[Chronique] Rebelle du désert, tome 2 : La trahison de Alwyn Hamilton

Publié aux éditions Pocket Jeunesse (PKJ) – Septembre 2017 – 444 pages
Traduction Hélène Zylberait
Merci à Pocket Jeunesse pour cette lecture

 

Le destin du désert repose entre ses mains

Amani et Jin luttent désormais ensemble pour libérer le désert du Miraji. Retenue au coeur du palais du sultan, la guerrière est déterminée à découvrir les secrets du tyran sanguinaire. Mais ce qu’elle apprend ébranle toutes ses convictions… Le sultan est-il le véritable traître ? Et surtout, que cache la mystérieuse disparition de Jin ?

« On alluma des torches. Les gens dansaient au rythme de la musique, mangeaient et buvaient. Pendant quelques heures, nous n’étions plus en guerre. C’était par des nuits telles que celle-ci que je croyais plus que tout en nous. Des nuits où tout le monde arrêtait de se battre pour vivre la vie que nous promettions au reste du Miraji. »

Quand on est un livre, être le tome 2, ce n’est jamais facile. Un peu comme le second d’une fratrie de 3 enfants, vous voyez ? Il est largement reconnu que, malheureusement, les tomes 2 ne sont pas toujours à la hauteur, servant bien souvent de transition vers le trois. Du coup, généralement, le lecteur soupire. Eh bien, Alwyn Hamilton n’entrera pas dans la liste des tomes 2 bien trop « boring », mais au contraire se classera aisément dans celle des seconds opus palpitants. Car La Trahison est absolument formidable, nous ne nous ennuyons pas une seconde, la Révolution continue de se mettre en place, les personnalités se révèlent ou s’affirment, la mort et la trahison rôdent, de même que la duplicité et la soif de pouvoir encerclent les personnages. Au cœur du désert, ce sont bien des épreuves qui attendent Amani et ses amis.

Quand nous retrouvons Amani, elle est empreinte d’une certaine nostalgie et bien malgré elle, d’une crainte pour l’avenir. S’ils ont trouvé un refuge temporaire, ils ne sont pas sans savoir que la guerre fait rage et que tôt ou tard il faudra se battre. Alors qu’ils libèrent une ville, Amani retombe sur quelqu’un qu’elle ne s’attendait jamais à revoir. Et l’on peut dire que la tension entre les deux femmes est de mise. Nous sommes plongés directement dans un monde sans concessions où chaque seconde compte pour sauver sa peau et où les femmes comme Amani sont traquées et tuées. À elle de se protéger ou de sacrifier sa liberté au nom de la Révolution. Sa plus grande préoccupation reste, malgré elle, la fuite de Jin. Nous savons désormais que ces deux-là s’aiment et que leur relation, très forte, pourrait bien les conduire à un prochain bonheur. Oui, mais ce n’est pas encore le moment. Par un concours de circonstances que je vous laisserai découvrir, Amani intègre le harem du Sultan. Là-bas, des rencontres du passé vont venir perturber la quiétude et la confiance de la jeune femme. Quand elle se rend compte des plans et machinations du Sultan, l’horreur l’assaille. Plus que jamais, la Révolution doit prendre le pouvoir.

« – Vous souvenez-vous de ma mère ? Zahia Al-Fadi De Dustwalk. Vous souvenez-vous d’elle ?
– Je me souviens de tout le monde. […] Ta mère était très belle. Tu lui ressembles. Elle fuyait son foyer. Par les montages. Elle ne serait pas allée très loin. Elle aurait fini par rebrousser chemin ou mourir. Elle n’avait des vivres que pour quelques jours. J’étais tombé dans un piège posés par vos anciens, ceux destinés aux Bouraqs. Rudimentaire mais en fer donc efficaces. Zahia m’a trouvé et m’a libéré.
– Alors pourquoi , ne l’avez-vous pas sauvée ? […] Vous auriez pu la sauver, n’est-ce pas ?
– Oui. J’aurais pu apparaitre le jour où ces gens ont choisi de la pendre. Je l’aurais décrochée et emmenée avec moi. Comme dans toutes ces histoires qu’elle te racontait quand tu étais petite. Dans quel but ? Pour la garder dans une tour pendant quelques années ? Elle était mortelle. Même toi, malgré la puissance de mon feu en toi, tu mourras un jour. Vous mourez. C’est la seule chose que vous faites sans faute. Si je l’avais sauvée ce jour-là, elle serait morte d’une manière plus tard. »

La mythologie et l’univers installés dans le premier tome vont aussi se voir confirmés et développés d’une manière absolument fascinante. On se régale des traditions et des légendes, des histoires et malédictions, des rumeurs et spéculations, sans jamais oublier le contexte très lourd de la guerre qui gronde. Dans ce palais sans indulgence, Amani va devoir jouer un rôle nouveau si elle ne veut pas perdre son temps et finir pendue. Parce que, sachez-le, le Sultan n’a aucune pitié et ne pense qu’à son propre intérêt. Au cœur de ce monde, Amani fera des alliances, bonnes ou mauvaises, mais surtout d’effroyables découvertes. Les personnages sont hauts en couleur et les personnalités toujours aussi bien dessinées, permettant au lecteur de comprendre émotions et réactions.

