[Chronique] Cavale de Virginie Jouannet

cavale

Publié aux éditions XO – 19 janvier 2017 – 411 pages
Merci à XO pour cette lecture

 

resume

 » Minuit doit être passé depuis longtemps. Les voisins ont dû se réveiller, il faudrait être sourd pour ignorer le va-et-vient dans les escaliers, les éclats des gyrophares qui clignotent inlassablement. Un mauvais rêve. Elle a beau lutter, le sentiment d’irréalité la paralyse. Respire. Ça va revenir. Respire…  »

Jeanne a oublié deux heures de sa vie.
Deux heures pendant lesquelles son compagnon a été poignardé.
À l’arrivée de la police, elle se souvient seulement s’être réveillée à ses côtés, dans une mare de sang.
Avant cela, rien.
Jeanne doit retrouver la mémoire.
Vite.
Quand commencent les appels anonymes, elle n’a plus le choix. Elle s’enfuit.
Au cours de sa folle cavale, il lui faudra dénouer les fils de son passé et faire face à une culpabilité d’enfance qui ne cesse de la ronger.

Avec Cavale , Virginie Jouannet nous entraîne dans la fuite éperdue d’une femme vers la liberté;  une femme épiée, traquée et victime de ses propres cauchemars. Un roman qui exprime, dans une langue lumineuse, la force cruelle des secrets.MONAVISV2

Virgine Jouannet signe avec Cavale son deuxième roman. Auteure de pièces de théâtre, de poésies ou de nouvelles, elle nous prouve avec ce second roman tout son talent pour raconter des histoires. Cavale incarne le genre de roman qu’il est bien difficile de reposer tant vous voulez savoir, comprendre, entendre, deviner, avancer, respirer. Oui, Cavale se mue en véritable page-turner, merci la tension psychologique qui se distille tout le long du récit ! Roman de réflexion et d’introspection bien plus que d’action, nous nous éprenons de notre héroïne et nous la suivrions au bout du monde s’il le fallait, tant sa psychologie va venir nous percuter de plein fouet. Avec une intrigue plutôt simple et efficace, mais une psychologie richement travaillée, l’auteure parvient à nous impliquer réellement dans l’histoire et on se retrouve à vouloir dénouer les fils de la mémoire de notre jolie Jeanne. Mais attention, nous ne tombons pas dans le déjà-vu typique du thriller à thème amnésique. Non, ici, nous creusons loin et apprenons la vérité sur Jeanne, son enfance, ses erreurs, ses errances et sommes fascinés par sa course à la liberté. Se délivrer, délivrer sa féminité et son pouvoir, casser les schémas et les impairs, pardonner, se pardonner et avancer. Le poids des secrets se révèle bien lourd pour une frêle et fragile Jeanne, regardons là prendre son envol…

Imaginez-vous à la place de Jeanne. Face à un policier qui l’interroge, c’est le flou total. Quand elle est partie, il était bien vivant, son fiancé. Fiancé ? Oui, ils devaient se marier, mais Jeanne doute, ne sait plus. Mort ? Comment ? Elle se souvient juste s’être réveillée contre son cadavre. Elle n’a pas tout de suite compris que cette humidité poisseuse et cette odeur insoutenable n’étaient autres que celles du sang et de la mort. Mort. Son petit ami est mort et Jeanne souffre d’une amnésie partielle. Choc ? Protection ? Et si elle avait commis ce meurtre ? Aurait-elle pu enfoncer le couteau dans l’abdomen de celui qu’elle aimait ? Qu’a-t-elle fait de ces heures perdues, lorsqu’elle est partie en claquant la porte pour prendre l’air ? Si la police ne semble pas vraiment se préoccuper de Jeanne les jours suivants, d’autres personnes en revanche, si. Les appels anonymes se succédant, Jeanne va fuir vers le sud et s’établir sous un autre nom dans un petit hôtel tranquille. Peut-elle y espérer retrouver la mémoire et réassembler le puzzle de sa soirée ? Et si la clé était d’abord de se libérer des secrets de l’enfance et de leur poids dévastateur ? Laisser derrière elle la culpabilité et les regrets ?

