[Chronique] À la lumière du petit matin d’Agnès Martin-Lugand, le roman qui a illuminé mon coeur…

Publié aux éditions Michel Lafon – Mars 2018 – 334 pages
Merci à Michel Lafon pour cette lecture

À l’approche de la quarantaine, Hortense se partage entre son métier de professeur de danse et sa liaison avec un homme marié. Elle se dit heureuse, pourtant elle devient spectatrice de sa vie et est peu à peu gagnée par un indicible vague à l’âme qu’elle refuse d’affronter. Jusqu’au jour où le destin la fait trébucher… Mais ce coup du sort n’est-il pas l’occasion de raviver la flamme intérieure qu’elle avait laissée s’éteindre ?

Oui, le nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand m’a véritablement illuminé de l’intérieur, douce chaleur qui rayonne, quand à l’aide d’un sourire, le regard perdu dans le vague, je me remémore cette histoire, ses pans, des plus tristes aux plus heureux. Vous savez, parfois, vous devenez amie avec l’héroïne du roman que vous lisez. Et ses amis deviennent aussi les vôtres. C’est le cas pour moi avec plusieurs auteurs et Agnès en fait indéniablement partie. Diane, Iris, Yaël et Hortense. Oui, il manque les héros du roman J’ai toujours cette musique dans la tête. Et je vais vous confier pourquoi. Mes deux premiers ouvrages de l’auteure furent ceux qui content l’histoire de Diane. J’avais eu un véritable coup de coeur littéraire, alors que pourtant, je n’avais pas du tout prévu de découvrir cette plume. C’était un cadeau de ma maman, pour mon anniversaire. Aussitôt après, il m’a fallu découvrir l’histoire d’Iris qui m’a passionnée. Puis, quelque temps plus tard venait Yaël, qui ne savait pas prendre le temps de vivre. L’an dernier je n’ai pas lu le roman d’Agnès alors qu’il est chez moi depuis sa sortie, précommandé et livré en temps et en heure. Parce que ce n’était pas le moment. Cela arrive. Parce que j’avais peur de l’overdose, ne vous méprenez pas, je ne pense pas qu’on puisse avoir TROP de cette plume merveilleuse, non, j’avais plus peur du TROP de personnages attachants à quitter à la fin de l’histoire. Étrange crainte, n’est-il pas ? Mais qu’importe, l’ivresse est revenue et Hortense m’a redonné l’envie de me jeter sur l’histoire de Véra et Yanis. Vous en entendrez parler.

Hortense, à l’approche de la quarantaine, peut sembler heureuse. Même si depuis quatre ans, elle pleure l’absence de ses parents, elle fait son possible pour croire que sa vie est belle. Mais n’est-elle pas dans une illusion parfaitement entretenue depuis la mort de ses parents ? Professeur de danse, elle s’épanouit dans son art et prend plaisir à le transmettre. Hortense est en couple, ou plutôt en liaison avec un homme marié et avec enfants. Deux soirs par semaine, jamais de nuits, interdiction de l’appeler, Aymeric a mis en place un jeu de règles bien strictes pour qu’Hortense ne côtoie jamais sa vie de famille. Quant à elle, elle a toujours tout accepté, tout simplement par amour. Ses amis l’invitent à ouvrir les yeux, elle refuse de le faire. Mais, même si elle se fait croire qu’elle est heureuse, petit à petit, la mélancolie, le doute l’assaillent. Quand survient un élément soudain, Hortense décide d’aller prendre du temps pour elle dans la maison provençale de ses parents. S’ouvre alors pour elle, une autre vie, celle qu’elle a toujours eu, enfant, avant Paris, avant Aymeric et la clandestinité de cette relation taboue. Face à ses souvenirs, ses amis, ses nouveaux choix et son mystérieux pensionnaire de chambre d’hôtes, Élias, Hortense fait le point. Et si le bonheur était tout autre que celui qu’elle a construit à la capitale ?Photo BettieRose à la lumière du petit matin

