Dans ma pensine : le jour où j’ai appris ma dépression

Nouvelle rubrique pour pensée intime, idée et faits divers.

Certains jours, j’ai eu envie de vous en parler. Je l’ai fait à demi-mot. Je l’ai fait de manière détournée, un peu comme si ce secret était honteux. Hier, l’idole de toute une génération était retrouvée pendue chez lui. De nombreux messages commémoratifs ont déferlé, mais aussi les inévitables « c’est lâche de se suicider » ou encore « il avait de l’argent et du succès, faut pas déconner ». Alors j’ai tweeté ceci :

Vous savez les gens, personne n’a le droit de juger un suicide. Souvent on ne se suicide pas pour mourir, mais juste pour ne plus souffrir.

Et j’ai eu de nombreuses réponses, beaucoup d’empathie et de soutien. Beaucoup de gens qui étaient d’accord avec moi et oui, j’ai lâché l’information sur ma santé : ma dépression a été diagnostiquée en juin 2014. Je suis dépressive depuis 2 ans. Rien à voir avec la déprime, gardez vos phrases toutes faites. La dépression ne peut se comprendre que si elle a été réellement vécue. C’est une souffrance incroyable, une spirale de noirceur et de douleur. Alors oui, souvent, le suicide est la solution ultime. Non pas parce que vous voulez mourir, mais parce que vous avez tellement mal qu’il vous semble alors que c’est la seule issue pour ne plus souffrir. Bien entendu quand vous avez des pensées suicidaires, vous avez conscience des gens qui vous entourent, pour peu qu’il y en ait. Mais la douleur est plus forte que tout, la mer monte et vous emporte dans un abîme si profond que vous ne parvenez pas toujours à en ressortir.

Le travail plus que réaliste de Shawn Coss. Cliquez pour voir ses autres réalisations

Si le but de ma pensine aujourd’hui est de vous parler de la dépression, je vais faire ici un dernier point sur le suicide et répondre clairement aux questions qui pourraient être posées : oui j’ai eu de très nombreuses idées suicidaires. Oui je voulais partir. Oui j’étais rendue à réfléchir à la meilleure méthode, celle qui n’imposerait pas le plus grand des traumatismes à celui qui me trouverait. Mais la mort n’est pas douce, le deuil ne vous saisit jamais en délicatement. Pourquoi n’ai-je pas sauté le pas ? Parce que croyez-moi il en faut du courage pour s’ôter la vie soi-même. Ce n’est pas un acte de lâcheté, non. Ce n’est pas forcément un appel à l’aide. Seulement quand tout vous apparait si noir que vous vous détestez, que la souffrance vous étouffe, quel autre choix ? Honnêtement, pour que vous puissiez comprendre, je me permets de vous repartager le livre fabuleux écrit par Sophie Jomain, sur une jeune femme en souffrance et qui entreprend la démarche du suicide assisté (que vous ne pourrez pas faire en France). Fin de la parenthèse suicide.

Vous allez me dire : mais que fait un article sur la dépression sur un blog littéraire ? J’avoue, c’est particulier. Ça fait plus de deux ans que j’ai envie de le poster, mais que je n’en avais pas la force. Et le fait de le pouvoir aujourd’hui me prouve une chose : je suis sur le chemin de la guérison. Je ne me contente pas de poster des photos sombres avec des citations tout aussi sombres, non je viens vous expliquer quelle souffrance c’est et quel peut être le quotidien d’un dépressif. Ne jugez jamais quelqu’un sans connaitre sa vie. Alors oui, sur mon blog, parce qu’au-delà de lire j’aime écrire et où puis-je le faire mieux que sur mon espace bloguesque ? Non je ne souhaite pas écrire un livre sur ma dépression, car honnêtement, il n’y aura jamais assez à dire et que certaines blessures me seront à jamais impossibles à évoquer en dehors du cabinet de mes thérapeutes.

