’hui, Elle existe grâce à l’écriture, mais après ? Après, Elle n’existera plus et ça, je ne sais pas si je suis capable de le supporter.
– N’avez-vous pas envie qu’il soit lu ?
– Vous savez quoi ? Je l’ignore. Enfin, il faudrait déjà que je le termine. Je ne sais pas si j’ai le courage d’écrire certaines choses. Celles que je vous confie par exemple. A vous, je peux les dire, mais au lecteur ? Nos conversations sont quand même très personnelles, non ? Et puis le but du livre n’est pas de déballer mes sentiments, c’est un roman, vous savez ? Enfin… un roman… en réalité c’est un double meurtre, un cri.
– Et ce cri, n’est-ce pas pour être entendu que vous l’avez poussé ?
– Ok je vois où vous voulez en venir. Vous pensez que j’ai écrit ce livre pour la faire revenir, c’est ça ? »

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[Chronique] C’est le coeur qui lâche en dernier de Margaret Atwood

Publié aux éditions Robert Laffont – Pavillons – 17 août 2017 – 450 pages
Merci à Netgalley et Robert Laffont pour cette lecture 

Le nouveau chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, l’auteure de La Servante écarlate
Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre.
À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’oeuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »
Avec C’est le coeur qui lâche en dernier, Margaret Atwood nous livre un roman aussi hilarant qu’inquiétant, une implacable satire de nos vices et travers qui nous enferment dans de viles obsessions quand le monde entier est en passe de disparaître.

Je suis certaine que vous connaissez le nom de l’auteure pour son roman La servante écarlate, récemment adaptée en série TV. Dystopie profondément féministe, elle a fait du bruit et apparemment devenue incontournable. Je compte bien la lire d’ailleurs, mais je n’ai pas pu résister à cette nouveauté de Rentrée littéraire chez Robert Laffont. Je tenais donc à remercier Netgalley et Robert Laffont pour cette lecture sympathique. Si le début du roman et même je dirai sa première moitié me laissait présager d’un coup de cœur, ce ne fut pas le cas malheureusement, mais il n’empêche que c’est un très bon roman qui pousse sur des pistes de réflexion solides, sans hésiter à jouer avec des codes clichés et sarcastiques.

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