[Chronique] Ma vie cachée de Becca Fitzpatrick

Publié aux éditions Pocket Jeunesse (PKJ) – septembre 2017 – 417 pages
Traduction Catherine Nabokov
Merci à PKJ pour cette lecture

 

Un nouveau nom. Une nouvelle ville. Une nouvelle vie.

Témoin d’un meurtre, Stella est placée sous protection en attendant le procès. Elle se retrouve catapultée au milieu de nulle part, dans le Nebraska, sous une fausse identité. Son ancienne vie lui manque atrocement, surtout son petit ami, Reed. Elle refuse de reconstruire quoi que ce soit, persuadée que sa nouvelle situation en va pas durer. Mais lorsqu’elle rencontre Chet, il lui est difficile de ne pas sourire… et de garder pour elle son terrible secret.

Ma vie cachée fait partie des romans auxquels on ne s’attend pas vraiment. Ou peut-être, pour être plus juste, s’attendait-on à plus, à mieux. Si, globalement, j’ai passé un super moment avec Stella, Chet et Carmina, il m’a manqué quelques petits éléments pour vraiment m’embarquer. Certaines facilités, des clichés, des raccourcis ou de terribles nouvelles vite expédiées ont privé le livre d’émotion et d’une certaine authenticité. Pourtant, les bases posées étaient bien prometteuses.

Stella, témoin d’un meurtre est en grand danger. En témoignant au futur procès, elle permettrait d’envoyer un homme très recherché en prison. Notre jeune héroïne a grandi auprès d’une mère toxicomane et fut, par conséquent, bien privée d’enfance. Mais depuis qu’elle avait son petit ami, elle tentait de relativiser sa situation, d’attendre le jour où elle pourrait quitter son foyer. Seulement, son témoignage est très précieux et tandis que sa mère est envoyée en cure de désintoxication, Stella accepte de bénéficier du programme de protection des témoins. Du jour au lendemain, sa vie va changer du tout au tout. La voilà au fin fond du Nebraska chez une policière à la retraite, à l’apparence froide, austère, fermée et qui semble vraiment stricte. Stella a bien du mal à accepter cette situation, d’autant plus que cette campagne n’est pas du tout proche de ce qu’elle a toujours connu. Stella doit tenir tout l’été. Y parviendra-t-elle ?

Stella est une jeune fille au fort caractère, un peu désagréable, qui a connu son lot de souffrance et est par conséquent parfois têtue. Mais rongée par l’absence d’amour maternel et de repères, elle avait tout projeté sur son petit ami dont elle se trouve désormais séparée. Aucun contact n’est permis avec la vie ancienne. Stella se demande bien ce qu’elle va pouvoir faire de cet été oppressant dans un État qui semble figé au siècle dernier. Pourtant, sa rencontre avec Chet, un soir de sortie non autorisée va la bouleverser. Elle ne pourra cesser de penser à ce garçon. Alors qu’elle trouve un travail et tente de se faire à cette vie, elle est hantée par les souvenirs et les gens de son passé. Mais surtout, elle détient un terrible secret. Face au sourire et à l’affection de Chet, Stella hésite entre la vérité ou la fuite. La trahison ou l’amour.

« Un Walkman Sony, avec la radio AM/FM et un lecteur de cassettes. J’ai soufflé sur la poussière qui recouvrait l’appareil. Ça n’était pas au Nebraska que j’avais atterri mais au siècle dernier.
J’ai passé en revue les cassettes qui tapissaient le fond du tiroir et lu les inscriptions écrites à la maison sur les étiquettes : Poison, Whitesnake, Van Halen, Metallica. »

Comme je le disais en introduction, ce qui fait cruellement défaut dans ce roman, ce sont les émotions, les sentiments, le vécu. Si l’on comprend bien les peurs de Stella et le rejet envers sa mère, le reste nous demeure inaccessible. Bien qu’elle parle souvent de son petit-ami, Reed, il y a là un réel manque de profondeur, et si ceci nous est expliqué, il n’en est pas plus travaillé. D’ailleurs, Stella nous semblera parfois assez superficielle. Elle vient d’un milieu aisé, mais plongé dans la drogue et ses criminels et elle va se montrer dédaigneuse envers la protection et la nouvelle vie qui lui est offerte. Toutefois, Carmina, femme rongée par la douleur, saura parfaitement s’y prendre avec l’adolescente pour l’aider à retrouver foi en l’humanité et goût à la vie. Mais ce sont surtout ses interactions avec les gens de son travail et avec Chet qui vont la reconstruire. Chet est un jeune homme séduisant, mais sérieux. Il travaille dur pour élever son petit frère depuis qu’ils ont perdu leurs parents. Taquin, mais adorable, le jeune homme nous montrera très vite son attachement à Stella. Cette dernière aura peur de confier le secret qui la ronge, mais sait qu’au moindre problème, le jeune homme accourra toujours. Elle reste cependant respectueuse envers lui, du moins le plus possible.

