[Chronique] Il court, il court, le furet de M.J. Arlidge

ilcourtilcourtPublié aux Éditions Les Escales (Noires) – Mars 2016 – 400 pages

Un grand merci aux Éditions Les Escales pour cette lecture

resumeSouthampton, quartier rouge. Le corps d’un homme est découvert. Atrocement mutilé, le coeur arraché. Peu de temps après, un colis est déposé au domicile de la victime. Sur un écrin de journaux, repose… son coeur. Bientôt, un autre corps est retrouvé. Même mise en scène macabre. La peur s’empare de la ville.
Pain bénit pour les tabloïds, le tueur en série est bientôt comparé à Jack l’Éventreur. Pourtant, ce ne sont pas les prostituées qui sont visées mais leurs clients. Les victimes, des hommes en apparence bien sous tout rapport, fréquentaient tous en secret les bas-fonds de la ville.
Le commandant Helen Grace est chargée de l’enquête. Le tueur est déchaîné. À elle de l’arrêter avant qu’il ne frappe à nouveau.
Dans la continuité d’Am stram gram, Il court, il court, le furet est le nouveau thriller électrisant de M.J. Arlidge.

MONAVISV2

Si vous me connaissez un peu, vous saurez de suite ce qui m’a attiré dans ce roman. Oui le mot « furet ». C’est une évidence. Et puis ce thème me disait bien. Un cœur arraché, pourquoi ? Que se passe-t-il dans la ville de Southampton ? L’occasion parfaite de retrouver Helen Grace, commandant de police que j’avais particulièrement apprécié dans Am Stram Gram, dont je vous ai parlé il y a peu. Alors avant tout chose : est-il obligatoire de lire Am stram gram avant cette nouveauté ? Non, ce n’est pas nécessaire à la bonne compréhension de cette histoire, les rappels utiles sont faits. MAIS, il serait dommage de ne pas dévorer Am stram gram avant, car dans Il court, il court le furet, le dénouement de l’affaire précédente est repris avec ses plus grandes révélations. Donc si vous voulez découvrir l’auteur, commencez bien dans l’ordre sinon vous seriez « spoilés ». Par ailleurs, ne parcourez pas cette chronique si vous souhaitez lire Am stram gram car risque d’éventuels « spoilers ». Vous êtes prévenus.

L’histoire se déroule plus d’un an après les évènements terribles qui ont ébranlé la ville, mais surtout l’équipe du poste de police où officie Helen Grace. Celle-ci, toujours aussi professionnelle, reste marquée par les pertes engendrées au cours de cette affaire. De son côté, Charlie s’apprête à revenir de congés maladie, elle qui fut victime du tueur en série lors de l’enquête en question. Helen ne voit pas vraiment le retour de Charlie comme positif, lui rappelant ce qu’il lui en a coûté. Mais ce qu’elle oublie c’est que Charlie a aussi perdu beaucoup dans cette affaire. Au-dessus d’Helen, il y a une nouvelle responsable qui n’a qu’une envie, collaborer avec la presse et notamment la journaliste de type charognard, Emila, que déteste Helen. Cela n’augure rien de bon quand un tueur en série semble sévir en ville et que la population commence à prendre peur. Un rapprochement est fait avec le célèbre Jack l’Éventreur, même si ici, les prostitués ne sont pas visées, mais uniquement leurs clients. Assassinés sauvagement, le cœur arraché et envoyé ensuite par courrier à la famille ou aux relations professionnelles, rien ne semble lier ces victimes masculines. Ces hommes sont en apparence bien sous tout rapport, mais en fait, tous fréquentaient les prostitués des bas-fonds de la ville, vice caché et dur à encaisser pour les veuves.

Nous retrouvons ici la personnalité froide et blessée d’Helen Grace, toujours aussi torturée par son passé et obsédée désormais par un jeune homme qu’elle suit et veut à tout prix sauver. Perpétuellement pétrie de traumatismes et de barrières, elle se lance à nouveau corps et âme dans cette sombre enquête. Qui peut bien s’en prendre à ces hommes ? S’agit-il d’un énième règlement de comptes entre « gangs » de prostitués et leurs proxénètes ? L’investigation conduira Helen et son équipe sur diverses pistes et des découvertes plus sordides les unes que les autres. La violence des crimes ne nous est pas épargnée, mais l’auteur ne fait pas pour autant dans le gore. Non, il sera plus dans le registre médical des choses et d’ailleurs nous retrouvons le fameux médecin légiste blasé du premier livre de la série Helen Grace. Helen nous entraîne dans les quartiers sombres de la ville, où la prostitution est courante, et le crime, commun. Quand la presse s’empare de l’affaire, elle sait qu’elle n’aura plus beaucoup de temps pour mettre la main sur l’assassin. Très vite, un profil commence à se dessiner, mais cette personne reste mystérieuse, invisible, introuvable et surtout ne laisse aucun indice sur les lieux du crime.

