[Chronique] Anomalie de Julie Peyr, la préadolescence en banlieue parisienne, fragments.

Publié aux éditions Les Équateurs – Août 2018 – 288 pages
Merci à l’éditeur pour cette lecture

« La rentrée, même pour moi, s’annonçait comme une délivrance, quelque chose qui calmerait nos sangs bouillonnants. Qui mettrait fin aux courses-poursuites en rollers dans les halls d’immeuble. Aux sauts vertigineux de Leila au-dessus des rampes d’escaliers. Aux grandes escapades de notre meute sur les berges de la Seine. Qui nous ferait atterrir, nous clouerait au sol pour un bon moment. »

Au milieu des années 1980, Mehdi, dix ans, et sa grande sœur Leila, poussent comme des herbes folles entre les tours de leur cité HLM, le fond d’une piscine et les rives du fleuve.
Des années plus tard, Mehdi se remémore son enfance pour comprendre.
Les secrets et les non-dits de leurs parents adoptifs.
Le cœur insatiable de Leila, toujours plus étouffante.
Et, surtout, il se souvient de Mai, cette jeune fille à l’allure étrange, dont la rencontre a bouleversé leur vie.

Avant tout chose, voici l’avis court que j’ai posté sur Instagram. Je vais m’appuyer dessus et le développer un peu plus, bien que je ne souhaite pas trop en dire. Ce roman est unique, particulier et parfois même bien sombre. Notre narrateur convoque ses souvenirs pour tenter de remettre en place les liens, son histoire, et comprendre sa relation avec sa sœur. Il remontera ses années en banlieue et la rencontre qui changea tout dans leur vie. Celle d’une jeune fille fragile et passionnée.

Anomalie – Les heures sombres de la pré adolescence sous une plume envoûtante et percutante

« Je dois me concentrer pour revoir Leila telle qu’elle nous paraissait à l’époque, forte et invincible, un roc férocement solide. Avec le temps, bien sûr, les certitudes se sont effritées et je vois autre chose. Je vois une pierre qui porte en elle le germe d’une moisissure qui s’étend en strates, la ronge de part en part. Un jour, sans qu’on n’ait rien vu venir, la pierre que l’on croyait robuste et incassable se fendille d’un coup sec. »

Vous souvenez-vous vous de la pré adolescence et de la violence de ses tourments ? Mehdi et Leila, frère et sœur n’ont plus de parents et vivent avec un couple pas facile à comprendre. Nous sommes au milieu des années 80 lorsque Mehdi grandit entre une barre HLM et la piscine municipale. Les rencontres, les souffrances, les errances… c’est un Mehdi trentenaire qui convoque ses souvenirs pour nous les livrer sans filtre. .

Un roman fascinant et une plume que je suis ravie de désormais connaître. Ayant moi même l’âge du narrateur environ, je me suis reconnue dans certaines situations. C’est un roman atypique mais je vous le recommande.
Je remercie encore les @editionsdesequateurs pour cette lecture. La chronique complète sera sur le blog dans les prochains jours.

Parfois, nous lisons des romans qui nous touchent, nous atteignent, éveillent quelque chose en nous, des émotions ou des souvenirs, des questions ou des frustrations. Et souvent, c’est le genre de roman dont il devient difficile de parler. Parce que les éléments sont posés, pas toujours dans l’ordre, mais plutôt dans l’importance des faits pour le narrateur. Sans la moindre pudeur, Mehdi confesse les heures sombres de sa jeunesse, aux côtés d’une sœur sans cesse en manque de marques d’affection. Mehdi et Leila sont orphelins et vivent chez Danièle et Dédé depuis très longtemps. Aucune affection n’est dispensée, ils doivent se contenter de suivre les règles. Pour se tirer ensuite de la banlieue. Mais la rencontre avec la jeune Mai va faire vaciller l’équilibre instable de Mehdi et Leila.

Mai devient très vite leur soleil, leur point central, leur soupape, le bol d’air frais sur cet appartement dans son jus et au milieu de centaines d’autres. Mai a pourtant elle aussi ses secrets et ses craintes, et cette rencontre ne laissera pas indemnes nos deux jeunes. Mehdi se souvient alors des meilleurs moments comme des pires et même ceux que la conscience a tendance à anesthésier, pour rendre la douleur plus supportable. Mehdi se confie alors sur cette drôle de famille qui est la sienne. Comment Dédé et Danièle sont au quotidien, l’enfer de la maladie qui pointe son nez, mais surtout : les secrets.

Les secrets d’une famille qui ne peut se comprendre, tellement les choses sont retenues et tenues très loin des adolescents. De découvertes en révélation, Mehdi apprendra qui il est réellement, d’où ils viennent, mais il ne peut résoudre l’équation de l’étrangeté de ce foyer. Nous sentons l’ambiance presque malsaine et pesante, l’atmosphère appuyant sur ses frêles épaules, les ascenseurs emplis de crasse et de tristesse, les tours, toujours. Et puis ces moments hors du temps, ceux à la piscine avec la routine agréable que cela entraine. Sous l’eau, l’oubli.

Anomalie est un roman sombre à la plume prodigieuse. Difficile de le refermer avant d’aller jusqu’au bout. Il y a quelque chose d’addictif dans le style de Julie Peyr, quelque chose qui nous maintient la tête hors de l’eau, accrochée aux mots de Mehdi, qui aujourd’hui a 34 ans. Bien entendu, la vie des banlieues est prégnante dans ce roman, y compris les émeutes et révoltes. Le tableau est teinté d’une authenticité certaine. Les personnages sont sculptés à la perfection dans l’argile même de leurs origines inconnues. Leila, l’ainée, est une jeune femme très dominante et égoïste. Son besoin de reconnaissance et d’amour est étouffant et le cadet, Mehdi doit supporter les élans de sa sœur. Leila veut toujours plus, et ce sera la même chose dans sa relation avec Mai. Je dois l’avouer, Leila est un personnage qu’on peut facilement détester. Et ses différents choix viennent conforter notre ressentiment. 

Une expérience, voici ce que nous offre Julie Peyr dans son roman. Sa plume, prodigieuse et vive, vient éclairer la nostalgie des années si marquantes de notre vie. Ses personnages prennent vie d’une manière unique et rien n’est épargné aux lecteurs, invités dans les méandres sombres de la préadolescence.

Un roman déroutant, mais prenant. Je voulais connaitre l’histoire jusqu’au bout. Est-ce qu’il est porteur d’espoir ? Sans aucun doute, à condition de pouvoir expier nos souffrances.

13 réflexions sur “[Chronique] Anomalie de Julie Peyr, la préadolescence en banlieue parisienne, fragments.

  1. Serena dit :

    Coucou,
    J’avoue que j’aime les romans qu’on arrive pas à refermer. Puis souvent les romans sombres peuvent me toucher, même s’ils parfois durs à lire. Curieuse de découvrir la plume de l’auteur du coup !
    Des bisous 🙂

    J'aime

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