[Chronique] La tête sous l’eau d’Oliver Adam, un roman percutant au bord de l’océan

Publié aux éditions Collection R – 23 août 2018 – 224 pages
Merci à la Collection R pour cette lecture

Dites, vous ne la trouvez pas juste sublime cette couverture ?

Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte. Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : « On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. » Il se trompait. Ma sœur serait bientôt de retour parmi nous mais on n’en avait pas terminé.

« Voilà. Je suis dans ma nouvelle chambre. Ma nouvelle maison. Loin de toi. Dehors il fait beau. La plage est bondée. Tout le monde a l’air heureux. La mer est belle. Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? »

J’aurais pu me contenter de quelques mots sur ce roman. Par exemple, vous dire que vous n’êtes pas forcément prêts pour cette vague d’émotions qui va vous emporter. Que l’intrigue coule avec fluidité sous nos yeux et que nous surfons alors sur la moindre révélation. Que les larmes et les doutes nous ont rincés, lessivés. Mais surtout qu’on a lu une histoire magnifique et sensible. Un peu d’amour, de partage, de famille et de la reconstruction. Olivier Adam nous offre un roman sublime et court, qui nous emporte loin, très loin et nous enseigne l’art de la rédemption et du pardon.

« Mes parents ne trouvent pas ça normal. Que j’extériorise si peu. Que je me contente d’être un genre de zombie, comme shooté en permanence. Mais, normal, je ne vois pas ce qui peut l’être vu ce qu’est devenue notre vie. »

Léa a disparu depuis un bon moment et notre narrateur, petit frère de cette dernière a vu sa famille se disloquer au fur et à mesure de la perte d’espoir. Lui-même, déjà peu dirigé vers les autres, s’est enfermé. Toutefois, il s’est trouvé une nouvelle passion, le surf, et profite de la proximité de l’océan chaque jour qui passe pour faire taire, un peu, la souffrance. Si sa sœur fut ignoble les mois avant sa disparition, il comprend et tend la main, du moins mentalement. Il aimerait qu’elle revienne. Elle ne voulait pas quitter Paris pour la Bretagne. Elle ne voulait pas quitter ceux qu’elle aime. Elle a subi le choix des parents, comme lui. Sauf que lui n’avait rien à y perdre. Elle, beaucoup trop. Qu’est-il arrivé à Léa ? Et à leur famille ?

« Bien sûr je ne suis pas dans la tête de mes parents, mais je suis certain qu’il s’y passe la même chose que dans la mienne. Une immense bouffée d’émotion incontrôlable. Un putain de bouleversement intérieur. Un mélange dément de rire et de larmes. On est tous tellement à fleur de peau en cet instant. Sans plus la moindre protection. Toute armure fendue. Juste des boules de sentiments. Les nerfs à vif. Le coeur ouvert. »

C’est un roman plutôt court, à peine plus de 200 pages, mais le style de l’auteur est totalement immersif et addictif. Dans la tête d’un lycéen de seconde, nous observons sa famille et leur défection. En effet, chacun a lutté comme il a pu à la disparition de la jeune fille. Mais rien ne s’est bien passé, évidemment. Alors quand le père de famille est contacté au sujet de sa fille, qui vient d’être retrouvée et est à l’hôpital, tout bascule. Ce dernier pense qu’enfin, tout est fini, que tout va rentrer dans l’ordre. Seulement… ce n’est pas vraiment ce qui se déroulera. Léa n’est pas sortie indemne de sa séquestration, et sa famille ne s’attend pas vraiment aux abominations subies. Avec un style franc, parfois cru, Olivier Adam nous raconte les souffrances de Léa par bribes, à mesure qu’elle se livre, mais surtout celle de la famille, qui, justement, ne sait plus trop comment en être une. Comment s’unir de nouveau et se protéger de l’extérieur?

« Ma grande sœur perdue puis retrouvée, terrorisée, brisée, honteuse, rongée de culpabilité et de colère, ma grande sœur amoureuse qui voit des ombres menaçantes partout dans la nuit… »

Le fait de situer son intrigue en bord de mer donne à Olivier Adam une belle occasion de jouer sur l’émotion que suscite un océan. Introspection, libération, on peut ressentir tant de choses les yeux portés sur l’horizon. Léa, qui n’aimait pourtant pas cette plage, va y trouver refuge après l’horreur qu’elle a vécue. Nous savons qu’elle ne dit pas tout, mais reste à savoir pourquoi notre narrateur, Antoine y a trouvé son harmonie et semble satisfait de voir sa sœur s’y accorder à son tour. Pour lui, comme pour les parents, c’est très difficile de voir Léa blessée et apeurée et plus encore refermée, refusant de dévoiler son histoire. Mais, devant la puissance de l’océan, les deux adolescents vont apprendre à resserrer leurs liens. Une famille devenue totalement dysfonctionnelle, des mensonges, des secrets… Tout un monde de souffrance attend Léa. Mais également ses propres aveux. Ses doutes. Ses peurs. Et songer à l’avenir, garder le cap.

