[Chronique] Outliers – Tome 1 Les anomalies de Kimberly McCreight

Publié aux éditions Robert Laffont Collection R – Octobre 2016 – 378 pages
Traduction Fabienne Vidallet 

Un conseil: suivez votre instinct. 
Tout commence par un texto : Wylie, stp, j’ai besoin de ton aide.
Cassie a disparu et ses SMS laissent craindre le pire à son amie… Qu’est-elle partie faire dans les denses forêts du Maine ? A-t-elle été kidnappée ? Est-elle en danger de mort ?
Aidée de Jasper, le petit ami de Cassie, Wylie surmonte son agoraphobie pour se lancer à sa recherche. Mais son mauvais pressentiment ne faiblit pas, loin de là : et si de bien plus noirs secrets se cachaient derrière la disparition de Cassie ? Des secrets à même de bouleverser l’équilibre du monde ? Lire la suite

[Chronique] Après la chute de Dennis Lehane

Publié aux éditions Rivages – octobre 2017 -456 pages
Merci à Léa Touch Book et Rivages pour cette lecture

 

Journaliste à l’avenir prometteur, Rachel Childs grimpe les échelons à toute vitesse jusqu’au moment où la rédaction de sa chaine de TV l’envoie à Haïti couvrir le séisme de 2010. L’horreur dont elle est témoin lui cause un tel choc qu’elle s’effondre en direct devant les téléspectateurs. C’est le début de la fin. Elle perdra son emploi et restera sujette à des attaques de panique. Cette fragilité psychologique s’explique par le fait que la mère de Rachel, une manipulatrice perverse, lui a toujours caché l’identité de son père. C’est en se lançant dans une quête pour le retrouver qu’elle croisera la route du détective privé Brian Delacroix, dont elle tombera amoureuse. Leur mariage durera trois ans, jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il mène une double vie. De la quête du père au mariage avec un homme parfait — trop parfait pour être honnête —, Rachel va aller de révélation en révélation et tout ce qu’elle croyait savoir sur elle-même et sur son entourage va être remis en cause…

Avant de commencer cette chronique, je tenais à remercier Léa Touch Book et les éditions Rivage. Je vous invite à nous rejoindre dans le groupe de lecture de Léa, qui est consacré à la littérature nord-américaine. Par contre, prévenez votre banquier vous allez vous ruiner face à toutes les belles idées lectures que Léa et les autres membres du groupe partagent. J’ai rempli ma B.A. en prévenant, mais venez, on est bien !

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[Chronique] Follow me back de A.V. Geiger

Publication Collection R – 8 juin 2017 – 358 pages
Merci à Netgalley et Collection R pour cette lecture

Follow me. Love me. Hate me.
#EricThornObsessed

Agoraphobe, Tessa Hart ne parle à presque personne au quotidien, exception faite des réseaux sociaux où elle nourrit sa passion pour Eric Thorn, le prodige pop-rock de sa génération. Prenez-la pour une folle si vous voulez, mais il est le seul qui semble la comprendre, alors même qu’ils ne se sont jamais rencontrés…
Pris au piège entre son contrat et des fans envahissants au point de lui faire craindre pour sa vie, Eric se crée un faux compte Twitter pour troller l’un de ses plus gros followers, @Tessa<3Eric. Au lieu de ça, la relation qu’ils tissent sur Twitter dépasse vite tout ce qu’ils auraient pu imaginer. Et lorsque les deux se donnent rendez-vous dans la vraie vie, ce qui aurait pu être la plus belle rencontre de tout les temps vire au cauchemar…

Si vous pensez savoir sur quelle piste ce livre va vous mener, oubliez tout. Vous ne savez rien, vraiment. Jusqu’à l’ultime page. Oui, notre romancière Wattpad parvient à vous entrainer dans une histoire addictive sur laquelle vous n’avez finalement que peu d’indices et les pions sont avancés quand on ne les attend pas. Si cette histoire concerne des personnages assez jeunes, 18 ans, ils sont parfaitement ancrés dans la réalité assassine des réseaux sociaux et leurs faux semblants. Deux jeunes perdus sur Twitter et qui y trouvent soudainement quelque chose. Mais si la vérité n’était pas celle que l’on craint ? Alternant les points de vue de ses deux héros, l’auteure signe un premier tome déroutant et fascinant. Lire la suite

