Premières Lignes #9 : Du côté du bonheur d’Anna McPartlin

Chers lecteurs,

Je vous rappelle que ce rendez-vous du dimanche est orchestré par Ma Lecturothèque.

Voici le principe de « Premières Lignes » expliqué par la créatrice du rendez-vous :

Chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. Mettez le lien de votre RDV en commentaire de l’article, et je dresserai une petite liste. Elle est actualisée chaque semaine en fonction des participant.e.s.

Facile et sympa, non ? Alors, c’est parti !

Lire la suite

[Chronique] Brooklyn de Colm Tóibín

brooklyn

Edition présentée ici : Robert Laffont – Collection Pavillons – Mars 2016 – 324 pages

resumeEnniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande. À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires.

MONAVISV2Voilà un roman dont je n’avais pas entendu parler avant qu’il voit sa médiatisation accentuée par la sortie de l’adaptation cinématographique. Malheureusement le film ne passe plus par chez moi donc je ne pourrais pas vous en parler. En revanche j’ai passé un excellent moment dans ce roman qui nous plonge au coeur des années 50, ma période favorite de l’histoire.

Nous sommes donc en Irlande dans les années 50 et Eilis avec ses qualifications de comptable ne parvient pas à trouver de travail, hormis son petit job à l’épicerie du coin tenue par une femme pour le moins particulière. Mais Rose, sa soeur qui est populaire et a un très bon boulot parvient à lui trouver un emploi aux U.S.A. A vrai dire, Eilis n’avait jamais prévu de partir. Leur mère ne peut pas vraiment vivre seule et elle était persuadée que sa soeur, belle et intelligente partirait de la maison avant elle. N’ayant pas vraiment le choix, Eilis se voit propulsée dans un bateau en direction des Etats-Unis. Eilis ne laisse pas grand chose derrière elle, juste sa mère et sa soeur, ses deux frères ayant déjà fait le choix d’aller travailler ailleurs aussi. Toutefois, elle est terrorisée à l’idée de tout quitter et de se retrouver dans une nouvelle ville sans personne. Certes, le prêtre qui lui obtient un emploi là bas est présent mais il n’est en rien sa famille ni ses rares amies irlandaise. Eilis se retrouve donc à vivre dans une pension de famille irlandaise avec une logeuse au très fort caractère et commence une carrière de vendeuse en magasin. Petit à petit elle va devoir se faire à ce rythme, à ce climat, cette ville, ce pays et à la distance entre elle et ses proches. Remettons nous dans le contexte, les appels longue distance était un luxe quasi impossible à se permettre. Alors Eilis écrit à sa mère et sa soeur très souvent et leur raconte son quotidien. Bien sûr, elle connaîtra le mal du pays. Elle sortira avec les autres filles de la pension mais sans vraiment avoir d’affinités avec elles. Un long parcours attend alors notre jeune irlandaise.

Eilis est une jeune femme un peu fragile et attachante. Elle affrontera sa nouvelle vie du mieux qu’elle le peut et mesurera sa chance même si ce n’est pas simple. D’une nature plutôt réservée et soumise nous aimerions vraiment la voir s’imposer un peu plus dans sa vie auprès des autres et surtout s’épanouir. Sans doute trop bien élevée, la jeune femme se met toujours en retrait afin de combler les attentes des autres, comme sa mère ou sa soeur par exemple, plutôt que les siennes. Sa rencontre avec un adorable américain d’origine italienne va venir bouleverser son quotidien et sa vision de la vie aux U.S.A. Mais Eilis ne vit jamais pleinement les choses et nous aurions parfois envie de la secouer. Clairement, c’est un roman de vie, d’un instant particulier et il ne se passe pas grand chose. Jusqu’à ce qu’un drame survienne, très tardivement dans le roman et qu’Eilis se voit obligée de retourner quelques temps en Irlande. Elle doit laisser Tony derrière elle. Une fois en Irlande elle est assaillie de doutes et se devra choisir entre deux hommes.

Ce roman est donc une histoire de vie et d’amour. Eilis va découvrir la vie aux U.S.A., de nouvelles expériences dans le monde professionnel et social, s’investir dans sa paroisse avec bonté et générosité, découvrir l’amour. Mais elle sera toujours « soumise » et victime du choix des autres, ne parvenant pas à s’imposer. La fin du livre est à la fois surprenante et attendue. Le caractère même d’Eilis pousse vers un tel choix alors que le lecteur s’attend peut être à un déclic, un changement. Eilis est une jeune femme qui a le sens du sacrifice sans même s’en rendre compte et elle a toujours l’impression de devoir quelque chose aux autres. L’auteur parvient à nous faire ressentir beaucoup d’émotions au travers des renoncements et des choix par défauts de notre jeune irlandaise qui accepte sans broncher de vivre le contraire de ce qu’elle voudrait.

