[Chronique] Ni le feu ni la foudre de Julien Suaudeau

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Publié aux éditions Robert Laffont – Août 2016 – 270 pages

Merci à Babelio et Robert Laffont pour cette lecture dans le cadre de Masse Critique

resume

« Si les choses pouvaient en rester là.
Le boulevard Magenta, marinant à jamais dans le bruit, le noir des murs et les vapeurs des pots d’échappement.
Les feuilles encore vertes aux branches des platanes.
Ma bouteille à moitié vide, mais à moitié pleine.
Moi, toujours en vie, sentinelle au-dessus du trafic, parlant au chien pour le rassurer et sentant sous mes doigts le fer forgé de la balustrade.
Cinq sens, aucune raison que ça s’arrête. Pas de date de péremption. J’envelopperais tout dans du papier cadeau et je le mettrais à l’abri, en promettant de ne pas regarder.
J’aimerais la pollution et le vacarme des autobus comme la prunelle de mes yeux – comme la vie elle-même.
Les feuilles des arbres ne finiraient pas par tomber.
Ma bouteille ne se viderait pas.
J’aurais neuf vies de chat devant moi. »
Du petit matin jusqu’au soir du 13 novembre 2015, cinq personnages chassent le bonheur dans les rues de Paris, poussés par des vents contraires : l’espoir et les regrets, la colère et le calme, la joie et le deuil. Les pas de ces Parisiens les rapprochent du concert ou les en éloignent ; leurs destins s’entrelacent ou s’écartent. Ni le feu ni la foudre capte la lumière de ces étoiles sur le point de s’éteindre. Lire la suite

[Chronique] Bienvenue à Night Vale de Joseph Fink et Jeffrey Cranor

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Publié aux Editions Bragelonne – Mars 2016 – 378 pages

Lu grâce à Babelio lors de son opération Masse Critique Imaginaire – Merci

resumeNight Vale? Une sympathique communauté au cœur du désert, où de mystérieuses lumières nous survolent pendant que nous faisons tous semblant de dormir. Un endroit à part, peuplé de spectres, d’anges et d’extraterrestres, où prennent vie théories conspirationnistes et légendes urbaines… une ville où il ne fait pas bon croiser les créatures encapuchonnées qui ont investi le nouveau parc à chiens interdit au public, où la police secrète a pignon sur rue, où l’acquisition d’un poisson rouge vous fera vous poser des questions sur son régime de souris, où certains jours de la semaine sont annulés à cause de contraintes de calendrier. Bienvenue à Night Vale.

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Attention, voici un sacré O.V.N.I. livresque même si jusqu’à preuve du contraire, les livres ne volent pas. Mais il se pourrait bien qu’ils en soient capables à Night Vale vu que les bibliothécaires y sont les plus vicieuses des créatures. Night Vale, charmante commune où rien n’a de sens, si ce n’est le sens qu’on lui donne à ce sens. Oui, vous avez bien lu. Bon, je n’ai absolument pas l’humour des auteurs qui ne s’arrêtent pas une seconde pour nous faire tomber dans un monde absurde, irréel, surréaliste, farfelu, loufoque, invraisemblable, délirant, hors-norme, fou, sens dessus dessous, un monde où le temps n’a pas de prise sur les gens, une ville où veillent des agents d’une agence gouvernementale aussi floue que menaçante qui ne savent pas enlever le flash des appareils photo. Une ville où vous n’avez pas le droit de croire aux anges, où vous pouvez prendre une décharge par votre téléphone si vous contactez quelqu’un que vous ne devriez pas essayer de joindre, voilà c’est que Night Vale.

Ce roman est tiré d’un podcast américain qui tourne depuis 2012 et diffuse deux émissions par mois. Le but est de proposer des histoires tordues et intelligentes à la fois, étranges, mais merveilleuses. Night Vale est tout cela : une ville effrayante et attirante. Un endroit qu’on veut à tout prix à éviter, mais absolument visiter. Les règles de vie y sont absurdes, véritable critique de notre réalité. Car oui, derrière ses apparences de comédie burlesque, cet ouvrage drôle dépeint avec complexité et sévérité notre société en usant et abusant des codes de l’absurde, et de l’extravagant.

