[Chronique] Heroes de Battista Tarantini, l’amour nous transforme-t-il en super-héros ?

Publié aux éditions Hugo New Romance – Janvier 2018 – 471 pages
Merci à Hugo New Romance pour cette lecture

La vie a joué un très mauvais tour à Grace. Alors qu’elle commençait des études de médecine, son cœur l’a lâchée et elle a dû subir une transplantation cardiaque. L’organe qui bat désormais dans sa poitrine est en bonne santé, mais il lui est complètement étranger. Ne sachant plus qui elle est, Grace s’exile en Australie, chez sa tante, pour tenter de se retrouver, et donner une nouvelle direction à sa vie.
Arrivée dans le bush australien, sa voiture tombe en panne et Z, le garagiste local lui porte secours.

Ténébreux, écorché vif, il répare des voitures en menant une vie solitaire, se contentant de la compagnie de son chien. Grace comprend rapidement que Z n’est pas celui qu’il semble être. Il la fascine, l’attire irrévocablement ; comme elle, il a choisi le désert rouge d’Australie, ses espaces infinis et sa dureté, pour se réinventer.

Au cœur de l’immensité australienne, Z et Grace vont-ils réussir à oublier leur passé ?

Eh oui nous allons encore parler New Romance aujourd’hui. Toutefois, ce roman est radicalement différent de celui que je vous présentais hier. Heroes a semblé conquérir la blogosphère et j’ai pu voir passer nombre d’avis enthousiastes. À priori, Z incarne le nouveau book boyfriend à ajouter à nos listes. De plus, l’action se situant dans le bush Australien, il y a de quoi nous faire voyager, nous dépayser. C’est principalement le critère Australie qui m’a fait me pencher sur ce livre. Oui, oui. Je suis amoureuse de ce pays depuis que j’ai 12 ou 13 ans et je rêve de m’y rendre un jour (remarquez bien que je ne fais pas non plus grand-chose pour concrétiser ce rêve…). Mais alors, suis-je aussi séduite que je le pensais ? Eh bien, non, pas du tout. Je pense et je le dis dès à présent et de manière honnête que j’en attendais beaucoup trop. J’étais persuadée de lire un roman rempli d’émotions, de drame, d’amour et de difficultés. Finalement, je me suis presque ennuyé sur quelques passages.

Commençons par le positif, car ce roman en est bourré et même si pour moi ce n’était pas suffisant, il peut largement conquérir son public. L’action se passe en Australie, et ce, dès le début du roman. Nous rencontrons Grace, qui, après une greffe du cœur ne parvient plus du tout à savoir qui elle est, ce qu’elle ressent, ce qu’elle veut et semble perturbée par l’organe étranger dans son corps. Pourtant, elle ne souffre pas de rejet et suit son traitement assidûment. Elle quitte alors l’Angleterre pluvieuse pour l’Australie aride, et rejoint sa tante qui vit dans le désert. Jenna, la tante de Grace nous apparaitra sous un jour sympathique tout au long du roman, c’est une tante comme on en voudrait tous ! Sur la route que Grace a voulu emprunter pour aller chez Jenna, sa voiture, pas vraiment adaptée au désert, mais chaudement conseillée par le loueur, l’orage éclate, aussi rare et soudain qu’il soit en ces lieux. Comme si cela ne suffisait pas au karma de Grace, la voiture tombe en panne. Heureusement, elle va pouvoir contacter sa tante et être dépannée par le mécanicien du coin. Qui lui apparait sombre et pas du tout aimable. Fermé et austère. Caché derrière une capuche, elle ne distingue pas vraiment ses traits, mais comprend qu’il est couvert de cambouis. Et son cœur bat, sans qu’elle ne sache pourquoi. Nous apprendrons alors très vite que Z, le garagiste, est un loup solitaire et peu causant. Personne ne sait vraiment qui il est ni pourquoi il est là… Mais ça, ça va questionner Grace, surtout quand la voiture de location va disparaitre…

« Je ne suis pas morte à l’autre bout du monde parce que je devais retrouver mon âme ici : dans l’ombre d’une créature de la nuit. Dans le cœur brisé d’un homme. »

