[Chronique] The Ones – Tome 2 de Daniel Sweren-Becker

Publié aux éditions Hugo New Way – Octobre 2017 – 336 pages
Traduction Benjamin Kuntzer
Merci à Hugo New Way pour cette lecture

La révolte bat son plein. Les Ones, ce 1 % de chanceux sélectionnés par le gouvernement pour être génétiquement modifiés à la naissance, sont cernés. Et le mouvement Égalité n’a jamais été aussi puissant.

Farouchement déterminée à sauver son petit ami James qui s’est sacrifié pour elle, Cody se met à frayer avec un groupe de rebelles qui défend les droits des Ones envers et contre tout. Mais alors qu’elle se rapproche de leur leader, le mystérieux Kai, elle comprend rapidement que celui-ci a un plan plus fou que tout ce qu’elle aurait imaginé. Un plan qui pourrait changer le futur des Ones pour toujours. Et elle sait que Kai ne reculera devant rien…

Souvenez-vous (ou découvrez), lors de la sortie du premier tome l’année dernière, je l’avais largement soutenu et défendu. En effet, j’avais adoré le début de cette histoire que je trouvais alors innovante et intéressante sur les pistes de réflexion engendrées. Vu que nous parlons ici d’un tome 2, il est évident que nous risquons de spoiler des éléments du tome 1, donc faites votre choix. Et parce que j’avais vraiment aimé ma lecture, je vous copie ici le  » en bref » de ma chronique de l’époque :

The Ones incarne une dystopie innovante qui prend place dans un monde si proche du nôtre qu’on s’y voit totalement. Ici, le cadre se veut nuancé et on nous invite à une réflexion pertinente et fascinante. Avec une plume vive, l’auteur nous entraine au cœur d’une intrigue palpitante aux côtés de personnages attachants. Parfait pour renouer avec la dystopie ou pour s’y initier. Brillant, addictif !

Mais alors, quelle déception que ce second et dernier tome! Je suis triste d’écrire cela aujourd’hui après avoir autant aimé le premier et l’avoir défendu, parce que pour moi il y a une énorme différence de qualité entre ces deux livres. Autant le premier m’a emportée et fascinée, j’étais même subjuguée par la psychologie des personnages, autant le second ne m’a apporté que soupirs, déceptions, incompréhensions et ennui. Vous le savez je ne peux pas vous mentir dans mes chroniques alors allons-y pour cet instant de vérité.

Pour commencer, je dois quand même souligner que nous reprenons où nous en étions et que c’est une bonne chose de voir les éléments se remettre en place. Si la plume est toujours aussi intéressante et nous entraine toujours sur de bonnes pistes de réflexion, elle perd ici de son mordant, de sa personnalité franche, de son réalisme sur certains sujets. Cody fut donc séparée de James, son petit ami, et elle a toutes les raisons de penser qu’il est dans un camp et va recevoir prochainement le vaccin. Cody, bien qu’ « ordinaire », souhaite plus que tout protéger les Ones. Le projet mis en place pour le gouvernement ne vise qu’à rabaisser les Ones et les torturer, les priver de toutes leurs libertés. Et depuis qu’Édith a dévoilé la liste, des milliers de jeunes furent entrainés dans des camps. Cody est donc aux côtés de Kai, rebelle affirmé et de Tarryn qui ne l’apprécie vraiment pas. Entre Kai et Cody, il existe une certaine tension, attraction. Mais qu’importe puisque que Cody ne souhaite qu’une chose : retrouver James, sauver ensuite les Ones. Alors quand elle va se retrouver confrontée à la fameuse Édith, Cody sera déstabilisée. Cette femme dit être de leur côté et avoir d’immenses projets. Peut-on lui faire confiance ? Et elle, peut-elle faire confiance à Édith ?

« – D’abord et avant tout, c’est un refuge, un lieu qui ne figure sur aucune carte et où nous serons toujours en sécurité. Qui sait combien de temps nous devrons rester ici, mais je crains que cela dure un moment. Peut-être pour toujours. Le caractère prévisible de l’égoïsme humain n’est éclipsé que par le caractère imprévisible de sa stupidité. Mais, quelle que soit l’issue, je te promets que nous serons prêts. »

Très sincèrement, si le rythme était présent dans cette histoire, nous pourrions sans aucun doute passer un sympathique moment divertissant. Mais ce n’est pas le cas. Les faux départs d’action incessants ont fini par m’agacer et le personnage d’Édith est bien trop caricatural, atteint d’une démence que personne ne semble remarquer. Sauf peut-être Cody. Mais Cody n’est pas vraiment mieux dans le genre, agissant toujours avec impulsivité et égoïsme, pensant constament savoir mieux que les autres et mettant de nombreux plans en l’air. Qu’importe les dommages collatéraux tant qu’elle obtient satisfaction. Son comportement est horripilant ainsi que son petit jeu avec Kai. Quant à Kai, mais pauvre garçon ! Lui si intéressant et si prometteur dans le premier opus devient ici le petit toutou d’Édith, mais aussi de Cody, ce qui donne des situations vraiment plates où il passe son temps à réfléchir à son honneur, ses idées, ses convictions et ses sentiments.

