[Chronique] Pretty Dead Girls de Monica Murphy, être parfaite pourrait bien vous coûter la vie

Publié aux éditions Lumen – Juin 2018 – 461 pages
Traduction Sofia Tabia
Merci aux éditions Lumen pour cette lecture

Belles à tomber.
Parfaites en tout point.
Sauvagement assassinées.
Leur corps est apprêté avec méticulosité, disposé dans une position bien particulière. Leurs visages, parfaitement maquillés, sont tournés selon l’angle le plus flatteur, leurs vêtements coûteux brossés et défroissés. Seul leur cou ouvert d’une oreille à l’autre vient démentir ce tableau idyllique. Seul leur regard vide trahit la vérité : elles sont mortes et bien mortes.

Les filles les plus populaires du campus sont tuées les unes après les autres et la reine de la promotion, Penelope Malone, présidente du club qui les réunit, est terrifiée à l’idée d’être la prochaine sur la liste. La seule issue, pour elle ? Fouiner un peu, chercher qui peut bien être ce tueur en série qui menace la tranquillité de cette petite ville côtière de Californie, un havre de paix habité par certaines des plus grandes fortunes du pays. Ses soupçons se portent d’abord sur Cass Vicenti, d’autant qu’il était étrangement proche de certaines des victimes malgré son statut de nerd de service. Mais échapper au tueur va demander à la jeune fille de se faire beaucoup, beaucoup plus maligne qu’elle ne le pensait…

Monica Murphy joue avec les nerfs de la jeunesse dorée californienne dans ce thriller parfaitement ficelé.

J’ai cru que je ne trouverai jamais l’occasion de vous parler de ce roman ailleurs que sur Instagram ! Pourtant, il y en a des choses à raconter quand même. Déjà, avant de se lancer de la chronique, sachez que je fais partie des lectrices qui ont aimé cette histoire, même si certains aspects ne sont pas parfaits. C’est un bon thriller young adult qui nous est offert ici, et l’autrice rentre dans le tas de la jeunesse dorée pour montrer une réalité plus sordide. Reste à voir qui en ressortira grandi et qui ne s’en sortira tout simplement pas. Car oui, un tueur sévit sur le campus. La première victime est la fille la plus populaire du lycée. Et aussi une sale garce, avouons-le… Quand un meurtre est isolé, on se demande qui a pu commettre un tel crime dans une ville riche et calme. Mais alors que le crime semble se faire de série, la panique augmente et les hypothèses sur l’identité des prochaines victimes se profilent. D’ailleurs, il se pourrait bien que Penelope, présidente des Cygnes blancs, association hautement convoitée et permettant de récolter de prestigieux atouts pour la faculté, soit sur cette to-kill liste. Car l’assassin nous laisser penser qu’il ne s’en prend qu’à l’intérieur intime de ce cercle.

« Chez nous, les criminels, ça n’existe pas ! Mais sérieusement, aussi paradoxal que ça puisse paraître, une menace inconnue me paraît plus facile à accepter que l’idée qu’un mal immonde ronge notre petit jardin d’Eden. »

Eh oui ! Penelope, ton petit jardin d’Eden va devenir l’enfer où le sang coule et où le tueur peut t’attendre à chaque tournant. Toujours avec sa meilleure amie Dani, Penelope a travaillé très dur pour obtenir son rang et sa popularité. Si elle a pu être garce dans le passé, désormais elle aspire plutôt à un comportement irréprochable. Même si en réalité c’est une vraie girouette qui a des réactions démesurées parfois et qui est tout sauf prudente. Quand son camarade, Cass, qu’elle juge étrange par son côté solitaire et son histoire familiale, se rapproche d’elle, la jeune femme est déstabilisée… Mais ne parviens pas vraiment à rester loin de lui, avec qui elle va mener son enquête. Le garçon n’est peut-être pas celui qu’elle pensait du haut de son trône de popularité. Cass est le personnage masculin attachant du roman, il traine un sacré paquet de casseroles, contrairement à Pen et il va apporter beaucoup de choses dans sa vie. On ne va pas le cacher, l’attirance est intense et l’histoire se noue sans écraser l’intrigue. Après, ce n’était peut-être pas nécessaire, mais j’ai aimé ces moments d’intimité et j’ai totalement craqué pour Cass, le mec hyper patient par définition et touchant.