« Autrefois j’étais comme elles. Je faisais attention à mon apparence. Surtout quand il y avait des garçons dans les parages. Mais Estella Goodwin avait disparu. Désormais, j’étais Stella Gordon. Compte tenu de mes contraintes financières, je ne voyais pas l’intérêt d’essayer d’être à la mode ou jolie. Je ne savais même plus qui j’étais. »

L’intrigue en elle-même est assez plate et basique. Son identité nouvelle se retrouve menacée par le plus grand cliché de la ville. C’est très certainement le point que j’ai le moins aimé dans cette histoire : le stéréotype du méchant garçon qui pense valoir mieux que tout le monde et terrifie les habitants. C’était à mon sens bien mal exploité et « too much ». En revanche, les personnages secondaires sont bien sympathiques et authentiques, faisant des erreurs, reconnaissant leurs torts, assurant leurs missions. Si le personnage de Carmina est plutôt froid au départ, nous comprendrons rapidement le fruit de sa douleur, sans forcément avoir besoin de l’exprimer. Elle se révèle finalement très maternelle et prodigue une pédagogie adaptée aux jeunes femmes traumatisées comme Stella. Malheureusement, notre héroïne souffre de platitude. Nous avons l’impression de ne pas vraiment accéder à son personnage, son histoire. Bien entendu, elle ne sait plus vraiment qui elle est, et ces moments de doute sont bien traduits, mais c’est réellement la profondeur de sa psychologie qui pâtit d’un manque…

De plus, j’ai trouvé la fin terriblement clichée, et nous la voyons se profiler assez rapidement. Le suspens n’est pas vraiment existant, il est plus que facile de deviner l’issue du roman. Le seul point de l’intrigue du meurtre dont Stella fut témoin qui présente un peu de tourments nous sera livré très aisément au détour d’une conversation. Force est de constater que Stella regrette certains comportements, mais est surtout terrifiée par la totale insécurité qui plane au-dessus de sa tête. Élément assez surprenant également : à aucun moment, Chet ne semble avoir vraiment peur. Heureusement qu’on nous gratifiera de quelques explications. Nous savons qu’il a lui aussi son lot de souffrance et une grande culpabilité, mais quand Stella lui avoue la vérité à son sujet, il ne bronche pas. Je comprends bien qu’en amour on accepte l’autre tel qu’il est, mais de là à ne même pas ciller face à une menace de mort bien évidente, je reste dubitative.

« – Je ne crois pas en Dieu, ai-je lâché du tac au tac. S’il existait, il ne laisserait pas toutes ces horreurs arriver. Un Dieu qui laisse les gens souffrir ou se faire du mal les uns aux autres ? Ça n’est pas un dieu, mais un sadique. »

Toutefois, la plume s’avère sympathique et agréable à lire. Nous prenons plaisir à suivre la nouvelle vie de Stella en nous demandant comment nous, nous pourrions nous adapter à un tel changement. Ce qui nous surprend c’est le manque total d’accompagnement dans cette transition, mais heureusement, le personnage de Carmina rattrape le tout. La ville où échoue notre adolescente n’aidera pas à nous charmer, rappelons-nous qu’elle n’est pas une touriste, mais une témoin sous protection et que le fin fond de la campagne se révèle idéal. Si j’en reviens maintenant au « méchant » de cette campagne, un « petit con » du coin qui terrifie tout le monde par sa violence, je reconnais une certaine gêne concernant la façon dont le problème est réglé. Certes, autant ne pas s’encombrer, mais quand même. De plus, la connexion entre lui et notre héroïne m’a semblé un peu trop « facile » et cela m’a quelque peu irrité. Heureusement que l’auteur ne s’appuiera pas trop longtemps sur cela.

