[Chronique] Les derniers battements du coeur de Kelley York et Rowan Altwood, le coup de coeur de ce mois de février

Publié aux éditions Pocket Jeunesse – Février 2018 – 336 pages
Traduction Laurence Richard
Merci à PKJ pour cette lecture

Selon une légende japonaise, créer 1000 origamis peut soigner n’importe quelle maladie.
Evelyn serait prête à en faire des millions si cela pouvait guérir Luc…
Selon une légende japonaise, plier mille origamis peut soigner n’importe quelle maladie.
Si cela pouvait guérir Luc, Evelyn serait prête à en faire des millions…
Quand Luc avait seize ans, une inconnue lui a sauvé la vie : on lui a transplanté son coeur. Trois ans après, son corps rejette la greffe. Lassé des hôpitaux et des traitements, Luc se résigne à faire ses adieux. Pour cela, il s’organise un roadtrip jusqu’en Oregon, où l’euthanasie est légale. Mais sa meilleure amie, Evelyn, se joint au voyage et réveille en lui des sentiments enfouis. Sa présence suffira-t-elle à lui redonner l’envie de se battre ?

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CONCOURS : Quand la nuit devient jour, le chef d’oeuvre de Sophie Jomain

Aujourd’hui est un jour de concours !

Eh oui, chers lecteurs, grâce à J’ai lu j’ai la chance de pouvoir vous offrir 4 exemplaires du format poche de mon roman préféré. Oui, j’ai beau retourner dans tous les sens la question, il se place toujours en tête de liste. TOUJOURS. Parce que c’est un roman qui se passe de commentaires et qui se savoure, se comprend et se réfléchit. Ne jugez jamais les choix des autres. Mais quel est ce roman ? Je suis certaine que certains auront deviné. Pour info et je le redis plus bas, le concours sera ouvert dans la soirée (normalement entre 18 et 20h.)

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[Chronique] Quand la nuit devient jour de Sophie Jomain

quandlanuitdevientjour

Publié aux Editions Pygmalion – 27 avril 2016 – 238 pages

resumeOn m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.
J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie volontaire assistée.coupcoeur

MONAVISV2Nous retrouvons ici Sophie Jomain dans un registre assez différent de ses précédents écrits. Rien qu’à lire cette 4e, nous pouvons imaginer que nous allons être touchés, bouleversés, émus. Quand l’auteure a annoncé ce livre, je savais déjà qu’il était « pour moi », qu’il me le fallait, que ça allait faire écho en moi. Je peux vous dire, que oui, ce roman, tragiquement, me parle, qu’il est bouleversant et saisissant de réalisme. Je voulais ici encore, remercier Sophie Jomain d’avoir su raconter une telle histoire sans jamais tomber dans le « drame larmoyant » ni dans l’ironie ou les clichés. Des faits, avec des émotions, mais pas de jugement. Quand la nuit devient jour est un itinéraire de vie qui sonne terriblement vrai avec tout ce que cela implique.

Nous suivons donc le cheminement de Camille, une jeune femme en souffrance depuis aussi loin qu’elle s’en souvient. Camille commence par nous raconter son parcours, entre haine de son corps, seins qui ne poussent pas comme ceux des filles de son âge, boulimie, anorexie, poids qui va dans tous les extrêmes. Et puis, premier amour, premier cœur brisé. Mais, toujours, cette douleur, cette brûlure lancinante, indéfinissable, invisible pour les autres, indescriptible sans doute pour ceux qui ne l’ont jamais vécue. La dépression. Le mal qui ronge Camille porte ce nom et depuis des années elle se bat, en vain, contre cette souffrance destructrice. Mais Camille en a assez. En Belgique, il est légal de demander à mourir, dignement, par euthanasie volontaire assistée. Camille, franco-belge, majeure va alors s’engager dans ce parcours et nous raconter les derniers mois de sa vie. Plus de combats sans fin, plus de souffrance, juste la délivrance.