Comment ça a commencé : si je connais la date de diagnostic de ma maladie, en revanche j’ignore comment c’est arrivé, pourquoi j’ai craqué. Certaines personnes vont tomber en dépression avec une contrariété qui vous paraitra à vos yeux à vous minime, mais nous sommes tous différents et recevons les stimuli de manière bien différente également. Plutôt que de parler de la date à laquelle un mot fut posé sur mon problème, je préfère évoquer ci les 20 ans de souffrance psychologique que j’ai tenté d’occulter, les années d’humiliations ou de harcèlement scolaire, les échecs, ma route qui a croisé celle d’un pervers narcissique, mon estime de moi réduite à zéro bien trop souvent, les deuils à répétition et à nouveau le harcèlement. Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus continuer comme ça quand je pleurais matin, midi et soir. Quand la douleur était si sourde, si dévorante que je ne pouvais plus rien ressentir. Quand je me planquais dans les toilettes au travail pour hurler silencieusement mon mal et finir en sanglots. Quand à chaque trajet en voiture je ne pensais qu’à une chose : foncer dans le décor et mettre fin à tout ce bordel. Il faut savoir que la dépression ce n’est pas dans la tête et que les « sors un peu ça te fera du bien » ou encore les « mets toi un coup de pied aux fesses ça ira mieux », ne sont aucunement applicable à la situation et encore moins utile. Pire ils sont humiliants. Alors mon mari m’a pris un rendez-vous chez ma généraliste. Triste de voir que je passais mes nuits à pleurer plutôt qu’à dormir et mes jours de repos à errer dans ma souffrance plutôt qu’à en profiter, il a agi. Mon médecin m’a évaluée à l’aide d’un test spécifique, mais aussi grâce à une longue observation. Ce jour-là, mon rendez-vous a duré une heure. Vous comprenez pourquoi parfois les médecins ont du retard ? Parce que certaines douleurs ne prennent pas que 15 minutes. Bien entendu, le verdict fut celui de la dépression sévère. Je suis ressortie avec une ordonnance et la demande de contacter une psychologue et une psychiatre pour mon suivi. C’était il y a deux ans. Mon parcours n’a pas été simple, car trouver un psychiatre qui a de la place et ne vous prend pas juste pour un chéquier, ce n’était pas évident. Mais, désormais, je suis entourée de trois femmes formidables qui font tout pour m’aider, me soutenir.


Aujourd’hui, je commence à peine à sortir la tête de l’eau et encore, croyez-moi la tasse je la bois bien souvent. Cela fait deux ans que sortir m’est quasi impossible, que voir des amis m’épuise au plus haut point, qu’adresser la parole à un inconnu me terrorise, que faire mon ménage est une mission trop épuisante. Beaucoup de choses de la vie quotidienne sont compliquées, même aller chercher mon courrier par exemple.  Je pourrais vous citer tellement de choses, mais je ne suis pas là pour cela, pas pour me faire plaindre. Je suis entourée et écoutée. Je sais pertinemment que dans mon entourage, tout le monde ne comprend pas. Qu’il en soit ainsi, j’ai toujours été incomprise depuis l’enfance. Est-ce un défaut ? Non je m’efforce d’y voir une qualité. La différence ne fait pas de moi quelqu’un de mauvais. Si l’estime de moi n’est absolument pas revenue à son top, nous y travaillons très fort avec ma psychologue. Ma psychiatre elle, s’occupe d’ajuster le traitement et ce n’est pas toujours évident, surtout en raison de mes insomnies et de blessures tellement anciennes qu’elles paralysent parfois le reste. Alors oui, je me plains de prendre beaucoup de médicaments, mais je n’ai pas le choix. J’ai totalement conscience du côté addictif de tous ces comprimés, merci oui, j’ai étudié la psychologie et la pharmacologie. Mais parfois, nous n’avons juste pas le choix et il faut accepter la maladie. Accepter que ce soit aussi une affaire chimique et que les très redoutés antidépresseurs, anxiolytiques ou somnifères soient là pour nous aider.

La dépression n’est pas égale à la déprime. La dépression est une maladie. Elle ne relève ni d’une fatalité ni d’une faiblesse de caractère. Elle peut toucher tout le monde et nécessite une prise en charge par un professionnel compétent. Pour en savoir plus, voyez les liens en bas d’article. La dépression n’est pas dans la tête, ce n’est pas une invention, ça ne va pas disparaitre subitement. Ma dépression m’a entrainé un fichu ralentissement psychomoteur, une fatigue chronique et énormément d’anxiété. Je ne compte même plus mon nombre de phobies ou d’éléments entrainant un stress important. Je me suis isolée socialement, pour me protéger, mais aussi parce que je n’étais pas du tout capable de faire face aux autres. Pendant longtemps, je ne me suis pas crue malade, mais faible et je me détestais pour cela. Pendant des mois et des mois, je n’acceptais pas le diagnostic. Mais l’évidence était pourtant sous mes yeux. J’ai aussi cru que j’allais guérir en quelques semaines, au pire 3/4 mois. Ma souffrance est plus résistante que cela, elle vient de si loin, de sujets si sensibles qu’aujourd’hui encore je suis incapable de les aborder sans que cela menace le très fragile équilibre de ma vie.