La lumière tant recherchée sans même le savoir est indéniablement le bonheur, ou, plutôt, le cheminement qui va y conduire. Hortense, totalement aveuglée par l’amour d’Aymeric et sa relation illusoire qui pourtant la blesse, pense être heureuse. C’est quand un facteur déclencheur va venir la frapper qu’elle va réaliser qu’elle vivait tout au travers du prisme de l’imagination d’une femme qui voulait être heureuse et aimée. Peut-on se contenter indéfiniment de la seconde place ? Elle n’a jamais voulu être « l’autre femme », elle n’a jamais voulu vivre cachée de tous et ne jamais partager de nuits. Sans aucun regret, mais sans quitter son amant pour autant, Hortense va se retrouver à la Bastide, cette demeure léguée par ses parents. Là-bas, au rythme des chambres d’hôtes, elle peut faire le point, comprendre qui elle est, et peut-être enfin faire le deuil de ses parents. Elle renoue avec ses racines, solides et bien ancrées dans cette terre provençale. Paris ne lui manque pas, danser oui, mais enseigner ? Elle doit éclairer sa situation. Élias, jeune quarantenaire, débarque un soir de mauvais temps et s’installe à durée indéterminée. Nous devinons de suite que cet homme fuit la chaleur humaine, qu’il est brisé. Hortense va vouloir le comprendre, l’approcher, à ses risques et périls. Cette expérience de début de saison en Provence va profondément bouleverser la vie d’Hortense. Elle va apprendre tant de choses, comprendre le sens de tant d’autres. La lumière comme seconde chance… mais cette lumière du petit matin a aussi une autre occurrence dans le roman que je ne dévoile pas ici, mais croyez-moi, c’est touchant.

Les personnages secondaires, qui tournent donc autour d’Hortense, sont tous finement travaillés, avec les détails qu’il faut, sans jamais faire dans le cliché. Finalement, nous nous rendons compte que notre danseuse est assez isolée à Paris, elle n’y a que ses collaborateurs du studio de danse, Bertille et Sandro. Sont-ils les plus fiables ? Les plus délicats ? Sans aucun doute, leur amitié est précieuse et sincère, maintenant chacun a sa propre vie, son propre chemin à tracer. Et puis, à Paris, elle a Aymeric. Ou plutôt Aymeric a Hortense puisqu’elle ne peut jamais rien prévoir ni décider et qu’elle est soumise au rude emploi du temps des mensonges de ce dernier. La relation Aymeric-Hortense occupera un joli pan de notre histoire, après tout, Hortense tient vraiment à lui et à leurs moments. Aymeric nous agacera, c’est indéniable. Qui s’attache complètement à un homme infidèle ? Mais nous comprenons aussi qu’il a des sentiments sincères pour sa maitresse, et qu’il a vraiment cru pouvoir concilier deux histoires, aussi ridicule que puisse paraitre cette idée malhonnête et égoïste. Il nous sera présenté sous un jour assez rude, mais pas seulement. Et nous parvenons alors à capter, le temps d’une larme, qui est cet homme qu’Hortense aime tant. Viennent ensuite Cathie et Mathieu, le couple d’amis d’Hortense à la Bastide, je ne peux en dire trop, ils sont exceptionnels et vous devriez les rencontrer, vraiment. Élias est le personnage insondable de l’histoire, mystérieux et taiseux, brisé et aux aguets, toujours prêt à fuir. Mais fuir quoi exactement ? Lui-même. Comme Hortense, nous apprendrons à le connaitre via une méthode que je tais ici… Toujours est-il que ce personnage est beau, a besoin de retrouver la lumière vers son propre chemin de vie et que sa rencontre avec Hortense pourrait bien l’y aider… Une galerie de personnages avec lesquels nous nous sentons bien et une héroïne qui change, enlevant le costume qu’elle avait enfilé si longtemps, pour se révéler à la lumière du petit matin, mais surtout à celle du bonheur.

Encore une fois, la plume de l’auteure a fonctionné à merveille avec moi, ses phrases m’entrainant toujours plus loin, me rendant si accro à l’histoire qu’il me fut difficile de refermer le livre. J’ai pleuré sur une scène, mais c’était surréaliste pour moi de pleurer sur une telle scène… La douceur des mots, la beauté d’un instant peuvent pourtant suffire à nous toucher au plus profond. Les regrets ne resteront pas, l’auteure prenant soin de remettre ses personnages sur la bonne voie. Danser pour s’oublier ou danser pour exister, Hortense nous fera connaître ces deux sensations, et l’on sentirait presque l’odeur de la salle de danse, entendrions les impacts de la danseuse sur le sol, alors que nous serions émus de sa grâce et de son accomplissement. Par contre, nous ne serons pas les seuls spectateurs…

Agnès Martin-Lugand nous conte des histoires de femmes comme personnes. Des destins bouleversants, des prises de conscience, de l’amitié et de l’amour, voilà les ingrédients du cocktail magique servi ici pour la 6e fois, mais jamais réchauffé. Nous pouvons lire tous les romans de l’auteure, nous reconnaitrons cette plume en douceur et justesse tout en comprenant que chaque histoire est unique et nous entraine vers quelque chose de différent. À la lumière du petit matin est un roman sublime, éclairé par les plus belles lumières du matin, mais aussi par la grâce époustouflante de notre héroïne. Magnifique.