Il est évident qu’aborder un tel sujet, en France, est assez délicat. Dans notre pays, l’euthanasie volontaire est encore interdite et surtout très mal vue. Déjà, en France, la dépression est vraiment méconnue et bien souvent confondue avec un coup de blues passager ou bien un manque d’envie de s’en sortir. Pourtant, la dépression est une véritable maladie, avec des facteurs chimiques, et parfois, les médicaments ne suffisent pas à aider la personne. Bien sûr, ici, Camille aura plusieurs suivis psychiatriques, des internements. Elle tentera même de se suicider. Mais, elle se sent plus sereine, face à ses parents, de partir dignement. C’est pour cela qu’elle fait ce choix : mourir dans la dignité, tout prévoir, ne pas imposer un corps à découvrir à ses parents et la violence d’une fin qu’on s’inflige. Tout au long du récit, Camille sait nous faire part de sa souffrance. Peut-être que certaines personnes ne parviendront pas à s’en saisir, à la comprendre, à l’intégrer. Pour d’autres, plus touchés par le sujet, les propos de Camille feront écho d’une manière très violente, très réaliste. La question qui se pose est alors : comment, à même pas 30 ans, alors qu’on a des parents présents et aimants, peut-on décider d’en finir avec la vie ? Une question qui se pose toujours en cas de suicide, bien sûr, et qui bien souvent ne trouve jamais de réponses. L’autre interrogation est la légitimité d’un tel acte : comment, un médecin, une structure, peut-il accepter d’euthanasier une jeune femme, qui d’apparence, est en pleine forme physique ? La dépression, le mal-être psychologique est invisible de l’extérieur, et souvent, induit une certaine confusion pour les gens de l’extérieur qui ne peuvent comprendre à quel point c’est une douleur dévastatrice, à quel point parfois, la personne en souffrance veut que tout s’arrête, car, cette intolérable douleur jamais ne cesse de vous torturer. Camille a alors tout un tas de somatisations qui apparaît, mais pour autant, ses parents sont incapables d’accepter sa décision. Comment pouvez-vous ne pas culpabiliser alors que votre fille vous annonce qu’elle va mourir et qu’il faut respecter son choix ?

Avec une plume simple, mais bourrée de souffrance, d’émotions, de mots qui vous impliquent, Sophie Jomain nous raconte ce parcours douloureux pour nous immerger dans le mal-être de Camille. Et puis nous l’accompagnons dans le centre de soin où elle va vite ses derniers moments. Ce centre qui a accepté sa décision et qui la respecte, qui jamais ne tentera de la faire changer d’avis, le protocole ayant été validé par des gens compétents. Personne ne peut plus l’arrêter. Dans ce centre, Camille vivra de nouvelles émotions. Auprès d’une femme aimante et formidable, Brigitte, mais surtout aux côtés d’un psychiatre aux méthodes pour le moins atypiques, Marc Peeters. Ces deux personnages vont vite devenir le quotidien de Camille, elle qui s’est sentie toujours seule. Tous les deux vont tout faire pour lui rendre son départ le plus agréable possible, ses dernières semaines les plus douces qui soient. Et puis, Marc va aussi tenter d’aider Camille à communiquer avec ses parents à ce sujet. Il est difficile de vous en dire plus, c’est déjà trop ce que je livre ici. Mais sachez que grâce à la beauté et la légèreté d’une plume sensible et émouvante, Sophie Jomain vous plonge dans cette histoire, plutôt courte, mais intense, sans jamais la faire souffrir de lourdeur ou de choses trop dures à lire. La nuit devient jour via cette écriture douce, humaine, lumineuse.