Dans cet épisode des aventures d’Helen Grace nous assistons aussi à la constitution d’une nouvelle équipe, la dernière ayant été particulièrement touchée par le drame précédent. Ainsi elle doit réapprendre à déléguer et faire confiance. Ses relations avec la chef, fraîchement débarquée seront très tendues, voire haineuses. Cette dernière semble vouloir s’attirer toute la gloire et n’accorde que peu de marge de manœuvre à Helen. Ce roman nous laisse aussi entrevoir un aspect psychologique profond des victimes et de leurs familles. En effet, les relations que ces hommes entretenaient avec des prostitués étaient totalement inconnues de l’entourage. Ces dernières se retrouvent alors non seulement choquées par la disparition subite de leur proche mais aussi par la révélation de ces relations et encore plus par le crime violent, sordide. Chaque membre de l’équipe devra également affronter ses propres démons à l’instar du premier opus. C’est aussi ce qui est fascinant dans les romans de M.J. Arlidge, c’est cette psychologie des personnages travaillée à merveille. Dans ce tome, nous en apprenons beaucoup sur Tony et son quotidien, mais nous voyons aussi la relation Helen/Charlie évoluer, se renforcer. Nous en savons également plus au sujet de chacune, de leur vie privée. Helen souhaite faire pénitence pour quelqu’un d’autre, Charlie veut pouvoir concilier travail et couple avec des projets de bébé. Mais le tout est-il réellement possible quand des horreurs sans nom hantent votre routine professionnelle jour après jour ?

La révélation finale est époustouflante, et absolument rien ne pouvait nous conduire sur une telle piste. Un dénouement bouleversant, émouvant, mais parfaitement dans la continuité du récit. Nous ne pouvons désormais qu’attendre une nouvelle enquête d’Helen Grace pour la voir de nouveau s’oublier dans le travail et traquer les assassins, jusque dans les lieux les plus infâmes de la ville, quitte à y perdre des plumes. Helen devient une femme à laquelle on s’attache, qu’on a envie de comprendre et sa formidable psychologie rend l’enquête addictive. Encore une fois, l’auteur a le sens du rythme, le récit est très fluide avec une alternance remarquablement habile de points de vue et des chapitres courts, tout comme dans Am stram gram. Toutefois, je dois avouer que pour moi, ce second opus est, très légèrement, en dessous d’Am stram gram, sans doute car les crimes, bien que sordides sont ici un peu moins psychologiques. Cependant, c’est un thriller haletant, et oui électrisant, qu’on aura bien du mal à lâcher, avançant au rythme effréné d’un tueur plus que déchaîné et déterminé à en finir.

 

enbref

Un thriller haletant et passionnant qui confirme que désormais nous pouvons compter sur M.J. Arlidge dans le monde du polar. Avec une psychologie des personnages dévoilée crescendo, une alternance des points de vue et des chapitres courts, l’auteur nous entraîne dans une fabuleuse course à l’assassin. L’équipe d’Helen Grace devra à nouveau faire face à ses propres démons pour résoudre cette enquête au dénouement sombre et bouleversant. Nous ne pouvons qu’attendre avec grande impatience un nouvel opus des aventures d’Helen.

MANOTE16/20

4flamants

 

[Chronique] Am stram gram de M.J. Arlidge

amstramgramPublié pour la version poche aux éditions 10/18 – 2016 – 407 pages

Disponible en grand format aux éditions Les Escales (Noires)

Merci aux éditions Les Escales pour cette lecture

resume

Deux jeunes gens sont enlevés et séquestrés au fond d’une piscine vide dont il est impossible de s’échapper. À côté d’eux, un pistolet chargé d’une unique balle et un téléphone portable avec suffisamment de batterie pour délivrer un terrible message : « Vous devez tuer pour vivre. » Les jours passent, la faim et la soif s’intensifient, l’angoisse monte. Jusqu’à l’issue fatale.
Les enlèvements se répètent. Ce sont les crimes les plus pervers auxquels le commandant Helen Grace ait été confrontée. Si elle n’avait pas parlé avec les survivants traumatisés, elle ne pourrait pas y croire.

