[Chronique]La vie dure trois minutes de Agnès Laroche, tango d’une adolescence écorchée

Publié aux éditions Rageot – 12 septembre 2018 – 192 pages
Merci à Rageot pour cette lecture

Quand Automne a appris que ses parents avaient accepté d’accueillir Chloé pour son année de terminale, elle a soupiré. Et puis Chloé est arrivée. Chloé solaire, Chloé généreuse… et elles deviennent inséparables.
À son contact, Automne la silencieuse s’épanouit. Son talent pour la danse se révèle. Et elle rencontre Mehdi…

Quatrième de couverture :

D’après mes parents, ça me ferait du bien d’exprimer ce que je ressens.
Mais même si parfois je meurs d’envie de tout leur raconter, je n’en ai pas le droit.
Ce secret ne m’appartient pas.
Alors j’ai ouvert un cahier et j’ai commencé mon récit, juste pour moi.
Par le tout début.
Par le jour où Chloé est entrée dans ma vie …

Voici un livre qui m’a de suite attirée. Par sa couverture déjà, sombre et épurée à la fois. Puis pour sa quatrième, qui me promettait une histoire comme je les aime, avec pour thèmes centraux, la perte et la reconstruction. Malheureusement pour moi, si j’ai lu le livre sans m’arrêter, suspendues aux lèvres de notre narratrice, je n’ai finalement pas tant apprécié l’histoire que cela. À mon grand regret, mais j’avoue que c’est sans doute de ma faute, je suis partie avec des attentes trop importantes, je pense. C’est toujours le problème des lecteurs, attendre trop d’une histoire, chercher les mots qui n’y sont pas. Pourtant, c’est un roman abouti, réussi et intéressant. Explications.

« Jeanne nous avait raconté que, pour les Argentins, le tango représente une métaphore de la vie, une tragi-comédie qui dure le temps d’un morceau, trois minutes.
Toute une vie en trois minutes, je trouvais ça court.
J’espérais que notre histoire, à Mehdi et moi, durerait plus longtemps qu’un tango. »

Notre narratrice, Automne, décide qu’il est temps de mettre les mots sur sa souffrance, son mutisme au sujet d’une perte. Pour cela, elle choisit de se livrer dans un carnet, écrire ce qu’elle a vécu comme pour l’exorciser. « Parce que depuis le 23 juin, soit cinquante-quatre jours exactement, quand j’ouvre les yeux pour la première fois le matin, c’est le parcours du combattant. De la combattante. » Commence alors le récit de l’angoisse et de la douleur qui la submergent, l’apparition de ce qu’elle nomme « la boule » et qui enfle ou reflue selon le moment en question. Automne est une adolescente plutôt ordinaire, mais dont la vie va être totalement bouleversée par l’arrivée de Chloé. Chloé, jeune femme solaire, amoureuse de la vie entraine alors Automne dans de nouvelles aventures. Très vite, la famille se soude, et Chloé les renforce. Quand nous rencontrons Automne, nous comprenons que Chloé n’est plus là. Et qu’elle cache une vérité qui la détruit et l’empêche de gérer cette perte, de se reconstruire pleinement. Alors, qui était Chloé, qu’a-t-elle apporté à Automne et sa famille ? Quel drame s’est joué et quels sont les secrets que garde la jeune fille ? Page après page, les masques tombent et la vérité se dévoile…

« Saboureau, ma prof de français cette année, assurait que l’écriture aide à apaiser les peines passagères et les grands chagrins, à prendre du recul.
A renaître même, parfois.
Renaître…
Exactement ce dont j’ai besoin.
Retrouver la fille que j’étais, et qui m’échappe, s’efface, au risque de disparaître tout à fait.
Oui, renaître, pour ne pas mourir à petit feu. »

Je suis très frustrée au sujet de cette histoire pour la simple et bonne raison que je n’aie ressenti aucune empathie, aucune émotion. J’ai lu les évènements sans broncher, attendant le moment où le roman aller me secouer. Ce moment n’est pas venu. Certes, la terrible vérité m’a quand même fait vaciller, même si, d’après les écrits de l’adolescente, je sentais les choses venir. C’est un roman sur l’adolescence et ses souffrances, ses rencontres, ses déceptions, l’amour, la perte, le deuil, le nouveau départ. Un livre qui nous entraine dans les pensées les plus intimes de sa narratrice qui fait tout pour donner une réalité sincère. Mais dispose-t-elle de tous les éléments elle-même ? Si je n’ai rien ressenti, je sais que c’est simplement parce que je ne me suis pas attachée à Automne, pas un seul instant. Et très peu à Chloé, malheureusement. Si seulement l’empathie était venue me chatouiller, alors je pense que j’aurais adoré cet instantané de vie qui ne peut que faire grandir.