Quand la nuit devient jour est l’histoire d’une femme qui décide de mourir dignement. Qui décide que c’en est fini des combats, des médicaments, des psychothérapies. Sophie Jomain confie que ce livre fut difficile à écrire et qu’elle n’était pas sûre de ce récit. À mon commentaire Facebook la complimentant pour ce roman elle me répond, entre autres : « J’étais si incertaine en l’écrivant. Je le suis encore, car j’ai conscience d’avoir surement raté des éléments essentiels. Je ne suis pas Camille, mais j’ai eu à cœur de la comprendre et, c’est un peu bête de le dire, de l’accompagner jusqu’au bout. «  Quoi de plus beau qu’un écrivain qui s’efforce de vivre son personnage, de la comprendre, d’en retranscrire les émotions les plus brutes, les plus brulantes, dévastatrices, mais aussi les moments de paix, rares bien sûr, de douceur, de légèreté. Quand Sophie dit qu’elle a conscience d’avoir surement raté des éléments essentiels, j’ai juste envie de lui dire : oui, certainement, qui sait ? Chaque dépression, chaque mal-être se vit différemment et tout n’est pas fait pour être verbalisé. Les lecteurs qui connaissent cette souffrance y verront un reflet de leur propre expérience et y ajouteront certains sentiments, en enlèveront d’autres. Mais, la force de ce récit, selon moi, c’est aussi qu’il puisse donner accès aux personnes n’ayant jamais vécu cela à un panel de mots, d’émotions racontées par Camille, qu’ils puissent enfin ouvrir les yeux sur cette souffrance bien trop tabou, mais aussi sur la question de l’euthanasie volontaire et le souhait de mettre fin à sa vie quand on le souhaite.

Au-delà de la dépression, de sa compréhension, de son intégration dans les consciences, de sa reconnaissance en tout que réelle souffrance, parfois incurable, Sophie Jomain nous offre la possibilité de réfléchir de manière plus large à l’euthanasie volontaire assistée. Bien entendu, j’ai eu une pensée pour Will (Avant toi) puisque ce choix y est abordé aussi, et qu’on ne peut pourtant que respecter. Au même titre que nous devons garder la liberté de choix pour notre corps, notre vie nous appartient, à nous et nous seuls, et nous devrions être en mesure, dans certains cas, d’en déterminer la fin. Alors bien sûr, je ne vous parle pas d’en décider sur un coup de tête et à aucun moment il n’en est question dans ce récit. C’est au bout de plus de 20 ans de souffrance que Camille s’engage dans cette lourde procédure. La décision ne se prend pas en une heure et une séance avec un psychiatre, c’est tout un processus d’entretiens, d’analyse, de dossiers sur des années, etc. Heureusement. Mais en France, c’est toujours trop tabou. Au même titre, la dépression souffre de trop peu de reconnaissance. Alors, merci, Sophie Jomain d’avoir eu ce courage d’écrire une telle histoire. Bravo pour ces mots qui touchent en plein cœur, pour les émotions, les sentiments et tout ce que cela peut induire dans nos réflexions personnelles. Oui, je me suis reconnue en Camille sur beaucoup d’aspects, moins sur d’autres. Mais en tout cas, ce récit a eu un écho profond en moi, et je me suis beaucoup attachée à Camille.

