[Chronique] Lucia, Lucia de Adriana Trigiani

Publié aux éditions Charleston – 7 juin 2017 – 304 pages
Merci aux éditions Charleston pour cette lecture dans le cadre de mon expérience Lectrice Charleston

1950, New York.

Lucia Sartori, 25 ans, est la très jolie fille d’un épicier italien prospère de Greenwich Village. L’après-guerre a ouvert de nombreuses possibilités aux jeunes femmes ambitieuses, et Lucia vient de commencer comme apprentie couturière au très chic grand magasin B. Altman sur la 5e Avenue. Fiancée à son amour d’enfance, l’inébranlable Dante DeMartino, Lucia est déchirée lorsqu’elle rencontre un bel inconnu qui lui promet une vie de luxe dans les beaux quartiers, une vie comme elle n’en lit que dans les magazines. Forcée de choisir entre sa famille et ses rêves, Lucia se retrouve au centre d’un scandale qui révèlera des secrets enfouis. L’honneur des Sartori est en jeu…

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[Chronique] Brooklyn de Colm Tóibín

brooklyn

Edition présentée ici : Robert Laffont – Collection Pavillons – Mars 2016 – 324 pages

resumeEnniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis. En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande. À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires.

MONAVISV2Voilà un roman dont je n’avais pas entendu parler avant qu’il voit sa médiatisation accentuée par la sortie de l’adaptation cinématographique. Malheureusement le film ne passe plus par chez moi donc je ne pourrais pas vous en parler. En revanche j’ai passé un excellent moment dans ce roman qui nous plonge au coeur des années 50, ma période favorite de l’histoire.

Nous sommes donc en Irlande dans les années 50 et Eilis avec ses qualifications de comptable ne parvient pas à trouver de travail, hormis son petit job à l’épicerie du coin tenue par une femme pour le moins particulière. Mais Rose, sa soeur qui est populaire et a un très bon boulot parvient à lui trouver un emploi aux U.S.A. A vrai dire, Eilis n’avait jamais prévu de partir. Leur mère ne peut pas vraiment vivre seule et elle était persuadée que sa soeur, belle et intelligente partirait de la maison avant elle. N’ayant pas vraiment le choix, Eilis se voit propulsée dans un bateau en direction des Etats-Unis. Eilis ne laisse pas grand chose derrière elle, juste sa mère et sa soeur, ses deux frères ayant déjà fait le choix d’aller travailler ailleurs aussi. Toutefois, elle est terrorisée à l’idée de tout quitter et de se retrouver dans une nouvelle ville sans personne. Certes, le prêtre qui lui obtient un emploi là bas est présent mais il n’est en rien sa famille ni ses rares amies irlandaise. Eilis se retrouve donc à vivre dans une pension de famille irlandaise avec une logeuse au très fort caractère et commence une carrière de vendeuse en magasin. Petit à petit elle va devoir se faire à ce rythme, à ce climat, cette ville, ce pays et à la distance entre elle et ses proches. Remettons nous dans le contexte, les appels longue distance était un luxe quasi impossible à se permettre. Alors Eilis écrit à sa mère et sa soeur très souvent et leur raconte son quotidien. Bien sûr, elle connaîtra le mal du pays. Elle sortira avec les autres filles de la pension mais sans vraiment avoir d’affinités avec elles. Un long parcours attend alors notre jeune irlandaise.

Eilis est une jeune femme un peu fragile et attachante. Elle affrontera sa nouvelle vie du mieux qu’elle le peut et mesurera sa chance même si ce n’est pas simple. D’une nature plutôt réservée et soumise nous aimerions vraiment la voir s’imposer un peu plus dans sa vie auprès des autres et surtout s’épanouir. Sans doute trop bien élevée, la jeune femme se met toujours en retrait afin de combler les attentes des autres, comme sa mère ou sa soeur par exemple, plutôt que les siennes. Sa rencontre avec un adorable américain d’origine italienne va venir bouleverser son quotidien et sa vision de la vie aux U.S.A. Mais Eilis ne vit jamais pleinement les choses et nous aurions parfois envie de la secouer. Clairement, c’est un roman de vie, d’un instant particulier et il ne se passe pas grand chose. Jusqu’à ce qu’un drame survienne, très tardivement dans le roman et qu’Eilis se voit obligée de retourner quelques temps en Irlande. Elle doit laisser Tony derrière elle. Une fois en Irlande elle est assaillie de doutes et se devra choisir entre deux hommes.