La lecture fut ma bouée de secours. Sans les livres, sans la communauté livresque, alors non je pense que je n’aurais pas tenu et que j’aurais fini hospitalisée ou à la morgue. Je n’avais que cela à me raccrocher, car même si vos proches vous tendent la main, parfois vous ne parvenez pas à la saisir, parfois vous ne voulez pas les impliquer. Lire encore et toujours plus pour ne pas sombrer. Lire, ce moment magique qui est désormais ma force, mon capital guérison. Et désormais, écrire, qui me pousse à avancer, inconsciemment, qui me libère de certains poids. Le roman que j’écris n’est absolument pas autobiographique, mais l’empathie que je ressens pour mes personnages est un vecteur incroyablement puissant qui tente de me tirer vers le haut. Je suis consciente qu’il faudra encore beaucoup de temps, mais désormais je l’accepte. Petit pas par petit pas, à non à grandes foulées comme je le voulais. Savoir s’écouter et prendre soin de soi, se préserver et se protéger. Réapprendre à s’aimer et s’autoriser à avoir des doutes, des moments de tristesse, de mélancolie. Comprendre que nous sommes humains et qu’on fait de notre mieux. Oui, certains jours encore j’irai très mal, mais je sais que l’ouragan perd de sa force et que j’ai des alliés : mes livres, mes proches et même aussi vous, la jolie communauté livresque.

Je n’ai pas écrit cet article pour recevoir de la compassion. Sans doute un peu pour me libérer, je le pense. Mais surtout pour que vous compreniez bien qu’une dépression est une réelle maladie et que celui qui en souffre a besoin que l’on comprenne ça. Arrêtez les phrases toutes faites ou l’exemple de l’oncle qui s’en est sorti en buvant du jus d’herbe, etc. Vraiment. Quand quelqu’un est diagnostiqué, respectez le et abstenez vous de moqueries et de dénigrer son mal-être. Tant que vous ne l’avez pas vécu, vous ne pouvez pas comprendre ce que cela représente et affecte au quotidien. Je termine juste par un petit point pratique sur les causes biologiques de la dépression qui sont absolument à prendre en compte avant de porter un jugement :

La dépression se traduit par un déséquilibre au cœur du système cérébral. Le fonctionnement de certains neurotransmetteurs, ces molécules qui véhiculent les informations d’un neurone à l’autre, se trouve déséquilibré. On a ainsi identifié, dans le cas de la dépression, un dysfonctionnement des neurotransmetteurs suivants :

  • la sérotonine, qui a pour fonction d’équilibrer le sommeil, l’appétit et l’humeur ;
  • la norépinephrine (ou noradrénaline), qui gère l’attention et le sommeil ;
  • la dopamine, responsable de la régulation de l’humeur ainsi que de la motivation ;
  • le Gaba mais aussi certains neuromodulateurs, le plus souvent des peptides, joueraient également un rôle.

Lorsque tous ces neurotransmetteurs sont bien régulés, tout se passe bien. Mais il suffit d’un petit déséquilibre, des neurotransmetteurs présents en trop grande ou trop petite quantité, pour que la machine se dérègle : les symptômes de la dépression apparaissent.

Source

La dépression est multifactorielle, comme les personnes qui sont un jour touchées sont différentes. Personne ne réagit de la même façon à un stimulus, nous avons tous des failles, des cicatrices et personne n’est à l’abri de tomber dans cette souffrance. Comprenez bien que la douleur ressentie est difficile à mettre en mots et que même quelqu’un qui à vos yeux est « fort » ou « a tout pour être heureux » peur être touché par la dépression. Ce n’est pas une maladie de faibles. C’est une maladie de tous et il est dans notre devoir de comprendre les gens et respecter leur souffrance. Si vous-même allez trop mal, consultez, n’ayez pas honte. J’ai grandi dans une famille où il fallait taire ses failles et ses plaies pourtant béantes, croyez-moi, cela n’a réussi à personne. N’ayez jamais honte d’être ce que vous êtes et d’avoir mal.

A consulter pour plus d’infos :

http://www.psycom.org/Troubles-psychiques/Troubles-depressifs

http://www.info-depression.fr/

Quelques livres sur le deuil ou la dépression ou encore des livres qui m’ont vraiment fait du bien (liste non exhaustive) :

PS : j’ignore si je laisserai cet article en ligne longtemps ou pas

[Chronique] La rencontre du dernier espoir de Kelley York

Publié aux éditions Pocket Jeunesse (PKJ) – avril 2017 – 389 pages

Durant dix-huit ans, Vincent n’a cessé d’être trimballé de foyer en foyer. Quand Maggie le recueille, il pense avoir enfin trouvé son refuge. Mais il se trompe, une fois de plus. Brisé, Vince consulte Suicide Watch, un forum destiné à ceux qui songent à la mort. Il y rencontre Casper, tentée d’abandonner son combat contre le cancer, et le très discret Adam, qui se croit insignifiant. Vince va devoir faire un choix : vivre et affronter ses sentiments ou mourir sans savoir s’il aurait pu, un jour, goûter au bonheur.

