[Chronique] Terre de Brume de Cindy Van Wilder, un récit fascinant dans un monde de magie et d’obscurité

Publié aux éditions Rageot – Septembre 2018 – 288 pages
Merci aux éditions Rageot pour cette lecture

Dans un univers envahi par la brume, deux jeunes femmes unissent leur magie pour sauver le Monde de la destruction.

Depuis le Bouleversement, cataclysme qui a recouvert son monde d’une brume toxique en ne laissant que de rares survivants, Héra vit à Taho dans le Sanctuaire des Prêtres de l’eau, où elle apprend à maîtriser la magie pour devenir Guerrière. Au cours d’une mission, elle rencontre Intissar, une Sœur de Feu capable de communiquer avec les esprits. Intissar a bravé sa propre communauté pour venir avertir les habitants de Taho d’un terrible danger. Mais il est déjà trop tard  : une vague de Brume, peuplée de créatures ni mortes ni vivantes, s’est levée… et frappe le Sanctuaire. Et elle frappera encore. Héra et Intissar s’allient afin d’empêcher leur monde de sombrer dans l’oubli.

Vous le savez peut-être déjà, chers lecteurs, mais Cindy Van Wilder est une femme que j’apprécié énormément et pas que pour son talent d’autrice. Elle est ouverte d’esprit, n’hésite pas à dire les choses et nous en fait découvrir aussi beaucoup. Je vous invite à la suivre sur ses réseaux sociaux et son site autrice, vous verrez, elle a forcément quelque chose à vous apporter. Sa toute nouvelle publication, chez Rageot, se nomme Terre de Brume et nous avons donc la chance de pouvoir lire le tome 1, Le sanctuaire des Dieux. Sachez-le, j’ai fait confiance à l’autrice, presque à l’aveugle. Parce que si vous regardez mes chroniques, vous pourrez vite constater que la fantasy ne fait pas ou peu, partie de mes lectures et univers. J’en lis peu, alors j’aime quand elle se rend accessible (sans être plate) ou fascinante. Avec Terre de Brume c’est un peu tout cela à la fois (pas le plat hein !).

Cindy van Wilder nous entraine dans un Monde, Mirar, qui s’est vu recouvert de Brume il y a quelques années. 17 pour être exact, l’âge de la première héroïne que nous allons rencontrer, Héra. Elle est une apprentie et vit dans le Sanctuaire des Prêtres de l’eau. Héra est une jeune femme courageuse et motivée, mais pas forcément très ouverte d’esprit en ce qui concerne les Sœurs de Feu, comme tout le Sanctuaire. Pourtant, lorsqu’une jeune fille de son âge accourt au Sanctuaire pour prévenir d’une catastrophe, elle n’aura d’autres choix que de s’allier à elle. Car ce qui vient alors de se produire, cette brume peuplée de sombres créatures, se reproduira. Elles doivent absolument sauver ce qui reste de leur Monde et affronter la Brume, trouver le responsable de cette affaire. Commence alors une quête à la fois identitaire, initiatique, mais aussi profondément humaine.

Le roman s’ouvre sur une carte du Monde Mirar (que j’aime les cartes dans les univers créés) tel qu’il est depuis le Bouleversement. C’est à dire depuis que la Brume a recouvert le monde et que le vent n’existe plus, que la mer n’abrite plus de créatures marines. Depuis que beaucoup de personnes ont perdu la vie et que les Survivants s’organisent au quotidien. Situation désespérée, mais quelque part, acceptée, les Sanctuaires tournent assez bien vu les circonstances. En revanche, les deux Sanctuaires qui vont nous être présentés en premier, Eau et Feu, ne cohabitent pas vraiment. Pourtant, chacun a ses atouts et ses pouvoirs. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que chaque acte magique génère de la Brume (pas de fumée sans feu devient pas de Magie sans Brume) qu’il faut alors enfermer.

Héra, apprentie guerrière et orpheline, a un don unique parmi les habitants de son Sanctuaire de l’Eau : elle peut voir le monde des morts, et rediriger les âmes errantes. Quand une terrible vague s’approche, elle parvient à s’y projeter et découvre alors que rien d’habituel n’y réside. Des créatures, ni vivantes ni mortes, ni humaines ni autres, peuplent cette vague affamée qui avance à une allure redoutable. Elle le voit de suite, ils vont vers le Sanctuaire des Sœurs de Feu. Héra va défier les siens et s’enfuir pour protéger les autres. Mais on ne l’écoute pas et il est trop tard. Dans cette pagaille, elle fera la rencontre d’Intissar, jeune femme du Feu. Désormais, l’eau et le feu vont devoir cohabiter et même coopérer si elles veulent protéger les leurs. Deux éléments, deux caractères, mais une complicité qui va naitre de manière naturelle et presque intuitive. Faisant fi de leurs différences et prônant la tolérance.

« Ce que la Brume prend, elle ne le rend jamais. »

Si le personnage d’Intissar nous séduit de suite, celui d’Héra prendra plus de temps à conquérir notre cœur. Entourées par de nombreuses autres personnes, elles sont pourtant les deux que nous allons suivre le plus, puisque le roman se fait via leurs points de vue respectifs, en alternance des chapitres. Compilant leurs connaissances et leurs magies, leurs forces et leur désir de sauver leur Monde, elles sont déterminées et prête à tout. Toutefois, cela ne leur évitera pas de tomber sur les mauvaises personnes ou de faire des choix mal avisés. Quête initiatique et identitaire sont au rendez-vous. Les deux jeunes femmes savent que leur monde en vaut encore la peine.