[Chronique] Le parfum de l’hellébore de Cathy Bonidan

leparfumdelhelleborePublié aux éditions de La Martinière – 12 janvier 2017 – 304 pages
Merci à l’agence Anne et Arnaud pour cette lecture

resumeDerrière les grilles du centre psychiatrique Falret, s’épanouissent les hellébores, ces fleurs dont on pensait qu’elles soignaient la folie. Est-ce le secret de Serge, le jardinier taciturne qui veille sur les lieux, pour calmer les crises de Gilles ? Toujours est-il que le petit garçon, autiste de onze ans, s’ouvre au monde en sa présence.

Deux jeunes filles observent leur étrange et tendre manège, loin des grandes leçons des médecins du centre. Anne a dix-huit ans, c’est la nièce du directeur. Fuyant un passé compromettant, elle a coupé tout lien avec ses proches, si ce n’est sa meilleure amie, avec qui elle correspond en cachette.

Elle se lie d’amitié avec Béatrice, malicieuse jeune fille de treize ans, qui toise son anorexie d’un œil moqueur, pensant garder le contrôle des choses.

Mais rien ne va se passer comme prévu.

Dans ce roman lumineux et plein d’espérance, les destins de chacun vont se croiser, entre légèreté et mélancolie.
La vie réserve heureusement bien des surprises. Lire la suite

[Chronique] Nos années sauvages de Karen Joy Fowler

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Publié aux Éditons Presse de la Cité – Avril 2016 – 364 pages 

resumeIl était une fois deux soeurs, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble. Rosemary était une petite fille très bavarde, si bavarde que ses parents lui disaient de commencer au milieu lorsqu’elle racontait une histoire. Puis sa soeur disparut. Et son frère partit. Alors, elle cessa de parler… jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire de cette famille hors normes que Rosemary va vous conter, et en particulier celle de Fern, sa soeur pas tout à fait comme nous…

MONAVISV2Nos années sauvages est sans doute le roman le plus inattendu que j’ai pu lire en 2016. À aucun moment, je n’avais imaginé dans quoi je m’embarquais. La 4e ne nous donne que très peu d’informations sur ce que nous allons lire et un conseil : ne cherchez pas à en savoir plus sur l’intrigue, c’est tellement surprenant que si vous vous faites spoiler cet élément-là, vous en perdrez le plaisir. Et croyez-moi, cela vaut vraiment le coup. C’est pour cette raison que je vais m’attacher, dans cette chronique, à ne rien vous révéler de ce précieux retournement de situation dans l’histoire.

Nos années sauvages est un livre qui va éveiller en vous tout un tas de sentiments, d’émotions, de questions. Vous pourriez même être bouleversés par cette histoire. Apprendre des choses, beaucoup. Comprendre d’autres choses, un certain nombre. Mais surtout, vous allez ressentir, compatir, secouer la tête et vous dire « mais comment ». C’est ce que ce roman m’a provoqué en l’espace de quelques heures de lecture captivante. Sachez-le, c’est un roman bourré de psychologie, et vu que c’est ma passion première et les références sur le développement de l’enfance m’ont évoqué d’agréables souvenirs d’université.

Parce que ce n’est pas évident de parler véritablement de ce roman sans en briser le charme, je cite des avis « extérieurs », recensés sur le site de l’éditeur. Notez par ailleurs que cet ouvrage s’est vendu à 2 millions d’exemplaires aux États-Unis et en Angleterre. Sachez aussi que c’est une vraie bombe à émotions que vous tenez entre les mains si vous vous le procurez.

«Il y a eu beaucoup de livres écrits sur l’amour et la rivalité fraternels, mais peu, j’en suis sûre, capables de vous déchirer le coeur et de vous bouleverser comme celui-ci… Préparez-vous à être enchanté et traumatisé.» The Times
«Un portrait touchant d’une famille américaine qui soulève en vous des questions et des sentiments inattendus : sur l’humanité, la psychologie et l’amour sous toutes ses formes.» Psychologies
«Cela fait des années que je ne me suis pas sentie autant passionnée par un livre. Quand je l’ai terminé à 3 heures du matin, je pleurais, puis quand je me suis réveillée, j’ai relu la fin et je me suis remise à pleurer.» Ruth Ozeki, auteur d’En même temps, toute la terre et tout le ciel

