[Chronique] À la nuit je mens de Kara Thomas, les monstres seraient-ils tous gris, la nuit ?

Publié aux éditions Castelmore – Juin 2018 – 352 pages
Traduction Cécile Chartres
Merci aux éditions Castelmore pour cette lecture

 

« Les remords, les regrets, les « si j’avais su » peuvent nous briser à jamais… »

Tessa, dix-sept ans, revient après huit ans d’absence à Fayette, la petite ville de Pennsylvanie où elle a grandi. Elle en est partie quand sa famille a éclaté, après qu’elle et sa meilleure amie Callie ont témoigné contre Wyatt Stokes, le tueur en série surnommé « le Monstre de l’Ohio River ».

Mais revenir dans sa ville natale force Tessa à affronter les doutes qu’elle a tus pendant toutes ces années : que s’est-il réellement passé la nuit du dernier meurtre ?

En cherchant à répondre à cette question, Tessa va exhumer bien des secrets, sur Callie, sur sa famille et sur les meurtres. Or plus elle se rapproche de la vérité, plus elle se rapproche d’un danger mortel auquel elle ne pourra pas échapper…

L’accro aux crimes, Kara Thomas, récidive avec À la nuit je mens, après son glaçant et parfois terrifiant Little Monsters. Ici, pas d’histoire de fantômes, du moins pas ceux des maisons hantées. Plutôt ceux du passé, qui ne cessent de venir vous relancer, vous faire réfléchir, trop penser, regretter. Comme pour Little Monsters, Kara Thomas a concocté une intrigue solide, efficace et qui embarque le lecteur vers tout un tas de théories et pistes qui pourront alors encore mieux partir en fumée. Si j’ai moins aimé cette histoire que la précédente lue, je ne peux pas dire m’être ennuyée pour autant, savourant les moments introspectifs comme les moments d’action. C’est à nouveau un joli thriller YA que nous livre ici Castelmore et c’est un régal.

Tessa est une adolescente plutôt discrète, elle va au lycée, travaille à côté et vie chez sa grand-mère. Cependant, Tessa est arrachée à sa vie presque paisible et doit se rendre de nouveau à Fayette, ville qu’elle n’a pas vue depuis 8 ans. Elle appréhende déjà l’arrivée dans cette ville, les formalités à affronter, mais surtout, Callie, son ancienne meilleure amie. Il va bien falloir s’expliquer sur ce qu’il s’est passé il y a 8 ans. Elles n’étaient alors que des enfants, mais le témoignage sur un terrifiant tueur en série, Le Monstre de L’Ohio River, est-il conforme à l’actualité ? Ont-elles dit ce qu’elles savaient vraiment. Tessa soulève des questions délicates et ne se rend pas compte que le danger rôde. Est-elle certaine de vouloir revivre ces horreurs et la pression du procès d’alors ?

« Il existe dans ce monde des choses pires que les monstres. Pour une raison qui m’échappe, elles parviennent toujours à me trouver. »

Tessa et Callie vont se retrouver, mais pas de gaieté de cœur. Callie a sa vie dans ce trou qu’est Fayette et ne compte pas y moisir. Comme la plupart des jeunes. Tessa a bien du mal à renouer une amitié avec elle, mais la force des choses pourrait bien les entrainer sur une collaboration. En effet, Tessa n’est pas revenue par hasard, mais surtout, son retour va déclencher autant de doutes que de questions, au sujet de la fameuse nuit tragique. Et si Le Monstre était encore en liberté ? Comment réussir là où la police a échoué ? Un retournement de situation va mettre les jeunes femmes sur des pistes. Toutefois, Tessa reste assez indépendante, étranglée par une culpabilité certaine, et son objectif est aussi de retrouver ceux qu’elle a alors perdus. Mais il se pourrait que les histoires soient liées, et est-elle vraiment capable de tout affronter ?

Tessa est une jeune femme forte et indépendante, qui ne cherche pas l’approbation partout où elle va, habituée qu’elle est au jugement. Pourtant, elle aimerait vraiment s’entendre de nouveau avec Callie qui était alors tout pour elle. Elle va se confronter à la jeunesse locale, qui n’a que peu changé en 8 ans, mais aussi à quelques nouvelles rencontres. C’est l’occasion pour Tessa de faire le point sur sa vie, du moins sur ses 8 premières années et de s’interroger sur la situation qui est la sienne aujourd’hui. Où est sa sœur ? Et sa mère ? Soif de vérité et de justice se mêlent pour donner de l’élan à Tessa qui ne manque jamais de courage ni de détermination.