 

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[Chronique] Tout plutôt qu’être moi de Ned Vizzini

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Publié aux éditions La Belle Colère – 2016 – 397 pages

resumeDurant l’une des séances chez son psy, Craig Gilner apprend qu’il existe une maladie mentale appelée le syndrome d’Ondine : ceux qui en souffrent oublient de respirer ; pour ne pas mourir asphyxiés, ils doivent se répéter sans cesse « respire, respire, respire ». La dépression, Graig va en faire l’expérience, c’est ce qui arrive quand on oublie de vivre.

Comme beaucoup d’adolescents, Craig est bien décidé à réussir sa vie. Il intègre l’une des plus prestigieuses prépas de New York, de celles qui font de vous un homme et assurent votre avenir. Seulement, au bout d’un an, il ne mange plus, ne dort plus, n’arrive plus à se lever, pense sans arrêt à ses devoirs, ses exams et à la jolie copine de son meilleur ami. Pour faire front à tout ça, il ne trouve d’autre solution que de fumer de l’herbe en glandant pendant des heures. Craig est pris dans une spirale d’anxiété, d’inquiétudes, de peurs qui l’acculent et le paralysent. Comment en est-il arrivé là ? Comment est-on pourré au point où la pression tellement forte et nous, si faibles que la seule solution qui s’offre à nous, c’est d’en finir ?

Dans ce roman tendre et émouvant, inspiré d’un séjour qu’il a effectué en hôpital psychiatrique, Ned Vizzini aborde ses propres démons, son long combat contre cette maladie qui l’accable depuis des années. D’un sujet aussi délicat et tabou que la dépression adolescente, Vizzini crée un livre tout à la fois drôle et empreint d’espoir.

A propos de l’auteur :692c226ae3cffc4e734368f7eeafcdb9

 

Né en 1981, Ned Vizzini commence à écrire pour la presse new-yorkaise, dont le Times, à l’âge de 15 ans alors qu’il est encore au lycée. Il publiera ensuite six livres dont Tout plutôt qu’être moi, qui sera adapté au cinéma. Parallèlement à sa carrière d’écrivain (il publie des articles dans le New Yorker et le Los Angeles Times, entre autres), il participe à l’élaboration de la série Teen Wolf, intervient régulièrement dans les librairies et les lycées pour expliquer comment l’art et l’écriture peuvent aider à surmonter les problèmes psychologiques. Le 19 décembre 2013, Ned Vizzini se jette du haut d’un immeuble de Brooklyn. Il a 32 ans, cela faisait des années qu’il se battait contre la dépression.

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« Quand te prend l’envie de te suicider, parler devient presque impossible. Rien à voir avec un quelconque problème mental – c’est physique, comme si tu étais incapable d’ouvrir la bouche. Les mots ont du mal à sortir ; on dirait des morceaux de glace pilée crachés par un distributeur et c’est plus fort que tout. 

Les gens normaux, eux, parlent de façon limpide, en parfaite synchronisation avec leurs pensées. Mais dans ton cas, les mots trébuchent et se bousculent au bord de tes lèvres dès que tu essaies de dire quelque chose. Alors, tu te tais »

Ainsi commence le roman. Le ton peut sembler donné, vous pourriez alors penser que ce roman, histoire d’une dépression va être particulièrement sombre et au fond…déprimant. Mais il n’en est rien. Si la souffrance relative à la dépression est relatée avec précision et véracité, l’auteur n’en oublie pas pour autant le sens de l’humour et la lumière dans le traitement de ce parcours. L’optimisme transpire au travers des pages, l’envie de vivre semble se battre contre chaque pensée négative au fur et à mesure de l’avancement du roman. C’est une histoire coup de poing sur un sujet très sensible et si peu reconnu. Pour beaucoup de gens, la dépression n’est pas considérée comme une véritable maladie, à tort. Ned Vizzini nous offre ici une vision « médicale » mais surtout vécue de la dépression, à l’âge où elle est sans doute la plus difficile à remarquer : l’adolescence. Comment peut-on faire la différence entre difficile passage à l’âge adulte et le petit pas qu’il y a à franchir pour sombrer dans la dépression?

