[Chronique] Positive de Paige Rawl (collaboration d’Ali Benjamin)

positive

Publié aux éditions Hachette – octobre 2016 – 397 pages
Merci à Netgalley et Hachette pour cette lecture

resumePaige Rawl est une adolescente rayonnante. Pom-pom girl, footballeuse, excellente élève, tout semble lui réussir. Jusqu’au jour où elle révèle son secret à sa meilleure amie : elle est séropositive, sa mère lui a transmis le HIV. Dans les heures qui suivent, le harcèlement commence. Ses camarades laissent des mots cruels dans son casier. Ils chuchotent sur son passage. Paige ne s’est jamais sentie aussi seule. Pour la première fois, elle ne sourit plus. Cela aurait pu être la fin de son histoire. Mais cela en était le début.

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Des romans sur la séropositivité je n’en ai pas vraiment lu. Bien sûr, il me reste en tête le très poignant et merveilleux Dites aux loups que je suis chez moi, celui-ci je ne peux pas l’oublier, il demeure dans nos pensées et notre cœur. Ici, ce qui a suscité l’envie de lire ce livre c’est le témoignage. Pourtant, je n’aime pas spécialement les témoignages ou du moins pas ce n’est pas ce que je préfère. Mais quand on voit le sourire rayonnant de l’auteure sur la couverture, n’avons-nous pas envie de découvrir son parcours ? Et puis nous comprenons parfaitement qu’au-delà de la séropositivité, c’est bel et bien le sujet du harcèlement scolaire qui va être abordé. Je ne regrette pas un instant ma lecture. Même si au début je n’accrochais pas à l’écriture, j’ai vite compris qu’il s’agissait d’une perspective volontaire pour s’accorder à l’âge des faits et que cette dernière évoluait vers des mots plus touchants, marquants, émouvants.

Paige Rawl est rayonnante, c’est vraiment le mot adapté. Remplie de joie de vivre, elle avance avec le sourire et une détermination sans faille. Tous les jours, sa mère s’assure qu’elle prenne bien ses « compléments alimentaires ». Elles ne vivent que toutes les deux et Paige n’a pas vraiment connu son père. À son entrée au collège (ce qui ravit Paige, elle est surexcitée de cette nouvelle école), Paige découvre un nouveau monde fait de libertés, d’apprentissages de la vie, de coups de cœur et de poignards dans le dos… Ayant pris récemment connaissance de sa séropositivité, Paige se confie à la mauvaise personne, persuadée que cette dernière se taira et ne la jugera pas. Rapidement, l’établissement entier est au courant, le harcèlement commence. Paige sombre, tombe, et son joli sourire la quitte. Chaque jour, elle doit faire face à des insultes, des brimades, des mots cruels écrits sur les murs des w.c. et autres réjouissances. Le pire ? Le pseudonyme qu’on lui attribue… Face à tout cela, le plus choquant restera la réaction de son établissement scolaire et de certains enseignants.

Avant d’aller plus loin, je vais, comme Paige, prendre le temps de resituer les faits, car il est évident que dans le domaine VIH nous confondons trop facilement les choses et que les amalgames sont dangereux. Paige se montrera très insistante (et à raison) sur la différence entre séropositivité et SIDA. Elle tentera aussi de le faire entendre auprès de ses camarades ou enseignants, mais en vain.

Le terme VIH désigne le Virus de l’Immunodéficience Humaine. Lorsqu’une personne est infectée par ce virus, celui-ci va détruire progressivement certaines cellules qui coordonnent l’immunité (c’est-à-dire les défenses de l’organisme contre les microbes).

Au fil du temps, ces cellules deviennent de moins en moins nombreuses et l’immunité est de moins en moins efficace. Des maladies de plus en plus graves peuvent alors se développer. Certaines maladies sont appelées « maladies opportunistes » parce qu’elles profitent de la diminution de l’immunité pour se développer. Lorsqu’une personne a une ou plusieurs maladies de ce type, on dit qu’elle a le sida (Syndrome d’Immuno Déficience Acquise).

Quelle est la différence entre l’infection par le VIH et le sida ?

L’organisme n’est pas capable d’éliminer complètement le VIH. Cependant, quand quelqu’un a le VIH, il ne va pas être malade tout de suite car le VIH met en général plusieurs années avant de détruire les défenses immunitaires. On ne parle de sida que lorsqu’une personne développe une maladie opportuniste.

Quand une personne a le sida c’est qu’elle a déjà forcément le VIH. Alors que toutes les personnes infectées par le VIH n’ont pas forcément développé le sida. Les traitements actuels ont pour but d’empêcher que l’infection par le VIH évolue vers le sida et aussi de soigner le sida chez ceux qui l’ont déjà développé.

Plus d’infos ici et notamment sur le T4 dont nous parle Paige.

Source

Dans le cas de notre auteure, nous abordons donc le point de vue d’une jeune fille séropositive depuis la naissance. En effet, c’est sa mère qui lui a transmis, sans elle-même savoir qu’elle était atteinte, lors de la grossesse. Paige n’a montré aucun signe avant-coureur, pas de maladie particulière et elle ne fut traitée qu’à partir de ses 3 ans. Elle nous explique alors comment les différents traitements et bilans qu’elle fait régulièrement lui permettent de rester en bonne santé. Elle va aussi insister sur les modes de contamination et lutter contre les préjugés. Paige, derrière son sourire radieux, a encaissé énormément de choses avant de craquer. Ce harcèlement scolaire non pris en compte par son établissement et le personnel éducatif aurait pu conduire à un véritable drame.