À partir de là, l’intrigue suit la trame très classique des NA, à savoir  » je ressens quelque chose, mais je ne peux pas t’aimer. Mais moi je veux t’aimer et te sauver ». Recette efficace et addictive, mais qui ici m’a un peu agacée, car est clairement revendiquée comme telle avec des phrases types  » je ne peux pas te sauver ». Mais cela, c’est un détail. Après un long jeu du chat et de la souris entre le mécano et la jeune fille qui a échoué à trouver un travail en ville et s’ennuie, vient enfin la flamme de la passion et les résistances tombent d’un coup. Seul hic, Z semble avoir un passé lourd et Grace veut trop en savoir. Ils vont donc faire leur cheminement, s’interroger, tenter de garder de la distance et échouer. Le destin semble bien rigoler de Grace en la faisant tomber amoureuse d’un homme qui ne veut pas aimer… Nous aurons de jolies scènes façon road trip et vie sauvage australienne et ça, ça ajoute un plus, ça permet vraiment de s’imprégner du décor, de même nous voyagerons brièvement dans les environs et apprécierons les scènes proches de l’océan. Mon personnage préféré est le chien, Wallace, fidèle et sympathique, timide, mais charmant. L’humour de Z qui sort bien souvent malgré lui nous fera sourire et Grace s’en sort quand même pas mal niveau répartie.

— Je suis mécano, chuchote-t-il farouchement. Je ne suis pas un super-héros. Sa joue touche enfin la mienne, mais son corps est encore loin. Z n’avancera pas davantage. Il ne me touchera pas, même s’il souffre, car les phalanges de ses poings serrés blanchissent.
— Et c’est tout ? j’articule en tremblant. Z inspire profondément puis recule d’un bond, comme si je l’avais frappé. Sans un regard, il se retourne et fait claquer sa langue. Wallace se précipite aussitôt sur ses talons.
— Je ne suis pas gay, Grace, s’écrie-t-il avant de disparaître. Poum-poum. Poum-poum. Je m’écroule sur le sol, assommée par les coups, enivrée par tout le reste.

L’intrigue est donc très classique et l’évolution de la relation bien trop lente, mais, heureusement, connait un « gros » rebondissement qu’on sentait venir depuis un moment grâce à la narration qui alterne entre le moment présent de Grace et des souvenirs particuliers de Z. Ainsi, nous allons apprendre son histoire et bien entendu le passé vient le rattraper. En soi, ce plot-twist n’est pas mauvais, mais pas assez creusé à mon sens, un peu trop « sur le fil » et facile. L’occasion toutefois de faire sortir Z de la tanière psychologique dans laquelle il s’est enfermé. Si Z est un personnage taiseux, il est bon, gentil, serviable et malgré lui, aimant. Il est passionné de comics, comme Grace et le sujet donnera lieu à de nombreux échanges ping-pong. Cependant, j’ai trouvé que le roman manquait parfois d’annotations concernant les personnages évoqués, j’étais bien contente de les connaitre, mais je sais que si je prête ce livre à ma mère, aucune référence ne lui parlera. Dommage, car c’est aussi le concept du livre, Heroes. Car au fond, qu’est-ce qu’un super héros ? En tout cas, pour tous ceux qui aiment l’univers DC et Marvel, ces références seront un régal et permettront de situer un peu mieux ce que vivent nos personnages au moment donné.

« L’adrénaline, c’est comme l’amour. Quand on en abuse, ça devient surfait, ça devient dangereux. Ça devient effroyable. Et cruel, et irréparable. »

Globalement, Heroes est une très jolie histoire avec des personnages attachants. Si pour moi Z manque un peu de profondeur pour me faire craquer, il reste un book boyfriend convaincant et devient de plus en plus touchant au fil de l’intrigue. Mais ce qui m’a vraiment détachée de ce roman, c’est le manque d’émotions, de sensations. Je ne me suis pas sentie impliquée dans l’histoire. Ce n’est peut-être tout simplement pas le bon livre au bon moment ou alors, j’ai tout bêtement bloqué sur un point que d’autres n’auront pas eu de mal à lever. J’aurais tellement aimé être plus touchée par le passé de Z mais il est, finalement, terriblement basique et je suis presque restée de marbre. Surtout que les personnages impliqués dans son passé ne nous sont pas du tout présentés sous un bon jour et que pour ma part, ils m’agaçaient plus qu’autre chose dans les souvenirs du jeune mécano. À la limite, j’ai trouvé plus convaincante l’errance de Grace suite à sa greffe, car c’est un sujet sur lequel on peut en effet s’interroger longuement : comment vivre avec le cœur d’une autre personne sans changer pour autant ? A-t-elle vraiment voulu de cette seconde chance ? Sa reconstruction se fera au fur et à mesure des sentiments qu’elle développe pour Z et l’auteure nous imprègne bien des émotions et ressentis. Peut-être aurions-nous eu besoin de plonger dans la tête de Z au fur et à mesure ?

