[Chronique] La rencontre du dernier espoir de Kelley York

Publié aux éditions Pocket Jeunesse (PKJ) – avril 2017 – 389 pages

Durant dix-huit ans, Vincent n’a cessé d’être trimballé de foyer en foyer. Quand Maggie le recueille, il pense avoir enfin trouvé son refuge. Mais il se trompe, une fois de plus. Brisé, Vince consulte Suicide Watch, un forum destiné à ceux qui songent à la mort. Il y rencontre Casper, tentée d’abandonner son combat contre le cancer, et le très discret Adam, qui se croit insignifiant. Vince va devoir faire un choix : vivre et affronter ses sentiments ou mourir sans savoir s’il aurait pu, un jour, goûter au bonheur.

 

La rencontre du dernier espoir n’est pas un livre ordinaire, encore moins une histoire que vous digérez facilement pour ne plus jamais y penser. Non, ce roman vous hante, vous retourne la tête et vous amène tout un tas de questions auxquelles vous n’avez pas forcément la réponse. Si vous êtes amateurs d’émotions fortes et que vous chercher un roman qui va vous secouer, alors, La rencontre du dernier espoir est fait pour vous. Attention, avant de commencer, je tiens à préciser que c’est tout de même une lecture, disons… éprouvante. Qui vous confronte à des sujets difficiles et dramatiques. Pas de secrets, le résumé du livre lui même l’indique, la thématique autour de laquelle l’auteure va faire évoluer ses 3 personnages principaux adolescents, est celle du suicide. Un roman préventif et coup de fouet ? Oui indubitablement. Mais pas seulement et c’est ce que je vais tenter de vous exposer ici, sans vous spoiler, sans vous faire fuir, mais plutôt en vous incitant à le lire. Car aussi dur soit-il, il n’en demeure pas moins magnifique et bouleversant. Sans « mauvaise » comparaison, vous avez survécu à Nos étoiles contraires, vous survivrez à La rencontre du dernier espoir. Et puis relisez bien le dernier mot du titre : ESPOIR.

Notre personnage principal et narrateur, Vincent n’a jamais été heureux. Abandonné très tôt par ses parents, il est allé de foyer en foyer où personne ne voulait de lui. Il a connu son lot de rejets et ne sait pas bien qui il est. Mais Vincent a 18 ans, son diplôme en poche et va malheureusement devoir, une fois de plus, quitter son foyer. Désœuvré, au bord du gouffre, comme bien souvent depuis des années, Vincent consulte un site internet pour le moins particulier, Suicide Watch. Ce forum est destiné à réunir ceux qui sont déterminés à se donner la mort, quitter le monde pour ne plus souffrir. Sinistre espace internet, il recense les méthodes, les expériences, les essais et même des photos d’anciens membres ayant franchi le pas… Mais ce n’est pas la méthode idéale qu’il va trouver sur le forum, mais plutôt l’amitié. En effet, il y rencontre Casper, jeune femme qui se bat contre un cancer redoutable, et Adam qui pense être insignifiant, à cause à l’ambiance chez lui. L’amitié qui va lier les trois jeunes nous touche en plein cœur, car nous comprenons vite que seule la mort peut les séparer. Mais n’est-ce pas justement leur projet ? Pour Vincent, qui n’a jamais connu de telles émotions, ou plutôt si peu, c’est une sorte de nouvel espoir. Doit-il renoncer à la vie maintenant qu’il a des gens qui comptent pour lui et pour qui il a son importance ? Doit-il partir en ignorant le sens du bonheur ?

Vincent est un adolescent très renfermé, très complexe. Homosexuel, il éviter les regards de peur de subir les violences qu’il a connues à l’école à cause de son orientation sexuelle ou encore de son look, sa carrure et ses choix. Fan de musique, surtout des Beatles, c’est par ce biais qu’il va commencer à communiquer avec Adam. Adam, timide maladif, a du mal à regarder les gens et leur parler. Pourtant il se confie beaucoup à Casper sur internet. Quant à elle, elle est juste exceptionnelle : pétillante, pleine de vie et d’amour, d’humour et de soleil, elle sait parfaitement que ses jours sont comptés. Afin de ne pas souffrir, elle souhaite choisir le moment de sa mort et non être prise au piège par la maladie. Les trois jeunes qui veulent en finir avec la vie vont toutefois trouver une sorte de rédemption, d’apaisement en passant du temps ensemble. Nous observons alors Vincent se transformer et se demander si la vie ne mériterait pas d’être vécue. Parallèlement, des choses étranges se déroulent sur Suicide Watch et les jeunes n’ont plus si confiance en ce site qu’avant…

