[Chronique] Le syndrome du papillon de Maxence Fermine

lesyndromedupapillon

Publié aux éditions Michel Lafon – Octobre 2016 – 252 pages
Lu en partenariat avec Livraddict et Michel Lafon que je remercie

resume

Hugo Mars, 17 ans, n’est pas un adolescent comme les autres. Atteint d’un mal étrange, le syndrome du papillon – il est incapable de faire des choix –, il est interné en hôpital psychiatrique après avoir voulu sauter d’une fenêtre du lycée.
Mais la vie est parfois surprenante. Car c’est justement dans cet établissement pourtant réputé difficile qu’il fait la plus belle rencontre de son existence. Celle de Morgane Saint-James, une jeune fille aux cheveux roux et aux yeux verts perçants, gothique et lunaire, qui ne s’intéresse qu’aux génies.
Hugo tombe aussitôt sous son charme et, grâce à sa compagnie, reprend peu à peu goût à la vie.
Mais un jour la jeune fille quitte l’hôpital sans laisser d’adresse, et Hugo décide de la retrouver coûte que coûte. S’ensuit alors une folle odyssée dans Paris, à la recherche de cette fleur sauvage qui a su apprivoiser son cœur.

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Hugo, 17 ans, est hospitalisé dans un établissement psychiatrique. Étant donné qu’il est notre narrateur, il va nous expliquer ce qui l’a conduit ici et nous confier le récent diagnostic de son psychiatre : il serait atteint du syndrome du papillon. Par conséquent, Hugo est incapable de faire un choix, de s’y tenir. Les décisions lui demeurent inaccessibles. De plus, catégorisé dépressif, il se pose beaucoup de questions et ne voit pas vraiment l’intérêt de grandir, devenir adulte, devoir travailler et finalement devoir faire face à des choix, des responsabilités. Sa rencontre avec Morgane, une jolie rousse aux nombreux tatouages va venir bouleverser son univers cynique et faire naitre quelque chose de nouveau en lui : la fascination, la lumière, l’amour. La jeune fille, atteinte du syndrome d’Asperger, lui apprend des tas de choses sur son monde et se passionne pour les génies. Elle-même, jeune violoniste prodige, elle parvient à captiver Hugo par ses pensées et ses paroles, mais surtout le toucher. Pourtant, un matin, elle disparait… Pour Hugo, impossible de la laisser partir, il doit la retrouver.

Soyons honnête, nous trouvons dans ce livre un potentiel incroyable : le jeune un peu dépressif, mais surtout bien perdu, un hôpital psychiatrique, une jeune autiste qu’on nous promet fascinante et une relation qui nait entre les deux adolescents. On ne peut que s’attendre à un roman palpitant sur le chemin de la construction voire reconstruction identitaire. Pour moi, le potentiel n’est, malheureusement, absolument pas exploité et nous nous perdons dans une histoire qui ne présente pas un grand intérêt ou du moins pas celui « vendu » par la 4e. Commençons par la plume : loin d’être mauvaise et certes plutôt habile, elle est adaptée à notre narrateur de 17 ans. Ce qui donne alors quelque chose de très « oralisé », avec expressions et vocabulaire adolescent, et même familier. Si l’on peut s’y habituer, il devient parfois pénible au travers de certaines réflexions de s’y tenir (et les « quoi » en fin de phrases s’avèrent vite irritants). Hugo n’est pas un personnage attachant et son amie Morgane pas particulièrement non plus. La première chose qui se révèle totalement agaçante avec Hugo, c’est qu’il n’a que bien peu de respect ou d’estime pour les autres. Il nous peint un tableau catastrophique (certes, son ressenti du moment) de la psychiatrie et de ses établissements spécialisés. Soyons clairs, après l’avoir lu, nous n’avons aucune envie de nous confronter à de telles institutions… pourtant, parfois, cela s’avère indispensable. Nous pouvons également épingler sa façon de parler au patient multirécidiviste dans ses tentatives de suicide. Sous couvert qu’il pense savoir le prendre mieux que tout le monde, Hugo n’hésite pas à la malmener et le brusquer allant même jusqu’à minimiser sa souffrance. En gros, il se permet d’intervenir dans un domaine de compétences qu’il n’a pas et en tire ainsi une fierté et un intérêt personnel puisque cela lui donne l’occasion de sous-tirer des informations à ce fameux patient sur Morgane.

