[Chronique] Le Paradis Blanc de Kristin Hannah, le roman qui nous entraine dans un froid glacial…

Publié aux éditions Michel Lafon – Octobre 2018 – 540 pages
Traduction Matthieu Farcot
Merci à Michel Lafon pour cette lecture

Quand Ernt rentre du Vietnam,  Leni, dix ans, ne le reconnaît pas. Poursuivi par de terribles cauchemars, Ernt se montre violent envers sa femme Cora. Un jour, il reçoit une lettre du père d’un de ses amis, mort dans ses bras durant cet enfer, qui lui lègue une masure en Alaska. Il se dit qu’il pourra peut-être s’y reconstruire. Avant la guerre, ils étaient si heureux…

« Ici vous pouvez commettre une erreur, la deuxième vous tuera. »

Le Paradis Blanc est le genre de roman hypnotisant et époustouflant que vous lisez bien trop rarement dans votre vie. Si Kristin Hannah m’avait déjà totalement séduite avec Le chant du rossignol, je peux dire qu’ici elle réitère avec brio. Elle confirme auprès du lectorat français sa capacité à créer des histoires fortes, chargées en émotions sans virer au dramatique surjoué, et elle nous fait ressentir la moindre sensation. Ne soyez pas surpris de penser avoir froid pendant votre lecture. De ressentir l’amour. L’horreur. La peur. Vous allez passer par toutes les émotions que notre héroïne, Leni, va devoir également affronter. Dans cette période charnière qui va de l’enfance à l’adolescence puis, très rapidement dans un contexte tel que le sien, vers l’âge adulte, la maturité où la prise de décision peut tout impacter.

« Papa voulait un nouveau départ. Il en avait besoin. Et Maman avait besoin qu’il soit heureux. 
Ils allaient donc dans un nouveau lieu, en espérant que le changement géographique soit la solution. Ils iraient en Alaska, en quête de ce nouveau rêve. Leni ferait ce qu’on lui demanderait et elle ferai avec bonne humeur. Elle serait une fois de plus la nouvelle au collège. Parce que c’était ça, l’amour. »

Ernt est fou amoureux de sa femme Cora. Entre eux c’est passionnel et fusionnel. Il est également très attaché à sa fille dont il est fier. C’est un homme qui aime avec tout son cœur. Sauf que depuis qu’il est rentré du Vietnam, où il fut prisonnier, il n’est pas du tout le même. Nous sommes dans un contexte historique où le syndrome du stress post-traumatique n’était pas spécialement envisagé (En fait sur la période concerné, les traumatismes liés au combat n’étaient pas pris en compte, du moins pas au sens médical du terme par le ministère de la Défense. En 2014, le dossier de certains devaient être revu). C’était « à la dure ». Seulement, de nombreux soldats en ont souffert. Chez Ernt cela s’explique par l’alcool, la violence, la paranoïa. Parfois, il devient même incontrôlable. Leni et sa mère redoutent chacun de ces moments de fureur, et Leni va jusqu’à se demander si l’homme dont elle se souvient, son papa aimant et joyeux, a réellement existé un jour. Ils déménagent sans cesse et Ernt ne parvient pas à garder un emploi à cause de ses colères, ses sautes d’humeur et de son problème face à l’autorité. Leni est toujours la nouvelle et pour une fois, elle aimerait s’intégrer quelque part. Quand Ernt reçoit une lettre de la famille de son meilleur ami de guerre, il y voit le signe d’une nouvelle chance, un départ à zéro. En effet, l’homme lui a légué son bout de terre et sa cabane en Alaska. Impulsif, Ernt décide de partir et de reconquérir ce qu’ils ont perdu. Le bonheur.

Situez-vous correctement l’Alaska sur une carte géographique ? Situé au nord-ouest du Canada, il est le plus grand état des États-Unis, mais aussi le moins densément peuplé. Environ 40% de la population vit dans la plus grande ville, Anchorage. D’ailleurs, j’étais persuadée que cette dernière en était la capitale, mais c’est inexact il s’agit de Juneau. L’Alaska est bordé par la mer arctique, cela donne déjà tout de suite une idée du climat. Et de la splendeur de ce « paradis blanc ». Imaginez bien aussi qu’avec un climat de type polaire, les espèces animales qui s’y trouvent ne ressemblent pas à de mignons petits chatons, mais bien plus à des prédateurs qui peuvent tout à fait s’en prendre à l’homme à tout moment. Et c’est dans ce contexte-là que Leni est ses parents vont être baignés dès leur arrivée. En effet, là-bas, règnent entraide et solidarité. Ils vont devoir apprendre vite, très vite, et être prêts pour l’hiver qui les attend. Isolés du monde, ils doivent être capables de chasser et pêcher ce qui leur sera nécessaire pour l’interminable hiver glacial, mais aussi être particulièrement prudents et organisés. Leni, elle, se rend à l’école. Elle y rencontre un garçon de son âge, Matthew, et une solide amitié va les lier. Pour la première fois, Papa sourit, Maman est plus détendue et Leni se sent chez elle et acceptée. Pourtant, ce bonheur fragile pourrait bien être de courte durée. L’hiver et ses nuits presque éternelles ne va plus tard, et l’obscurité alaskaine pourrait bien faire ressortir les mauvais côtés de Papa.