« Dani a une passion dans la vie : tirer des conclusions hâtives en l’absence d’indices concluants. En seconde, elle s’est mis en tête que notre camarade Melissa avait été enlevée par un réseau d’esclaves sexuels alors qu’en fait, la pauvre avait juste attrapé la mononucléose. »

Le roman reflète le lycée américain par définition avec tous ceux qui le font vivre, de la reine des garces au sportif un peu trop écervelé, bref les clichés côtoient les personnages plus proches de notre réalité. Cependant, nous remarquons que Penelope est très élitiste dans ses fréquentations, mais qu’elle connait bien chaque élève. Elle va voir son monde superficiel remis en cause et possède un certain aplomb face aux drames qui s’enchainent et surtout face à la menace qui plane au-dessus d’elle. Pen n’est pas parfaite, elle nous agace souvent par ses réactions, mais elle donne tout ce qu’elle a pour protéger ceux qui l’entourent et tenter de rester en vie. Ses nombreuses hypothèses sont tour à tour drôles, intéressantes ou réalistes, et le pauvre Cass va devoir composer avec cette fille lunatique. 

« Un parfait abruti, ce mec, si vous voulez mon avis. Toujours à inventer des blagues et des canulars. Mais pour une raison qui m’échappe, tout le monde a l’air de l’adorer, à commencer par Dani. Même si je ne comprends pas ce qu’elle peut bien lui trouver, même s’il la fait languir depuis des années, par égard pour elle, je tolère le bonhomme. »

Petit point qui m’a dérangée, je n’ai pas eu l’impression que l’établissement scolaire se souciait tant que cela de la sécurité des élèves. Certes, des précautions sont prises, mais il a manqué un peu d’émotions et d’empathie durant les instants les plus difficiles. Nous apprécierons en revanche les quelques passages où l’assassin livre ses pensées, ses plans, sa haine et j’avoue que je n’aurais pas parié sur son identité. L’intrigue a de quoi rendre parano et questionner, c’est donc une sympathique enquête que nous suivons et tenter de démêler les nœuds n’est pas chose aisée. Au moins, Cass et Pen ont le sang-froid nécessaire, mais ne sont pas pour autant intouchables.

L’autrice nous propose ici un roman qui rentre direct dans le sujet en nous offrant d’assister au premier meurtre avant même que nous puissions découvrir les personnages. Sanglant, il nous met dans l’ambiance et nous comprenons qu’il y en aura d’autres. D’ailleurs, le meurtrier aime nous décrire ses accomplissements et laisser dérouler ses pensées bien perturbées. Ce fut bien joué de la part de la romancière qui, sans cela, aurait alors pris le risque de nous faire sombrer dans la routine d’une enquête qui n’avance pas. De plus, les forces de l’ordre sont quelque peu ridiculisées et inefficaces.

Un roman efficace, un très bon thriller young adult au cœur d’un lycée huppé, ça marche, c’est addictif, on ne veut pas lâcher le livre avant de tout savoir. Si quelques longueurs sont présentes, peut-être même un peu de clichés, ce n’est pas pour autant que l’histoire se fait commune. J’ai adoré enquêter aux côtés de Cass et Pen, et faire mes propres hypothèses. Une ambiance bien particulière et oppressante achève de donner ce côté palpitant au roman et nous immerge dans l’horreur qui s’accomplit. Une chose est sûre, l’autrice n’a pas peur des sacrifices. Ajoutons que les (nombreux) défauts des personnages ne les rendent que plus humains (et pour d’autres, détestables).

Un thriller YA efficace avec des personnages parfaitement humains. Si les motivations de l’assassin ne sont peut-être pas assez approfondies ou peu convaincantes, l’ensemble se dévore avec plaisir et je n’oublierai pas Cass.


Dans peu de temps, je vais retrouver la plume de Monica Murphy dans un registre différent (j’ai déjà lu d’elle Une semaine avec lui, le tome 1 de la série Drew Fable) :

16 réflexions sur “[Chronique] Pretty Dead Girls de Monica Murphy, être parfaite pourrait bien vous coûter la vie

  1. Serena dit :

    Coucou,
    Je ne suis pas très thriller donc je pense que ça ne me tenterait pas trop ahah et effectivement, c’est étrange un établissement qui ne soucie pas de la sécurité de ses élèves !
    Des bisous 🙂

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  2. La route des lecteurs dit :

    C’est un livre qui me tentait à sa sortie mais je reconnais que je n’ai plus tellement l’envie de le découvrir, à présent. En fait, je crains que ce ne soit un thriller qui ne parvienne pas à me plaire. J’ai beaucoup d’attentes avec ce genre alors… Pas trop envie :-/

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