Ce que vous pouvez retenir des citations au-dessus pour vous faire une idée très globale de l’ouvrage sont les mots suivants : amour et rivalité fraternels, déchirer le coeur, enchanté et traumatisé. Car oui c’est ce que ce livre va produire sur vous, c’est quasiment certain. « Un portrait touchant », très touchant, très différent, et qui, oui, indéniablement va nous amener à nous poser des questions sur notre vision de l’humanité, notre psychologie et l’amour sous une forme inédite, bouleversante. Quant à ce que Ruth Ozkeki nous raconte, c’est aussi ce qu’il s’est passé pour moi. Et pourtant, même si j’étais loin d’imaginer le tournant que le livre allait prendre, ce que notre narratrice nous raconte, je l’ai étudié. Mais il y a des choses que l’humanité, honteuse, préfère cacher et quand la vérité est levée, il faut assumer et réfléchir sur notre condition même.

Notre narratrice donc, c’est Rosemary. Rosemary est un peu particulière, solitaire, un peu brisée. « Il y avait quelque chose de décalé chez moi, quelque chose qui ne sonnait pas juste, peut-être dans mes gestes, mes expressions, les mouvements de mes yeux, et certainement dans ce que je disais ». Les liens familiaux apparaissent complexes et l’on sent de suite que son histoire sera très loin d’être ordinaire. Rosemary fait tout pour mener une vie normale et rester anonyme, invisible aux yeux des autres. Car il y a des années de cela, sa vie de famille a défrayé la chronique, chose qu’elle ne veut plus jamais vivre. Rosemary va nous dresser le portrait de sa famille qu’on pourrait alors croire ordinaire. Elle va nous raconter à quel point elle était bavarde quand elle était petite. Les jeux avec son frère et sa soeur, les moments de complicité familiale. La jalousie envers sa soeur. Puis, le choc, la disparition de celle-ci. Les mensonges, les secrets, les tabous d’une famille pas tout à fait comme les autres. Rosemary est adulte désormais et revenir sur tout cela n’est pas simple. Au travers des rencontres qu’elle fera, elle sera amenée à se dévoiler, mais aussi à réaliser des choses. Faire ressurgir de douloureux souvenirs, évoquer la culpabilité, l’innocence, ces souvenirs transformés comme pour apaiser, soulager, et faire face à la terrible réalité, celle qu’elle n’aurait jamais souhaité connaître mais celle qui peut, à elle seule, la libérer. Rosemary a besoin de nous raconter l’histoire de Fern, sa soeur pas comme nous.

« Je n’avais que cinq ans lorsqu’elle disparut de ma vie, mais je me souviens d’elle. Je me souviens d’elle avec précision : son odeur, son contact, des images morcelées de son visage, ses oreilles, son menton, ses yeux. Ses bras, ses pieds, ses doigts. »

Rosemary nous entraine dans un récit à la complexité psychologique certaine. Rassurez-vous, rien d’inabordable, mais des sensations intenses, des sentiments puissants, de la colère, de la jalousie, des difficultés à s’insérer. Et puis cette surprise au sujet de sa sœur. Celle qui fera bondir votre coeur, qui vous apprendra des choses que vous ignoriez peut-être. Qui vous fera vous demander ce que nous sommes, et le but de certaines de nos actions. Avec Rosemary, parfois un peu en même temps qu’elle, vous découvrirez une effroyable réalité. Et sachez que c’est une vérité universelle. Vous ferez la connaissance de personnages passionnants. Certains très attachants, d’autres plus exubérants. Vous vivrez cette histoire pleinement avec tout ce que cela implique et non, vous n’en ressortirez pas indemne mais très certainement écorché, secoué et assurément grandi.

