[Chronique] Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith

Publié aux éditions Sonatine – 24/08/17 -360 pages
Merci à Decitre (Coup de coeur des blogueurs), Sonatine et Netgalley pour cette lecture.

Une femme marche seule avec une petite fille sur une route de Louisiane. Elle n’a nulle part où aller. Partie sans rien quelques années plus tôt de la ville où elle a grandi, elle revient tout aussi démunie. Elle pense avoir connu le pire. Elle se trompe.
Russel a lui aussi quitté sa ville natale, onze ans plus tôt. Pour une peine de prison qui vient tout juste d’arriver à son terme. Il retourne chez lui en pensant avoir réglé sa dette. C’est sans compter sur le désir de vengeance de ceux qui l’attendent.
Dans les paysages désolés de la campagne américaine, un meurtre va réunir ces âmes perdues, dont les vies vont bientôt ne plus tenir qu’à un fil.

Avant de commencer cette chronique, permettez moi de m’excuser pour mon immense retard aux commentaires. Je prendrai le temps cette semaine de combler tout cela.

Nulle part sur la terre fait partie des romans de la Rentrée littéraire qui n’est pas passée inaperçu. Sonatine a fait fort avec ce roman noir, américain, où rien n’est épargné aux personnages du roman, sans pour autant partir dans le « trop ». Cette histoire touche forcément le lecteur qui ne pourra que se sentir impuissant face aux coups du sort et à la tristesse qui suinte entre les lignes. Pourtant, c’est aussi un roman porteur d’un message d’espoir, aussi infime soit-il : le droit à la seconde chance. J’ai passé un très bon moment de lecture avec Nulle part sur la terre et je me suis terriblement attachée aux personnages. Lire la suite

[Chronique] Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng

toutcequonnesestjamaisditA paraître aux Editions Sonatine – Mars 2016 – 300 pages

Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine pour cette lecture

resumeLydia est morte.
Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore…
Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.
Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.

Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés. Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées.

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J’avoue que ce livre m’a attiré d’abord par son titre. Cela évoquait des secrets, des non dits. Une affaire de famille. Le résumé encore plus intrigant. Pourquoi Lydia est-elle morte ? Accident, meurtre, suicide, j’ai eu envie de suivre les pistes avec la famille Lee et de rentrer dans cette famille et les comprendre. Ce fut une excellente lecture, captivante, poignante et aussi le genre de lectures qui fait réfléchir.

Nous sommes en 1977. Lydia est la petite chouchou de la famille Lee. Celle en qui ils placent tous leurs espoirs. Un grand frère qui la protège une petite soeur invisible, des parents présents. Voilà le tableau familial tel qu’il nous est présenté. Un matin, la mère de famille, Marylin s’inquiète de la disparition de sa fille. Où peut être la précieuse, intelligente et si raisonnable Lydia ? Lydia qui suit des cours de sciences en plus de son cursus, poussée par sa mère, Lydia qui fait « en sorte » d’avoir des amis, poussée par son père. Lydia qui est sortie cette nuit là, Hannah l’a vue…Mais Hannah ne dit rien, elle est transparente aux yeux de tous.

Rapidement le corps de Lydia est retrouvé et le dossier se clot vite sur un suicide. Mais la famille n’y croit pas et cherche les pistes. Qui était vraiment Lydia ? La connaissaient-ils vraiment ? Chacun détient des éléments les gardant en eux sans les partager. Les secrets font éclater la cellule familiale désormais incomplète. Le destin d’une famille vouée à vivre dans le deuil et la perte de l’enfant prodige. Mais quelles étaient les aspirations de Lydia ? Qu’a-t-elle fait les jours précédant sa mort ? Comment s’est elle rendue au lac ? Pourquoi ? Avec qui ? Des questions qui viennent perturber la famille, remettent en cause leurs comportements, font dérailler leur équilibre fragile et hypocrite. Une famille qui a vécu dans la retenue, les mensonges, le paraître. Des parents qui ont placé leurs propres espoirs sur les épaules de la jeune prodige en voulant éviter qu’elle connaisse les mêmes échecs qu’eux.