Sachez tout d’abord que notre histoire débute en 1974. Même si l’indication de la guerre du Vietnam met sur une piste pour l’année où tout commence, je préfère le préciser pour vraiment nous placer dans le contexte. Pas de technologies comme nous les connaissons à l’heure actuelle et encore moins de réseaux de communications. Aucune facilité au transport. Un état américain encore « récent » puisqu’il fut acheté à la Russie. Ernt et sa famille sont accueillis à bras ouverts, le vétéran est considéré comme un héros par la famille de Bo, son codétenu et ami de guerre. Le village où ils arrivent est peu peuplé, mais tout le monde va les aider à s’installer, à retaper la maison et le terrain, à les rendre autonomes pour l’hiver qui viendra les saisir en un rien de temps. Grâce à Kristin Hannah, nous plongeons au cœur même du climat, de l’ambiance et de tout ce que cela implique. Nous n’avons aucun mal à comprendre ce qui se trame, ce qui fait peur, la psychologie est d’ailleurs finement présentée. Nous voyons ces gens qui aiment leur Terre plus que tout et qui font bien comprendre que tout le monde ne peut pas supporter une telle vie. Mais Ernt est bien décidé à tout faire pour que sa famille se sente chez elle et qu’ils trouvent leur place parmi cette petite communauté. L’autrice utilise des descriptions longues et particulièrement contemplatives pour nous immerger dans l’ambiance de son récit. Même si, parfois, j’aurais aimé un peu moins de détails ou de longueurs, je ne peux qu’avouer une chose : je me suis sentie en Alaska. J’ai appris des choses tout en vivant une histoire.

Car oui, la plume de notre autrice ne nous invite pas en tant que spectateur passif, mais plus comme un observateur attentif, planté au cœur même du décor. J’ai vu Leni aller à l’école, Maman fumer cigarette sur cigarette et Ernt perdre pied. J’ai vu Large Mage et Mad Earl. J’ai fait connaissance avec tout le monde et assisté à des sorties périlleuses. J’ai vécu les drames et partagé des peines. J’ai surtout appris à aimer cette région hostile, sauvage et sublime. Leni va vite apprécier l’endroit où elle évolue. Sa relation fusionnelle avec Matthew va nous toucher en plein cœur. De même que tout ce qui en découle. Ernt, devenant de plus en plus ingérable au fil des pages va susciter en nous une sorte de conflit. Celui de vouloir le plaindre et l’aider versus celui de le craindre et le détester. Une bataille incessante dans la tête de Leni qui aimerait tant que sa mère, femme battue, se réveille et fasse cesser les choses. Seulement dans une histoire passionnelle, rien n’est si simple.

« Elle savait à quel point il regrettait. Elle le voyait sur son visage. Plus jeune, elle s’était parfois demandé à quoi servaient toutes ces excuses si rien ne changeait jamais, mais Maman le lui avait expliqué : la guerre et la captivité avaient brisé quelque chose en lui. « C’est comme s’il avait le dos casse, avait dit Maman, et on n’arrête pas d’aimer une personne quand elle est blessée. On se renforce pour qu’elle puisse se reposer sur nous. Il a besoin de moi. De nous. »« 

Roman intergénérationnel, Le Paradis Blanc va nous permettre de voir Leni grandir dans cette communauté isolée et y prendre une véritable place. De manière plus discrète, sa mère accèdera aussi à la chaleur des habitants. Quant à son père, c’est bien plus compliqué. Et Leni se demande constamment ce qu’il va se passer si elle et sa mère ne respectent pas strictement chaque consigne. La violence conjugale y est exposée avec force et discernement. L’évolution de celle-ci également. La maturité de Leni et les secrets qu’elle découvre, encore plus. Ernt est malade, violent, fou, paranoïaque et rester tout un hiver enfermé avec lui devient vite un véritable enfer. Et puis, il y a Tom, le père de Matthew que Ernt déteste plus que tout… celui qui, sans rien faire, ravive sa colère, sa jalousie et suscite paranoïa et haine. Ajoutez-y l’alcool et vous obtenez un homme totalement incontrôlable, prêt à tout pour garder honneur et famille, prêt à tout pour « le jour où ça va partir en couilles ». Nous lecteurs, assistons impuissants à sa descente en enfer et à cette rage douloureuses qui réside au fond de ses entrailles.