Ce roman est donc une histoire de vie et d’amour. Eilis va découvrir la vie aux U.S.A., de nouvelles expériences dans le monde professionnel et social, s’investir dans sa paroisse avec bonté et générosité, découvrir l’amour. Mais elle sera toujours « soumise » et victime du choix des autres, ne parvenant pas à s’imposer. La fin du livre est à la fois surprenante et attendue. Le caractère même d’Eilis pousse vers un tel choix alors que le lecteur s’attend peut être à un déclic, un changement. Eilis est une jeune femme qui a le sens du sacrifice sans même s’en rendre compte et elle a toujours l’impression de devoir quelque chose aux autres. L’auteur parvient à nous faire ressentir beaucoup d’émotions au travers des renoncements et des choix par défauts de notre jeune irlandaise qui accepte sans broncher de vivre le contraire de ce qu’elle voudrait.

Si la plume de l’auteur est belle et nous entraine passionnément dans cette histoire d’amour et de vie, le manque d’action se fait parfois trop ressentir. Toutefois cette platitude est en accord parfait avec le caractère passif de la jeune femme. Tony, lui, apportera du dynamisme, de la joie et de la spontanéité dans cette histoire. Nous apprécions également beaucoup la logeuse qui voit tout et sait tout et qui bien qu’elle ne soit pas toujours commode peut s’avérer d’une aide assez précieuse pour les filles qu’elle loge. Les règles de la pension sont strictes mais conformes à l’époque et au caractère irlandais. Nous sommes confrontés à un choc des cultures. Certes la langue est semblable mais Américains et Irlandais ne vivent pas de la même façon. C’est une époque à laquelle beaucoup d’Irlandais sont partis tenter leur chance aux Etats Unis et en cela, ce roman est un parfait instantané social de cette période. Nous découvrons ainsi le monde du travail mais aussi la position de la femme et des Noirs dans un monde qui est encore en pleine évolution et qui panse ses blessures de guerre.

enbref

Une jolie histoire d’amour et de nouveau départ pour une jeune femme fragile ne sachant pas s’imposer et qui quitte sa famille irlandaise pour les Etats Unis. Là bas de nouvelles expériences et des rencontres. Son coeur sera constamment tiraillé entre les Etats Unis et l’Irlande, entre la raison et la passion. Même s’il ne se passe pas grand chose c’est un roman plein d’émotions et porté par une très jolie plume.

MANOTE

17/20

4flamants

[Chronique] De si parfaites épouses de Lori Roy

couv21280553Paru aux Editions Le Masque – Rentrée littéraire 2015 – 311 pages

Merci à Netgalley et aux Editions de Masque pour cette lectureresume

Detroit, en 1958, à la fin du mois de juin. Dans le quartier ouvrier blanc d’Adler Avenue, l’atmosphère est pesante, l’air chargé de menaces. Les grandes usines où tous les hommes sont employés commencent à fermer et, plus inquiétant encore, des gens de couleur s’installent dans le quartier. Dans leurs maisons proprettes aux rideaux parfaitement tendus et aux pelouses bien entretenues, les femmes s’observent et se méfient. Les jours de paie, on a vu des femmes noires près de l’usine aguicher leurs maris en portant des tenues inappropriées. Dans Adler Avenue, il y a Julia qui doit veiller sur ses jumelles, son amie Grace, enceinte de huit mois, et leur voisine Malina, toujours impeccable, qui donne le ton des discussions et orchestre d’une main de maître la vente de charité de la paroisse de St Alban’s, et puis il y a Elisabeth, la jeune fille un peu attardée, qui vit avec son vieux père. Tous les jours, les hommes rentrent crasseux de l’usine, et tous les jours, leur épouses les attendent bien sagement à la maison. Mais un après-midi, Elisabeth disparaît. Alors que les hommes quadrillent le quartier dans l’espoir de la retrouver, la tension monte. Julia et Grace sont les dernières à avoir vu Elisabeth. Y a-t-il un lien avec le meurtre d’une jeune femme noire dans l’entrepôt à côté de l’usine ? Pour les parfaites épouses d’Adler Avenue, le mal a bien pris ses racines dans leur petit paradis.Un roman noir au suspense étouffant.MONAVISV2

