[Chronique] Je suis là de Clélie Avit

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Publié aux éditions Le livre de poche – 235 pages

resume« Ça fait vingt semaines que je suis seule, seulement six que je m’en rends compte. Et pourtant, j’ai l’impression que ça fait une éternité. Ça passerait peut-être plus vite si je dormais plus souvent. Enfin, si mon esprit se déconnectait. Mais je n’aime pas dormir. »
À la suite d’un accident d’escalade en montagne, Elsa est plongée dans le coma. Tandis que l’espoir de son réveil s’amenuise de jour en jour, que ses proches et les médecins commencent à baisser les bras, un jeune homme, Thibault, pénètre par erreur dans sa chambre. Traumatisé par le sort de son frère, qui a renversé deux jeunes filles en voiture, Thibault décide de se confier à Elsa et noue une relation avec elle, malgré son mutisme. Est-il à ce point désespéré de lui-même ? Ou a-t-il décelé chez elle ce que plus personne ne voit ?

Une histoire d’amour improbable – ou miraculeuse. Un mélange entre « Nos étoiles contraires » et « La Belle au bois dormant ». Jeanne de Ménibus, Elle.

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Je suis là est un livre dont j’avais beaucoup entendu parler et que l’on me recommandait bien souvent. Tellement d’ailleurs que suite à des annulations de commandes en occasions de la part du vendeur, je me suis emmêlé les pinceaux et ai fini par le commander en double. Oui oui. Alors la bonne nouvelle c’est qu’il y aura un exemplaire à gagner sur le blog pour Noël. Voilà. Donc on m’a vanté les mérites de ce livre de nombreuses fois et même si je ne suivais pas attentivement les publications de l’auteur pour ce registre-là, j’ai fini par craquer et lire cette courte histoire. Malheureusement, la magie n’a pas vraiment opéré avec moi, sans doute en attendais-je beaucoup trop au vu des éloges et nombreuses recommandations. Bref, j’ai malgré tout passé un moment sympathique, mais il ne me restera pas en mémoire bien longtemps.

« J’ai froid. J’ai faim. J’ai peur. Du moins, je crois. Ça fait vingt-deux semaines que je suis dans le coma et j’imagine que je dois avoir froid, faim et peur. Ça n’a aucun sens, parce que si quelqu’un doit savoir ce que je ressens, c’est bien moi, mais là… Je ne peux qu’imaginer. Je sais que je suis dans le coma parce que je les ai entendus en parler. […] Six semaines que je suis réveillée. Six semaines que personne ne s’en rend compte. » Elsa.

Le roman s’ouvre sur le point de vue d’Elsa, prisonnière de son coma et qui pourtant est éveillée. Du moins, son esprit, car elle demeure incapable de moindre mouvement, du moindre clin d’œil et ne ressens pas les sensations physiques d’une personne en éveil. Mais elle entend les allées et venues, assez peu nombreuses, mais rythmant son quotidien grâce à leur régularité. Cela permet à la jeune femme de se repérer dans le temps, les semaines. Famille, amis, personnel soignant défilent dans sa chambre, toujours selon la même fréquence. Mais un jour, un homme entre par erreur dans sa chambre, désorienté. Thibault. L’autre point de vue du roman. « De là où je suis, je ne vois que le bas des jambes. Enfin, je vois le drap rose qui les recouvre. Ça sent effectivement la chimie d’hôpital, mais quelque chose d’autre retient mon attention. Il y a une odeur supplémentaire […] Du jasmin. Ça sent le jasmin. C’est pas banal comme odeur. » Thibault. À partir de ce moment-là, l’un comme l’autre ignorent que leur vie va basculer et que cette rencontre, fruit du hasard pourrait bien sceller leur destin.

Thibault n’est pas au mieux de sa forme lorsqu’il pénètre dans cette chambre d’hôpital par hasard. Il accompagne sa mère voir son frère. Son frère, qui conduisant en état d’ivresse a tué deux adolescentes. Un crime que Thibault ne peut pardonner. Et petit à petit, il en vient à se dire que rien n’est juste : son frère n’est pas dans le coma, Elsa, dont il réussit à déchiffrer quelques mystères et pans de sa vie, l’est. Elle ne le mérite pas, mais lui si, non ? Auprès d’Elsa, Thibault va trouver une forme de réconfort surprenante. Très vite, il va devenir accro à la jeune femme et lui rendre visite régulièrement, lui parlant de la pluie et du beau temps, mais aussi de choses plus sérieuses, ou dormant alors juste à ses côtés. Ce qu’il ignore c’est que l’alpiniste entend tout et chérit ces rencontres, ne vit plus que dans l’attente de la venue du trentenaire. Qu’est-ce qui les relie ? Pourquoi tomber amoureux d’une femme totalement inconsciente dont il ne connait rien ?