Si le titre nous mène sur la piste d’une folle cavale à travers les villes et les pays, sachez qu’il n’en sera rien. Jeanne va devoir fuir, oui, mais Jeanne ne dispose pas particulièrement de l’âme d’une grande aventurière. Ce qu’elle souhaite n’est autre que semer son harceleur qui l’appelle chaque jour sur son téléphone. Là où elle part, pas de portable ni de connexion internet et surtout, elle va prendre le soin de tout noter pour déjouer son potentiel agresseur. Jeanne, terrorisée, à la limite de la paranoïa, s’interroge sur sa relation avec David et sa mort. Curieusement elle ne parvient pas à le pleurer et comprend peu à peu qui il était. S’engageant sur un véritable travail personnel pour se libérer, Jeanne va partir à la rencontre d’elle-même et de son passé pour mieux préparer son avenir. Le danger rôde et seule une femme équilibrée pourra y faire face… enfin tout dépend la nature exacte du danger et cela, Jeanne l’ignore. Que faisait vraiment David ? D’où sortait tout cet argent ? Que veut l’auteur des appels anonymes ? Et puis les rencontres vont venir faire partie de son parcours, avec les clients de l’hôtel qu’elle regardera toujours d’un air méfiant. Puis, Emil qu’elle regardera, lui, d’un œil passionné ou encore son thérapeute qui pourrait peut-être l’aider à se comprendre et se libérer. C’est en cela que consiste la cavale de Jeanne : une fuite au loin pour aller mieux remonter les allées et chemins tortueux de sa mémoire, jusqu’au plus profond de l’enfance. Une fois sur place, courir à travers champs et arracher les mauvaises herbes, celles des regrets, des secrets et de la culpabilité ou encore de l’amertume. Faire la paix avec soi-même et enfin oser être soi. Couper les habitudes et abolir les schémas relationnels négatifs. Quel parcours fascinant nous offre l’auteure à travers la vie de Jeanne.

Et puis nous apprenons à connaître Emil, ce personnage pas si secondaire, terriblement attachant qui va jouer un grand rôle dans la vie de Jeanne. Ils semblent si différents et tellement complémentaires. Libre, lui l’est totalement. Pas d’attache, il vogue là où ses pieds et ses envies le mènent. Se poser ? Un jour peut-être, pour le moment il vit. Jeanne l’observe, fascinée, mais aussi envieuse et même parfois agacée par tant de nonchalance et un tel désir de liberté qu’elle n’ose formuler. Et si la vie n’était qu’une quête vers sa propre liberté ? Pour espérer revendiquer sa liberté, Jeanne peut se lancer dans des relations, mais jamais cela ne déverrouillera pas les traumatismes de l’enfance. Virginie Jouannet va nous immerger réellement dans la psychologie de cette femme en posant des questions pertinentes, elle va véritablement développer son personnage avec la plus grande finesse et quand elle mettra Jeanne face à Emil, elle fera encore plus vaciller les idées et les humeurs de cette dernière. J’apprécie la sublime maitrise de l’intrigue qui, si elle n’est pas peuplée d’action, sera enrichie en découvertes et questionnements, rencontres et décisions, réminiscences et révélations. Bien entendu, le passé le plus récent ressurgira au détour d’un moment d’inattention et là, le tout s’accéléra pour nous entrainer vers une fin prodigieuse qui se joue des clichés et des schémas thriller. Cavale incarne donc le thriller psychologique par excellence, sans jamais tabler sur l’hémoglobine ou le parcours semé de cadavres, mais bel et bien sur la psychologie d’une femme qui ne fuit pas que le danger, mais aussi elle-même et qui va devoir retrouver la mémoire. D’une part pour s’assurer qu’elle n’a pas tué David, d’autre part pour laisser la culpabilité la déserter et enfin pour trouver la paix. Un roman au suspens haletant combiné à une héroïne tellement authentique qu’on a l’impression d’être en face d’elle et qu’elle nous raconte son parcours (pourtant à la 3e personne).

enbref

Cavale incarne le thriller psychologique par excellence. Ici, pas de sang et de cadavres à tous les tournants, mais une fuite vers la sécurité pour chercher la vérité. L’héroïne, perdue, va devoir faire de prodigieux efforts pour retrouver sa mémoire, mais aussi se déculpabiliser et enfin se libérer des chaines et des schémas du passé. Avec un tel suspens et la philosophie d’un personnage comme Emil, le roman devient totalement addictif.

MANOTE

4flamants

NB : mon système de notation va changer sous peu, désormais plus de notes sur 20

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10 réflexions sur “[Chronique] Cavale de Virginie Jouannet

  1. Ce roman m’intrigue et ça me donne envie de le découvrir. D’autant que l’auteure s’appelle Virginie (comme moi ahah) et je ne sais pas pourquoi, mais dès que je vois une Virginie écrire un livre, j’ai envie de le lire. Oui, je suis bizarre, je sais 😉
    En tout cas c’est une très belle chronique, qui donne encore plus envie de lire ce roman ! 🙂

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  2. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #73 | BettieRose books

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