Bienvenue à Alder Avenue, aux accents de Wisteria Lane mais en 1958 dans la ville de Detroit. Pendant que les hommes sont à l’usine, les femmes jouent leur rôle de parfaite épouse et femme d’intérieur sans oublier l’Eglise et les ventes de charité. Une femme Noire est retrouvée morte près des usines mais personne ne s’en préoccupe. En revanche quand une jeune femme de 21 ans, simple d’esprit, disparaît dans le quartier tout le monde s’organise pour des recherches et est en émoi. Depuis quelques temps la tranquillité du quartier est perturbé par l’installation de « gens de couleurs », ce qui n’est pas sans inquiéter nos parfaites épouses, qui vivant dans un contexte raciste et jettent de suite les soupçons sur ces hommes. A mesure que les recherches avancent, le vernis des illusions craquelle, les mensonges et dissimulations sortent du placard et les vérités explosent. Que vont devenir nos parfaites épouses incapables de voir plus loin que le bout de leur quartier et de changer leurs habitudes ?

La ségrégation, disons le clairement, les pensées racistes sont très présentes dans ce quartier et nous ressentons un certain malaise. Les Blancs ne veulent pas que les Noirs les approchent de trop près et les accusent de la moindre perturbation. Ce qui fait que ce roman est un véritable tableau social de la fin des années 50 où la situation des Noirs étaient encore très loin d’être idéale.

Le récit à 3 voix nous permet de nous plonger dans le quartier, de connaître les voisins et ce sont 3 points de vue très différents qui nous sont offerts par 3 femmes toutes aussi différentes. Nous avons Malina qui n’a que pour obsession de prouver son mari a une liaison, elle fait tout pour sauver les apparences de son ménage et se dévoue aux ventes de charité pour donner le change. Nous avons ensuite Grace, adorable femme enceinte toujours prête à aider son prochain et très amoureuse de son mari. Elle va se retrouver au cœur d’un drame qu’elle n’avouera pas, toujours pour ne pas écailler le vernis si parfait de son apparence et décevoir son mari. Enfin nous avons Julia, jeune femme brisée par la perte de son enfant dont le couple est à la dérive, elle a en garde régulièrement ses nièces, des jumelles espiègles et ayant tendance à mettre leur nez partout…La culpabilité ronge le couple de Julia et la vérité est pas loin d’exploser.

Mensonges, faux semblants, hypocrisie ambiante sont révélés au lecteur au fur et à mesure des recherches pour Elizabeth. L’intrigue tient sur une semaine, instillant un suspens un peu suffocant, et nous nous rendons vite compte des mensonges dissimulés dans les foyers à l’apparence si parfaite. On pourrait presque (et je dis bien presque) parler de huis clos puisque ces femmes ne sortent jamais de leur quartier et de leurs habitudes ce qui leur permet de conserver les illusions dont elles semblent si fière. La pression sociale est terrible. Nous sentons ces femmes enfermées dans leur quartier et prisonnières de leur vie maritale. Il est assez aisé de comparer nos épouses aux modernes Desperate Housewives mais version 1958. Elles aussi font tout pour donner la meilleure image possible de leur ménage, de leur vie, dans un contexte où la position de la femme est bien loin d’être idéale.

A l’aide mots justes et simples, d’un rythme doux mais régulier et d’une narration à 3 voix amenant à l’introspection, l’auteur nous fait une véritable oeuvre sociale dont le vernis se craquelle. J’ai eu, au départ, un peu de mal à me plonger dans la routine quotidienne de ces femmes, trouvant même que les personnages étaient un peu trop détachés du drame qui se jouaient mais petit à petit le rythme nous entraîne sur des pistes et l’auteur nous propose une révélation finale surprenante et émouvante, après avoir ménagé un grand suspens.

enbref

Quand la tranquillité d’un quartier est bouleversée par une inquiétante disparation, c’est tout le vernis des apparences qui craquelle chez nos parfaites épouses. Un roman noir au rythme doux et efficace, laissant apparaître les vérités qui dérangent. Porté par un trio de trois femmes bien différentes le récit devient une critique d’une société illusoire des années 50 où tout devait paraître parfait et nous ménage un suspens haletant jusqu’à la révélation finale, plutôt inattendue.

MANOTE

15/20