[Chronique] The Rain de Virginia Bergin

Publié aux éditions Bayard – Collection Page Turners – 20 septembre 2017 – 384 pages
Merci à Page Turners pour cette lecture 

Une pluie mortelle s’abat sur la Terre : l’humanité est menacée de disparition. Ruby, 15 ans, part à la recherche de son père.
Je m’appelle Ruby Morris, et voici mon histoire. Si vous la lisez, vous avez énormément de chance d’être encore en vie.
Question : quand faut-il abandonner tout espoir ?
a) Maintenant. Immédiatement. On est foutus.
b) Dans deux semaines, environ.
c) Jamais.
d) J’imagine qu’il pourrait y avoir un d), mais s’il existe, je ne l’ai pas encore trouvé…

La couverture de ce roman m’a de suite attirée et interrogée. Au-delà du titre, plutôt explicite, la solitude de la jeune femme sur la photo, le long de cette route déserte, m’a intriguée. Nous sommes au cœur même d’une apocalypse, et c’est Ruby, adolescente de 15 ans, qui va nous raconter son histoire. Celle qui commence par une pluie inédite et mortelle. Celle qui va faire basculer sa vie à jamais et briser son innocence. Celle qui sera cruelle et impitoyable, celle dont on ne se relève pas. Protégez-vous, fermez tous les robinets et s’il pleut, cachez-vous, vous n’en ressortirez pas vivant, cela est impossible. Aucun remède. La mort au tournant. J’ai choisi de vous recopier la 4e de couverture, telle qu’elle est présente sur le livre, car les résumés que l’on peut trouver à droite à gauche sur les sites de vente ou livresques contiennent, à mon sens beaucoup de spoilers (en gros, ils racontent toute l’histoire en la résumant, ce n’est pas très sympathique, heureusement que je ne l’ai pas lu avant celui-ci).

Ruby est une adolescente ordinaire, parfois un peu rebelle, surtout envers son beau-père Simon. Comme beaucoup de jeunes filles de son âge, 15 ans, ses principales préoccupations tournent autour de son apparence, son téléphone portable, ses amis, la fête et surtout Caspar. Caspar dont elle rêve depuis des mois et qui enfin semble s’intéresser à elle. Alors qu’à une excellente soirée elle échange son premier baiser avec Caspar, les parents de l’ami chez qui ils sont leur ordonnent de rentrer à l’abri, avertis d’une catastrophe sans issue. Quelques secondes plus tard, la pluie s’abat sur la ville. À la radio, un message d’alerte passe en boucle, la pluie est mortelle, il faut rester à l’abri. Bientôt, les jeunes et les parents vont être confrontés au premier cas atteint par la cruauté de la pluie, la maladie ronge votre corps et la mort survient très rapidement. L’imprudence de l’un d’entre eux va entraîner des phénomènes en cascade et le danger va se retrouver partout. Ruby parvient à rentrer chez elle où la tension est à son maximum, son beau-père ayant peur qu’elle soit contaminée. Après une quarantaine, Ruby revient auprès de son beau-père et le drame qui se joue prend alors sens. L’eau du robinet est contaminée et décime la population. La pluie et les flaques également. Mais que faire ? Les réserves d’eau viennent à manquer. Alors qu’une éclaircie fait son apparition, Simon et Ruby sortent se ravitailler. Consternation : la ville a des allures d’apocalypse entre voitures abandonnées et cadavres à tous les coins de rue. Le supermarché est dévalisé, la mort semble régner. Combien de survivants ? Bientôt, Ruby devra affronter le pire pour avoir une chance de survivre.

Imaginez un instant ce monde où l’eau vous tue. N’est-elle pas partout ? N’en a-t-on pas besoin en permanence ? Comment survivre sans aucune aide ni instruction ? Bientôt, la télévision n’émet plus, internet est coupé, le courant s’éteint. Un seul mot d’ordre : rester chez soi. Oui, mais sans eau, sans nourriture, la mission s’avère plus que périlleuse. L’auteure parvient ici à faire monter l’angoisse et la paranoïa, nous rappelant à chaque instant le danger. Aller aux toilettes n’est plus possible, se laver non plus. Quant à la soif, elle devient omniprésente. Et le virus s’attaquant à vos cellules est plus dangereux que jamais, contagieux par contact, impossible à stopper et aucun remède. Alors que Ruby se retrouve seule, nous voyons son innocence adolescente voler en éclats. Avec humour, elle nous raconte ce qu’elle aurait fait en temps ordinaire, ce qu’elle aurait préféré faire en tant qu’ado un peu superficielle. Mais elle ne peut plus être cette adolescente insouciante, désormais il lui faut réfléchir pour la moindre action. Dans une ville où les cadavres s’empilent, elle devra trouver un chemin sûr pour remplir son objectif et retrouver la sécurité d’un proche.

Au-delà de l’aspect apocalyptique (et non dystopique, j’insiste ici), la psychologie est particulièrement soignée. Ainsi, quand j’ai lu que l’auteure avait étudié la matière, je n’en fus pas étonnée. Ruby sera développée d’une manière pertinente et surtout grâce à une narration très immersive. En effet, c’est Ruby qui écrit son histoire pour nous la livrer, revenant sur tout ce qu’il s’est passé depuis le début de la pluie meurtrière. Elle nous racontera ses différentes rencontres, et elle va tomber sur les profondeurs et ténèbres de l’âme humaine, comprendre le concept d’égoïsme et de survie, de peur et perte de l’espoir. En clin d’œil, sa vie s’effrite, elle perd tout et ses repères avec et doit alors se raccrocher au seul espoir qu’il lui reste. Comment une jeune femme de 15 ans peut-elle s’en sortir seule ? Comment ne pas craquer ? Elle trouvera parfois du réconfort ou de l’aide auprès de personnes inattendues, mais aussi tout l’inverse. Le gouvernement ne semble pas présent, et ce flou total va perturber notre jeune femme qui ne comprend pas qu’on laisse toute une population dans l’ignorance. Véritable roman de survie, nous allons suivre les déboires et les pires peurs d’une adolescente qui se retrouve obligée de grandir d’un seul coup.