Les personnages du roman vont se retrouver confrontés à une sorte de problème commun. Deux femmes qui ne s’apprécient pas plus que cela vont devoir unir leurs forces pour mettre la main sur un homme qui leur cause des ennuis. Depuis qu’un mystérieux visiteur est venu à la boutique de Jackie, cette dernière est prisonnière d’un morceau de papier collé dans sa main. Impossible de s’en défaire. « King City » martèle le satané papier. Elle n’est pas la seule à subir ça. Comment Diane se retrouve-t-elle mêlée à cela ? Et bien, son fils pourrait bien être celui d’un homme qui pose problème. Jackie est une jeune femme curieusement bloquée à 19 ans. Elle n’a jamais passé d’autre cap. Certes, le temps à Night Vale est particulier, mais sur Jackie encore plus que les autres. Elle est même incapable de nous dire depuis combien de temps elle a 19 ans. Diane élève seule son fils adolescent qui peut prendre n’importe quelle forme, qu’elle soit humaine, plus ou moins ou pas du tout. Quel quotidien de vivre avec un insecte, une larve, un vers, un garçon, bref la métaphore de l’adolescence dans sa forme la plus exacerbée. Diane et Jackie vont donc devoir collaborer. Au passage, nous rencontrerons une Police secrète aussi inefficace que peu discrète, un animateur de radio locale totalement déjanté (au fait, vous a-t-il parlé de son petit ami scientifique qui ne résout rien, mais la science, c’est sérieux), des bibliothécaires très dangereux, des informations télévisuelles que vous ne pouvez pas couper et dont les présentateurs s’adressent directement à vous, des participations à des loteries automatiques… Bref un monde délirant.

Mais alors ce roman étrange, on aime ou pas ? Et bien j’ai envie de dire que c’est difficile à prévoir. Au début, je trouvais le concept complètement dingue et j’ai bien eu peur de ne rien y comprendre. Finalement, ça se lit très facilement, bien que parfois l’humour frise la lourdeur, et l’on s’attache à cette histoire à l’ambiance si particulière. On se sent bien dans ces pages, même si l’on ne sait pas toujours où veulent en venir les auteurs, ce qu’ils veulent faire vivre à leurs personnages. Par contre, il est difficile de parler d’empathie ou d’attachement aux personnages, ils sont tellement particuliers dans un monde absolument étrange qu’il n’est pas aisé de s’y identifier. Toutefois, on apprécie de suivre leurs aventures, certaines hilarantes, d’autres plus cocasses. Bref en lisant ce livre fantasmagorique attendez-vous à tout sauf ce à quoi vous vous attendez, OK ? Ah, surtout, ne soyez pas surpris, cette semaine, on saute le vendredi, mais promis la semaine prochaine il y en aura deux pour se rattraper.

enbrefCe roman est totalement loufoque, déjanté et c’est une jolie critique bien acide de notre société grâce à une belle maitrise du cynisme et de l’absurde. Une pointe de science-fiction, de burlesque et des personnages hors du commun donnent à ce livre une ambiance agréable. Toutefois, l’humour, parfois un peu lourd, peut dérouter le lecteur. Toujours est-il qu’on finit par passer un moment bien « sympathique » à Night Vale sous les yeux d’une agence gouvernementale aussi floue que menaçante. Bienvenue à Night Vale et profitez de votre voyage. Le retour n’est pas garanti.

MANOTE15/20

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[Chronique] Lettre à Hervé de Eric Sagan

lettreaherveAuto-édité – Février 2016 – 100 pages

Reçu dans le cadre d’une opération Masse Critique Babelio

Merci à Babelio et à Eric Sagan pour le petit mot accompagnant le livre

 

resumeIl y a 24 ans, tout a commencé par un cahier qu’Hervé n’aurait jamais du voir. Puis, il y a eu cette lettre. 24 ans après l’avoir écrite, 24 ans après avoir osé la donner à son destinataire, voici que la vie la renvoie à l’expéditeur, brute, touchante et drôle.

Pour parler de ce livre, il faut raconter l’histoire du livre lui-même.
Il était une fois un garçon d’une vingtaine d’années. Qui tombe amoureux d’un mec. D’un mec hétéro. Rien de très original.
Mais ce garçon se met en tête d’écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d’enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines.

Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu’il n’avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu’il était différent. Des années passent. Il reçoit alors l’appel d’un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s’était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l’autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l’aider à accepter son fils.

Cette histoire, vraie, et d’autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l’auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l’authenticité de l’original.
Voici donc « Lettre à Hervé ».

