[Chronique] La grande baleine de Vincent de Oliveira

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Publié aux éditions Autrement – octobre 2016 – 257 pages

Merci aux éditions Autrement pour cette lecture

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Depuis les Neiges de Juin, le soleil est invisible. Nul ne sait combien de personnes ont survécu, ni où elles se cachent.
Anton est en route vers l’Écosse où il espère trouver la grande baleine, ultime symbole d’un monde animal aujourd’hui disparu. Ivan s’est juré d’escalader les Alpes pour apercevoir, une dernière fois, le bleu du ciel derrière les nuages. Poursuivant leurs quêtes à travers les paysages désertiques d’Europe centrale, ils devront affronter le froid, la faim et la violence des hommes.

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La grande baleine incarne parfaitement le genre de roman qui vous met mal à l’aise, face à vos propres peurs et angoisses profondes. Bien que rien ne s’inscrive dans un registre gratuitement malsain, mais purement humain, c’est une histoire qui fait réfléchir sur l’humanité et aussi sur notre impact sur la planète. Pourtant, aucune propagande écologiste ne se glisse entre les pages, de toute façon, au moment où nous prenons le récit, le mal est fait, l’espoir d’un revirement favorable à notre espèce n’apparaît plus vraiment à l’ordre du jour. Non, ce qui va motiver nos personnages peut sembler totalement insolite vu les conditions dans lesquelles ils sont amenés à vivre depuis si longtemps. Mais c’est bien cette quête qui insuffle de l’espoir dans le cœur de ces hommes d’ores et déjà perdus. Imaginez : le soleil n’apparaît plus, invisible depuis d’importantes neiges tombées soudainement en juin. Depuis, un froid glacial demeure et flirte avec les pièges de gel, la poudreuse et les nuages. Bien entendu, toute la technologie moderne se retrouve inutilisable, les ressources s’épuisent, la faim apparaît, la survie s’engage. Qui dit survie, dit lutte pour le pouvoir, pour les vivres, l’argent, l’enrichissement, le tout débouchant sur des comportements de violence et terreur. En seulement 257 pages, l’auteur parvient à vous faire frissonner de froid, mais également de peur. Car le monde dans lequel évoluent Ivan et Anton ne saurait vous laisser rêver et va vous glacer de la tête aux pieds.

Une ambiance, un climat parfaitement distillés pour nous mettre aux aguets 

La grande baleine puise sa force avant tout dans une ambiance sombre et glaciale, malsaine et terrifiante, désespérante et sans chaleur. Nous comprenons rapidement que peu de survivants demeurent sur la surface de la Terre qui n’a jamais aussi mal porté son nom. Toute trace animale reste invisible. Tout est figé, disparu, sauf quelques humains qui s’organisent par camp, se pillent, se tuent, s’affrontent. Des rescapés, au coeur de l’Europe de l’Est, en sursis, et qui savent que rien ne perdurera, que les ressources se trouvent très proches de la fin. Bientôt, la mort viendra les chercher comme beaucoup d’entre eux précédemment. Le lecteur avance comme dans du brouillard, du blizzard, dans une froideur parfaitement maitrisée et qui pousse à tourner les pages pour comprendre ce qu’il s’est passé. Mais ce n’est pourtant pas là le thème principal du roman qui va plutôt s’attarder sur la quête folle de nos deux survivants. Quête qui deviendra vite presque secondaire tant les obstacles seront nombreux sur leur route. Cheminer dans de telles conditions révèle de l’exploit et le faire discrètement, sans se faire attaquer s’avère carrément imputable à la chance.

Une société à l’échelle réduite, l’humanité dans sa noirceur et des personnages atypiques

Des sociétés, des groupes se sont organisés et le tout, à l’image de l’humain, est régi par la violence. Ici point de zombies, mais une survie violente et enragée, des clans et des histoires lourdes, des pertes et des morts injustes. Chacun semble vouloir dominer, et quand celui qui s’enrichit va trop loin, la révolte pourrait tenter de se soulever. Si seulement la force habitait encore chacun de ces hommes et femmes, transis de froid et privés de droits. Chaque nouvelle journée passée prend la forme d’une victoire et chaque déplacement réussi, celle d’une guerre de remportée. Entre trahisons et alliances improbables, la violence domine notre nouveau monde qui lui est enseveli sous la glace. Soudainement, nous comprenons que ce gel n’affecte pas que la planète, mais aussi le cœur des hommes qui n’en étaient sans pas très loin de par eux-mêmes.

L’écriture excelle à créer des personnages auxquels on ne peut pas vraiment dire qu’on s’attache, mais qui nous rendent curieux. Suffisamment pour tourner les pages en dépit du climat particulier du roman, et finalement tout ce que nous voudrions c’est savoir qui va pouvoir vivre et qui va devoir mourir. Car dans ce monde réduit, c’est une micro-société presque primitive qui s’affiche et il ne peut y avoir de la place pour tout le monde. Les problèmes et débordements doivent être gérés, mais la violence semble être la seule réponse donnée à ces hommes ou adolescents face à leurs actes. Nous comprenons alors toute l’importance d’une société et des valeurs transmises dès le plus jeune âge grâce à un personnage particulièrement incontrôlable et terrifiant. Si certaines scènes demeurent vraiment violentes, nous ne tombons jamais dans le glauque ou de l’hémoglobine gratuite. La violence n’appuie que l’histoire, donnant encore plus d’authenticité à tout ce qu’il se passe. Comment ne pas perdre la tête dans un monde sans espoir ?

Quant à la clôture de ce récit, que dire si ce n’est que l’auteur n’aurait pas pu faire mieux. Reste au lecteur à faire son choix entre espoir et désespoir, mais une chose demeure certaine, si vous attendez du happy end, ce n’est pas La grande baleine qui vous en donnera. Avec beaucoup de justesse, l’auteur parvient à nous entrainer dans les profondeurs de l’âme humaine, dans sa noirceur comme dans sa beauté, parsemant d’amour et d’amitié les histoires les plus sordides, reflétant à une échelle réduite ce qu’est l’humanité probablement depuis la nuit des temps. Si la planète meurt, que les océans et les rivières se figent, la vie humaine n’est-elle pas destinée à disparaitre ? À quoi s’accrocher pour garder l’espoir de survivre ? L’ambiance si particulière de La grande baleine vous donne envie de tourner les pages et de trouver la lumière. À chacun de la déceler dans l’aspect qui lui semblera le plus juste. Une chose est certaine : la survie est semée de très nombreux obstacles, certains parfaitement inhumains.

enbref

Totalement glaçant et rempli d’un suspens tout aussi froid, La grande baleine nous offre une plongée au cœur de l’âme humaine en situation de survie. Alors que la Terre est gelée et parfaitement figée, l’homme tente de subsister par tous les moyens, y compris et surtout par la violence. La plume instaure un climat si particulier qu’il devient difficile de relâcher ce livre qu’on pourrait trouver presque trop court. Déroutant et angoissant.

MANOTE

16/20

4flamants

5 réflexions sur “[Chronique] La grande baleine de Vincent de Oliveira

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