Helen connaît les côtés sombres de la nature humaine, y compris la sienne ; pourtant, cette affaire et ces victimes apparemment sans lien entre elles la laissent perplexe.
Rien ne sera plus terrifiant que la vérité.

MONAVISV2

Ce titre je l’avais repéré et « mis de côté » en me disant que je finirais bien par le lire, le thème me plaisait. Et puis j’ai vu la sortie du second titre de l’auteur et donc seconde enquête de Helen Grace et là je fus irrésistiblement attirée : Il court, il court le furet. Oui il m’en a fallu peu pour me pencher sur cette nouveauté (dont je vous parlerais dans les semaines qui viennent) et avoir envie de le lire. Mais il était préférable de commencer avec Am stram gram pour bien faire connaissance avec notre policière et je me suis « exécutée » avec le plus grand plaisir. C’est très simple, ce livre se lit vit, très vite et il est très difficile de le relâcher avant de connaître la vérité, terrifiante.

Vous le savez j’aime lire de tout et régulièrement des thrillers viennent ponctuer mes lectures. J’aime les romans bien sombres où la nature humaine est mise en lumière dans ses aspects les plus pervers, cruels, terrifiants. J’aime la complexité du cerveau humain et comprendre ses agissements, tenter de démêler ce qui est peut conduire un être humain à de telles atrocités. Car ici c’est vraiment tordu. L’histoire commence par Sam et Amy, deux amoureux fous l’un de l’autre. A la fin d’une soirée, ils rentrent en stop, ils ont l’habitude Une personne s’arrête et les prends à bord de son véhicule, leur offre un café bien chaud. Trou noir. Réveil, terreur. Très vite le jeune couple découvre l’effroyable vérité, ils sont dans une piscine vide, sans issue possible (trop haute, pas de faille dans le carrelage pour escalader et bien sûr pas d’échelle), sans eau ni nourriture. Un téléphone sonne et délivre le terrible message : pour survivre l’un doit tuer l’autre, un seul sortira vivant. Puis le portable s’éteint et ne permet bien sûr aucun contact avec l’extérieur. Les cris sont inutiles, personne ne peut entendre les appels au secours. Personne ne leur rend visite. Ils sont seuls avec un pistolet chargé d’une unique balle. Comment peut se comporter un être humain privé de l’essentiel jour après jour. Pourra-t-il lutter ? Amy et Sam seront les premiers à échouer et l’un d’eux va mourir pour sauver l’autre. Et les crimes du genre se répètent. D’autres victimes, d’autres liens entre eux, d’autres lieux. Comment relier ces « innocents » entre eux, quelle est la motivation de l’assassin et ses méthodes ? Helen Grace se lance dans cette enquête aux crimes pervers et inimaginables, rencontrant les « survivants » traumatisés par « l’expérience » à laquelle ils ont alors participé bien involontairement. Pourquoi eux ? Et tout simplement pourquoi ?

Composé de chapitres courts et de divers points de vue sur l’affaire ce roman se dévore en un rien de temps et le lecteur est poussé par l’envie incroyable de comprendre. Comprendre certes les mobiles du tueur et comment le choix est fait mais aussi comprendre les survivants. Au fond on s’interroge sur une question essentielle : vaut-il mieux être mort et libéré ou avoir survécu avec le souvenir du crime atroce perpétué pour survivre ? La survie justifie-t-elle tout ? Et puis nous avons les policiers, personnages bien imparfaits. Ici certes nous avons un très bon flic, Helen mais qui cache un côté sombre, très particulier. Qui ne lâche jamais rien qui pourrait permettre aux autres de franchir les barrières en béton qu’elle a érigé autour d’elle. Helen et sa propre perversité, ses propres démons, son douloureux vécu. Et puis nous avons Marc, très bon flic mais totalement à la dérive et qui noie son chagrin, celui d’un divorce et d’un enfant qui lui a alors été enlevé, dans l’alcool. Helen et Marc forment pourtant un bon duo et savent s’entourer des meilleurs pour avancer sur cette enquête. Mais à mesure qu’on avance, la perversité devient de plus en plus sordide et la vérité encore plus terrible à affronter pour Helen.