Des parent qui ont souffert, mal dans leur peau. Quand Maryline et James sont tombés amoureux dans les années 60, leur mariage était très mal vu. La mixité n’étaient pas encore admise et qu’une jeune Blanche épouse un Asiatique était tabou. Maryline voulait faire des études de médecine dans une époque où peu de femmes sont médecins mais plutôt infirmières ou secrétaires de l’hôpital. Mais elle est brillante. Elle rencontre James, professeur d’Histoire et décide donc de l’épouser malgré la désapprobation de sa mère. Maryline a bravé l’interdiction familiale et a épousé l’homme de sa vie. James lui n’a jamais réussi à s’intégrer à ce pays dans lequel il est pourtant né. Toujours, il fut mis de côté à cause de ses origines, et même s’il est brillant peu le prennent au sérieux. Il occupe désormais un poste satisfaisant mais de nombreuses barrières raciales ont brisé sa véritable carrière. Solitaire depuis toujours sa rencontre avec Maryline lui aura apporté de l’espoir mais aussi brisé, involontairement, les ambitions de sa jeune épouse. Des destins contrariés, des exigences parentales…la plume de Celeste Ng nous fait voyager entre passé et présent, nous distille des indices, nous raconte des histoires, fait éclater les secrets de famille. Et la jeune Hannah, témoin principal de tout cela nous émeut. Elle est transparente depuis toujours et pourtant si intelligente, si douce, si déterminée. Nath, le grand frère est persuadé que le voisin a quelque chose à voir dans cette histoire. Mais si, tout simplement, Lydia n’était pas celle qu’ils croyaient tous ?

Celeste Ng a une plume addictive, douce, entrainante. Au fil des chapitres nous pénétrons l’intimité de cette famille d’apparence parfaite. Nous redécouvrons les drames, les échecs, les éclats du passé. Les ruptures, les tensions, les attentes…Elle nous entraine dans une sphère familiale où le poids de chaque geste, chaque parole a des conséquences. Elle nous rappelle le rôle des parents et l’impact de leur éducation et des valeurs transmises sur l’avenir, la construction des enfants. C’est un drame familial saisissant de réalisme, cru et triste bien entendu. Mais s’il était la clé de la réunion et de la compréhension entre les membres de cette famille ? Qu’ont fait les parents en projetant leurs propres ambitions sur Lydia ? Pourquoi ont ils tant tenu à ce qu’elle accomplisse ce que eux n’ont pas pu ? Comment Lydia le vivait-elle ? Nous sommes entrainés de questions en révélations. Nous avons le point de vue de chacun. Nous voyons le désarroi de chaque membre, l’éclatement d’une cellule familiale dont le défaut principal est la communication. Chacun n’osant exprimer ses souhaits. Chacun vivant dans l’ombre des attentes pesant lourd sur les épaules de Lydia. Mais pourquoi Lydia est-elle morte ? Le sauront-ils un jour ?

Quoiqu’il en soit ce drame familial nous renvoie à nos propres vies, à nos réflexions, nos attentes, nos comportements. Celeste Ng arrive, sans jamais être moralisatrice, à nous faire reconsidérer des choses de nos existences, à comprendre le poids des mots sur les enfants, le rôle des parents, la fragilité d’une cellule familiale. Un drame familial dont personne ne sort indemne mais qui apprend beaucoup de choses sur la vie de famille. L’auteure nous met face à la part de responsabilité de chacun. Un livre magnifique et qui est très touchant. Une famille vivant de secrets et de non dits bouleversés par un drame qui va tout changer.

enbref

Un roman nous plongeant au coeur d’une cellule familiale ébranlée par la mort de l’un d’entre eux. Quand le drame survient les secrets surgissent, éclatent au grand jour et chacun doit prendre sa part de responsabilité. Une plume très intimiste et addictive qui nous immerge dans une famille aux apparences préservées et qui tente de fuir son passé. Une réflexion sur le rôle parental et les conséquences des mots. MANOTE

17/20


CITATIONS

« Parce que, plus que tout, sa mère avait voulu se distinguer; parce que, plus que tout, son père avait voulu se fondre dans la masse. Parce que tout ça avait été impossible »

« Comment est-ce que ça a commencé ? Comme toujours : avec les mères et les pères. A cause de la mère et du père de Lydia, à cause de la mère et du père de sa mère et son père »

[Chronique] Les Assassins de R.J.Ellory

Les Assassins - R.J.Ellory

Paru aux Editions Sonatine – 568 pages

Lu grâce à NetGalley et aux Editions Sonatine que je remercie. 

resumeSur 18.000 meurtres par an aux Etats-Unis, seulement 200 sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne pense à faire le lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet qu’ils ont été commis à la date anniversaire d’un meurtre passé, oeuvre chaque fois d’un tueur en série célèbre, selon une procédure rigoureusement identique. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s’inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?MONAVISV2

Sans John Costello personne n’aurait fait le rapprochement entre les meurtres. En effet, les 4 homicides n’ont aucun lien entre eux (pas le même mode opératoire, des victimes sans lien, des lieux différents) et surtout sont dispatchés entre différents commissariats de New York. Mais John Costello, lui même rescapé d’un tueur en série des années 80 a une mémoire incroyable et est une véritable encyclopédie des tueurs en série. Ainsi reconnaît-il chaque meurtre et affirme qu’ils sont commis à la date anniversaire des meurtres originels. Soutenue par la journaliste pour qui il enquête, John va accepter d’aider notre inspecteur Ray Irving qui a bien du mal à y voir clair dans toute cette affaire et qui manque surtout cruellement de moyens. Qui est ce tueur « commémorateur » ? Dans quel but reproduit il ces meurtres ? Comment choisit il ses victimes, les lieux et surtout, quels autres meurtres compte-t-il reproduire ?