« Si la modestie était un trait humain, nous aurions appris depuis longtemps à nous montrer plus prudents. » Quelle phrase. Quel recul pour la comprendre, l’analyser. Des phrases percutantes, vous en aurez tout au long du roman et à vrai dire, Rosemary, la volubile Rosemary, ne cherche jamais à faire des figures de style ou philosopher. Toutes ces phrases clés, dérivent de son récit, le rendent réel, récréent son monde floué par les souvenirs construits. Car, qu’est-ce que la mémoire véritablement ? Qu’est-ce que le langage ? Nous avons tendance à oublier que certains souvenirs sont faux, que nous les construisons, élaborons des images pour nous éloigner de la vérité, plus douloureuse à affronter. « Il y a des moments où l’histoire et la mémoire semblent une brume, comme si ce qui s’était réellement passé importait moins que ce qui aurait dû arriver. »

« Le langage a cet effet sur les souvenirs : il les simplifie, les solide, les momifie. Une histoire souvent répétée est comme une photographie dans un album de famille ; elle finit par remplacer l’événement qu’elle était censée représenter. » Mais alors, si la mémoire, le langage, nous jouent des tours, le récit de Rosemary est-il fiable ? Est-elle justement une narratrice fiable ? Oui, Rosemary va mettre ses sentiments à nus pour et devant le lecteur. Elle ne va pas hésiter à nous dire quand elle s’est plantée, ce qu’elle a pu occulter, les émotions qu’elle a honte d’avoir un jour ressenties, la culpabilité qui l’étreint depuis tant d’années, la place qu’elle a toujours du mal à trouver. Rosemary est fiable mais, surtout, honnête. « Mon frère et ma soeur ont eu une vie extraordinaire, mais je n’étais pas là et je ne peux pas vous raconter cette partie de l’histoire. Je m’en suis tenue à celle que je connaissais, la mienne. Cependant tout ce que j’ai dit ne parle que d’eux, un contour à la craie de l’espace qu’ils auraient dû occuper. Trois enfants, une histoire. »

Je sais que cette chronique est déjà longue mais ce ne serait pas rendre hommage au livre si je ne terminais pas par dire que la construction de ce récit est au point. Que chaque étape, chaque ligne, chaque mot a son importance. Que le style est bon, très bon et déroutant. Car Nos années sauvages est vraiment un livre pas tout à fait comme les autres et c’est pour cela qu’il vous faut le lire, le découvrir. Nos années sauvages m’a comblée car il a couvert des aspects importants de l’humanité, de la psychologie et un autre thème important dans ma vie. Même si je n’ai pas eu le coup de coeur pour ce livre ce fut une merveilleuse, prodigieuse lecture et je ne suis pas prête de l’oublier.enbref

Nos années sauvages est un roman déroutant, surprenant, inattendu qui vous fera vous poser beaucoup de questions et vous provoquera un tsunami d’émotions différentes. Avec une narratrice un peu hors norme et une famille encore plus différente, l’auteure nous entraine dans la psychologie humaine et sa complexité mais aussi, d’une manière subtile et intelligente, dans la définition même de notre humanité. Brillant, épatant, bouleversant.

MANOTE18/20

4flamants

 

 

[Chronique] Ne pars pas sans moi de Gilly MacMillan

neparspassansmoiPublié aux éditions Les Escales – Collection Escales Noires – 2016 – 480 pages

Un grand merci à la maison d’édition pour cette lecture

 

resumeUn petit garçon de 8 ans est enlevé. Pour l’opinion et les médias, une seule coupable : sa mère. Et ils veulent sa peau… Alors qu’elle se promène dans les bois avec son fils Ben, Rachel le laisse partir devant elle jusqu’à l’aire de jeux. Quand elle arrive sur les lieux, Ben a disparu. Bientôt, médias et réseaux sociaux se déchaînent : Rachel est accusée d’être une mauvaise mère qui n’a pas veillé sur son fils…à moins qu’elle n’ait fait le coup ? Attaquée de toute part, soupçonnée par la police, Rachel ne peut se fier à personne : Elle seule peut découvrir la vérité et retrouver Ben.

MONAVISV2Voilà un roman que j’avais déjà repéré lors de sa sortie chez France Loisirs. Je dois avouer que je préfère largement la couverture proposée par Les Escales. Vous savez que j’aime les beaux livres et je trouve que l’édition des Escales est sublime. Sombre et mystérieuse tout comme le roman qu’on nous propose alors.