« Et Kai venait de lui rappeler une chose encore plus importante : parfois, on peut perdre de vue sa raison de vivre. Cody s’était retrouvée prisonnière d’une spirale de désillusions concernant ce qui lui restait dans ce monde. »

Édith étant une petite maligne, elle a toujours un tour d’avance sur ses adversaires et là, je crois qu’on m’a totalement perdue. Pour ce qu’il y a dans la grange, OK, cela me semble plausible et ne m’a pas « contrariée ». En revanche, le cadeau qu’elle apporte à Kai et qui doit prouver sa bonne foi m’a fait lever les yeux aux cieux et je me suis demandé si l’auteur était bien sérieux sur ce coup-là. Et la réponse est oui. Et ce joli petit cadeau, nous allons le suivre jusqu’à la dernière ligne. Inutile ? Pour moi, totalement, si ce n’est pour permettre à Cody de se racheter une conscience. Et James dans tout cela ? Eh bien, si vous êtes attentifs vous comprendrez très vite que Cody, en plus d’être naïve, n’a pas vraiment réfléchi lorsqu’elle a enfin eu quelqu’un face à elle pour lui répondre. De plus, la relation entre les deux jeunes gens souffre d’un silence et quand enfin ils se parlent, nous n’apprenons presque rien. Cody est une véritable girouette sur le plan sentimental, un peu d’ailleurs comme dans tout le roman. James n’a plus aucun caractère et cela ne vient pas de mauvaises expériences. Non, il est tout simplement effacé. Un peu comme Kai. Tout tourne autour de Cody qui devient très vite agaçante avec ses idées foireuses la plupart du temps!

Toutefois, les mauvaises manœuvres de Cody seront utiles à mettre au jour la folie complète d’Édith. Entre le gouvernement et la rébellion, un choix s’impose. Mais si aucun ne faisait ce qu’il fallait ? Cody est persuadée de pouvoir trouver LA solution idéale et ne cessera de basculer d’un camp à l’autre, girouette, je vous disais. Il est rare qu’un personnage m’agace autant et pas de chance, elle au cœur même de l’intrigue, occupant le devant de la scène. Le roman manque également d’émotions et de sentiments, les morts n’étant alors qu’une anecdote ou un fait à noter pour la comptabilité. J’ai dû mal à imaginer qu’on puisse accepter la mort de quelqu’un auprès de qui nous sommes restés un moment, le temps de 2 pages.

« Chaque jour de sa vie, il le prouvait de nouveau à Cody : il tenait plus à elle qu’à lui même.
Pour elle, c’était la définition même de l’amour. Et à présent, elle se devait d’être à la hauteur. »

Enfin, précisons que dans ce roman, la femme occupe une place bien définie (je ne peux pas spoiler bien entendu) et que j’ai trouvé ce machisme agaçant. Si déjà l’ensemble fait grincer des dents, le rôle des femmes dans le projet d’Édith a achevé de titiller mon côté féministe. De plus, nous aurions largement pu nous passer d’un triangle amoureux trop présent et pourtant pas vraiment utile. Ah si, pardon, Cody. J’ai eu cette impression que l’auteur vénérait son personnage principal et a tout fait pour que tout tourne autour d’elle, mais pas seulement l’action. Elle devient l’élue et la cible, la femme aimée de deux hommes, va au secours de l’humanité, mais n’a jamais trop à se poser de questions sur les conséquences. Quant à la fin, je n’ai absolument pas adhéré à cette piste, ce chemin pris qui n’est pas cohérent avec le reste du livre. Si tout le long du roman nous avons pu nous concentrer sur la réflexion politique pertinente, ici tout s’écroule. Dommage, car ces pistes politiques et éthiques sont à mon sens les vraies forces du roman. C’est donc avec regret et amertume que je dois avouer que cette lecture n’a pas répondu à mes attentes. Très sincèrement, si le premier tome n’avait pas aussi bien planté le décor, je doute que j’aurais pu accrocher au second.

Une déception amère pour ce second tome dans lequel je n’ai pas retrouvé les ingrédients qui m’ont fait adorer le premier. Tout devient facile et fade, le personnage principal est insupportable, le triangle amoureux bien trop présent alors que peu utile, et la fin du roman ne vient pas au secours du reste, malheureusement. Seule force demeurant présente, la réflexion sur l’égalité entre les êtres humains : réalité ou utopie ?

Déception et amertume, car la base du premier tome était prometteuse et j’avais vraiment adoré ce concept si plausible de modifications génétiques. Si nous avions retrouvé l’équilibre du premier en approfondissant les questions éthiques et politiques, cette duologie aurait été géniale. Malheureusement, on perd notre temps sur un triangle amoureux très ennuyeux, et une héroïne autour de laquelle tout tourne et qui s’avère un peu girouette/tête à claque. Quant aux personnages secondaires ils sont soit totalement indécis, soit déments, soit fades, mais le contraste ne donne malheureusement pas le relief attendu. Dommage…

15 réflexions sur “[Chronique] The Ones – Tome 2 de Daniel Sweren-Becker

    • BettieRose dit :

      Très dommage, les idées, le postulat de départ auraient pu donner des choses beaucoup plus profondes. Ce tome 2 qui ne tourne qu’autour de Cody oublie la réalité des Ones mais surtout le questionnement sur l’égalité. Il est si peu abordé… Et que dire de cet écoeurant et ridicule triangle amoureux…

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  1. Satine's books dit :

    Je t’avoue que je n’étais pas forcément hyper tentée par le premier roman après les multiples avis que j’ai vu sur la toile. Parfois très bons, parfois très mauvais. Ici, je me rassure. Je ne lirai pas cette saga. Désolée :/

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