[Chronique] Proxima du Centaure de Claire Castillon, un roman jeunesse pas comme les autres.

Publié aux éditions Flammarion Jeunesse – Février 2018 – 224 pages

«Je l’appelle Apothéose parce qu’il n’y a aucun prénom logique à lui mettre sur le visage. Je la klaxonnerai avec ma tête jusqu’à ce qu’elle se retourne. Un jour elle me dira son vrai prénom, à l’oreille, elle le prononcera avec le souffle. Son souffle réveillerait un mort.
En attendant, de là où je me trouve, je kiffe à fond dès que je pense à elle.»

Tous les matins, Wilco regarde Apothéose passer sous sa fenêtre. Jusqu’à ce qu’un jour, il se penche tellement qu’il tombe.

Quel étrange livre que Proxima du Centaure ! Oui, mais d’une manière très positive. Sa bizarrerie m’a totalement embarquée, je n’ai plus lâché l’ouvrage avant d’en comprendre l’issue, l’apothéose et les valeurs. Je l’ai refermé, posé sur mon cœur et j’ai profité de l’instant. Cet instant magique, juste après la fin d’une lecture. L’expérience n’est jamais la même, notre état moral jouant précisément au même moment que la saveur de l’histoire. Laisser décanter pour pouvoir s’exprimer, laisser infuser pour mieux distiller, intégrer les messages pour qu’ils ne soient pas seulement de passage. Et puis les restituer, le plus fidèlement possible, mais pas trop non plus, car il ne s’agirait pas d’anéantir tout le plaisir pour le lecteur en devenir de ce petit bijou intergalactique. Ou peut-être simplement issu d’un endroit lointain, Proxima du Centaure.

« Je l’appelle Apothéose parce qu’il n’y a aucun prénom logique à lui mettre sur le visage, ni un prénom classique, ni un prénom ancien, ni un prénom mixte, de fruit ou de fleur. Je la klaxonnerai avec ma tête jusqu’à ce qu’elle se retourne. »

Ce roman est tellement atypique qu’il devient difficile d’en parler, de disserter sur sa puissance sans en dévoiler de trop gros morceaux, des instants qui ne doivent appartenir qu’au lecteur, alors en tête à tête avec l’auteure, mais aussi Wilco, ce personnage totalement antihéros. Quoique ? Après tout, sa vie est parcours chaotique, peut-être que le vrai héroïsme ne réside pas dans les actes de bravoure, mais dans ceux d’amour. Et Wilco, l’amour il sait ce que ça fait, il sait comment le cœur bat quand elle passe, sa belle Apothéose, et il sait qu’à force de la regarder, elle finira peut-être par se retourner. Et alors leur histoire d’amour avec un grand a, se terminera peut-être en apothéose, à défaut que cela soit le prénom de la jeune fille.

Photo BettieRose de Proxima du Centaure

Je suis allée interroger l’ami Wikipédia sur Proxima du Centaure, histoire de savoir un peu de quoi on nous parlait. Le papa de Wilco semble bien attaché à cette étoile, elle a de l’importance pour lui et il se raccroche à des branches pittoresques pour mieux vivre le moment, si dur et surréaliste. Que se passe-t-il quand notre univers dérape totalement et qu’on ne sait plus comment rattraper le temps ? La tête dans les étoiles, l’homme transmet la passion et l’envie de voir plus loin, comme on voudrait parfois lire dans notre avenir. Proxima Centauri, dis-nous qui tu es :

Alpha Centauri C (en abrégé α Cen C, parfois ACC), ou en français Alpha du Centaure C, est le système planétaire le plus proche du système solaire au sein de la Voie lactée. Il se situe à 4,23 années-lumière de la Terre dans la constellation du Centaure. C’est une des trois composantes qui forment le système Alpha Centauri avec le couple central Alpha Centauri A et B.
L’objet primaire du système est l’étoile centrale, nommée Proxima Centauri (latin pour « [l’étoile] du Centaure la plus proche »), en français Proxima du Centaure, ou encore simplement Proxima, car il s’agit de l’étoile la plus proche de la Terre après le Soleil. C’est une naine rouge de magnitude apparente 11,05, dont le rayon est environ une fois et demi celui de Jupiter et la masse un huitième de celle du Soleil.
Merci Wikipédia, moi je dis qu’il n’est pas rendu, le jour où on pourra visiter l’étoile !