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Lorsque Babelio a proposé ce livre en Masse Critique j’ai de suite accepté. Le sujet me touche. Parce que j’ai grandi dans une famille où l’homosexualité concerne plusieurs membres, parce que j’ai toujours eu des amis homosexuels et que j’ai toujours trouvé le monde dur envers ce qui n’a rien d’un choix, mais qui n’est autre que de l’amour. Je déteste le fait de devoir définir sa sexualité et s’en justifier. Bien sûr ceci n’engage que moi. Mais les étiquettes ne servent qu’à nous cantonner dans un « format » acceptable ou non aux yeux de certains. La sexualité, l’amour, les sentiments ce sont des choses qui ne peuvent être définies. Pas dans un pays où cette définition sert alors à juger les gens, à les placer dans une catégorie à consonance négative. C’est pour cela que j’ai voulu lire le récit d’Eric, comprendre ce qui lui avait vécu, comment il vit les choses. Et bien c’est très simple, Eric, il vit, il aime, point. Pas besoin de chercher plus loin.

Ce livre est donc assez court et il s’agit d’une lettre que l’auteur a écrit à Hervé après qu’il ait vu un mystérieux cahier qu’il n’aurait jamais du voir. Cette lettre est destiné à l’homme dont l’auteur tombe amoureux, c’est une histoire de vie, d’un parcours, d’une enfance, d’une adolescence. Très loin de ce qu’on pourrait imaginer, l’auteur ne tombe jamais dans le pathos ni dans l’analyse et encore moins dans le cliché. Il ne se définit pas et ne cherche pas à se coller une étiquette. Il aime et rien d’autre en compte. Il vit et rien d’autre ne compte. L’homosexualité est abordé avec subtilité, par touches juste nécessaires.

C’est un récit donc intimiste mais pas pour autant voyeuriste. En fait, nous avons l’impression de lire la lettre d’un ami qui aurait eu envie de se dévoiler, de nous raconter les bons moments, les mauvais sans rien enjoliver, sans rien cacher. Il nous conte son enfance, son adolescence, ses anecdotes, ses premières fois, nous avons face à nous des instantanés de vie, des clichés de moments marquants pour lui qui nous permettent d’apprendre à le connaître et de mieux le cerner. Au fond c’est l’histoire d’un enfant qui grandit et dont la personnalité se forge avec le temps, les rencontres, les expériences et le cours de la vie. L’auteur se dévoile donc à Hervé et il veut être compris. Il ne se justifie pas et ne s’excuse pas d’être ce qu’il est, il existe, il est comme ça tout simplement. A aucun moment il ne s’attarde véritablement sur l’homosexualité, il ne l’explique pas (et il a raison, il n’y a rien à expliquer). Il ne parle pas de la découverte de cette homosexualité mais de la découverte des sentiments pour un garçon. Il ne parle pas de coming out mais des choses qui se font naturellement, des sentiments ressentis.

Cette lettre est un hommage à l’amour, à la vie, une lettre écrite à celui qu’il aime sans jouer de rôle attendu. Un jeune homme qui assume pleinement sa personnalité et qui nous parle de ce qui l’a construit. Cette lettre est simple dans le style et sonne donc vraie. Elle est touchante et il est difficile de la reposer avant de l’avoir achevée. On se sent concernés un peu comme si elle nous était adressée au fond. Comme si Eric était notre ami et qu’il nous parlait de lui, de son vécu. Il n’enjolive pas, il ne fantasme pas, il se raconte à Hervé avec le bon comme le mauvais. La toute dernière page est inattendue (en même temps l’amour n’est jamais sans surprises n’est ce pas ?) et cette lettre toute en simplicité est bourrée d’émotions. Une lettre de vie et d’amour.

enbref

Une lettre à un homme écrite par un autre homme pour se dévoiler, être compris. Une lettre de vie, d’amour et pleine d’émotion derrière un style simple et efficace. Touchant et captivant. A découvrir.

MANOTE

16/20

[Chronique] La vie rêvée de Hoppe de Felicitas Hoppe

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Publié aux éditions Piranha – Janvier 2016 – 320 pages

Livre lu dans le cadre de Masse Critique Babelio, merci pour cette opportunité.

resumeQui est Hoppe ? La petite fille prénommée Felicitas, née en Allemagne dans la ville du « Joueur de flûte » et initiée au hockey sur glace au Canada après avoir été enlevée par un inventeur fou qui se prétend son père ? La jeune fille surdouée à l’imagination débordante appelée Hoppe qui parcourt les océans avant d’échouer dans une petite ville aux portes du désert australien où elle rencontre l’amour ? Ou est-ce l’auteur qui signe cet étrange et envoûtant roman d’aventures et d’initiation dans lequel elle s’amuse à déplacer sans cesse les frontières entre autobiographie et biographie rêvée ?