« La peur et le désespoir n’étaient pas de bonnes raisons d’aimer quelqu’un. D’ailleurs, l’amour n’avait pas besoin de raison. C’était un lien profond, un engagement. Quelque chose qui coupe le souffle et qui ne supporte pas le compromis. »

Si les moments d’introspection sont intéressants, ils reviennent parfois à tourner en rond et changer d’avis sans cesse. Mais là où l’auteur joue bien ses cartes, c’est en laissant les quelques émotions et instincts prendre le contrôle des actes et des paroles. Finalement, le lecteur est séduit par Chet, même si nous ne connaissons pas grand-chose de lui, mais reste un peu distant de Stella. Bien entendu, nous voulons qu’elle s’en sorte et que la vérité triomphe. Enfin, le personnage de la mère est totalement cliché, mais malheureusement très authentique. C’est une femme immature, déconnectée de la réalité, bien trop droguée et insouciante qui ne cherche pas en Stella sa fille, mais une copine. Nous ne la verrons que très peu, mais nous comprenons alors toute la souffrance de Stella à son sujet.

 » – Le pardon, c’est de la haute voltige, a admis Carmina. Il faut trouver l’équilibre entre lâcher ce qui n’a pas d’importance et s’accrocher à ce qui en a. 
 – Je ne veux pas lui pardonner ! ai-je reconnu, furieuse. Je ne veux pas la laisser revenir dans ma vie, parce qu’elle va de nouveau me faire souffrir. Encore et encore !
 – Tu lui as confié cette crainte ?
 – Elle le sait très bien. « 

Enfin, soulignons quand même la diversité des thèmes abordés dans ce roman Young adult et qui viennent sauver les faiblesses de l’intrigue. Dès le début, nous comprenons que Stella a besoin de rester accrochée à son passé et que changer de vie, d’identité ne lui plait pas du tout. La principale raison étant alors son petit ami. Dans les débuts, elle ne cessera de faire référence à ce garçon et pourtant, le lecteur ne s’y attachera pas. Stella va devoir prendre beaucoup de recul sur sa vie d’avant. Mais les autres sujets, universels, viendront parler aux lecteurs : amour, confiance en soi, quête identitaire, criminalité, dépendance, pardon, seconde chance, peur, mensonge, culpabilité, regrets, deuil. Mais surtout, même si Stella ne nous plait pas avec son côté agressif, critique, méchant et ingrat, nous allons la voir se transformer au contact des bonnes personnes pour elle. Nous aboutirons donc sur une meilleure perception de la jeune femme qui s’accorde pardon et rédemption et comprend enfin comment faire entrer la lumière dans sa vie. Coup de cœur pour le personnage de Carmina qui, sans être trop présent, permettra à notre héroïne de grandement avancer et de se reprendre en main. Quant à Chet, il se défend niveau « book boyfriend ».

« – Durant toutes mes années en tant que policière, je n’ai vu que quelques toxicomanes s’en sortir. La drogue fait ressortir le pire d’un individu. On oublie souvent que cette addiction est une maladie : elle ne définit pas celui qui en souffre. Derrière l’addiction, il y a une personne, un être humain qui mérite le respect. »

Ma vie cachée est un roman young adult abordant de nombreux thèmes et qui se lit bien facilement. Même s’il manque de profondeur et que l’intrigue n’est pas des plus abouties, nous passons un joli moment au fin fond du Nebraska. Notre héroïne, contrainte de changer de vie, va aussi voir sa personnalité se transformer au contact de personnes qu’elle n’aurait jamais imaginé rencontrer. Une bonne et agréable lecture donc, mais je m’attendais à mieux et certains points demeurent un peu trop clichés ou vite expédiés.

Comme vous avez pu le lire, j’ai apprécié ce roman et en dépit du manque d’action, je voulais absolument avancer pour comprendre l’héroïne. Sur ce point-là, malheureusement, l’auteure ne viendra pas véritablement à notre rescousse. Mais le personnage de Chet, particulièrement touchant et attachant retiendra notre attention, de même que celui de Carmina. Le secret de Stella n’est pas si difficile que cela à deviner et la « grande révélation » est elle aussi, assez vite expédiée. Quant à la fin du roman, je regrette que cela fût si évident, facile. Dommage pour les émotions manquantes, mais ce roman reste à lire pour la richesse des thématiques et les messages de rédemption.

8 réflexions sur “[Chronique] Ma vie cachée de Becca Fitzpatrick

  1. J’ai gagné ce roman grâce à un concours express PKJ sur Twitter ! Ton avis même s’il se trouve un peu mitigé, me donne envie de le lire 🙂 Je pense le lire très prochainement pour éviter de le ramener chez moi :p (actuellement chez mes parents)

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