[Chronique] Dividing Eden, tome 1 de Joelle Charbonneau

Publié aux éditions Milan – Page Turners – 2018 – 312 pages
Traduction Amélie Sarn
Merci à Page Turners pour cette lecture

Lorsque leur père le roi et leur frère aîné meurent, les jumeaux Carys et Andreus doivent s’affronter dans une série d’épreuves pour déterminer lequel des deux régnera sur le royaume d’Eden.
Eux qui n’ont jamais pensé à accéder au pouvoir et qui ont passé toute leur vie à se protéger mutuellement se retrouvent en concurrence pour la première fois. Andreus bénéficie du soutien du Conseil, Carys de celui du peuple. Impossible a priori de les départager, mais, dans l’ombre, chacun intrigue pour voir son favori monter sur le trône.
Malgré leur attachement, s’engage une bataille sans merci entre le frère et la soeur. Jusqu’où sont-ils capables d’aller pour obtenir la couronne ? Peuvent-ils continuer à se faire confiance ? Doivent-ils écouter les conseils de ceux qui, prétendument pour leur bien, les éloignent l’un de l’autre ?

Si Joelle Charbonneau a su conquérir le coeur des lecteurs avec sa série L’Élite, c’est pour ma part avec un tout autre roman qu’elle m’a fait succomber à sa plume : Need. J’avais adoré ce livre et son concept qui faisait froid dans le dos. Chose qui semble bien être une spécialité de notre autrice, puisque Diving Eden est bien loin d’être tendre, nous sommes loin, mais alors vraiment loin, du monde des bisounours, paillettes et licornes. Tant mieux. Ce n’est pas du tout ce que je recherchais avec Dividing Eden, puisque rien que le titre laissait imaginer qu’on allait pas vivre une aventure lumineuse mais plutôt voir défiler devant nos yeux une histoire de courage et de faux semblants.

Pour l’anecdote, je me suis trompée en cochant une case et j’ai reçu le tome 2 de la série alors que je n’avais jamais lu le 1. Team boulet, n’est-ce pas ? Mais Page Turners m’a fait parvenir ce premier opus et je les remercie encore. J’ai passé un bon moment de lecture avec ce premier tome, j’ai même été surprise à plus d’un moment. L’histoire est plus dense, plus profonde que ce à quoi je m’attendais et l’univers m’a vraiment plu. La plume de Joelle Charbonneau m’a enchanté une fois de plus, on va droit au but, à l’efficace et sans détours. Il est certain qu’elle n’est pas là pour ménager les susceptibilités de chacun et ne fait pas vraiment dans la dentelle, tout en gardant une maitrise stylistique intéressante et en adéquation avec son public. D’accord, je suis bien plus âgée que le public en question mais passons.

Je souligne le contraste entre la douceur artistique de la couverture et le récit en lui-même. C’est brut de décoffrage, sans pitié et dépourvu de réels moments de douceur. Dès le départ, alors que nous partons à la rencontre de Carys, nous comprenons que la jeune femme est un sacrifice vivant, ayant tout donné pour protéger son frère. Courageuse et insolente au besoin, sa propre personne est reléguée loin derrière les intérêts de son frère. Peu aimée des siens, elle connait pourtant une belle relation avec son frère. Mais quand leur père et leur frère ainé rentrent raides morts de leur dernière guerre, les choses risquent bien de prendre un nouveau tour. En rencontrant la reine, nous n’avons qu’une envie, partir loin du royaume de la folie et des apparences. Un royaume, donc. Nous faisons connaissance avec Andreus également et il nous semble charmant, un peu trop, mais surtout fasciné par ses moulins et très intelligent. Mais il est loin de tout savoir du royaume qui l’a vu grandir. Et puis le pouvoir est mis en jeu et va révéler les personnalités de chacun dans un jeu barbare et sans fin. Qui l’emportera ? Pourquoi la soif du pouvoir les tient-elle en laisse ? C’est évident qu’ils sont des pions dans un jeu mais qui est en est le plus avancé ?

Alors oui c’est cru, cruel, sombre, dur. Mais nous parlons bien de Joelle Charbonneau et il aurait été dommage de ne pas retrouver cet aspect caractéristique de sa plume. Si nous sommes dans une littérature young adult, elle ne sera pas forcément aimée de tous puisque comme je le disais, exit sugar and honey, welcome violence, sang et personnages impitoyables. La mort du Roi et du Prince nous avait bien préparé tout comme les châtiments reçus par Carys. Ce royaume aime faire couler le sang et se joue du peuple. Mais rien ne sera aussi simple, évidement. La guerre qui va venir opposer frère et soeur est sordide… mais bien réelle. Ils n’auront pas d’autre choix que de se mener une lutte sans fin et sans douceur. Le Royaume appartiendra au gagnant, aucune pitié ne serait être tolérée.

Ce qui pêche un peu dans ce roman est le manque de suspens ou de secrets. Bien des points de l’histoire peuvent se deviner ou se sentir bien trop en avance. Certains arrivent avec si peu de subtilités qu’on pourrait croire les avoir déjà lus, plus ou moins. La plume n’en demeure pas moins addictive, mais nous pouvons aussi incriminer une quatrième de couverture un peu trop bavarde et qui dévoile (je pense pourtant que c’était nécessaire) trop de choses du roman dans lequel nous plongeons. Cela dit, nous ne nous ennuyons pas pour autant. Ce qui est déstabilisant c’est l’opposition féroce entre les jumeaux qui étaient pourtant très liés. Andreus semble inverser sa polarité en un clin d’oeil et n’épargnera pas sa soeur. Chacun a son propre secret, sa faille et l’animosité se fait ressentir sans mal. Pourtant, notre Princesse « badass » qui s’est composé un rôle sur mesure, ne montrera pas tant les dents que cela, restant bien trop douce et tolérante envers celui qui la défit. Les trahisons qui viendront joncher leur guerre royale n’aideront pas les personnages à retrouver leurs esprits. Le Pouvoir fait tourner les têtes mais pourraient bien également en faire tomber. Faut-il se méfier de l’eau qui dort ? Il est certain qu’entre la dévotion de Carys à son jumeau et la naïveté de ce dernier, les jeux se jouent alors ailleurs et viendront affiner le lien précieux qui les a autrefois unis envers et contre tout.

Si vous aimez l’ambiance royaume et médiévale, parsemée de complots et d’affrontements féroces, alors Dividing Eden est fait pour vous. Addictif, on lui reprocherait juste un manque de nuances et parfois d’émotions. J’aurais aimé me sentir un peu plus secouée par les évènements et trouver des personnages un peu mieux construits, même si leur évolution demeure intéressante et pertinente. Enfin, je suis heureuse d’avoir déjà le tome 2 sous la main car je ne peux qu’imaginer l’agonie de ceux qui ont dû l’attendre si patiemment. Une très bonne lecture qui ne fait pas dans la dentelle mais qui a le mérite de se faire authentique. À suivre absolument avec le second tome.

6 réflexions sur “[Chronique] Dividing Eden, tome 1 de Joelle Charbonneau

  1. lireouecrire dit :

    J’aime beaucoup ta chronique! J’ai lu pas mal d’avis sur ce roman et la plupart étaient assez négatifs. Ta chronique est plus nuancée je trouve et donne envie de se pencher sur cette histoire malgré tout!

    J'aime

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