C’est au lecteur de se faire sa propre opinion en parcourant cet incessant voyage entre deux mondes, l’un réel et l’autre fantasmé, dans lequel l’auteur prend ses aises avec les contingences de la réalité et jongle brillamment avec les démentis, les équivoques et les paradoxes en mêlant plusieurs niveaux d’écriture.

Un récit jubilatoire construit de mille et un voyages bien au-delà de l’autofiction.
blabla

Avant de commencer cette chronique il est important de vous dire que c’est un livre que j’ai abandonné au bout de 150 pages environ. J’ai essayé d’aller lire vers la fin voir si cela me redonnait envie de revenir en arrière mais pas du tout. Chaque page tournée m’ennuyait. Je suis passée totalement à côté de ce livre. Mais vraiment. Pourtant quand j’ai lu l’avis plus que positif de LeaTouchbook je me suis dit que ça allait me plaire. Mais malheureusement non. Donc, si vous hésitez sur ce livre, ne vous fiez pas à mon seul avis, lisez aussi celui de Léa ou faites vous votre propre opinion en l’achetant. Par contre, l’objet livre en lui même est vraiment soigné, la couverture est très belle et le papier de très bonne qualité. J’ai découvert la maison d’édition Piranha via cette Masse Critique et même si je n’ai pas aimé cette lecture cela ne m’empêchera pas de tenter d’autres titres de cette maison d’édition. Bien, il est temps que je rentre dans le vif du sujet.

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Qui est Hoppe ? A vous, lecteurs de le deviner. La narration, très particulière, de ce récit mélange réalité et fiction et embrouille le lecteur qui doit alors chercher à démêler le vrai du faux de cette autobiographie loufoque ou bien ne pas chercher à comprendre et prendre les choses comme elles viennent. On est prévenus que nous allons voyager et c’est le cas, là dessus rien à redire : on voyage au travers de pays au fil des déplacements de Hoppe et on voyage entre réel et fantasmé. Seulement voilà le fantasmé devient vite lourd, vite nombriliste, égocentrique.

Dans ce livre qu’on pourrait envisager comme autobiographique, tout est faux ou presque. Un livre qui vous plonge dans une enfance fantasmée dans laquelle le lecteur a du mal à trouver ses repères, du mal à s’attacher à l’héroïne qui nous ment en permanence. Pour moi, et c’est ici tout personnel, cela aurait pu marcher si le fil des aventures était plus clair, si nous comprenions un peu mieux qui est Hoppe. Car personnellement au bout de 150 pages je n’en avais aucune idée et c’est insupportable. Le livre ne m’a absolument pas transportée et l’ennui profond l’a remporté sur le plaisir de la lecture. C’est pour cela que j’ai abandonné ce livre moi qui déteste abandonner. Mais la lecture doit rester un plaisir et là c’était tout le contraire. Je regrette d’être passée à côté et de ne pas avoir pu apprécier ce récit pourtant bien écrit avec une plume originale. Je pense très sincèrement que la narration n’a pas aidé, parfois Hoppe est vue pas quelqu’un d’extérieur et bam d’un seul coup on passe à la première personne. Déstabilisant et agaçant pour ma part. L’ensemble devient vite répétitif, on ne cesse de nous « balancer » des citations de livres qu’elle écrira plus tard (ce qui est lourd franchement). Rien à faire, ce livre n’était pas pour moi.

Toutefois, je reste convaincue que ce livre peut largement trouver son public. La plume est bonne, là dessus rien à redire. Mais il faut accrocher au style et accepter le jeu de miroir déstabilisant dans la narration, accepter les mensonges et de se faire berner par une héroïne qui se rend difficile à comprendre, intouchable et supérieure. Bien sûr ce livre contient une part d’autodérision et tant mieux car sinon ce serait carrément imbuvable. L’idée de la fausse autobiographie est un concept intéressant, ne le nions pas. Mais vraiment pour moi ça tourne trop en rond, c’est trop répétitif, trop égocentrique (on peut écrire une autobiographie, réelle ou imaginaire sans qu’elle soit égocentrique à ce point non ?). Un récit qui ne m’aura fait ressentir aucune émotion et qui n’aura pas su m’intégrer à son côté loufoque ni à m’embarquer dans les voyages de l’héroïne. enbref

Un roman qui nous propose un concept original d’autobiographie fictive, alternant fantasmes et réalité et laissant le lecteur se faire sa propre opinion et comprendre qui est Hoppe dans cette imagination débordante. Une plume habile mais un style auquel il faut parvenir à accrocher pour ne pas succomber à l’ennui et comme moi abandonner cette lecture. Je suis passée totalement à côté et c’est une réelle déception.MANOTE

08/20

[Chronique] Mrs. Bridge de Evan S.Connell

mrsbridgePublié aux Editions Belfond Collection Vintage – 2016 – 360 pages

Livre reçu dans le cadre de la Masse Critique Privilégiée Babelio.