C’est l’histoire de ce qui pour vous sonnera peut être comme un fait divers. L’histoire d’un enfant qui disparaît et de parents qui supplient les ravisseurs de le ramener. L’histoire d’un enfant qu’on doit retrouver au plus vite si on veut qu’il ait une chance de survivre. Les statistiques angoissantes égrainent les heures et tout le monde spécule sur le coupable. Alors que la maman dérape (elle craque), tout le monde lui crache sa haine. Pour eux, elle est la seule coupable. Devenue une « mauvaise mère » incapable de veiller sur son enfant puis passant au statut de meurtrière probable, Rachel ne peut se fier qu’à elle même pour retrouver son enfant qu’elle pleure chaque jour.

Une histoire tragique et douloureuse, celle de la perte d’un enfant. Rachel se promenait dans les bois avec Ben, comme tous les dimanches. Avec son chien, fidèle ami du petit garçon. Rachel, femme divorcée et malheureuse qui a encore du mal à faire le deuil de sa relation amoureuse et qui en veut au père de Ben d’avoir refait sa vie. Rachel, photographe qui aime plus que tout son fils et qui lui laisse ce jour-là un peu plus de liberté, d’autonomie. C’est alors que le drame survient, Ben a disparu dans les bois. Après recherches une seule conclusion s’impose, le petit garçon a été enlevé. Mais par qui et pourquoi ? C’est ainsi que toute la vie de Rachel mais aussi celle de son ex-mari va être passée au peigne fin. Quand Rachel est attaquée de toute part, elle culpabilise mais garde à l’esprit qu’il lui faut rester présente pour Ben. Elle est persuadée qu’il est vivant et veut le retrouver. Elle est prête à tout quitte à se débrouiller par elle même.

C’est une histoire à deux voix que nous avons, qui nous content les évènements depuis le jour de la disparition jusqu’à la conclusion de l’enquête. Rachel nous donne son ressenti, nous livre son expérience mais surtout nous fait part de sa souffrance, de l’intolérable attente, de la douleur innommable qu’est celle de la perte d’un enfant. Elle passe par tout un tas d’émotions et nous les livres sans pudeur. Pour que nous comprenions qui elle est. Pourtant même en se livrant aussi crument qu’elle le fait dans son récit, le lecteur ne pourra s’empêcher de se poser des questions sur cette maman…Et si elle nous menait en bateau ? Si elle nous manipulait ? Confronté à un second point de vue, celui du flic en charge de l’affaire et traumatisé par cette disparition, le lecteur sera sans cesse amené à élaborer des hypothèses qui seront démontées au fil de l’avancement de l’enquête. Les journées entre la disparition nous sont racontées une à une, comme le temps d’un sablier qui s’écoule bien trop vite, les grains se déversant à une vitesse folle, aussi folle que la douleur de Rachel qui sait que plus le temps passe moins il y a de chances de retrouver son enfant vivant. La voix du policier nous est apporté par un rapport / récit complet qu’il livre à sa psychologue, qui doit juger s’il est capable ou non de reprendre le travail après cette histoire. Elle y ajoute des comptes rendus d’entretiens entre eux et ses notes sur le comportement du patient. Le fait que ce policier soit traumatisé par l’histoire, plus le fait que les journées nous soient contées l’une après l’autre entretient le suspens tout au long du roman quant à l’issue de cette affaire : Ben est-il vivant ? Qui s’en est pris à lui ?

L’écriture est précise, fluide et entretient un suspens incroyable tout au long de ce roman qu’on dévore à une vitesse folle. Il est très facile de se mettre dans la peau de Rachel (et pourtant je n’ai pas d’enfant) et d’être pris d’une grande empathie pour cette maman au bord du désespoir. Cette femme, imparfaite comme tout le monde, qui en plus de gérer sa souffrance va devoir affronter la haine des médias et de la population, les secrets de famille mis à jour par l’enquête, et voir son ex-mari avec sa nouvelle femme…Cette femme qui va beaucoup se remettre en question et se livrer. Cette maman qui finalement ne sait plus à qui se fier. Et si tout le monde mentait ? Et puis on a ce policier qui passe d’un doute à l’autre et se flagelle de passer à côté de certains éléments pourtant capitaux. Ce policier, lui aussi imparfait, alors que dans une histoire de disparition d’enfant, on a pas le droit à l’erreur. Mais quand un secret aussi dramatique que l’enlèvement d’un enfant est aussi bien gardé, peut on vraiment reprocher à la police de passer à côté ? Les personnages sont analysés, décortiqués et sont impitoyables envers eux même. Cet enfant les réunit et les rend fragiles. Qui a le coeur de s’en prendre à un gosse de 8 ans ? Qui pourrait vouloir lui faire du mal et pourquoi ? Le lecteur sera autant questionné que les personnages de cette histoire. On s’interroge même sur la soeur fidèle de Rachel, on peut presque douter de la nouvelle femme de l’ex mari, ou pourquoi pas de cet étrange assistant d’éducation ou de ce joueur un peu loufoque de jeux de rôles ? La plume nous prend à la gorge et nous fait nous poser toutes ces questions et bien d’autres et on est tellement en quête de vérité qu’on ne veut pas lâcher le livre. Cette écriture sans faille est capable de vous faire passer du récit narratif, à l’interview psychologique, à l’article de journal puis à un rapport psychologique en un claquement de doigts avec une fluidité précise et efficace. Tout est fait pour rendre ce roman addictif et énigmatique. Angoissant et émouvant.