À partir de tout cela, comment apprécier Hugo ? Pourtant, nous aurions dû être touchés par sa situation. Attention, je ne parle pas ici d’avoir pitié, mais bien de saisir sa douleur, son errance et pourquoi pas de s’y reconnaître. Il n’en est rien… Si Hugo pense ne pas avoir sa place dans l’hôpital, nommé Graceland, force est de reconnaître qu’il n’en est pas de même pour tout le monde. Et son manque de respect envers le corps soignant et ceux qu’il appelle « les débiles » achève de peindre un portrait bien peu reluisant du jeune homme. Sa rencontre avec Morgane va lui ouvrir les yeux sur ce que la vie peut offrir : l’amour. Malheureusement, la jeune femme, aux traits très prometteurs, est bien peu développée et ne viendra pas nous toucher plus que cela. Son charisme demeure inexistant, mais heureusement le tout se voit rattrapé par un « cours » bien mené sur le syndrome d’Asperger et ses multiples cas célèbres. Ces instants nous en apprennent un peu plus sur elle également et sur sa fascination pour les génies dans de nombreux domaines. Puis, il y a cette romance, qui va vite, trop vite, et ce même pour des adolescents de 17 ans. Les sentiments s’avèrent bien plats et aucune émotion ne ressort de leurs échanges. Quand Morgane disparaît, Hugo s’enfuit… et c’est alors peut-être dans ce dernier tiers du roman, qu’enfin, nous trouvons une once de sensibilité au travers des rencontres qu’il va faire. C’est bien regrettable que cette échappée pseudo-initiatique ne soit pas intervenue plus tôt dans le roman pour lui donner plus de reliefs. Toutefois, beaucoup d’éléments restent négligés et nous avons alors l’impression de n’avoir eu accès qu’à la surface de l’ouvrage. Jamais nous n’entrons dans les profondeurs des personnages et le côté « intouchable » mêlé à l’irrespect ambiant finit par rendre l’intrigue trop plate.

C’est désolant, car malgré tous ces points négatifs, nous sentons un potentiel incroyable et une plume talentueuse. Il est navrant de voir qu’ici, tout se veut linéaire, sans rebondissements ni révélations importantes. Pourtant, le livre se lit très bien, très vite, et ce, en dépit d’un style très adolescent, volontairement appuyé. En cela, l’auteur nous prouve des capacités littéraires très intéressantes. Mais pourquoi prendre ce parti ? Pourquoi ne pas entrer dans le cœur du problème et y mettre des sentiments et émotions au lieu de nous offrir seulement un adolescent agaçant et irrespectueux ? Un adolescent peut très bien comprendre un vocabulaire un peu plus développé. J’entends et respecte le choix de style, mais souligne alors que la cible s’en trouve considérablement réduite. Je sais bien que je n’ai plus 17 ans, mais je lis de nombreux livres YA et c’est la première fois que je me retrouve confrontée à des phrases trop familières. Pourtant, je ne dispose pas moi-même d’un registre soutenu. Mais ce que je trouve le plus regrettable, c’est vraiment le peu de soins apporté à la sphère psychiatrique. OK, ce roman n’est pas une thérapie et certainement pas un livre qui vous dit « sachez demander de l’aide », nous sommes bien d’accord. Mais un peu plus de respect de l’institution permettrait aux adolescents concernés par le mal-être d’en finir avec certains clichés si lourds qu’ils en limitent l’appel à l’aide.

 

enbref

Le syndrome du papillon n’aura pas su m’atteindre, mais avec son potentiel, sans doute pourra-t-il séduire sa réelle cible. Nous regrettons ici le choix du langage et les personnages si peu attachants. Si aucune action ne vient à la rescousse, au moins nous est offerte une belle introduction au monde des Asperger. Dommage que ce roman, aux idées de départ ingénieuses, ne soit pas plus approfondi et que le tout reste effleuré timidement, contrairement aux clichés adolescents ou psychiatriques.

MANOTE

12/20

3flamants

20 réflexions sur “[Chronique] Le syndrome du papillon de Maxence Fermine

    • Cela pourrait être un film sympathique oui car le ton serait parfaitement adapté au personnage du coup. Après, vu qu’on est en France dans l’histoire, j’imagine tout de suite des acteurs français et je suis déjà moins convaincue. J’ai beaucoup de mal avec le cinéma français actuel donc…
      Mais peut être qu’en film, il y aurait moyen de mieux accentuer les troubles, les émotions, le contexte.

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  1. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #67 + In my mailbox du 18 décembre | BettieRose books

  2. Ton avis rejoint assez le mien (pas encore écrit ma chronique). Hugo m’a insupporté, même si la fin a un peu remonté le livre dans mon estime. Je trouve qu’il y avait matière à faire un roman plus poignant et prenant, mais que l’auteur est complètement passé à côté. Dommage :/

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    • Oui il y avait vraiment matière sans entrer non plus dans la surenchère. Mettre de l’émotion dans un livre adolescent n’est pas interdit… Dommage, on restera sur ce sentiment d’inachevé alors que je suis pourtant persuadée du talent de l’auteur et de l’aboutissement du livre.

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