Nous sommes au coeur d’une véritable enquête qui piétine ou aucun indice n’est accessible. L’inspecteur Ray Irving, cliché du flic solitaire qui ne vit plus que pour son métier, se fait aider de Costello dans le but de découvrir qui est ce tueur en série. Ainsi va-t-il découvrir qu’il existe des clubs pour les familles des victimes ou des rescapés de tueurs en série, mais pire encore, il y a dans notre monde des collectionneurs des effets personnels des tueurs ou des photos de scène de crimes…Nous entrons dans la noirceur de l’âme, celle des fans de tueurs en série comme dans la psychologie sombre et bien souvent inexplicable des ces assassins. Peut-on vraiment comprendre le motif des plus grands criminels ? Certains se sentent investis d’une mission, entendent des voix, prennent pour motif la purification. Mais quelle peut-être la motivation de ce nouveau serial killer qui se cache quelque part dans New York ?

L’histoire est porté principalement par Ray Irving, qui est en charge de l’enquête. C’est un mordu de travail qui ne compte pas ses heures et souhaite par dessus tout arrêter ce meurtrier qui à plusieurs reprises narguera la presse et la police et aura toujours une longueur d’avance. L’enquête stagne au fil des mois et aucun indice ne vient aider. Heureusement Ray aura tout le soutien de John, personnage très mystérieux, ayant des rituels bien précis mais surtout profondément marqué par ce qu’il a lui même vécu face à un tueur en série. Ils seront également épaulés, secoués et remis en place régulièrement par Karen Langley, la journaliste pour qui travaille John. Karen est brillante, professionnelle et a un très fort caractère. Elle est la seule « amie » de John et fera tout pour le protéger. Elle saura également apporter une touche de féminité à l’affaire. Ils devront faire face à la presse et surtout éviter que cette affaire s’ébruite et instaure la panique dans New York. Nous avons ici des personnages parfaitement construits qu’on s’imagine très bien et qu’on comprend. Leur psychologie est suffisamment présente pour comprendre leurs réactions et émotions. On s’attache très vite à ce trio qui donne toute son énergie pour arrêter ce tueur avant que le nombre de victime ne devienne trop important. Ils sont tous les trois différents en apparence mais finalement l’osmose est bonne et leur permet d’avancer. Sont-ils, au fond si différents ?

Ellory a effectué un bon travail de documentation et s’est basé sur des faits réels. Il nous peint un New York sombre, des forces de l’ordre avec peu de moyens et contrôlées plus par les enjeux politiques que par l’intérêt réel des citoyens. Le style d’écriture est direct, franc, sans détour, plutôt sombre et adapté à l’histoire et à sa trame. Ne nous laissant aucun indice, le rythme est pourtant soutenu et nous avons bien du mal à lâcher le livre avant de comprendre de quoi il en retourne. Ellory nous entraîne au cœur de l’horreur de ces meurtres et presque dans la tête des tueurs en série. Il nous fera regretter qu’on se souvienne plus facilement des tueurs que des victimes ou de leurs familles et nous montrera également la perversité que peut entraîner ce genre d’affaires…(collection de photos de scène de crime etc). Nous nous rappellerons alors avec émotion que bien de familles de victimes sont condamnées à vivre avec une seule et unique question à laquelle ils n’auront bien souvent jamais de réponse : pourquoi ?

enbref

Un thriller de haute qualité, un jeu du chat et de la souris à l’échelle New Yorkaise porté par des personnages authentiques et brillants. Un livre où aucun indice n’est laissé et qui ménage le suspens jusqu’au bout, vous plongeant dans la psychologie des tueurs en série. Un travail documenté s’appuyant sur des faits réels et une écriture qui va droit au but sans détour. Impossible de le reposer avant d’en connaître le dénouement (ce qui m’a valu une nuit très écourtée).

MANOTE

19/20

NB : ce live fut ma première fois avec un Ellory et je pense que je vais réitérer.

Léa TouchBook vous propose en ce moment même le mois R.J.Ellory, à ne pas louper. 

Ellory affiche def

Ses articles Ellory du mois :

L’interview de R.J. Ellory

Le portrait chinois de R.J. Ellory

Elle vous propose aussi un super concours et deux autres articles à venir :

Un article « Paroles aux lecteurs » 

Une interview des traducteurs d’Ellory : Fabrice Pointeau et [en attente de confirmation] Clément Baudechallenge ellory 2

Et le challenge Ellory sur Livraddict auquel je participe avec cette chronique.