Et puis le dénouement. Inattendu et pourtant pas tant que cela. Qui arrive sans prévenir. Qui nous met une claque. On se dit « qu’est ce qu’on a loupé » dans cette histoire. On attend la réaction des médias, chacals de l’information, sans pitié et qui n’hésite pas à détruire la vie d’une femme meurtrie par la disparition de ce qu’elle a de plus cher. On attend la réaction du policier mais aussi et Rachel. On se dit que l’instinct d’une mère est formidable et ne trompe pas. La conclusion se tient parfaitement et pourtant on ne la voit pas venir, c’est brillant, efficace. Un livre sombre et magistral sur une thématique sensible et douloureuse.

enbref
Un livre sombre sur une thématique éprouvante, celle de la disparition d’un enfant. Alors que la mère est accusée, le lecteur devra lui aussi élaborer ses propres hypothèses et suivre ou non l’instinct d’une mère blessée et désemparée. Avec des personnages parfaitement travaillés, une plume efficace et un suspens entretenu, l’auteur signe ici un livre énigmatique et addictif.

MANOTE18/20

 

[Chronique] Coeur de lapin de Annette Wieners

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Publié aux éditons Robert Laffont – Collection La Bête Noire – 2016 – 352 pages

Merci à Netgalley et Robert Laffont pour cette lecture

 

resumeIl est des secrets de famille plus mortels qu’un poison.
Elle était l’une des meilleures à la brigade criminelle. Aujourd’hui, Gesine Gordes s’occupe des fleurs dans un cimetière, immense, à la périphérie d’une grande ville allemande.
Un matin sans histoire, elle comprend que les couronnes mortuaires déposées à la chapelle par ses soins sont destinées aux obsèques de sa propre soeur, Mareike. Les deux femmes ne s’étaient pas vues depuis que Philipp, le petit garçon de Gesine, a perdu la vie dans des circonstances troubles. Si Mareike lui apparaît toujours comme la responsable du drame, sa disparition mystérieuse se met à hanter Gesine.
La police, qui privilégie l’hypothèse du suicide, risque de classer l’affaire sans suite, comme pour Philipp. Peut-être Gesine a-t-elle renoncé à la vérité depuis trop longtemps ? Cette fois, il lui faudra mener à bien cette enquête et se confronter au passé…

MONAVISV2De nouveau une publication dans la collection La Bête Noire, vous le savez j’aime beaucoup leurs publications. Même si le livre dont je parle aujourd’hui n’est pas celui que j’ai préféré j’ai passé un très bon moment au coeur de ce thriller sous fond de drame familial et secrets de famille.