Le petit trou paumé classiquement américain est redoutablement efficace ici. C’est presque oppressant, on se demande par où partir, comment échapper au regard et à la surveillance de chacun. De plus, c’est une ville où la chaleur vient asseoir cette sensation d’enfermement permanent. Même si les personnages évoluent légèrement autour, il n’y a pas vraiment d’espoir de liberté, à moins d’exceller en dernière année et de partir loin pour étudier. Ces jeunes s’ennuient et comme tous les ados font des conneries. Mais quelque chose de bien plus sombre pourrait rôder aux alentours. Chacun y va de sa théorie sur l’identité du Monstre et la Police a sa propre piste… qui aura raison ?  

L’action n’est pas dingue dans le roman, il n’y a pas de grosse mise en danger, mais tout se joue sur le plan psychologique, à mi-chemin entre regrets et certitudes absolues. Si pour Callie les enjeux sont plus légers que pour Tessa, rien ne change sa détermination à avancer, en savoir plus. En effet, le temps est compté et les jeunes femmes n’ont pas du tout envie de se retrouver confrontées au Monstre. Encore faut-il déterminer son identité réelle. L’autrice ne cessera de nous entrainer sur des pistes différentes, la confusion se fait et on ne voit pas venir la révélation, presque « improbable ». J’ai vraiment aimé la façon de l’autrice de confronter nos adolescentes à d’autres possibilités, et de les voir sous leur vrai jour. Tessa est à la fois craintive et forte, c’est-à-dire que même si elle a peur, elle se fait violence pour avancer. Vivre avec des doutes toute sa vie n’est clairement pas l’option qu’elle envisage et quitte à prolonger son séjour autant tout savoir. Tessa met le doigt dans l’engrenage de sa propre vérité familiale, et les sujets de la perte, de l’abandon et de l’identité même sont très puissants.

C’est un roman young adult, certes, mais qui n’est pas dénué de noirceur pour autant. Ni de violence ou de tragiques vérités. Façon portrait social d’une petite ville perdue des U.S.A., Kara Thomas nous plonge véritablement dans de sordides travers et dans l’isolement tel qu’il peut apparaître dans sa plus grande cruauté. Peurs et démons se côtoient, flirtent avec les fantômes du passé et les incertitudes, prennent la forme d’une enquête dont l’issue pourrait bouleverser le cours des choses. J’avoue avoir apprécié les courts moments de répit, de douceur qu’on peut trouver dans l’histoire même si nous sommes loin d’une histoire romantique ou traditionnelle. Finalement, nous refermons le roman en nous disant que nous avons lu ici quelque chose de bien plus profond que ce que la 4e laissait entendre. C’est un thriller psychologique redoutable et efficace et qui met vraiment sur des pistes inattendues, tout comme pour les éléments d’enquête ou encore le dénouement. De surprise en surprise, le lecteur a bien du mal à lâcher ce roman, et ce en dépit d’une certaine langueur, estivale et humaine, d’un manque de réponses à certaines questions et d’une héroïne qui nous échappe un peu. Pourtant, elle est très attachante et nous ne voulons que l’aider, la secouer, la ramener à une certaine réalité. La fin du roman est parfaitement dosée, sort des clichés et conclut comme il le faut cette histoire de meurtres, d’identité, de pertes et de modèle familial.

Un manque de rythme et d’explications pour certains enchainements d’idées est venu un peu ternir cette lecture. Toutefois, j’ai passé un excellent moment avec Tessa, à la recherche d’un Monstre mais pas seulement. Les personnages sont intéressants, dommage certains sont juste esquissés. Pour finir, je dirais que c’est un bon thriller psychologie Young Adult et qu’il va falloir vous accrocher pour trouver le fameux monstre… Vous êtes prévenus.

Même si j’ai préféré Little Monsters, je mets la même « évaluation » à À la nuit je mens, pour sa force narrative et la complexité de son intrigue. Aimant tout ce qui est « fantômes » et surnaturels, j’étais plus accrochée à Little Monsters. Toutefois, j’ai comme l’impression qu’À la nuit je mens possède un potentiel qualitatif plus important et qu’il nous fait encore plus de nœuds au cerveau. Ne me demandez pas comment c’est possible…
Et sinon Kara Thomas, le prochain livre ?


Ma chronique de Little Monsters

NOTE : si en France nous avons eu Little Monsters et après À la nuit je mens, j’ai cru comprendre selon les sources américaines que la publication originale va dans le sens inverse. Ce qui bien entendu n’est pas dérangeant, les livres n’ayant aucun rapport entre eux.

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