Paige va donc, page après page, nous raconter son parcours. Quelques bribes de son enfance, son papa qu’elle n’a pas trop connu, elle nous glissera des photos familiales, des clichés de son enfance et puis elle se concentrera sur la pire période : le collège. À l’aide de souvenirs, photos et anecdotes, elle parviendra, et ce même si nous sommes dans un témoignage, à nous faire entrer au cœur de son histoire dont on attend alors les diverses péripéties. Mais quand nous comprenons la triste réalité de ces dernières, nous sommes en colère. Paige fait des rencontres au fil des années, que ce soit au collège, à ses concours de miss ou plus tard et elle puisera en eux une force incroyable pour se relever. Même si elle tombe très bas, ce sera pour mieux se rebondir. Elle aura également une révélation importante qui conditionnera alors tout son avenir.

Se servir de son expérience pour témoigner et aider les autres incarne probablement la meilleure chose qu’elle puisse faire de son terrible vécu. Le harcèlement scolaire tue énormément et elle ne manquera pas de nous le rappeler. Elle, elle fut harcelée en raison de sa maladie, mais qu’en est-il aussi de ceux qui sont harcelés pour leur couleur de peau, leur sexualité, leur poids, leur acné, leur nez de travers, leurs lunettes, etc. Le harcèlement scolaire est un sujet grave, lourd et qu’il ne faut pas négliger. Paige veut enseigner l’amour, la tolérance et l’acceptation des différences. Elle ne souhaite pas vivre dans une case, mais parcourir le monde aussi librement que vous et moi. Elle ne désire pas être définie par la maladie ni n’être que la maladie. Non, la maladie fait partie d’elle, mais en aucun cas elle n’est elle. Bien sûr, nous assistons à une dénonciation forte envers son établissement scolaire et la mauvaise foi constante du corps enseignant vous fera grincer des dents. Elle nous montrera aussi que tous les collèges et lycées ne sont heureusement pas comme celui-ci.

Les personnages évoluant autour de Paige auront tous une importante. Alors qu’elle pense être seule, elle se rentra vite compte qu’elle a du soutien et des amis essentiels. Et puis au cours de son récit, Paige va grandir et connaitre d’autres expériences fascinantes qui viendront définir celle qu’elle est désormais adulte : une femme pleine de courage, souriante, brillante et tolérante qui ne veut que protéger les gens malmenés par d’autres et qui souhaite enseigner l’amour, l’acceptation, le pardon. Brillant parcours, cette jeune femme aura réussi à m’émouvoir et je ne peux que m’incliner devant autant de force et de courage. Un livre à lire absolument pour comprendre une autre facette du harcèlement scolaire, comprendre aussi le VIH et ce que vivent les personnes séropositives. Coup de poing ou coup de cœur, mais essentiel. Petit plus : les photos personnelles qui viennent donner encore plus de relief à l’histoire et nous montrer à quel point cette jeune femme aime sourire.

enbref

Un livre coup de poing qui amène à réfléchir, voici ce que nous offre Paige Rawl derrière son immense sourire. Son témoignage, lumineux mais aussi réaliste montre l’ignorance en matière de VIH et nous ne pouvons que nous sentir révoltés envers ceux qui ont laissé le harcèlement scolaire se répéter. Une jeune femme courageuse et qui croque la vie à pleines dents, mais qui surtout nous enseigne quelque chose de précieux : la tolérance et la bienveillance. MANOTE

19/20

Mon petit bémol va à l’écriture quand même que j’ai trouvé un poil trop simple. Toutefois elle n’a pas besoin d’être plus travaillée pour délivrer son message. 

5flamants

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22 réflexions sur “[Chronique] Positive de Paige Rawl (collaboration d’Ali Benjamin)

  1. C’est marrant, ça m’a fait l’effet inverse, en voyant la couverture, je n’ai pas du tout été tentée, sans savoir de quoi le roman parlait. Alors que c’est quelque chose qui pourrait carrément m’intéresser. Dommage pour la plume, tout de même, j’aime quand les mots résonnent un peu plus… En tout cas, merci pour la chronique, sinon, je ne me serais vraiment pas arrêtée dessus.

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    • En fait, je me demandais pourquoi on voyait si bien la femme sur la couverture et pourquoi elle souriait autant. Ensuite, je vois le mot « positive ». Je me suis dit « hum? » Et puis j’ai vu le résumé et voilà.
      Pour la plume, les mots auraient en effet pu résonner plus fort, mais cela n’aurait pas coller avec le caractère de Paige.

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  2. Ce livre a l’air sincèrement intéressant. Je n’ai jamais lu de roman qui parle de séropositivité et c’est d’autant plus intéressant ici que la personne l’a depuis la naissance … Ca a du être tellement difficile pour elle de savoir ça, puis de subir ce harcèlement scolaire! C’est quelque chose qui me révolte!
    En tout cas j’imagine que c’est une lecture poignante que j’aimerais bien découvrir

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    • Oui, la jeune femme ne peut en aucun cas se dire « j’aurais du faire attention » comme les « médias » cherchent souvent à le faire ressentir, tu vois ce que je veux dire ? Même sa mère peut difficilement s’en vouloir… Elle ne le savait pas !
      Et ce harcèlement oui est super révoltant, à en donner la nausée. Mais, et là, volontairement je ne vais en dire plus, j’aime la façon dont Paige verra les choses. Si tu as l’occasion, lis, tu devrais aimer 🙂

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  3. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #64 | BettieRose books

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