Automne met du temps à poser les mots, elle nous donne l’impression de reculer devant l’inévitable et quand on apprend la vérité, on ne peut que la comprendre. À l’adolescence, les sentiments peuvent être exacerbés et confus et dans la tourmente de la narratrice, se pose le dilemme de savoir pourquoi tout cela est arrivé et pourquoi ses sentiments, ses émotions ne s’expriment pas selon les attentes des autres. Nous sentons que Chloé est une jeune femme très positive et bien qu’encore jeune, assez mature. Elle n’a pas peur d’affronter la vie, elle fonce et profite de chaque instant. Elle apporte tant à Automne, mais aussi à Avril, petite sœur d’Automne.

C’était ma première rencontre avec la plume d’Agnès Laroche et j’ai tellement eu cette impression d’être tenue à distance de l’histoire que cela m’a un peu chagrinée. Pourtant, la plume est belle et fluide, et l’idée d’inviter le tango en fond musical et artistique de l’histoire est vraiment intéressante. L’expression corporelle prend alors une place importante dans le récit et le déroulé des évènements. La narratrice ne choisit pas au hasard les instants qu’elle partage. Chacun d’entre eux a sa raison d’être et nous aide à progresser, à petits pas dans le sable ou dans le noir. Toutefois, je dois avouer que certains éléments ne m’ont pas paru crédibles, des coïncidences un peu trop faciles, par exemple. La psychologie d’Automne est soignée, détaillée et on sent toute la progression de cette fille au fur et à mesure qu’elle couche ses émotions et souvenirs sur le papier. Dommage pour moi, j’y suis restée que bien peu sensible.

La vie dure trois minutes est un très beau roman sur des instantanés adolescents. S’il ne m’a pas convaincue, je suis persuadée qu’il peut faire écho en de nombreuses personnes et les assaillir d’émotions bouleversantes. Le thème de la perte y est développé d’une manière atypique, avec une certaine sensibilité et douceur, et celui de la reconstruction nous apparait en fond, mais assurant sa part de l’histoire.

« J’ai eu du mal à finir le chapitre précédent de Notre histoire.
Cette fois, j’entre dans le dur, et c’est douloureux, comme je l’imaginais. 
Mais pas question d’abandonner.
La lumière sera au bout du tunnel, c’est un gros cliché mais c’est ce que j’espère vraiment. Le dernier mot posé, je revivrai, comme avant, délestée de mon fardeau.
Chloé sera rayée de ma mémoire, effacée pour toujours. »
(NDLR : le roman alterne la narration classique à la première personne et les chapitres de Notre histoire qui est ce qu’Automne écrit dans le carnet)

Comme je l’ai dit, c’est un très beau roman, objectivement. Je ne vais pas le pénaliser dans une appréciation uniquement parce que MOI j’y suis restée insensible. J’ai conscience de son potentiel et je vous recommande vivement de vous faire votre propre avis s’il vous attire.

25 réflexions sur “[Chronique]La vie dure trois minutes de Agnès Laroche, tango d’une adolescence écorchée

  1. MamanDeOuistiti dit :

    Tes premières lignes m’ont donné envie de me plonger dans ce bouquin. J’ai une certaine sensibilité avec le thème de l’enfance et de l’adolescence. Mais ton ressenti me freine… Qui sait, si l’occasion se présente, je tenterai peut être de le lire

    J'aime

  2. Serena dit :

    Coucou,
    Oh quel dommage, le thème est intéressant mais si ça ne touche pas et que ça ne suscite pas d’émotions, je passe mon tour, même si comme tu dis ça touchera peut être d’autres personnes ^^ Après le thème reste lourd, je ne sais pas si je suis prête à me plonger là-dedans ^^
    Des bisous 🙂

    J'aime

  3. crozaclive dit :

    perso, je lis beaucoup moins que toi même si j’essaie d’être assidue… mais, si au milieu du livre, je n’aime pas le livre j’ai tendance à le mettre de côté. Tu vas me dire que c’est dommage mais, je ne me force pas à finir…

    J'aime

  4. Charlotte Martinet dit :

    Hello! « Automne » , quel joli nom, je n’y aurais pas pensé … bon malgré ça ce n’est pas mon genre de lecture et ton avis me freine encore un peu, je passe donc mon tour pour cette lecture!! (il me reste deux livres à terminer de toute façon hihi)

    J'aime

  5. Lily's FairyTouch dit :

    Ce que j’aime te lire ma petite Bettie !! J’adore tes articles !
    Chose que je sais déjà, tu ne fais que confirmer qu’il ne faut pas juger un livre par sa couverture … hélas 😦 Bien dommage, ça avait l’air très prennnnnant !

    Bises,
    Lydi

    J'aime

Un petit mot ? Une réaction ? Une émotion à partager ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.