« Les vagues sont hautes ce soir. Elles me frappent, me rouent de coups, s’abattent sur moi avec toute la brutalité nécessaire. A cet instant c’est exactement ce que j’attends d’elles. Qu’elles m’assomment. Me foutent la tête sous l’eau. Me passent au Kärcher. Me nettoient de fond en comble. Et finissent par m’effacer tout à fait. Remis à neuf, essoré, liquidé. »

Le récit est entrecoupé de lettres, écrites par Léa, à l’amour de sa vie, laissé sur place à Paris. Elle se raconte, se plaint de cette existence bretonne et petit à petit émet le souhait de venir à Paris. L’être aimé lui manque trop, elle se fiche de ce que les parents pensent. Alors, nous, lecteurs, nous interrogeons sur l’identité de la personne, parce que l’auteur a fait un formidable travail pour préserver son suspens. Même si le récit se déroule face à l’immensité de l’océan, nous sommes presque en huis clos. Cette famille, resserrée autour de la miraculée, s’interrogeant, s’invectivant, se mentant et se faisant plus de mal. Les personnages évoluent avec aisance sous nos yeux et ce sont les cinq membres principaux de la famille qui vont devoir avancer. Chacun a son fardeau. Peut-on encore former une unité quand un des nôtres a été arraché et changé à jamais ? Si vous aimez les romans avec une tension certaine, une sorte de brouillard qui épaissit autour de la triste réalité, si en plus de cela vous appréciez les personnages à la psychologie finement mise en œuvre, alors vous devriez vous régaler avec celui-ci. Rassurez-vous sur ce qu’a vécu Léa, jamais l’auteur ne se posera en voyeur, jamais il ne balancera de sordides détails juste par plaisir. Tout a « un sens », tout est mesuré, parfaitement dosé. Mais, pour ma part, j’en aurais bien repris un peu plus de cette histoire…

Un roman court et addictif qu’il faut découvrir si vous aimez le suspens et la psychologie des personnages. Des épreuves difficiles seront explorées, mais moins que la notion de famille, de destruction et de reconstruction. L’auteur a su nous immerger au cœur d’une famille détruite qui tente, plus que jamais, de retrouver son unité autour d’un membre arraché et rendu brisé. Super moment.

Vous l’aurez donc compris, j’ai adoré ce roman. Je regrette cependant que nous n’ayons pas eu la chance de passer un peu plus de temps avec Léa et Antoine ainsi que leurs parents et Jeff. Je pense que beaucoup d’autres choses auraient pu être dites, mais je respecte aussi le choix de l’auteur de se passer d’approfondissement et de rester sur un format court.

Vidéo très sympathique de l’auteur qui explique le roman :

33 réflexions sur “[Chronique] La tête sous l’eau d’Oliver Adam, un roman percutant au bord de l’océan

  1. Serena dit :

    Coucou la belle,
    Waoh ton article me donne envie de découvrir ce roman ! Je me demande ce qui s’est passé avec Léa ! Et si le style est addictif et qu’il y a du suspens c’est chouette, je vais noter le titre du coup 🙂
    Des bisous et merci pour ton retour !

    Aimé par 1 personne

  2. crozaclive dit :

    D’habitude, quand l’intrigue est intéressante comme celle ci, il y a bien 400 pages à lire, c’est vrai que 200, c’est assez étonnant et dommage si l’écriture est aussi fluide…
    Tu m’as vraiment convaincu, j’ai hâte de découvrir l’histoire…;

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  3. apprendreareverblog dit :

    Un roman immersif que tu as eu l’air d’adorer! J’aime beaucoup les romans courts et surtout les histoires comme celle-ci qui nous transportent.
    Merci pour tes revues toujours si complètes ❤

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  4. louloutediary dit :

    Effectivement, la couverture est superbe ! D’olivier Adam, je n’ai lu que « Je vais bien,ne t’en fais pas », et étonnamment j’ai préféré le film au livre.
    Je pense que « la tête sous l’eau » va rejoindre ma wishlist. Ton avis me donne envie de le découvrir et d’en savoir plus sur ce qui est arrivé à Léa.
    Je n’ose même pas imaginer l’angoisse, le soulagement des parents, puis l’angoisse à nouveau de voir que rien n’est terminé.
    Merci pour ta chronique !
    Elsa

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  5. daily kat dit :

    La couverture est magnifique et le lieu ou se déroule l’histoire me parle… j’ai toujours pensé que regarder la mer calme ou déchainée pouvait laver notre âme, notre esprit, sans parole et sans mots… Ravie de découvrir ce livre dans ta chronique.

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