Notre jeune garçon, Craig, subit une énorme pression sociale liée à ses études et aspirations futures. Il ne vivait que pour un concours et quand il finit par le décrocher et intégrer la prestigieuse école dont il rêvait son monde s’écroule. Ses résultats ne sont pas à la hauteur, il ne se sent pas à la hauteur. D’ailleurs, Craig a une estime de lui même très basse. Malgré le soutien d’une famille aimante il sombre et ses symptômes prennent de l’ampleur. Jusqu’au jour où Craig n’a qu’une envie : mourir. Ce serait si simple…C’est ce qui va l’amener à passer quelques jours en hôpital psychiatrique, séjour marqué par des rencontres et une envie de reconstruction. La plume de l’auteur est juste fabuleuse pour traiter avec finesse, humour et lumière d’un sujet aussi grave, aussi sombre que la dépression. Notre jeune dépressif garde un sens de l’humour à toute épreuve, de l’auto-dérision alors qu’il est au plus mal. Au fond, la dépression, c’est ne plus savoir vivre et Craig n’a qu’une envie : réapprendre à vivre. Comprendre qui il est, faire des choix, progresser, changer. Sortir la tête de l’eau, se trouver. La dépression qui est traitée ici n’est pas une simple ou ordinaire crise d’adolescence mais bel et bien une vraie maladie. Peu de gens savent que la dépression « ce n’est pas dans la tête » et qu’il ne suffit pas de vouloir s’en sortir pour y parvenir. Ici, l’auteur nous fait bien passer le message et ne néglige en aucun cas le support médical, le suivi psychothérapeutique et l’appui des médicaments le temps de remonter.

Tout est beau dans ce livre, de l’histoire de Craig aux rencontres qu’il fera. Des sentiments naissants, à l’abnégation. Craig va beaucoup évoluer au cours de ce roman et toucher profondément le coeur du lecteur. Bien sûr quand vous connaissez le tragique destin de l’auteur, le roman n’en est que plus poignant. Alors que ce livre parle de guérison, d’espoir et de combat pour la vie, alors que l’auteur faisait des conférences sur la guérison de la dépression grâce à l’art, nous savons qu’il a perdu le combat face à de nombreux assauts de la maladie et qu’il a mis fin à ses jours en 2012. Mais, ce sujet n’étant absolument pas évoqué dans le livre, ce n’est pas ce que vous retenez de votre lecture. Non ce qui transperce l’ombre, la noirceur du monde et du quotidien brumeux de Craig c’est un rayon de soleil qui prend bien des formes. L’amour, les premiers sentiments, les rencontres, les différences, les contacts, l’art, trouver ce pour quoi il est fait, s’accepter, lâcher prise, respirer, vivre.

La structuration du récit est très pertinente en plus d’une narration à la première personne. En effet, l’histoire de Craig est divisée en « étapes » : Là où j’en suis, Comment j’en suis arrivé là, Baboum, L’hôpital puis chaque journée passée dans cet hôpital. La plume de l’auteur est captivante, et on sent vraiment la (malheureuse) maîtrise du sujet. Nous ressentons les émotions de Craig, nous les palpons, les comprenons. Pour les lecteurs ne connaissant pas la dépression, ce qu’elle induit, ce qu’elle est et ses conséquences sur le quotidien, l’auteur répond avec justesse à toutes les questions que l’on pourrait se poser. Les personnage secondaires apportent tous une contribution intéressante à l’histoire, à l’évolution de la maladie (qu’il sombre ou qu’il avance) de Craig et nous livre une formidable leçon de vie. L’auteur passe un message d’espoir au travers des moments sombres de son héros tout en y affrontant ses propres démons. Il est très rare qu’un livre parle aussi bien d’un sujet aussi dur, lourd et même tabou dans notre société où la performance est de mise, dans un monde qui ne nous laisse plus le temps de nous poser pour l’essentiel : vivre. Au travers des choix de Craig, de ses découvertes et de son évolution, le lecteur est touché, s’attache à ce jeune homme et garde espoir pour lui et son avenir. Les patients de l’hôpital ont aussi pour certains une histoire à nous transmettre sans leçon de morale ni récit sombre. Tout sonne incroyablement juste, vrai. Souhaitons à notre jeune Craig une meilleure fin que celui qui l’a crée mais vu le récit, c’est à n’en pas douter. Se battre, la joie de vivre vaincra.

Vous l’aurez compris, j’ai eu un véritable coup de coeur pour ce livre. C’est vraiment une histoire que j’avais besoin de lire et que je relirai. Même si pour l’auteur l’écriture n’a pas suffi à être salvatrice (nous ne savons pas ce qu’il vivait donc aucun jugement dans cette phrase), nous pouvons apprendre beaucoup de ce roman aux notes de vécu. A lire par les parents qui s’inquiètent pour leurs adolescents, à lire par les adolescents qui s’interrogent sur ce qu’ils ressentent, à lire par vous qui voulez comprendre cette maladie qu’elle vous touche ou touche vos proches. A lire par ceux qui veulent lire un fabuleux roman traitant d’un sujet lourd sans jamais oublier l’espoir. A vous qui culpabilisez d’être malade, vous n’avez pas à le faire. A vous qui pensez que vous n’avez aucune raison d’être dépressif et ne comprenez pas votre maladie, lisez ce livre, il n’y a pas besoin d’un contexte horrible pour être malade.