Certains lecteurs pourraient être déstabilisés par ce récit et surtout pour sa fin, très inattendue, peut être même trop « brute ». Pourtant, l’auteure n’aurait pu faire de meilleur choix. Tout est parfaitement orchestré du début jusqu’à la fin. Et, oui, Sophie Jomain a su accompagner son personnage jusqu’à la fin. C’est aussi la sensation qu’a le lecteur : d’avoir été accompagné du début à la fin pour comprendre, ne pas juger, respecter. Quand la nuit devient jour est un roman coup de poing, mais aussi d’une douceur et d’une beauté exceptionnelles. Difficile de trouver plus de mots concernant ce coup de cœur énorme qu’est ce livre, ce bijou d’émotions et de réalisme. Tout sonne vrai, chaque scène, chaque mot. C’est un récit profondément humain et respectueux, une histoire qui touche et bouleverse. Merci Sophie Jomain. Enfin nous pouvons souligner, le choix, important, fait dans ce récit : Camille est une jeune femme « ordinaire », qui a eu une vie familiale « simple », pas de traumatismes ou de violences, pas de dossiers secrets à nous révéler au fil des pages. Camille souffre d’un mal sournois, sur lequel les mots sont difficiles à poser. La dépression est une souffrance qui n’est pas évidente à expliquer. Mais, c’est là, toute la réalité de cette maladie, vicieuse et perverse elle ne se nourrit pas nécessairement de traumatismes, ne se « justifie » pas forcément par un élément déclencheur particulièrement difficile. Non, la dépression peut concerner tout le monde, elle ne se contente pas des gens faibles, bien au contraire. Il sera sans doute peu aisé donc pour certains lecteurs de comprendre Camille et de ne pas se dire qu’il faut qu’elle se secoue, qu’elle n’a aucune raison d’être comme ça. Et pourtant. Ouvrez-vous, écoutez là, tout est « vrai ». Cruel constat, saisissant de réalisme. Peut-être vous faudra-t-il poser votre livre pour encaisser, souffler. Vous pourriez même avoir besoin de mouchoirs. Ou comme moi, vous ne pourrez plus le lâcher et serez totalement absorbés. C’est une histoire qui se lit pour la vivre, la comprendre, s’en imprégner.

enbrefUn récit poignant sur la dépression et la décision de quitter ce monde dignement par euthanasie volontaire assistée. Sophie Jomain prouve ici toute la sensibilité dont elle dispose pour impliquer ses lecteurs dans une histoire dramatique, de choix de vie et de sujets bien trop tabous en France. Un parcours qui permet de comprendre une maladie « invisible » et de s’interroger sur les choix qui sont alors offerts. Beaucoup d’émotions, mais, tout comme elle le fait avec Camille, Sophie Jomain accompagne son lecteur jusqu’au bout.

MANOTE20/20

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CITATIONS

« J’ai suivi une psychothérapie individuelle. La psy utilisait des approches psychoéducatives et humanistes. Il fallait chercher et comprendre la provenance de mes troubles et essayer d’en déterminer l’origine pour mieux m’aider. Elle avait beau parler, théoriser, mettre en place différentes approches, je ne parvenais pas à réharmoniser mon corps et à l’accepter. Et justement, tout se tenait dans ce « ré ». Avais-je seulement déjà trouvé mon corps harmonieux ? Non. Jamais. Alors, comment reconstruire quelque chose qui n’a jamais existé ? Il fallait tout créer. C’est ce que personne ne comprenait.  »

« 16 janvier 2016

Le compte à rebours a commencé depuis dix-sept jours. J’ai peur. Ce n’est pas la perspective de mourir qui m’effraie, je sais, en mon âme et conscience, que j’ai pris la bonne décision. Ce qui me broie les entrailles, c’est la réaction de mes parents lorsque je leur aurai annoncé que leur fille unique s’éteindra dans à peine plus de trois mois et que rien ni personne ne pourra l’empêcher de mourir. Je ne peux plus repousser l’échéance, garder le secret plus longtemps. Le médecin qui me suit a raison. Ils doivent savoir. Il le faut. »

« Mademoiselle Duclercq, rétorque-t-il avec un soupçon d’autorité dans la voix. Personne n’est ici pour juger votre choix ou vous convaincre de rester en vie. Je ne comprends pas votre décision, mais vous avez été reconnue admissible à l’euthanasie, il n’est pas question de remettre en cause le diagnostic de mes confrères, mais de m’assurer que, jusqu’à la dernière minute, vous êtes toujours en adéquation avec votre décision d’origine. »

« La douleur se répercute jusque dans mon crâne, une migraine insoutenable me vrille les temps. Je me tiens la tête, je me balance d’avant en arrière. Je veux que ça cesse et ça ne cesse pas. »

« Mais jamais je ne perds de vue le but ultime. La liberté. J’avance vers elle, déterminée. »