Merci à Babelio et Belfond

resumeAttention, chef(s)-d’oeuvre !

Tout allait bien, semblait-il. Les jours, les semaines, les mois passaient, plus rapidement que dans l’enfance, mais sans qu’elle ressentît la moindre nervosité. Parfois, cependant, au coeur de la nuit, tandis qu’ils dormaient enlacés comme pour se rassurer l’un l’autre dans l’attente de l’aube, puis d’un autre jour, puis d’une autre nuit qui peut-être leur donnerait l’immortalité, Mrs. Bridge s’éveillait. Alors elle contemplait le plafond, ou le visage de son mari auquel le sommeil enlevait de sa force, et son expression se faisait inquiète, comme si elle prévoyait, pressentait quelque chose des grandes années à venir.

Mrs. Bridge et son pendant, Mr. Bridge, forment une oeuvre en diptyque fondatrice de la littérature américaine d’après-guerre, adulée par des générations entières de romanciers. Portée par une écriture d’une précision redoutable, un ton à l’élégance distanciée et une construction virtuose, une redécouverte à la hauteur de celle d’un Richard Yates avec La Fenêtre panoramique ou d’un John Williams avec Stoner.MONAVISV2

Connaissez-vous la collection des romans vintage de chez Belfond ? Honte sur moi qui suis pourtant une passionnée de romans « vintage » (ou au moins se passant dans les années 20 à 60), je ne connaissais pas. Du coup, grâce à cette masse critique, j’ai découvert un peu la collection et me suis rendue compte que j’en avais vu « passer » et que cette collection vintage a un sacré potentiel et qu’il va falloir que je m’y penche pour mes mini chroniques littéraires dans le magazine papier Pure Vintage. Bref, j’ai donc eu l’occasion de lire Mrs. Bridge, premier livre d’un diptyque célèbre, publié pour la première fois en 1959, oeuvre fondatrice de la littérature américaine d’après-guerre à l’écriture précise et redoutable avec une construction de haut niveau. Ici, vous êtes au cœur d’un véritable chef d’oeuvre et chaque mot est pesé, ajusté, chaque phrase a la tournure parfaite pour nous entraîner dans les « tourments » de la vie de Mrs Bridge. En tout cas, moi, lire du classique de ce genre je dis oui. Car j’ai passé un super moment avec Mrs.Bridge.

L’histoire se déroule entre les deux guerres, dans les années 30 pour nous entraîner jusqu’au début de la seconde guerre mondiale. Dans ce tome là, nous allons suivre le quotidien de Mrs Bridge, femme au foyer vivant dans un milieu aisé, porté par les revenus et la situation prestigieuse de Mr Bridge, son mari avec qui elle aura 3 enfants. Nous allons voir Mrs Bridge évoluer au long de sa vie de femme au foyer, d’abord dans les débuts du mariage, puis en élevant ses enfants, puis quand les enfants n’ont plus besoin d’elle. Très vite nous nous rendons compte que son couple est typique des couples américains de leur milieu de l’époque : la femme dans l’ombre de l’homme, la femme qui doit savoir converser et recevoir, la femme qui a des convenances et les inculque à ses enfants, la femme qui chaque jour se doit d’être « quelqu’un » et se composer un masque. Mais surtout nous voyons un couple que ne vit pas ensemble mais plutôt côte à côte. L’amour est là, sans aucun doute, mais il ne s’exprime pas, il est pudique, glacial, conventionnel.

« Une nuit elle réveilla son mari et lui confia son désir. Il lui entoura gentiment la taille de son long bras blanc ; elle, heureuse, tendre, confiante, se tourna vers lui. Mais rien ne se passa. »

De la jeunesse à l’âge mûr nous voyons Mrs Bridge sombrer dans l’ennui, la lassitude et le sentiment d’être inutile. Une fois les enfants autonomes, à quoi peut servir Mrs Bridge ? Alors que sa domestique fait tout à la maison, nous ressentons un profond ennui. Les temps passe, le poids de l’âge, de la solitude et du sens de la vie sont décrits à la perfection par l’auteur à l’aide de mots simples mais parfaitement choisis. Alors que Mrs Bridge mène une vie confortable et sans « problème » on ne peut s’empêcher de compatir et de comprendre son sentiment d’isolement, de trouver les journées longues pour elle. Chaque jour qui passe Mrs. Bridge vit sous la pression des convenances et des apparences : toujours mettre des serviettes dans la salle de bains pour les invités même si personne n’y touchera jamais, toujours porter des bas au cas où quelqu’un viendrait même en cas de canicule, savoir converser, ne jamais contredire son mari, offrir ce qui convenable aux enfants ( des gaines à 14 ans pour les filles, un chapeau au même âge pour le garçon). Mrs Bridge vit derrière toutes ses convenances et en oublie le sens de sa vie, de la vie en général.