Beaucoup de suspens, de tension. Chaque « meurtre » apporte son lot de noirceur, de questions, de regrets, de douleurs et complexifie l’enquête. Très vite un « profil » est posé sur l’identité sexuelle de l’assassin, mais rien d’autre ne perce les ténèbres de cette histoire. Les victimes traumatisées ont beau décrire la personne, tout est flou. Opaque. Helen parviendra à dénouer les fils horribles de cette histoire bien sûr mais pas sans sacrifices. Ici, chacun y laissera une partie de son âme. Nous ne sommes pas dans une histoire où tout est bien qui finit bien, les flics rentrent sagement chez eux et font la fête. Non, là, chacun y perdra quelque chose. Noirceur est le maître mot de ce thriller dont l’intrigue, complexe, est drôlement bien ficelée et nous entraîne sur une révélation finale explosive et douloureuse.

Si ce thriller est assez classique dans sa construction, il se démarque par son côté haletant et totalement addictif. Des chapitres courts et efficaces tels des coups de fouets de vérité, des personnages imparfaits mais qui donnent tout ce qu’ils ont. Et puis la réalité économique d’une ville et ses difficultés, les constructions abandonnées, le quotidien d’une commune portuaire en proie à la crise. La délinquance, les dérives, les perversions. Un roman qui derrière son intrigue complexe prend le temps de nous présenter ses personnages, leur psychologie et nous permet de faire connaissance avec eux. Un point d’autant plus important puisque nous retrouverons donc Helen dans Il court, il court le furet. Helen est un personnage passionnant, une femme de caractère qui cache quelque chose de lourd, trop pesant et qui gère son quotidien d’une façon bien personnelle, bien sombre. Au fil des découvertes les pièces s’emboîtent mais à aucun moment il n’est possible de vraiment savoir QUI est à l’oeuvre de ces crimes sordides. Seule Helen pourra parvenir jusqu’à la réalité effroyable.

Enfin saluons la plume de l’auteur qui est parfaitement adaptée aux codes du thriller et qui fait dans la noirceur sans jamais tomber dans le glauque, dans la douleur sans tomber dans le pathos, il torture ses personnages et n’épargne personne. Il parvient à nous entraîner dans cet am stram gram insoutenable et nous fait tourner les pages avec avidité. Le style est cru, direct, sombre mais aussi réaliste, immersif.

enbref

Des victimes séquestrées et forcées de se livrer à un diabolique jeu d’am stram gram pour survivre, des flics imparfaits qui combattent leurs propres démons et une intrigue parfaitement ficelée, voilà ce qui fait de ce roman un très bon thriller hautement addictif. Noirceur de l’âme et perversité, traumatismes et désespoir sont explorés à la loupe pour notre plus effroyable plaisir. Bonus : un dénouement final surprenant.

MANOTE

17/20

4flamants

[Chronique] Les lieux sombres de Gillian Flynn

leslieuxsombresPrésente édition : publiée chez Le Livre de Poche – 512 pages 

resumeLibby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans. Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l’innocence bafouée. Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s’est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique. Encouragée par une association d’un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé. C’est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu’une vérité inimaginable commence à émerger. Et Libby n’aura pas d’autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l’affaire, quelles qu’en soient les conséquences.MONAVISV2

Cela fait un sacré moment que j’ai lu ce livre maintenant et que je repoussais la chronique en me disant que je voulais d’abord voir l’adaptation cinéma pour vous en parler en même temps. Mais pour des raisons indépendantes de ma volonté propre je ne peux pas me concentrer sur un film depuis quelques temps donc ce sera pour plus tard. Cela ne m’empêche pas de vous parler de ma lecture, même si ce n’est plus aussi frais. Attendez-vous, peut être donc, à une chronique moins précise que d’habitude, moins développée, moins étoffée.

Je me souviens avoir vraiment aimé ma lecture. C’est sombre, très sombre. C’est glauque. C’est lent, trop lent. Mais c’est oppressant. Et on VEUT savoir. On avance, à petits pas, on écoute les indices et on réfléchit. On souffre avec Libby, on veut la protéger et en même temps qu’elle se bouge, se prenne en mains. On est terrifiés par ce club mystérieux rempli de « passionnés » de meurtriers…Mais sans ce club, jamais Libby n’aurait pu retourner au fin fond de cette sordide histoire. Et si elle avait envoyé le mauvais coupable en prison ? C’est ce dont son nouveau club est persuadé. Libby va devoir retourner dans les lieux les plus sombres de sa vie et de son âme pour découvrir une terrible vérité.