Évidemment l’histoire promet émotions et sentiments, amour et larmes. Mais comme je le disais, la magie n’a pas marché avec moi. Thibault est un personnage intéressant, c’est quelqu’un de bien, mais justement ses bons côtés sont un peu trop poussés, trop lumineux et ne m’ont pas permis de le saisir, de m’y attacher. Quant à Elsa, que dire ? Bien entendu qu’elle est touchante. Comment ne pourrait-elle ne pas l’être, prisonnière d’un corps immobile, vivante, mais perdue aux yeux de tous ? Elle qui sentimentalement n’a pas connu vraiment le bonheur sent que Thibault pourrait le lui offrir. Mais comment lui montrer qu’elle est là et qu’elle partage leurs moments privilégiés, les vivant encore plus intensément que lui ? L’impuissance d’Elsa est frustrante et touchante, mais à mon sens, finit par presque lasser. Le roman avance à un rythme surprenant, presque gênant. J’ai vraiment eu cette impression que d’un seul coup, tout se précipitait juste pour le verdict final qui ne m’a laissé aucune émotion à mon plus grand désarroi. J’ai vraiment eu cette sensation de précipitation, de choses trop facilitées ou attendues. Le tout m’a laissé un sentiment presque amer, une lecture aux émotions prometteuses, mais gâchées par une précipitation et « trop » de bonnes intentions prêtées au personnage principal. De plus, le registre des sentiments manque un peu de développement. (Comment faire du romantique et de l’approfondi quand vous tombez amoureux de quelqu’un de totalement inerte, déclarée perdue).

En revanche, les personnages secondaires sont intéressants, pertinents et authentiques. Je ne suis pas certaine qu’ils soient utiles à si haute dose dans l’histoire, mais ils présentent le mérite de ressembler à Mr et Mme Tout-le-Monde. Dommage de ne pas avoir modelé Thibaut sur ce schéma de véracité, avec défauts et qualités justement dosés. Je ne peux pas vous expliquer ce qui m’a gêné le plus chez Thibault sans vous spoiler un peu alors je vais m’abstenir, mais disons que son « instinct » et « envie » surdéveloppés dans un certain domaine m’ont fait grincer des dents, je l’ai vu comme si c’était le Graal de vivre avec un homme ayant ces envies d’avenir. Cela est sans doute lié à mon choix de vie personnel, mais, malgré tout, j’ai trouvé cela bien trop peu naturel ou inutile à tant développer pour notre histoire. (Puis l’insistance sur ce qu’il boit toujours devient lourde). Quant à Elsa, j’aurais aimé en savoir un peu plus et la fin… bah nous laisse sur notre faim malgré tout. Pourtant, je ne pense pas qu’une autre fin aurait pu mieux convenir au roman. Enfin, je voulais toutefois noter que j’avais apprécié la plume qui est très fluide, moderne. L’alternance des points de vue demeure une excellente idée pour un tel thème de roman. Cette « déception » ne m’empêchera pas de lire Les messagers du vent pour autant. 

 

enbref

Un roman abordant un sujet touchant, celui du coma et de l’espoir des familles. En tentant d’y ajouter une romance malheureusement peu crédible, Clélie Avit a réussi à me perdre et ses personnages m’ont lassé. Si l’histoire d’amour se voulait romantique, je l’ai trouvée bien tiède du fait de son « unilatéralité ». Toutefois, il y a de jolis moments et la lecture se termine (trop?) vite sur une conclusion courue d’avance. Ne me restera pas en mémoire.

PS : la comparaison/réécriture La Belle au bois dormant m’a laissé de marbre et je n’aime pas cette image de la femme qui peut être sauvée uniquement par l’homme tout puissant. Bref, cette interprétation ne m’a pas du tout convaincue et quant à l’avis donné dans ELLE, je ne vois aucun rapport avec Nos Étoiles Contraires…

MANOTE

13/20

3flamants

17 réflexions sur “[Chronique] Je suis là de Clélie Avit

  1. Dommage que tu n’ai pas aimé. Peut-être que tu préférerais : une larme m’a sauvé de Lieby. Bien aimé. C’est une histoire vrai de femme coincé dans le coma… si c’est le côté romance qui t’a dérangé. Bonne lecture 📖 en espérant que les messagers du vent te plaît plus. 😊

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  2. Ouais, je ne sais pas si ça me plairait plus que ça…
    Sinon, rapport à ton PS, les gens aiment bien les comparaisons foireuses avec des trucs mythiques ou qui ont vraiment bien marché. C’est le genre de bandeau qui me fait fuir moi, mais c’est très personne l

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    • Peut être que ça marchera avec toi ? Regarde, tu as moyennement aimé It ends with us si je ne me trompe pas alors que pour moi ce fut un coup de coeur 🙂
      En tout cas y’aura un exemplaire à gagner bientôt sur le blog ^^

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  3. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #62 | BettieRose books

  4. Je suis ravie de voir que toi aussi ce roman ne t’as pas plus emballée que ça, je me sens moins seule ^^ Je suis en train de taper ma chronique et j’en ai entendu beaucoup de bien mais finalement je crois que je suis royalement passée à côté! J’ai vu ton commentaire sur It ends with us aussi, j’ai trop envie de lire ce live =D

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