 

enbref

Un roman tout en émotions et optimiste traitant de la dépression d’un adolescent qui nous raconte son séjour en hôpital psychiatrique où il réapprend à vivre au contact des autres. Une histoire poignante sur un sujet dur mais traité avec humour et lumière. Bien sûr quand on connaît le destin de l’auteur on ne peut s’empêcher d’être bien plus ému et touché par ce récit qui sent le vécu dans les sensations et descriptions de la dépression.

MANOTE

20/20

coupdecoeur

Je tenais à adresser un petit coucou à Léa et My Pretty Books grâce à qui j’ai découvert ce roman et eu envie de le lire mais aussi grâce à qui j’ai découvert une maison d’édition dont le concept me plaît énormément. Je peux déjà vous dire que j’ai fait l’acquisition d’un autre ouvrage de la collection. 


 

CITATIONS

NB : j’ai noté beaucoup de citations de ce roman. Ceux ou celles qui connaissent ou ont connu la dépression s’y retrouveront forcément. Il est évident que l’auteur savait vraiment de quoi il parlait en écrivant cette histoire et qu’on y retrouve son vécu, indéniablement, même si le personnage est autre que lui même.

  • « – Les pensées suicidaires ?

J’ai de nouveau hoché la tête. Le docteur Barney m’a regardé droit dans les yeux, en faisant la moue. Pourquoi prenait-il les choses tellement au sérieux ? Qui n’a jamais pensé au suicide étant gosse ? Comment peut-on grandir dans ce monde et ne pas y penser une seule fois ? C’est une voie que beaucoup de gens célèbres ont choisi d’emprunter, après tout : Ernest Hemingway, Socrate, Jésus…Et d’ailleurs même avant le lycée, j’avais pensé que ce serait la seule chose à faire si je devenais célèbre un jour. […]

– Je pensais que… tant que vous n’aviez pas envisagé le suicide, vous n’aviez pas vraiment vécu, ai-je expliqué. Je me disais que ce serait bien d’avoir un bouton reste dans la vie, comme dans les jeux vidéo, pour pouvoir tout recommencer à n’importe quel moment en empruntant un autre chemin.

– J’ai l’impression que ça fait longtemps que tu te bats contre cette dépression, a fait remarquer le docteur Barney.  »

  • « – Sais-tu comment fonctionne la dépression ?

– Oui. » L’explication était fort simple. « Il y a des substances chimiques dans le cerveau humain qui transportent des messages d’une cellule cérébrale à l’autre. On appelle ça des neurotransmetteurs. Et l’un d’eux s’appelle la sérotonine.

– Très bien.

– Les scientifiques pensent qu’il s’agit du neurotransmetteur lié à la dépression…Les gens avec un déficit de sérotonine ont plus de chances d’être sujets à la dépression. […] Et donc ai-je continué, après que la sérotonine a passé son message d’une cellule à l’autre, elle est aspirée par la cellule cérébrale de départ afin de pouvoir être réutilisée. Mais le problème, c’est que parfois les cellules du cerveau sucent trop – je glousse- et ne laissent pas assez de sérotonine dans votre système pour véhiculer les messages. Il existe des drogues pour corriger ça, des inhibiteurs sélectifs de recapture de sérotonine qui empêche le cerveau d’en aspirer trop. On se sent mieux en les prenant. »

  • « On ne guérit pas de la vie […] On la gère »
  • « Alors bientôt, les gens auront des crises encore plus jeunes. On peut même imaginer que les médecins ausculteront chaque enfant à la naissance en se demandant s’il est apte à vivre dans le monde, s’il est équipé pour surmonter ces épreuves ; s’ils décident qu’il n’a d’ores et déjà pas l’air heureux, ils le mettront sous antidépresseurs, et l’entraineront sur la voie de la consommation à outrance. »

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Ned Vizzini

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[Chronique] Tous nos jours parfaits de Jennifer Niven

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Quand Violet et Finch se rencontrent, ils sont au bord du vide, en haut du clocher du lycée, décidés à en finir avec la vie.
Finch est la « bête curieuse » de l’école. Il oscille entre les périodes d’accablement, dominées par des idées morbides et les phases « d’éveil » où il déborde d’énergie. De son côté, Violet avait tout pour elle. Mais neuf mois plus tôt, sa sœur adorée est morte dans un accident de voiture. La survivante a perdu pied, s’est isolée et s’est laissée submerger par la culpabilité.
Pour Violet et Finch, c’est le début d’une histoire d’amour bouleversante: l’histoire d’une fille qui réapprend à vivre avec un garçon qui veut mourir.