Quand j’ai refermé le livre, j’ai pris une claque. Vraiment. C’est assourdissant. La vérité est cruelle, encore plus sombre qu’on ne l’imagine. Libby qui peine à se reconstruire depuis toujours affronte tout cela du mieux qu’elle le peut et je la trouve terriblement courageuse. Elle accepte finalement de se replonger dans tout cela et en comprend les conséquences. Sa vie pourrait être totalement bouleversée par une nouvelle vérité. Les théories font rage sur le crime auquel Libby a assisté, laquelle doit elle suivre ? Son frère est-il vraiment innocent ? C’est aussi une réelle introspection pour la jeune femme qui va aussi devoir apprendre à faire confiance aux autres, à se livrer, mais qui doit aussi prendre sa vie en mains désormais. Maintenant que son cas est oublié du grand public, elle est « livrée » à elle même dans un monde qu’elle n’a pas eu l’occasion de vraiment connaitre.

L’auteur nous a crée un personnage principal auquel il est très difficile de s’attacher. Certes on ressent une certaine empathie, mais pas d’attachement. Ce n’est pas une jeune femme ordinaire et on peut bien le comprendre avec ce qu’elle a vécu. Mais, même si Libby se remet en question et mène l’enquête, elle nous apparait comme froide, avec des mauvaises pensées voir presque par moment des instincts méchants. Bien sûr, elle est détruite mais les traumatismes peuvent ils justifier tous les comportements ? C’est donc très bien joué de la part de l’auteure de nous mettre dans une telle position face au personnage principal. Nous mettre mal à l’aise.

D’ailleurs, c’est un roman qui met mal à l’aise. Qui perturbe, qui marque. Rien ne nous est épargné sur la terrible nuit, sur les enjeux, sur les enquêtes, sur les meurtres. Rien. L’enquête que mène Libby est personnelle, elle ne reçoit pas d’aide de la police, le cas est classé depuis si longtemps. Alors elle piétine et nous entraîne avec elle dans ses interrogations, doutes, espoirs. Elle nous entraîne au plus profond des ténèbres qui la dévorent, dans les lieux les plus sombres de son esprit, de sa vie. C’est un roman sans espoir, sans lumière. L’intrigue est plutôt bien menée et malgré un personnage principal distant, froid et l’ambiance très glauque qui s’ajoute à des lenteurs rendant l’ensemble encore plus « lourd », on dévore le livre et on veut connaître la vérité. On espère pouvoir aider Libby à retrouver une humanité, une sensibilité, une vie.enbref

Un roman glauque et sombre, porté par une héroïne distante, froide et dénuée d’émotions réelles. Profondément marquée par le traumatisme de son enfance, elle devra pourtant faire preuve de maturité et de détermination pour replonger au plus profond des zones d’ombres et découvrir la vérité. Et si elle s’était trompée en désignant le coupable ? Si ce frère qu’elle déteste plus que tout était innocent ? Libby peut-elle retrouver une vie « normale » et sortir des lieux sombres ?MANOTE

16/20

[Chronique] Avec tes yeux de Sire Cedric

Avec tes yeuxParu aux Editions Presse de la Cité – Collection Sang d’encre

Octobre 2015 – 550 pages

resume

Thomas ne croit que ce qu’il voit, mais personne ne le croit. Depuis quelque temps, Thomas fait des rêves atroces. D’épouvantables rêves qui le réveillent en sursaut et morcellent son sommeil qu’il a déjà fragile. Si ce n’était que ça ! Après une séance d’hypnose destinée à régler ses problèmes d’insomnie, il est en proie à des visions. Il se voit, à travers les yeux d’un autre, torturant une jeune femme… Persuadé qu’un meurtre est effectivement en train de se produire, il part à la recherche de la victime. Le cauchemar de Thomas ne fait que commencer.MONAVISV2

« L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn ».

Victor Hugo,

« La conscience », La Légende des siècles.

Telle est l’introduction de cet ouvrage. Jusque là vous ne savez pas bien dans quoi vous mettez les pieds. Amateurs de thriller haletants, diaboliques et sanglants, ce livre est pour vous. Sire Cedric nous signe ici un récit sans temps mort, nous ne reprenons pas notre souffle et la tension monte crescendo, l’angoisse s’installe, les doutes se mettent en place et les frissons dévalent votre colonne vertébrale.