« Une beauté gâchée, avilie, souillée par la Brume et son appétit sans fin. J’ai la sensation d’un immense gâchis, d’une perte que rien ne pourra jamais combler. »

Le Monde de Mirar nous est présenté d’une façon fascinante et cache encore bien des secrets. J’ai adoré plonger dans ce monde de Brume et tenter de comprendre le fonctionnement. De même, Cindy van Wilder réussit à maintenir un certain suspens sur l’Histoire de Mirar et plus encore sur le Bouleversement en façonnant les adultes d’une manière assez « stricte », presque hautaine, les personnages devenant alors peu à l’écoute et imbus de leur savoir. C’est un bon point pour les bâtir et pour nous construire une inévitable hiérarchie, mais cela dessert la plupart d’entre eux. Au moins sommes-nous concentrés sur Intissar et Héra.

« Toute magie engendre la Brume. C’est une loi immuable de Mirar. Dans les premiers temps personne ne se souciait vraiment de ce déchet évanescent, rejeté aussitôt dans l’air une fois l’opération magique terminée. Mais, après des années de ce régime, certains prêtres constatèrent des altérations dans la trame de l’univers. Ils décidèrent alors que la Brume devait être contenue et créèrent les premiers réservoirs. »

L’invocation de la magie se fait grâce à des systèmes bien pensés, différents pour les gens de l’eau et du feu, chacun se référant à son propre mode. Elle est utilisée, mais jamais dans l’excès et reste assez « élémentaire » dans le sens où ce sont vraiment les éléments, ici feu et eau, qui sont invoqués et manipulés. Elle n’est pas gratuite puisqu’elle génère la terrible Brume qui doit alors être enfermée. Avec leurs pouvoirs, les jeunes femmes ne sont pas invincibles et, quoi qu’il en soit, la réflexion et la tactique doivent primer. J’ai vraiment aimé cet aspect « stratégique », car jamais la vie n’est facilitée à qui que ce soit et que l’autrice peut vous faire disparaitre des personnages puissants en un clin d’œil ou presque. La ruse devra être affutée, car une chose est certaine : dans ce Monde comme dans le nôtre, la bienveillance n’est pas universelle et la violence fait rage. Qu’il est important de posséder ce que les autres ont… Avidité et jalousie règnent au même titre que chez nous.

Point très fort pour moi du roman : les messages entre les lignes, ce parallèle fait avec notre Monde à nous sans avoir besoin de le citer. L’écriture de Cindy est ici à deux niveaux, nous sommes à la fois dans le fantastique et la réalité. De même, elle a pris soin d’intégrer une grande diversité pour ses personnages, dans ses écrits. Et à votre avis, Mirar est-il plus tolérant ? Rien n’est moins sûr. Dans un monde où l’on discrimine l’autre pour son Élément, pourquoi la couleur de peau ne serait pas aussi un frein ? Pourquoi ne verrions-nous pas les préjugés, moqueries et discriminations fleurir derrière la Brume ? La diversité s’impose et me semble capitale vu la cible lecteurs, les adolescents et jeunes adultes. Aucun faux pas n’est commis, Cindy maitrise son sujet et cette diversité n’est que pur plaisir. De même, la sexualité n’est pas déterminée ni déterminante et nous pouvons nous demander où la relation amicale fusionnelle d’Héra et Inti, ira. Ceci sera sûrement évoqué dans les tomes suivants, mais une chose est certaine : la Brume et ses mystères n’en ont pas fini avec Mirar, et la fin du roman nous laisse sur un suspens bien mené. Car diversité et messages n’empêchent pas actions et rebondissements justement dosés, nous écartant totalement d’un potentiel ennui.

Un monde hostile et terne, une guerre qui semble s’annoncer et soudain, l’association inattendue de deux adolescentes, l’une de l’élément feu, l’autre de l’élément eau. Combinant leurs magies, appuis, savoirs et expériences, la mission périlleuse nous entraine à leurs côtés au travers de rencontres et réflexions variées. Ce monde de Brume est parfaitement construit et les révélations font sens, une à une. Et puis entre Intissar et Héra, la relation coule de sens, aussi fluide que l’eau, mais s’est aussi embrasée dans l’adversité comme un feu dans le vent. Un excellent roman dont j’attends déjà la suite avec grande impatience.

J’ai adoré ce roman. N’étant pas une grande connaisseuse en matière de fantasy, ce livre m’a permis de m’y faire mon propre cheminement, à mesure de l’avancement héroïque des deux jeunes femmes. Les personnages sont bien construits et l’on finit par comprendre leurs choix et également les préjugés qu’il faut désormais démonter si l’on ose espérer sauver le monde.

Mentions spéciales pour :
– Pylos
– Le système de magie
– Les débuts de chapitres avec un petit bout d’Histoire
– La carte du Monde de Mirar

22 réflexions sur “[Chronique] Terre de Brume de Cindy Van Wilder, un récit fascinant dans un monde de magie et d’obscurité

  1. Serena dit :

    Coucou,
    Je t’avoue que je n’y connais rien en fantasy mais du coup ça ferait peut être une bonne entrée en matière, vu ce que tu en dis 😉 Le côté magie peut être sympa aussi ^^
    Des bisous 🙂

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  2. ecritureamoureuse dit :

    Hello ! Je te remercie pour cette chronique complète et qui me donne très envie de découvrir ce nouveau titre. La couverture m’avait déjà bien attiré dans une librairie, elle est si jolie. Et ça fait depuis un moment que je souhaite découvrir la plume de Cindy Van Wilder alors je pense que ce roman sera parfait pour cela.
    Belle soirée à toi, et encore merci.

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  3. Iris dit :

    Tes chroniques sont toujours tellement prenantes que je regrette bien souvent d’etre arrivee a la fin. Je vais lire ce livre car ton resume m’a …. wahou… je n’ai pas de mots. Pour mes dimanches d’automne il sera parfait

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