Alors qu’elle s’efforce d’enseigner tout ses acquis à ses enfants, ces derniers sont plus réticents, appartenant à une jeunesse plus moderne et qui souhaite se délester de convenances dépassées. Derrière l’éducation de ses enfants et son rôle de parfaite femme d’intérieur, Mrs. Bridge s’oublie et, le jour où elle se retrouve seule, sans enfant à éduquer, elle ne sait plus qui elle est. Qui sont ses amies ? Que partager avec elles ? Où aller à présent ? Quel est le sens de l’existence ?

Chaque chapitre est très court, nous en comptons 117, concis et précis, construits comme des « vignettes » de vie, relatant d’une anecdote de la vie de Mrs Bridge et de ce qui l’entoure et au fond, traitant du monde à travers ses yeux. Aucun mot superflu, pas d’effet de style jubilatoire, mais tout est élégance et direct. La plume est tellement brillante qu’elle vous attrape dès le début et ne vous lâche plus. Il m’est quasi impossible de vous dire ce qui m’a fait aimer ce livre à ce point si ce n’est l’écriture sublime, juste, pertinente, non dénuée d’un certain humour, d’ironie, de compassion et d’un regard parfois sarcastique. Un récit de femme au foyer des années 30, porté par un narrateur qui scrute au fond même du personnage principal, cette femme qui jamais ne cède au vice, qui jamais ne relâche la pression. Cette femme qui agit comme une épouse et mère au foyer se doit d’agir, sans jamais se relâcher et prendre le temps de savoir qui elle est. Un panoramique de la vie américaine des années 30, des personnages typiques de la classe bourgeoise auxquels on finit par s’attacher.

enbref

Un roman poignant mais aussi ironique sur le quotidien désespéré et terriblement solitaire d’une femme au foyer des années 30 américaines, dans une classe supérieure remplie de convenances. Alors qu’elle est prisonnière de son rôle de parfaite épouse et de parfaite maman, enseignant des valeurs obsolètes à ses enfants, Mrs. Bridge s’en oublie et, les années passant, sombre dans un sentiment de désœuvrement et de solitude complète. Un couple marié, amoureux mais qui vit l’un à côté de l’autre, jamais ensemble. Un premier volet d’un diptyque célèbre et chef d’oeuvre de la littérature américaine après-guerre qui vous rendra accro.MANOTE

19/20

Un classique à lire et à relire

(Il est particulièrement difficile de « juger » et noter un classique, vous ne trouvez pas ?)


Au lieu des citations « habituelles », j’ai préféré ici vous citez un extrait de la préface, écrite par Joshua Ferris. Il analyse le roman avec la justesse nécessaire et un recul parfait.

« Il n’y a pas dans ce livre le moindre mot superflu. Les retours en arrière sont presque inexistants ; les phrases sont directes, élégantes mais sans atours, ce qui rend la moindre envolée lyrique d’autant plus sensationnelle. Mrs. Bridge y est décrite, non sans compassion, comme une femme incapable de réfléchir, dénuée d’imagination et que tout sidère. Ses manières sont incertaines, ses sentiments réprimés. Elle se réfère en tout et pour tout à son mari, qui l’étouffe complètement. Elle tente d’aiguiller ses enfants vers les mêmes platitudes insignifiantes qui on régi son éducation, horrifiée par la moindre manifestation d’individualité… »

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[Chronique] Une île sous la pluie de Morgane de Cadier et Florian Pigé

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Paru aux Editions Balivernes – 2015- 40 pages

Texte Morgane Cadier – Illustrations Florian Pigé


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Lu dans le cadre de la masse critique jeunesse Babelio octobre 2015.