« Je préfère les héros. Des gens comme nous qui apprennent à vivre avec leurs blessures et leur différence. »

Pour ce qui est des personnages secondaires, on tombe dans le cliché assuré, mais cela n’est pas gênant plus que cela, car Battista Tarantini parvient à nous faire passer de bons moments auprès d’eux et chacun enseigne quelque chose à Grace à sa façon. Ce n’est donc pas une si mauvaise chose, même si de nombreuses choses sont visibles de trop loin… En tout cas, nous vivons d’agréables scènes avec Jenna, femme vraiment perspicace et adorable. Grace est véritablement bien entourée et va alors devoir s’accomplir seule pour trouver qui elle est. À voir si Z fait partie du bagage ou non.

Tant pis si on ne vole pas. 
Tant pis si on ne vole plus. 
Les super-Heros ne cessent jamais d’être fantastiques tant qu’ils ne renoncent pas à la vie.

Heroes ne m’aura pas séduite autant que je le pensais, mais m’aura fait passer un bon moment. L’histoire d’amour est certes un peu classique et le plot-twist bien trop visible à l’avance, mais les personnages sont plutôt attachants, à défaut d’être véritablement touchants. J’ai toutefois apprécié le message global qui se détache de l’intrigue : nous sommes tous des superhéros, nous nous battons chaque jour pour notre existence et ceux qu’on aime, pas besoin de super pouvoirs. Une romance à découvrir pour une évasion garantie en Australie.

Je n’ajoute rien, j’ai déjà évoqué les points qui m’ont un peu dérangée dans le roman. Toutefois, si vous aimez la new romance, je ne peux que vous encourager à la découvrir par vous-mêmes, certains lecteurs ont eu le coup de cœur attendu !

 » – Superman est un gros con !
Ma colère se déverse à flot dans la mini-serre zen du studio.
– Un con ? s’étrangle Z en se redressant.
Il croise les bras sur son torse, vexé. Ses biceps gonflent et je fais un peu moins la maligne.
– Ouais, nase et ringard.
– C’est Batman qui te branche ? se moque-t-il. Parce qu’il est riche et mystérieux ? Parce qu’il a la tête de Bale, au cinéma ?
Je ris, navrée ?
– Non, il est trop orgueilleux et arrogant. Moi, je préfère Robin, surtout depuis qu’il est devenu Nightwing dans l’anthologie des Super-Vilains.
Z penche la tête et me dévisage. Ses yeux bleus n’ont jamais été aussi sombres bien qu’il fasse jour.
Il finit par lâcher :
– Mais tu es qui, au juste ?
C’est le moment de vérité, ensuite il sera temps de partir sans se retourner. De trouver un nouveau plan B.
J’inspire une grande goulée d’air avant de chuchoter :
– Je ne sais plus, c’est pour ça que je suis là. »

11 réflexions sur “[Chronique] Heroes de Battista Tarantini, l’amour nous transforme-t-il en super-héros ?

    • J’ai lu ta chronique sur mon portable après avoir posté celle-ci, c’est vrai que nous ne l’avons pas perçu de la même manière, mais c’est ce qui est magique dans la diversité de lecteurs que nous sommes. Et toi, tu lis encore plus de NA que moi, alors peut-être que ton paysage NA étant plus peuplé, il t’a paru, lui, différent ?

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  1. J’ai bien aimé lire ce livre. j’ai comme toi pas du tout aimé les personnages secondaires dans les flashback de Z.
    Je reve aussi d’aller en Australie et comme toi je ne fait pas grand chose pour concrétiser mon reve.
    Malgré quelques défaut j’ai passé un très bon moment à lire ce livre.

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