Si je m’attendais à apprécier ce roman, je ne m’attendais en revanche pas, à avoir un coup de cœur. Toute la première moitié du roman, je n’aurais pu parier sur cela. Et pourtant, page après page, la lumière s’éveille, vient nous réchauffer au creux de la poitrine et nous tombons sous le charme de cette sublime histoire et de notre précieuse Hortense. Un roman que je recommande de manière certaine.

28 réflexions sur “[Chronique] À la lumière du petit matin d’Agnès Martin-Lugand, le roman qui a illuminé mon coeur…

  1. Coucou
    Il faut que le livre soit remarquablement écrit pour arriver à partir d’une histoire assez banale (l’homme infidèle et la maîtresse) arriver à en faire une histoire remarquable et touchante.
    D’après ton article, c’est quelque chose que je ressens bien et qui me fait penser que cette histoire n’est pas si banale que ça, qu’elle saura apporter quelque chose, une note qui touche le cœur et ça en lecture, c’est tellement important.
    C’est une belle découverte !

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis aussi en train de le lire Hortense et très attachante j’ai hâte de le terminer les livres d’Agnès sont toujours plein d’émotion j’adore

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  3. Hello,
    Je n’ai pas lu ce livre mais j’ai entendu parler de cet auteur, faudrait que je me lance du coup ! En plus les sujets abordés m’intéressent 🙂 Je pense en tout cas qu’on ne peut pas tout accepter par amour, ce serait trop dangereux et malsain à mon avis ^^
    Des bisous à toi 🙂

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  4. J’adore ta chronique. Et cette histoire que je découvre à travers ton ressenti m’attriste et me donne envie de lire en même temps. Ma meilleure amie est dans le même cas qu’Hortense et j’essaye désespérément de lui ouvrir les yeux sur la réalité, mais elle voit pas qu’elle se trouve ailleurs. Je vais donc lire ce roman rapidement et le lui offrit dans un second temps.
    Merci tu m’as touché en plein cœur.

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  5. Rien que le titre et le couverture, on pressant une histoire touchante et délicate, et ton avis semble aller dans ce sens… Tu donnes bien envie de découvrir cet auteur et ses personnages en tout cas!

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  6. Oh woua encore une fois tu m’as complètement happé avec ce livre.
    Encore un genre ou je serais complètement passé à côté !
    Encore une fois je te remercie, j’ai rarement des résumés aussi parfais, qui font envie, tout autant qu’il ne dévoile rien.
    Sur ma wishlist (merci again 🙂 )

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  7. Je n’ai toujours pas lu cette autrice ! Pourtant, ma mère a tous ses romans dans sa bibliothèque, mais je n’ai toujours pas sauté le pas. Par lequel conseillerais-tu de commencer (parce qu’il commence à y en avoir quelques-uns mine de rien) ?

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  8. J’avais lu le premier livre de cette autrice, « Les gens heureux… » et je n’avais pas du tout aimé, j’avais trouvé ça très mal écrit et l’histoire affreusement cliché. Cependant, bien que ce soit un mystère pour moi (cela dit peut-être que son style s’est amélioré au fil de ses romans), elle semble très populaire sur la blogo (et probablement en dehors aussi) donc tant mieux pour elle ! 🙂

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  9. Ton article me donne bien envie de découvrir ce livre, même si je déteste déjà Aymeric parce que je hais ce genre de comportement et la pauvre Hortense qui croit à son amour… :/

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  10. Pingback: Throwback Thursday Livresque 2018-16 : Week-end ou break | BettieRose books

  11. coup de coeur pour moi aussi ! J’attendais de terminer ma lecture avant de lire ta chronique.
    Je crois que c’est le roman d’Agnès Martin-Lugand que j’ai préféré. Quoi que « Entre mes mains le bonheur se faufile » était tout de même super aussi !
    bon week-end
    Elsa

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