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Il est parfois plus difficile de parler des livres coups de cœur que des autres. Ce livre fut pour moi un véritable coup de cœur, bien plus que je n’aurais pu l’imaginer. Je vais donc essayer de vous expliquer pourquoi.

Violet et Finch sont différents, ne se connaissent pas vraiment et ne se sont jamais parlés. Finch, de son prénom Théodore est le rejeté du lycée, tout le temps pris pour un fou. Il est suivi par un psychologue scolaire, pas vraiment soutenu par sa mère et il tente de garder le cap. Un midi, il se retrouve en haut du clocher de l’école, sans trop savoir pourquoi, sans doute pour en finir. C’est alors qu’il aperçoit la délicieuse Violet qui s’apprête à faire de même. Il lui sauve la vie et à partir de ce moment là il ne va plus vraiment la lâcher, sous prétexte d’un projet scolaire dont il va se servir pour réapprendre à Violet à vivre. C’est donc véritablement l’histoire d’une fille qui réapprend à vivre auprès d’un garçon décidé à en finir.

Ce livre est un véritable page turner dont la force réside probablement dans des personnages parfaitement sculptés et dans les thèmes abordés de manière pertinente. La plume de l’auteur nous permet de prendre le recul nécessaire pour comprendre la psychologie de ces deux jeunes qui n’ont plus goût à la vie. Violet est une fille traumatisée par la mort de sa sœur aînée et qui depuis s’est enfermée sur elle même et fait tout pour être discrète, elle qui était populaire et admirée auparavant. Finch lui a toujours du lutter contre les insultes et a appris à passer au travers. Mais un mal être énorme le ronge et chaque jour il réfléchit à une façon d’en finir, le suicide étant pour lui une envie omniprésente.

Nous sommes d’accord que les sujets abordés ici sont assez lourds, dramatiques : deuil, mal être, suicide. Le tout est toutefois allégé par une romance douce et sincère, qui donne de la lumière et de l’espoir. L’auteur n’a pas cherché à rendre le tout trop dramatique et garde une certaine distance sur le sujet, nous laissant se l’approprier. Nous nous attachons aux personnages, particulièrement à Finch et suivons leurs parcours à travers leurs découvertes de lieux épatants, à travers la découvertes des sentiments et des belles choses de la vie. Finch n’a qu’une mission : redonner à Violet l’envie de vivre. Mais Finch n’a qu’une obsession : la mort.

Un  livre bouleversant, qui m’a fait pleurer. C’est un torrent d’émotions qui se déverse en vous pendant la lecture et vous savez que vous n’oublierez ni ce livre ni cette histoire de sitôt. Une histoire triste mais qui laisse de l’espoir. Une part de ténèbres, une part de lumière. Si vous avez connu des épisodes dépressifs majeurs, ou si des envies suicidaires vous ont déjà effleurés, vous vous reconnaissez forcément dans ce livre. L’auteure en parle si bien que nous comprenons aisément qu’elle est passée par là et sait de quoi elle parle. Pas de clichés, que des sentiments authentiques et douloureux, bruts et amers. En alternant les points de vue Finch/Violet l’auteur nous fait prendre conscience des ressentis de chacun, de leur évolution et de ce qui les attend. Auront-ils la force de se relever et d’aimer à nouveau la vie ?

enbref

Une histoire bouleversante et poignante. Un sujet délicat mais parfaitement mené par une plume qui traite l’ensemble avec une grande justesse. Des personnages épatants et attachants mais surtout inoubliables. Un message universel pour tous ceux qui un jour ont ressenti ces émotions, vous n’êtes pas seuls.

MANOTE

20/20

Un véritable coup de coeur en raison des émotions fortes, voir brutales que l’on ressent. On en sort pas indemnes mais cela en vaut la peine.

Theodore Finch « Tu es toutes les couleurs en une, à leur maximum d’éclat ».

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CITATIONS

J’avoue avoir glissé énormément de petits post its dans ce livre mais je ne peux pas tout vous noter (au risque en plus de spoiler des choses), voici donc quelques morceaux choisis :