Mais Le Paradis Blanc c’est aussi une histoire d’amour sublime et unique. D’abord, l’amour entre Papa et Maman qui reste indéniable. Celui de Tom et de son ex-femme. Celui de cette communauté pour chacun des membres, celui de ces habitants pour leur Terre. Celui que Leni finira par connaitre, mais aussi celui qu’elle porte à l’Alaska, terre de tous les dangers et de la survie, mais ô combien paisible et sauvage. L’amour raconté par Kristin Hannah est puissant, solide, enivrant. Si vous aviez lu « Le chant du Rossignol », qui lui aussi comporte tout un tas de niveaux d’amour et de genre d’amours différents, alors, vous savez de quoi je parle. Si vous n’avez lu ni l’un ni l’autre, alors qu’attendez-vous ? Kristin Hannah confirme le pouvoir hypnotique de sa plume, rendant palpable chaque lieu, chaque contexte, nous imprégnant de l’ambiance, de l’atmosphère, du climat, des drames et sentiments, de l’évolution des personnages au fil des années, des choix parfois terribles et des sacrifices. Le Paradis Blanc est une sublime déclaration d’amour, mais aussi à l’amour.

« Quelqu’un m’a dit un jour que l’Alaska ne forgeait pas le caractère, elle le révélait. La triste vérité, c’est que l’obscurité qui peut régner en Alaska a révélé le côté obscur de mon père.

Il était vétéran du Vietnam, ancien prisonnier de guerre. Nous ne savions pas alors tout ce que cela signifiait. Maintenant, nous le savons. « 

Et parce que je ne veux rien dévoiler de plus, juste un dernier instant pour vous dire que le nombre de sujets abordés dans ce roman est incroyable et que chacun est traité avec une justesse épatante. Kristin Hannah est une conteuse talentueuse, elle m’a fait vivre en Alaska le temps d’une lecture, mais elle m’a aussi montré que les problèmes ne restent pas derrière nous si l’on prend la fuite et que la solidarité d’un groupe vaut tout l’or du monde. Quant à Leni, elle nous prouve sa sagesse et toute la beauté de l’amour, le vrai.

Même si ce roman est d’une incontestable beauté, je n’ai pas eu de coup de cœur. La faute me revient, je ne l’ai pas lu dans les meilleurs moments, vous savez, ceux qui vous permettent de vivre chaque émotion, y compris la plus vive, la plus douloureuse. Toutefois, j’ai véritablement aimé cette histoire familiale dans l’Alaska des années 70. Dépaysement et sentiments sont au rendez-vous, et la neige la plus haute ne saura jamais taire les pires travers de l’âme. 

Un roman hypnotisant qui vous prendra du temps, mais soyez assurés qu’il en vaut la peine. Quel plaisir de retrouver cette sublime plume dans un tout autre contexte! L’autrice connait l’humain et ses travers, ses sentiments les plus beaux comme les plus terribles. Magnifique. 

À lire également : Ma chronique du roman Le Chant du Rossignol

 

9 réflexions sur “[Chronique] Le Paradis Blanc de Kristin Hannah, le roman qui nous entraine dans un froid glacial…

  1. Josiane dit :

    Eh bien, voilà qui me donne envie de découvrir l’Alaska ! Je ne doute pas un instant que ce roman soit une pure merveille. Pour avoir lu moi aussi Le Chant du Rossignol, je connais le talent de l’autrice et j’ai très envie de lire cet autre roman.
    Si l’autrice est talentueuse, toi tu as un réel talent pour rédiger tes chroniques ! Elles sont sublimes !

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  2. anouklibrary dit :

    Énorme coup de cœur pour ce roman ! Je m´attendais pas à une telle histoire et j’étais loin d’imaginer tout ce qui s’y déroulerait. C’est une histoire poignante, violente ! Ça m’a aussi permis de porter un regard nouveau sur l´Alaska. J’ai enfin découvert la plume de Kristin Hannah et maintenant, j’ai hâte de lire « Le chant du rossignol » 🙂

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  3. La route des lecteurs dit :

    Je n’ai toujours pas lu Le chant du Rossignol mais il se trouve dans ma PAL. Il faudrait vraiment que je m’y plonge… Je sens qu’il va me plaire. Ce roman-ci a l’air également très très bien mais les longueurs me font légèrement peur. Enfin, je verrai bien quand j’aurai lu le premier de l’auteure ^^

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