Niveau décor, soyez assurés qu’il est bien planté. Si parfois Ruby préfère taire certaines choses, car la douleur est vive, il n’en demeure pas moins que nous évoluons avec elle, contournant les cadavres à chaque pas et tentant de trouver des voitures non coincées dans les embouteillages ou ne contenant pas de morts… car le seul espoir est la fuite, mais pour aller où ? L’errance est oppressante, les rencontres parfois touchantes, certaines scènes d’horreur révoltantes. L’image de l’adolescence brisée est violente, car radicale. Et puis, la culpabilisation écologique sera bien entendu présente, sans jamais toutefois dominer l’histoire. L’intrigue se veut oppressante, tendue, nous retenons notre souffle, nous analysons les comportements parfois surprenants des gens et même de Ruby, mais la folie est-elle bien loin dans un tel contexte ?

L’apocalypse arrive donc par la pluie et tue les gens en masses. Ces infectés ne se relèvent pas, nous n’entrons pas ici dans un roman avec zombies (en tout cas pas dans ce premier tome, j’ignore pour la suite). Et ça, ça change. Tout est construit de manière à rendre le drame palpable, tout en nous laissant dans le doute. Si le virus nous est expliqué en quelques mots, certaines choses demeurent floues et nous avançons à tâtons. La pluie rend paranoïaque et je peux vous assurer qu’elle vous serre le ventre. Vous regardez le monde autrement et vous vous demandez ce que vous auriez fait à la place de Ruby. Car Ruby n’est pas une héroïne. Elle n’est pas celle qui doit changer la face du monde. Elle est seulement celle qui a eu la chance de survivre plus longtemps que d’autres pour raconter son histoire. Elle a ses failles, commet des erreurs, a des doutes. Elle voudra parfois retrouver l’adolescence pleine de fêtes et de garçons. Mais elle a aussi conscience que ce qui était n’est plus et ne sera plus, que par conséquent autant en dire le moins possible à ce sujet et faire juste des références permettant de situer. Grandir aussi vite n’a rien de facile et lire le récit de Ruby, témoignage poignant, mais non larmoyant, nous rend un peu fébriles. Et si demain, la pluie nous tuait ? Si un virus incroyable et résistant tombait du ciel, à cause d’une action humaine précédente ? Peut-on déjouer la mort ?

En tout cas, la plume de l’auteure m’a convaincue et surtout je ne pouvais plus reposer le livre. Rien n’est surjoué, les beaux gosses ne débarquent pas pour sauver la planète, notre héroïne est ordinaire, nous touche quand elle veut secourir les chiens du voisinage (les animaux ne sont pas atteints eux), sa culpabilité sur certains faits est authentique. Parfois nous aurons du mal à comprendre les réactions et remarques de Ruby, mais nous ne pouvons pas oublier que cette protagoniste avait une vie d’ado tout à fait ordinaire avant l’arrivée de la pluie mortelle. On ne peut pas tout révolutionner en un clin d’œil, il faut s’adapter. L’auteure nous entraine sur des découvertes progressives, de plus en plus dramatiques et intenses, le rythme du récit se fait pressant, à mesure de l’horreur et de la peur, mais aussi à mesure que l’adolescente doit grandir si elle veut survivre. Et puis, la fin du roman nous laisse sur une ouverture où bien des possibles existent et nous rendent forcément curieux de découvrir le second tome. 

The Rain est un roman apocalyptique fascinant et poignant. En un tour de main, l’auteur parvient à nous rendre paranoïaques et redouter l’eau. Voir une adolescente perdre pied face à tous ses rêves brisés est touchant et nous suivons son récit avec avidité. Un très bon roman et parfaitement construit qui amène des pistes de réflexion pertinente et sensible. Vivement le tome 2.

La survie au cœur de l’histoire rend le récit particulièrement addictif et pour ma part il me fut très difficile de le reposer. Alors, il a bien sa place dans la collection Page Turners, car il en est véritablement un. J’ai totalement apprécié de lire un roman apocalyptique où, pour une fois, les morts ne se relèvent pas pour incarner zombies ou autres créatures utilisées à outrance. La métaphore de la perte de l’innocence est violente, mais intéressante, et la protagoniste imparfaite s’en tire au moins à merveille à raconter son histoire, sans avoir peur d’afficher sa superficialité et ses défauts. Cela ne la rend que plus humaine et attachante et nous retenons sans cesse notre souffle avec elle. Petit coup de cœur pour le personnage de Simon, son beau-père, sans qui elle n’aurait sûrement pas pu survivre. L’histoire de la famille recomposée qui éclate est également très intéressante et nous ne pouvons que nous demander si les personnes que Ruby recherche sont vraiment en vie. Pour une fois, le récit s’affranchit d’une romance trop parfaite. Ouf. À dévorer, mais bien au sec, ne sait-on jamais…

 

 

27 réflexions sur “[Chronique] The Rain de Virginia Bergin

    • J’avoue préféré le post-apocalyptique à l’apocalyptique qui est souvent sous tension trop lourde et clichés à répétitions. mais celui-ci est tellement bon ! Et puis on n’imagine même pas tout ce que cela touche quand il s’agit de l’eau.

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