Si la plume de l’auteur est belle et nous entraine passionnément dans cette histoire d’amour et de vie, le manque d’action se fait parfois trop ressentir. Toutefois cette platitude est en accord parfait avec le caractère passif de la jeune femme. Tony, lui, apportera du dynamisme, de la joie et de la spontanéité dans cette histoire. Nous apprécions également beaucoup la logeuse qui voit tout et sait tout et qui bien qu’elle ne soit pas toujours commode peut s’avérer d’une aide assez précieuse pour les filles qu’elle loge. Les règles de la pension sont strictes mais conformes à l’époque et au caractère irlandais. Nous sommes confrontés à un choc des cultures. Certes la langue est semblable mais Américains et Irlandais ne vivent pas de la même façon. C’est une époque à laquelle beaucoup d’Irlandais sont partis tenter leur chance aux Etats Unis et en cela, ce roman est un parfait instantané social de cette période. Nous découvrons ainsi le monde du travail mais aussi la position de la femme et des Noirs dans un monde qui est encore en pleine évolution et qui panse ses blessures de guerre.

enbref

Une jolie histoire d’amour et de nouveau départ pour une jeune femme fragile ne sachant pas s’imposer et qui quitte sa famille irlandaise pour les Etats Unis. Là bas de nouvelles expériences et des rencontres. Son coeur sera constamment tiraillé entre les Etats Unis et l’Irlande, entre la raison et la passion. Même s’il ne se passe pas grand chose c’est un roman plein d’émotions et porté par une très jolie plume.

MANOTE

17/20

4flamants

[Chronique] Les gens heureux lisent et boivent du café d’Agnès Martin-Lugand

Résumé : « Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »
Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.

lesgensheureux

Mon avis : C’est un livre que j’ai reçu pour mon anniversaire en juin et que j’ai lu donc à cette époque, j’ai un peu tardé à en faire la chronique, tout simplement parce que je suis en retard dans mes chroniques. C’est une lecture que j’ai dévoré, ça se lit très facilement et j’ai passé un très beau moment. Le sujet est lourd puisqu’il s’agit du deuil. Diane a perdu son mari et sa fille, les deux amours de sa vie, dans un tragique accident de la route il y a un an. Elle ne parvient pas à s’en relever, refuse de se confronter à la réalité et d’avancer. Elle ne peut faire face à sa douleur et survit plus qu’elle ne vit. Pourtant son meilleur ami fait tout pour l’aider..Mais c’est à Diane qu’incombe la décision de faire face. Ne s’en sentant pas capable elle décide de partir au loin, en Irlande, là où son mari rêvait d’aller. Elle s’exile alors dans le très joli visage de Mulranny sans se douter un instant que cela va tout changer pour elle et qu’elle va faire des rencontres clés pour son deuil, pour sa vie.

Diane est un personnage torturé, qui souffre mais c’est une femme touchante et intelligente. Elle ne se sent plus vivre, elle a perdu ses deux raisons de vivre sans qui elle ne pense plus pouvoir continuer. Elle n’a plus son âme sœur, mais n’a plus non plus sa petite fille qu’elle ne verra jamais grandir. Toutefois, elle va se donner l’occasion de revivre quelque chose, à son rythme dans une contrée lointaine, laissant de côté son café littéraire. Felix, son meilleur ami est toujours là pour elle, et même si la distance géographique s’instaure, il reste loyal et fidèle. Les personnages qu’elle rencontre en Irlande sont tous plus touchants les uns que les autres et on ne peut que les aimer. Même si Edward a un caractère bien particulier, bien trempé et très ours, nous succombons bien vite à son charme. L’histoire se lit très vite, nous voulons vite voir Diane relever la tête et même si bien sûr elle ne pourra jamais oublier, nous avons envie de la voir avancer et vivre à nouveau.

L’écriture est simple, fluide et agréable. Je regrette juste le côté un peu cliché du meilleur ami gay et le côté un peu exagéré à l’extrême de la vulgarité d’Edward. Toutefois, j’ai vraiment aimé ma lecture et je reviendrai vous parler très vite de sa suite ainsi que du second roman d’Agnès Martin-Lugand.

En bref : une histoire de deuil et de renaissance, un parcours touchant mais des personnages un peu trop clichés. Pour les amoureux des histoires qui se passent au milieu de nulle part et les amoureux de l’Irlande.

Ma note Livraddict : 17/20