  •  « – Ce n’est pas de ta faute. Et pas la peine d’être désolée, c’est une perte de temps. Il faut vivre ta vie en faisant en sorte de ne jamais être désolée. Mieux vaut faire ce qu’il faut dès le départ, pour n’avoir à s’excuser de rien. »  Et c’est moi qui dit ça (Finch)
  • Et si la vie pouvait être ainsi ? Que du bonheur, jamais d’horreur, pas même de moments légèrement désagréables. Si on pouvait tout simplement ôter le mauvais et ne garder que le bon ? C’est ce que je voudrais faire avec Violet – ne lui donner que le bien, écarter le mal pour qu’il n’y ait plus que du bon autour de nous (Finch)
  • Parfois, ce qu’on ressent nous paraît plus vrai que la vérité, Ultraviolet. (Finch)
  • Etre aspiré par un trou noir, ce serait cool comme mort, non ? Personne n’a expérimenté la chose, et les scientifiques ne savent même pas si on passerait des semaines aspiré direct dans un tourbillon de particules et carbonisé. Je préfère m’imaginer que c’est comme être englouti. Tout à coup, plus rien n’aurait d’importance. Plus d’angoisses, plus de questions, plus de Qu’est-ce que je vais devenir, plus de risque de décevoir quiconque. Brusquement, pouf…plus rien ! (Finch)
  • Violet : – Qu’est ce qui se passe dans ta tête quand tu fais ça ? […] Une tentative de suicide. J’aimerais comprendre ce qu’on ressent. J’aimerais comprendre pourquoi. […] Amanda : – Je peux juste te dire ce que moi, j’éprouvais. Je me dégoûtais. Je me sentais nulle. Laide. Inutile. Repoussante. Minuscule. Bonne à rien. Laissée pour compte. Comme si je n’avais plus d’autre choix. Comme si c’était la seule solution…parce qu’il n’y a rien qui te retienne. Tu te dis « De toute façon, je ne manquerai à personne. Le monde continuera à tourner, avec ou sans moi. Et tout ira sans doute mieux si je ne suis plus là ».

J’en profite pour partager les infos utiles qu’on trouve à la fin du livre (mais de manière abrégée et pour la France)

Suicide écoute(7j/7 et 24h/24) au 01.45.39.40.00

Sos Dépression(7j/7 et 24h/24) au 01.40.47.95.95

Stop Harcèlement 0808 807 010

Allô enfance en Danger 119

« Je voudrais te poser une question,  Crois-tu que ça existe, un jour parfait ? »

[Chronique] Confusion de Cat Clarke

Résumé : Grace, 17 ans, se réveille enfermée dans une pièce blanche, avec une table, des stylos et des feuilles vierges. Pourquoi est-elle là ? Elle n’en n’a aucun souvenir. Et quel est ce bel inconnu qui la traite avec tant d’égards ? Coucher sur le papier les méandres de son passé lui donnera-t-il la clef de cette cage dorée ?

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Paru aux Editions Robert Laffont dans leur collection R

Mon avis : Confusion, c’est ce que vit notre héroïne Grace, qui se retrouve enfermée par un troublant personnage, au physique très plaisant mais qui ne lui parle presque pas. Dans cette pièce, il n’y a rien d’autre que des crayons et du papier. Qu’est elle sensée faire de cela ? Coucher ses souvenirs peut-elle l’aider à sortir ? Et pourquoi est-elle là ? Que s’est il passé les semaines précédant cette situation insolite ?

J’avais adoré Revanche et beaucoup apprécié Perdue et Retrouvée de Cat Clarke, je me réjouissais donc de retrouver la plume de l’auteur dans cet ouvrage. Mais ce ne fut que déception malheureusement. L’histoire est plate, monotone. Grace est enfermée mais ne se pose pas vraiment trop de questions…Elle couche sur papier les souvenirs qu’elle a de sa vie de lycéenne. Et il ne se passe rien d’autre. Nous allons alors découvrir ce qui s’est passé les semaines avant qu’elle se retrouve dans cette situation et c’est d’une banalité affligeante. L’héroïne Grace est insupportable, égoïste et je ne m’y suis pas attachée du tout…Quant à sa meilleure amie et son petit ami, ils sont juste plats, aucun travail n’a été fait pour nous permettre de comprendre la psychologie des personnages. Le style de l’auteur est bien présent mais cette fois ci, ça n’a pas pris. Une construction d’histoire bancale sur un sujet qui aurait pourtant pu être mieux exploité. L’intrigue est développée d’une manière pour le moins confuse mais ça ne colle pas. On devine assez rapidement ce qu’il en est…et on ne ressent pas grand chose.

Grace est donc notre personnage principal et elle a tout du cliché de l’adolescente moderne en poussant tout à l’extrême : alcool et sexe sont ses seules réponses à son mal être. Elle s’auto-mutile mais le sujet est bien trop mal développé dans l’histoire pour qu’on puisse s’y attarder ou comprendre…

En bref : une histoire plate, longue et sans émotions. Des sujets lourds (mal être de l’adolescence, alcool, auto-mutilation et trahison) mais qui ne sont pas assez bien développés pour donner du sens à l’histoire. Une fin prévisible et une intrigue menée d’une drôle de manière. Toutefois nous reconnaissons bien le style de l’auteur qui nous emmène quand même jusqu’à la dernière page…

Ma note Livraddict : 14/20