Chaque personnage a sa propre raison d’être brisé et de vouloir en finir avec la vie. Nous avons souvent tendance à « juger » les suicides et la « valeur des raisons » pour se donner la mort. La vérité c’est qu’il n’y a pas de raisons valables ou non. Il s’agit d’un choix personnel, qui certes, peut être prévenu, mais c’est toujours un choix de la personne et jamais un suicide ne peut être reproché à d’autres. Bien entendu, « les autres » peuvent faire partie des raisons qui poussent une personne à mourir, pas de doute là-dessus, prenez le cas de harcèlement, de viol, de ruptures, de violences, d’abandon… mais ce que je veux dire c’est que quelqu’un qui part, le fait car il ne voit plus d’autres solutions pour apaiser sa douleur. Bien souvent, ce n’est pas la vie qu’on quitte, mais la souffrance qui nous empêche de vivre. Et justement, Kelley York mettra bien en avant cette souffrance dans le cas de Vincent, avec ses crises de paniques et ses moments où il s’enferme, ou encore avec Adam qui ne sait plus faire confiance et pense être un indésirable à éliminer. L’intérêt d’écrire un livre sur le suicide pour un public young adult est justement l’effet préventif. Mais Kelley York saura apporter une très belle lumière dans son récit, amenant nos personnages à tenter de goûter au bonheur, de se projeter.

« Et parfois, rien de tout cela n’a d’importance […]On se fiche bien que ça puisse être pire, parce que même ces gens qui vivent dans la rue pourrait dire « ça pourrait être pire ». On souffre quand même. Et ça compte. Tout ce qu’on a ne signifie rien si on n’a personne qui nous comprenne. Des gens qui pigent que, parfois, t’es juste… super triste, au fond du trou, sans raison. Et après tu te rends compte que t’es aussi mal sans raison, t’es juste super vénère après toi et tu sens encore plus mal. »

Rien qu’au cours de l’histoire qui nous est racontée, c’est un immense parcours pour nos trois héros. Je ne vais pas vous cacher la vérité, il n’y aura pas de Happy End super joyeux, mais le livre se referme sur un brillant espoir et une belle histoire. Si vous êtes particulièrement sensible, alors oui, ce livre sera difficile à lire. Je ne peux pas vous mentir sur cela, oui, il brise le cœur à un moment, si ce n’est plus. Oui, la réalité du suicide est douloureuse, mais c’est quelque chose qui se doit d’être connu afin de tendre la main à quelqu’un qui ne demande rien d’autre. Ne culpabilisez pas non plus si vous n’avez rien vu venir, vous n’êtes pas médium et ce genre de choses ne se détecte pas forcément. Si j’ai aimé le roman, je regrette que Kelley York n’ait pas adressé un mot au sujet de son histoire et de ce choix très fort qu’elle a pu faire. Elle a abordé tellement de thématiques précieuses que lire le pourquoi du comment aurait pu être un réel plus.

« L’idée de ne plus être un enfant me terrifie. Je suis un adulte, et j’ai été jeté hors du monde des enfants, pour entrer dans celui des hommes et des femmes, où je suis censé me comporter en adulte, alors que je n’ai jamais appris à fonctionner normalement quand j’étais enfant. Mais je me dois d’essayer. »

La véritable lumière de cette histoire c’est l’amitié, plus forte que tout, plus forte que la mort, qui va se construire entre Casper, Adam et Vince. C’est un lien puissant et indestructible qui va les unir, tout particulièrement pour les deux jeunes hommes qui ne peuvent que se comprendre. Ensemble, ils peuvent apprendre à assumer ce qu’ils sont, être ce qu’ils veulent et enfin devenir adultes. Car si Vince s’est retrouvé violemment confronté à des responsabilités pour lesquels il n’était pas prêt, Adam lui reste éternellement transparent auprès d’une mère qui n’en a que le nom. Seul au monde, tout comme Vincent, pourquoi ne pas apprendre à aimer ensemble et se construire un endroit sécurisant et réconfortant, peuplé de musique et d’éclats de rire. Car l’amitié demeure, plus forte que jamais et pourrait peut-être bien les sauver d’eux même.

« Le reste de nos vies… Et ça représente combien de temps ? […]
-Il est comme toi. Cassé, mais réparable. »

La rencontre du dernier espoir aborde la notion du suicide sans jamais être moralisatrice. En prenant des jeunes tout juste sortis de l’adolescence, elle nous permet de partir à la rencontre de problématiques émouvantes et difficiles. La lecture de ce roman ne laisse certes pas indemne, mais apporte une lumière saisissante malgré tout. À découvrir, mouchoirs sortis.

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