Mais Proxima du Centaure n’est pas un roman sur le système planétaire le plus proche du système solaire, ni même sur l’observation des étoiles. En revanche, toute cette métaphore nous accompagne dans une histoire qui est, quand même, loin d’être légère. Sous couvert de l’humour du drôle de personnage, Wilco, nous avons des messages puissants qui nous sont transmis, des valeurs universelles d’amour et de vie, de famille et d’instant présent. L’amour familial, parental y est clairement disséqué, sous les yeux d’un adolescent qui pensait avoir pourtant déjà compris.

« C’est un survivant. Wilco ne devrait pas être en vie. Il est tellement brisé dedans qu’il est poudreux. »

Tout au long du roman, nous serons dans la tête de Wilco, dans ses rêveries et ses fantasmes, ses envies et espoirs, mais aussi dans ses prises de conscience les plus douloureuses soient-elles. Et nous lecteurs, on rit, on pleure, on soupire, on retient notre souffle et qu’est ce qu’on s’attache à la drôle de famille de Wilco, dont il ne cesse de réinventer l’existence. Tout comme il imagine celle d’Apothéose, cette belle jeune fille pour qui il est tombé. L’amour, c’est parfois violent, les répercussions peuvent être saisissantes, mais Wilco, lui ne veut que jouir de l’instant et aimer encore et toujours.

Proxima du centaure est un roman mystérieux, qui se dévoile peu à peu, couche après couche. Au fur et à mesure que les étoiles s’allument, les messages nous sont distillés avec bonne humeur et douceur, laissant sa part au drame, mais jamais plus qu’il n’en faut. L’auteure use d’un style incroyablement addictif et nous entraine dans les considérations sur la vie et l’amour d’un adolescent qui n’a pas beaucoup d’autres préoccupations. Entre traits d’humours et digressions intempestives, le lecteur ne prend pas le temps de s’ennuyer et recule l’échéance de la fin certaine du roman.

Un livre que j’ai énormément apprécié. Je le range sans aucun soucis dans ma catégorie OVNI ou plus exactement OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) tant il est différent, tendre et touchant, dramatique et émouvant. De si belles valeurs dans une telle histoire, on accroche ou pas. Il faut vraiment être prêt à tout vivre depuis le cerveau d’un jeune garçon amoureux et coincé dans une situation bien particulière. À ne pas rater. 

Ce roman est chroniqué dans le cadre de mon rdv « Mercredi Jeunes ados », il est recommandé à partir de 13 ans, mais si vous en avez 113, je pense qu’il vous plaira tout autant.

7 réflexions sur “[Chronique] Proxima du Centaure de Claire Castillon, un roman jeunesse pas comme les autres.

  1. Erika dit :

    Je suis tombée amoureuse de la couverture dès que je l’ai vue (mon amour du ciel me pousse à avoir un petit penchant pour les étoiles, les constellations, etc.) et le résumé me tente totalement ; on sent direct l’originalité. Maintenant que j’ai lu ta chronique, je suis encore plus tentée ! Un livre qui va donc finalement aller dans ma wish-list grâce à (à cause de ?) toi !

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  2. lesgrimoiresdelaurie dit :

    Super chronique et aussi super storie que tu as faite ce de ce livre sur insta. J’ai décidé de l’acheter pour moi et aussi pour mon fils de 13 ans. Lui qui n’aime pas lire à part les mangas, peut être que cette lecture va lui plaire et aussi qu’on pourra partager notre ressenti. Merci à toi pour cette belle découverte.

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