Merci à Babelio et aux Edtions Balivernes pour cette lecture.


resume

Deux îles bien différentes existent non loin d’ici, juste séparées par un bras de mer. Sur la première, il pleut tous les jours, du matin jusqu’au soir. Sur la deuxième, il ne pleut jamais : ses plages sont toujours ensoleillées. Les habitants de l’île pluvieuse restent derrière leurs fenêtres et ne sortent jamais sans leur parapluie : ce sont en effet des chats très distingués. Ils ne se mouilleraient pour rien au monde.
Mais un matin, ils voient arriver à la nage un chat de l’autre île, celle qui ruisselle de soleil. Ce nouvel arrivant n’a vraiment rien de distingué : il saute dans les flaques et danse en riant sous la pluie. Elle est si rare chez lui ! Après avoir sans succès tenté de lui apprendre les bonnes manières, les chats au parapluie chassent ce Sauvageon. Mais la pluie redouble d’intensité et l’eau commence à monter, monter et encore monter ! Une catastrophe se prépare…

Il est toujours possible de s’enrichir de nos différences. Ces chats qui craignent l’eau et la pluie sont ainsi par habitude et refusent de changer : ils ne comprennent pas ce Sauvageon qui aime tant jouer dans les flaques. Mais lui qui ne craint donc pas cette eau reviendra les sauver quand leur île sera inondée.

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Une île sous la pluie-1

Voici un album qui va enseigner la tolérance, les différences et l’enrichissement auprès des autres. Nous suivons l’histoire de petits chats aux modes de vie bien différents. D’un côté une île bien triste où il pleut tout le temps. Les chats de cette île sont très maniérés et ne s’amusent jamais. De l’autre une île où le soleil brille toujours. Quand un chat de l’île ensoleillée débarque sur l’île triste les habitants sont choqués par ses manières ! Il est tellement différent d’eux…ils vont quand même tenter de l’éduquer à leurs manières à eux, persuadés que c’est comme cela qu’il faut se comporter et pas autrement. Mais en vain, le petit « Sauvageon » comme ils l’ont surnommé n’est pas comme eux, s’amuse et profite de la vie, saute dans les flaques et ne retient pas les « bonnes manières ». Il sera alors expulsé de l’île…quand celle-ci se retrouve inondée ! Pas rancunier, le petit chat rigolo revient sauver les habitants de l’île qui ne savent pas nager et décide même de leur enseigner la nage. C’est ainsi que depuis les deux îles cohabitent, s’amusent et s’enrichissent de leurs connaissances et différences, apprennent des uns des autres et que de jolis parasols colorés ont remplacé les sinistres parapluies !

L’histoire en elle même est très mignonne, adorable et parfaitement racontée. Les illustrations sont absolument sublimes et explicites. Les différences sont nettement visibles entre les chats et le texte est en parfaite harmonie. C’est un album qu’on lit et relit avec plaisir ou qu’on feuillette juste pour la beauté des illustrations. Le sujet abordé, la différence ou plutôt la tolérance, l’est avec humour, légèreté et fantaisie, mais le message est quand même présent. Qu’est ce que la normalité ? Peut-on imposer notre mode de vie aux autres et les formater selon nos idées ? Que peut-on apprendre de la différence ? Qu’est-ce que la différence ? La couverture cartonnée donne à l’album une élégance certaine et on succombe à la qualité graphique de l’ouvrage.

A lire à vos enfants à partir de 3 ans, ou à garder pour vous, rien que pour la beauté des dessins et la simplicité du texte qui a pourtant de l’importance. enbref

Un album où il est question de tolérance et d’enrichissement apporté par les différences, le tout illustré d’une manière sublime par des chats aux us et coutumes bien différents en fonction de leur lieu de vie. Un livre sublime à feuilleter et re feuilleter à l’envie et une très jolie morale.

MANOTE

20/20 

Et oui coup de coeur pour ces jolis petits minous 🙂

enfants

coupdecoeur

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Une île sous la pluie-4


CITATIONS

« Les habitants de la première île restent derrière leurs fenêtres et n’osent jamais sortir sans parapluie. Ce sont des chats très distingués : ils ne se mouilleraient pour rien au monde. « 

« Partout dans la ville, les habitants s’offusquent :

-Mais d’où vient-il, celui-là ? Ce ne sont pas des manières !