Notre personnage principal, Thomas est un garçon plutôt ordinaire. Il s’occupe de sites web, peine à trouver des contrats et vit avec sa petite amie Sophie, avec qui plus rien ne va. Victime d’insomnie, il chatte la nuit en attendant que le sommeil l’emporte. Mais toujours les cauchemars, toujours l’ignominie. Il se rend alors chez un hypnotiseur dans le but de trouver une solution à ses problèmes de sommeil. Mais la séance ne se déroule pas comme prévu et la vie de Thomas va alors prendre un tournant sanglant et inattendu. Désormais, il est assailli de flash, il voit à travers les yeux d’un autre dont il ignore tout. Mais cet autre est un être sanguinaire et Thomas est alors témoin de violences et mutilations atroces, il voit à travers les yeux de l’autre comme s’il était en train d’agir. Se retrouvant alors sur la scène du crime, il fait le coupable idéal…Mais qui pourra croire à son histoire de visions alors que lui-même ne comprend pas bien ce qui lui arrive ? Commence alors une sorte de jeu de pistes à travers les yeux de l’autre pour retrouver son identité et mettre fin à cette barbarie.

Le moins qu’on puisse dire c’est que la quête de Thomas va être compliquée, semée d’embûches. A l’aide d’un mystérieux tchatteur de la nuit il va avancer dans le brouillard pour tenter de démêler les fils et retrouver le meurtrier, pour s’innocenter mais surtout pour que ces visions et crimes cessent. C’est sans compter sur Nathalie, gendarme débutante et amie de la première victime, qui le croit coupable et va lui coller aux basques. Au fur et à mesure de l’histoire, les pistes se brouillent, les éléments s’enchaînent, la tension grimpe, des alliances se nouent, des risques se prennent et Thomas doit être prêt à aller jusqu’au bout…

Nous sommes là dans un thriller à l’intrigue parfaitement menée. Nous avançons en même temps que Thomas, nous voyons ce qu’il voit et comprenons les pièces du puzzle alambiqué en même temps que lui. Aucun temps mort dans l’intrigue, nous suivons les pistes, essayons de comprendre comment un tel lien a pu s’établir entre lui et ce criminel. Peut-il faire confiance à cette gendarme Nathalie ? Quant à Fox, l’internaute, est-ce une personne fiable ? Nous avons aussi des passages du point de vue du tueur qui nous glacent le sang et certains du point de vue de Nathalie qui ne sait pas trop quoi croire. Sire Cedric signe ici un thriller diabolique, sanglant mais de haut niveau. Il ne nous laisse pas le temps de tergiverser, nous fonçons dans l’action avec ses personnages. Les personnages d’ailleurs de Thomas et Nathalie sont très humains et nous pouvons sans mal nous identifier à eux et comprendre leur angoisse à mesure que le danger s’approche, à mesure que tout devient flou et sanguinaire. Ce sont des « Mr et Mme Toutlemonde » et nous imaginons sans mal que ce qui leur arrive pourrait tout aussi bien nous atteindre. Nous ressentons pour eux une grande empathie et sympathie et voulons les voir avancer et démêler le vrai du faux à travers les nombreux rebondissements que nous propose l’auteur.  Sire Cedric sait faire plonger le lecteur dans l’histoire dès les premières pages et sa plume est toujours aussi agréable, directe et sans détours, rythmée et visuelle.

 

enbrefUn thriller diabolique et sans temps mort. Une ambiance sanglante et perturbante, une angoisse qui monte à mesure que l’étau se resserre. Des pistes qui nous mettent sous tension constante et progressive tout en ménageant le suspens jusqu’à la dernière ligne. Du thriller de haut niveau qu’il est impossible de lâcher avant d’en connaître le dénouement final. Sire Cedric joue avec vos nerfs et vos peurs, soyez prévenus. MANOTE

 

20/20

Thriller coup de cœur, dévoré en quelques heures. J’aime quand le suspens et l’horreur sont ménagés jusqu’à la toute dernière ligne.

coupdecoeur

bettieroseAvectesyeux

Lors de la semaine Halloween je vous présenterai un ouvrage très différent de l’auteur, dans un registre plus fantastique et un peu à part : Angemort. 

En attendant, si vous ne connaissez pas l’auteur cliquez sur sa page facebook, il y a d’ailleurs des livres à gagner. Bonne chance à tous