[Chronique] Le poing levé de Simon Stranger, ouvrons les yeux sur la provenance de nos achats.

Publié aux éditions Bayard – Page Turners- Février 2019 – 241 pages
Traduction Hélène Hervieu – Illustration Katerina Bazantova
Merci à Page Turners pour cette lecture

« Prenez du plaisir à porter ce tee-shirt.
Les esclaves qui l’ont cousu n’en ont pas eu. »

Émilie, 17 ans, est Norvégienne. Et comme beaucoup de filles de son âge, elle aime faire les boutiques et rêver aux garçons sans penser au lendemain.
À l’autre bout du monde, Reena, 12 ans, se tue à la tâche dans une usine du Bangladesh, où elle coud des vêtements destinés aux grands magasins.
Un univers sépare les deux jeunes filles.
Tout change le jour où Émilie rencontre Antonio. Car le garçon appartient aux « Sauveurs du Monde », un petit groupe politisé qui mène des actions clandestines contre les grandes compagnies industrielles, comme celle qui embauche Reena…

Quand j’ai vu le résumé de ce roman, je me suis dit qu’il fallait absolument que je le lise. Puisque je me suis engagée dans une démarche de réduction des déchets, que je suis végétalienne et que je fais désormais très attention à ce que j’achète (réelle nécessité ou juste envie passagère, d’où ça vient, fait par qui, etc.), il était pile dans le thème de ma vie quotidienne. J’avais très envie de voir comment ces jeunes pouvaient se lier et surtout changer leurs habitudes. C’est un roman jeunesse assez court et très abordable, écrit en 2011/2012, c’est dire l’avance que peut avoir la Norvège et sa jeunesse sur les cause écologiques et humaines.

Emilie est une adolescente tout à fait « ordinaire », qui adore passer son temps à flâner dans les boutiques ou les sites de vente en ligne avec son amie Ida. Les deux jeunes fashionistas veulent un petit ami et leur plaire. Pour cela, la mode leur colle à la peau et elles ne se posent pas de questions. Normal, pour des adolescentes. Normal dans un monde qui passe vite à autre chose. Normal dans une société de consommation à l’excès. Jusqu’au jour où, chez H&M, Emilie va rencontrer Antonio. Ce garçon la fascine et encore plus quand elle comprend qu’il est en pleine action militante pour son organisation Sauveurs du Monde. Il souhaite sensibiliser les consommateurs aux conditions de travail des ouvriers des industries du textile. Comme celle où Reena, 12 ans, travaille une quinzaine d’heure par jour sans avoir le droit d’aller aux toilettes, sans même pouvoir vivre correctement de son labeur. Travailler jusqu’à en crever pour nous satisfaire, nous privilégiés qui achetons sans aucun sens de la responsabilité. Catastrophe écologique, certes, mais aussi humaine.

Dès lors, Emilie change de regard sur le monde, sur son propre monde et ses propres habitudes de consommation. Et une fois que les yeux sont ouverts, impossible de les refermer vraiment. Surtout quand on écoute son coeur et qu’on rejette les oeillères de la société. Fascinée par Antonio et son courage, Emilie va vouloir en savoir plus sur l’organisation et se joindre à l’action. Dès lors, elle sait qu’elle s’expose au danger dans ses actions illégales. Mais, est-ce vraiment un problème désormais ? L’adolescence est un âge bien particulier où l’on se construit une personnalité, bâtit un semblant d’avenir. Les découvertes sur le monde moderne de l’esclavagisme.

Bien entendu, l’industrie textile n’est pas la seule à poser problème. Nous aurons l’occasion de découvrir d’autres causes, d’autres conditions que je trouve très justes pour ma part. Nous ne nous rendons même pas compte de la réelle naissance de certains produits ou alors nous avons des arguments déjà prêts pour se défendre lorsque l’on se sent agressé dans nos habitudes et nos « petits plaisirs ». À quel prix ? C’est sans doute pour cela que le récit au sujet de Reena, jeune ouvrière exploitée, est intéressant. Nous pouvons comparer les rêves de ces jeunes si différents et de leur accommodation à un mode de vie. Nous prenons alors conscience de l’ampleur et de la puissance du conditionnement lié au niveau social et origines ethniques.

Toutefois, l’auteur sait aussi faire la part des choses et prouver aux lecteurs qu’il sait quels sont les freins à abandonner toute consommation du genre. Lui-même le dit : il a écrit sur un MacBook, il a fait imprimer sur du papier… Être parfait n’est pas le but visé. Non, mais si chacun fait un petit pas, à l’instar de l’histoire des étoiles de mer qu’il raconte dans le roman, alors on peut espérer faire bouger les choses. Le récit n’est pas utopique. Réaliste. Les jeunes sont démunis face à ce qu’ils veulent défendre. Mais au moins essaient-ils de rendre le monde meilleur. Le roman, bien que focalisé sur ces nobles causes, n’oubliera pas d’inclure des thématiques adolescentes « de base » telles que rivalités et amour.

Enfin, je dois l’avouer, le style de l’auteur ne m’a pas vraiment conquise. Auteur ou traducteur, difficile de savoir surtout avec des langues aussi complexes que peut l’être le norvégien. La structure même des phrases ou la ponctuation m’a ralenti dans ma progression. Pourtant, l’ensemble est bon et le message passe de manière efficace. Ce qui est particulièrement appréciable, c’est que l’auteur prend le temps de confronter les différents points de vue mais il ne donne pas de solutions toutes faites ou de consignes à suivre. À chacun de voir comment cela fait écho dans sa conscience et de comprendre comment agir. Nous devons changer notre mode de consommation, c’est indéniable. Et cela se fera au sacrifice de certains plaisirs et certaines habitudes. Mais à vous de voir.

Un roman jeunesse engagé et efficace ! Emilie va faire des découvertes incroyables sur ce qu’elle semblait si évident, si facile. Modes de consommations et habitudes sont passées au crible et chacun se demande ce qu’il peut faire pour que les choses bougent. Un récit plein de sensibilité et d’ouvertures au monde. À faire découvrir à ceux qui pensent qu’on en rajoute et que le travail des enfants est une légende.

13 réflexions sur “[Chronique] Le poing levé de Simon Stranger, ouvrons les yeux sur la provenance de nos achats.

  1. Vivrelire dit :

    C’est un thème qui me touche beaucoup et c’est essentiel qu’il soit abordé en littérature jeunesse comme général ! Et j’ai l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de romans qui l’aborde. Il faut absolument que je le lise !

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    • BettieRose dit :

      En effet, on reste dans le questionnement. Pas la morale. Bien évidement certains personnages sont plus modérés que d’autres mais l’auteur maitrise parfaitement son histoire en ouvrant aux réflexions.

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  2. Lolipop-Didoo dit :

    Coucou !

    Je suis heureuse que un tel livre sort au rayon jeunesse. J ai vraiment envie de le découvrir et de voir l effet qu’il peut avoir sur les jeunes qui pourront peut-être influencer leurs parents.
    Bonne soirée et merci pour cette belle découverte 😘

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