-Une seule chose est sûre : il n’est pas d’ici ! »

« Le matou vit simplement sa vie, loin de toutes ces manières auxquelles tiennent tant les habitants. »

Photos : Grégory Dutein pour BettieRose books

[Chronique] Le premier jour de ma mort de Phillippe Sohier

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Paru aux Editions Hugo & Cie – Septembre 2015 – 168 pages

Merci à Babelio et Hugo Roman pour cette lecture dans le cadre de la Masse Critique. 

resume« C’est pas vrai ! Pas moi ! Je ne vais pas crever maintenant ! J’ai encore rien dis !  » se répétait Albert qui croyait rêver. […]  » Je vais crever !  » se répétait-il. Ses mots résonnaient dans son crâne et il avait infiniment peur, peur au point de se pisser dessus. À quelques centimètres de lui, sa femme Clara dormait d’un sommeil profond. Elle était allongée sur le dos.  » Ce matin-là, Albert se réveille avec la certitude qu’il va mourir aujourd’hui. À ses côtés, sa femme dort et il n’ose pas la réveiller et préfère laisser son angoisse de la mort l’envahir. Il fait ainsi défiler le cours de sa vie aux côtés de cette femme qui l’a aimé au-delà du possible, renonçant même à avoir cet enfant qu’elle désirait tant. C’est cette longue journée que nous fait vivre Philippe Sohier en nous faisant découvrir une vie faite de renoncements, de mensonges et de non-dits qui rongent… Un roman poignant, vrai et sincère sur la vie, l’amour, le temps qui passe.MONAVISV2

Albert se réveille et en est certain, c’est aujourd’hui qu’il va mourir, sa douleur ne peut pas le tromper. Il n’ose pas en parler à sa femme, n’en trouve pas le courage et n’avertit pas pour autant le corps médical. ll reste dans sa torpeur, incapable d’agir. Cette journée est alors pour lui l’occasion de se repasser le film de sa vie : désirs inassouvis, frustration sexuelle, mensonges et non-dits, piège du mariage et de ses conventions, routine d’une vie ordinaire…Bien trop orgueilleux et fier il est incapable de parler de tout cela à sa femme. Lui rêvait d’une vie de jeunesse éternelle, sous fond de sexe, alcool, drogue et rock’n’roll et s’est retrouvé embarqué dans un mariage dont il n’a pas vraiment voulu, et dans toutes les convenances qui vont avec. Mais il est trop tard pour regretter…A côté Clara ne nous apparaît pas spécialement épanouie, frustrée de ne pas avoir eu d’enfant mais Albert ne semble pas trop s’en préoccuper. Nous avons aussi son ami de toujours et copain de comptoir Emile, pauvre gars pas très heureux et bien trop porté sur l’alcool.

C’est un roman qui traite de la vie et du temps qui passe irrémédiablement. Il y est questions de choix, de décisions, des conséquences de nos choix, de nos actes, de l’importance de prendre nos propres décisions et non celles qu’on attend de nous par convenance ou « parce que c’est comme ça ». On y aborde aussi largement la frustration sexuelle qui s’est instauré dans le couple marié, eux qui pourtant étaient épanouis sexuellement avant, mettant en avant le cliché du mariage qui brise toute la passion. Les regrets, le temps qui détruit les espoirs et les envies et la routine qui emprisonne notre personnage sont au cœur du roman. C’est la vie d’Albert, Clara et Emile qui nous est peinte, mais après tout, nous pourrions être eux et que ferions nous, que regretterions nous si c’était le jour de notre mort ?

Le style de l’auteur est franc, cru, sans détours et les 168 pages défilent rapidement et nous font passer un bon moment dans la vie de Français moyens. Pour ma part, j’aurais apprécié une histoire un peu moins chaotique, un peu moins tirée par les cheveux sur certains détails et plus proche d’une vie « ordinaire ». L’auteur nous peint une jeunesse rocambolesque et passionnée, remplies d’aventures sexuelles et qui s’éteint sitôt le mariage prononcé…très cliché. Certains choix du personnage principal sont quelque peu égoïste et ne le rendent pas forcément sympathique et bien trop égocentrique voir lâche dans certaines situations, le personnage d’Emile est plus touchant.

enbref

Un introspection crue et poignante d’un homme qui croit sa dernière heure venue. A l’heure de sa mort il contemple sa vie et ses erreurs exprimant mentalement regrets et amertume sans être capable de les formuler à sa femme. Un roman sur l’amour, le mariage, la vie et le temps qui passe mais qui n’échappe pas à certains clichés et rendu un peu « lourd » par un personnage principal bien immature qui au fond aurait voulu rester un adolescent sans contrainte ni responsabilités. Un roman qui se lit toutefois facilement puisque très court. On passe malgré tout un bon moment.

MANOTE

14/20

L’histoire est un peu trop clichée et le personnage principal pas assez attachant, exprimant des regrets plus dignes d’un adolescent que d’un homme d’une bonne quarantaine d’années…