Gesine vit simplement dans un camping car et c’est une femme qui fait son travail sans histoire aidée de son meilleur ami, toujours là pour elle et prêt à tout pour l’aider. Gesine est une femme blessée par son passé et qui a totalement changé de vie pour ne pas vivre dans cette douleur et froide colère. Il y a 10 ans le petit Philipp, son fils, était sous la surveillance de sa soeur Mareike et est mort empoisonné. Pour Gesine, Mareike est coupable et le pardon n’est pas possible. C’est ainsi que les deux femmes ont pris chacune des chemins différents et que Gesine se retrouve seule, sans plus aucun contact avec sa famille. Un matin, elle dépose des couronnes et se rend compte que l’enterrement du jour est celui de sa soeur Mareike, morte écrasée par un train. Une mort mystérieuse quand personne ne croit au suicide. Gesine fait la coupable parfaite et va devoir prouver son innocence. C’est aussi malheureusement pour elle l’occasion de revoir ses parents qui semblent lui vouer une haine sans limite. En revanche, elle fait une rencontre troublante…celle de ses nièces, des jumelles espiègles et qui cherchent à comprendre ce qui est arrivé à leur maman…Gesine va devoir renouer avec ses habitudes et mener l’enquête pour trouver le responsable du drame. Et bien sûr elle va devoir affronter le passé et ses vérités, démêler ce qui n’a pu l’être à l’époque…

Le thriller que nous propose Annette Wieners tourne au thème de la mort d’un enfant et du deuil impossible de cet être disparu trop tôt. La vie entière de Gesine a volé en éclats et elle n’est plus la même femme. Elle est habitée par la colère mais faisait tout pour se tenir à l’écart de ceux qui lui rappellent la terrible perte. Divorce, nouveau travail, nouveau lieu de vie. Quant sa soeur décède il lui est impossible et ce malgré ses efforts, de rester insensible à tout cela et de rester à l’écart. En effet, elle constitue la coupable idéale. Le récit est entrecoupé de flashbacks sur cette journée terrible de la mort d’un jeune enfant mais aussi de notes sur les plantes toxiques, notes soigneusement prises par Gesine qui se passionne pour son nouveau métier. Cela apporte une certaine dynamique au récit qui manque un peu de rythme parfois. En revanche cela ne manque pas de suspens puisque l’intrigue se déroule sans facilités, sans clichés. Nous pénétrons au coeur des secrets familiaux et c’est au fond un meurtre qui ne peut être résolu sans connaître la vérité sur cette journée tragique d’il y a 10 ans. Qui doit en porter la responsabilité ? Si Mareike ne s’est pas suicidée, qui avait intérêt à la tuer ? Gesine enquête malgré elle en collaborant avec une femme flic plutôt douée et rusée…mais elle devra aussi affronter l’un de ses ancien collègues et ami de l’époque.

Le personnage de Gesine est en soi banal mais touchant. Nous comprenons que c’est une femme brisée par la perte de son enfant et qui fait tout pour avancer. Oublier n’est pas possible bien entendu mais elle survit. Elle est profondément chamboulée par le « retour » de sa famille et a du mal à comprendre l’intérêt que lui portent les jumelles de sa soeur. Ces petites filles sont sans doute les personnages les plus captivants de l’histoire. Elles donnent le rythme, les informations, et nous les suivons. Ce sont elles qui, plus que quiconque, sont en quête de vérité. Elles cherchent également l’amour de leur tante qui ne comprend pas vraiment comment agir envers elles. Gesine est très spontanée et n’a peur de rien. Elle affronte les épreuves la tête haute sans jamais flancher. Sans doute a-t-elle gardé beaucoup d’habitudes de sa carrière dans la police mais toujours est-il qu’elle est impressionnante. Malheureusement, en dehors de Gesine et des jumelles il y a un léger manque de psychologie pour les autres personnages et il aurait été appréciable de mieux les cerner même si en soi cela ne perturbe pas l’intrigue et que tout reste parfaitement cohérent. La plume vous emporte sans vous en rendre compte dans une enquête qui confronte le personnage principal à son douloureux passé et vous sème des tas de doutes sur qui est le coupable, à moins qu’il s’agisse vraiment d’un suicide ? L’auteure ne dévoile que petit à petit ce qu’il s’est réellement passé il y a 10 ans et cela donne envie d’avancer le roman pour comprendre. Une intrigue donc très bien menée même si elle n’est pas très riche en actions, elle reste bien fournie en rebondissements.

enbref

Un thriller qui confronte une ancienne enquêtrice à son douloureux passé et nous plonge au coeur même d’un drame familial. Malgré un manque d’actions, l’intrigue se pare de rebondissements intéressants et nous immerge dans la vie d’une femme qui est désignée comme coupable idéale et qui fera tout pour trouver la vérité sur la mort de sa soeur mais également sur celle de son enfant il y a 10 ans. Addictif.

MANOTE15/20