La plume, toujours addictive, nous entraine dans une intrigue palpitante, mais qui laisse aussi la place à la réflexion et au tiraillement? Qu’est-ce qui définit une trahison ? Doit-on trahir un minimum pour sauver sa cause ? Notre Bandit aux yeux bleus va devoir peser le pour et le contre et surtout trouver les bons alliés, capables de l’aider à libérer ce qui ne doit pas rester enfermer. Impitoyable, le Palais regorge de pièges, mais également de surprises totalement incroyables. Le faste se mélange à la misère, le beau à la laideur, l’honneur au déshonneur, la vie à la mort. Nous aurons l’occasion de rencontrer tout un panel de personnages faisant tout pour sauver leur peau dans un endroit comme le Palais dans lequel la vie des sujets est aussi éphémère que celle de leur intérêt. Nous allons donc de rebondissements en rebondissements, craignant parfois pour la vie des personnages impliqués, et malheureusement cela s’avère, de temps à autre, justifié. Car une guerre ne saurait se faire sans morts, une révolution sans pertes, et cela aussi bien du côté de la Rébellion que des tyrans du Palais aux projets démoniaques.

« Amani, souvent, les pères nous déçoivent. »

Nous retiendrons notre souffle, verserons des larmes, tenterons de comprendre quelle solution s’impose et cheminerons au rythme d’Amani. Nous profiterons des rares instants avec Jin, personnage toujours aussi fascinant et vibrerons au tempo du groupe des rebelles. La politique est présente, mais plus dans son aspect populaire. Il n’est pas évoqué de voler les riches pour donner aux pauvres, mais de rétablir la liberté et la vérité. Le Sultan, fier de s’appuyer sur des coutumes et superstitions, ne cherche en fait qu’à écraser son peuple, le dominer et le diriger. Ce qui est hors de question pour Amani, surtout vu l’épreuve terrible qui l’attend dans ce palais. Des personnages du passé feront leur retour, en touche subtile et surtout sans aucune facilité dans l’intrigue. Tout nous apparait au bon moment et sans évidence, voilà qui réserve du suspens au lecteur.

 » Les Djinns étaient faits d’un feu qui ne s’éteignait jamais. Un feu sans fumée éternel dnné par Dieu. Et au premiers jours du monde, les Êtres premiers vivaient un jour sans fin.
Puis arriva le Destructrice des Mondes. Elle apporta l’obscurité. Elle apporta la nuit. Et elle apporta la peur. Puis elle apporta la mort.
Elle mania le feu et tua le premier Djinn immortel. Et en mourant, il se transforma en étoile. L’un après l’autre, les Djinns tombèrent et remplirent nitre ciel. »

Soulignons également le travail de traduction et éditorial qui confère à la plume originale une beauté incroyable. De la façon dont cette plume nous raconte des histoires, les origines des Djinns par exemple, nous sommes transportés directement au campement des rebelles, nous nous imaginons les aider à se préparer et la question des Djinns et de leur pouvoir sera plus que jamais abordée. Reste à voir ce que le tome 3 nous réserve, mais s’il est à la hauteur de ces deux premiers opus, cela ne peut être que du grand bonheur. Un sans faute donc pour La Trahison, j’aime toujours autant l’écriture, le contexte, les descriptions, les légendes et la mythologie, mais aussi les personnages. Car, en dehors de Jin et Amani, nous allons découvrir des personnalités prêtes à tout pour sauver un peuple, à tout pour préserver la rébellion. Quitte à y perdre la tête. Notons toutefois que ce tome est riche en informations, Histoire et légendes et qu’il vous faudra, quand même, être attentif. Il serait dommage de manquer des « morceaux » pertinents et merveilleux, de l’univers incroyable crée par Alwyn Hamilton.

 

Ce second tome est largement à la hauteur du premier ! Reprenant où nous en étions, nous replongeons dans la Révolution et apprenons à encore mieux connaitre ses acteurs. Amani, capturée par le Sultan et le Sultani va devoir faire preuve de sang-froid et de ruse. Mais elle ne sera jamais totalement seule et saura lier les alliances nécessaires. Toutefois, rien ne sera simple et comme dans le premier opus, il faudra compter sur des pertes humaines douloureuses. Excellent !

Ce tome 2 est tout aussi excellent et agréable à lire que le premier. S’il n’a pas remporté le coup de cœur, c’est juste parce que j’ai eu un petit peu de mal à re-rentrer dans l’histoire, à resituer le contexte. Toutefois, l’auteure a pris la précaution de bien situer les choses avec de très bons rappels, mais c’est surtout au niveau des personnages que j’ai eu un petit temps de latence. Une fois que c’était parti, l’intrigue m’a totalement emportée dans des contrées lointaines et impitoyables et mon cœur au battu au son de la Révolution. Amani n’est pas l’héroïne parfaite, mais elle est intelligente et veut, plus que tout, protéger le peuple opprimé. Quant à la romance, elle est ici délicate et discrète, mais apporte la douceur dans les violences, combats et perte. Vivement le troisième tome.


Chapitre 31 – Le Djinn Traître

À une époque dont seuls les immortels se souvenaient, le monde était immuable. Le soleil ne se couchait ni se levait. La mer n’était pas affectée par les marées. Les Djinns ne ressentaient ni peur, ni joie, ni peine, ni douleur. Rien ne vivaient rien ne mourait. Tout était.
Puis la première guerre éclata.
Elle apporta l’aube et le crépuscule, la haute et la basse mer, des montages et des vallées. Et, surtout, elle apporta la mortalité.
Les humains furent crées par une étincelle de feu de Djinn, mais ils n’étaient pas immortels. Et cela fit une énorme différence. Cela changea tout. Ils ne se contentaient pas d’exister. Ils naissaient et mouraient. Et entre-temps, ils ressentaient tellement de choses que cela attira les immortels, même s’ils n’étaient que des étincelles face aux feux des Djinns.
À la fin de la guerre, les Djinns du grand désert contemplèrent le monde transformé. La terre qui avait été la leur. La guerre qui était terminée. Les mortels avaient rempli leur rôle. Ils s’étaient battus. Ils étaient morts.

(Ceci est un passage que j’ai beaucoup aimé, je tenais à vous le partager)


Ma chronique du tome 1

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