[Chronique] Comment le faire craquer de Laurie Devore, le roman bien moins léger qu’il ne parait

Publié aux éditions Pocket Jeunesse -Juin 2018 – 448 pages
Traduction Benjamin Kuntzer
Merci à PKJ pour cette lecture
Olivia est la peste de son lycée, jusqu’au jour où elle décide de tout changer…
Pour rester populaires, Olivia Clayton et son amie Adrienne ont toujours manipulé et humilié les autres. Mais quand elle surprend Adrienne au lit avec son petit ami, c’est le choc. Olivia décide alors de se racheter une conduite… après avoir assouvi sa vengeance ! Malheureusement, ses anciennes victimes n’ont pas l’intention de lui faciliter la vie…

J’avoue qu’en émettant le souhaite de lire Comment le faire craquer, je m’attendais à une romance lycéenne sur base de harcèlement scolaire et de petites pestes bien connues dans le ce système scolaire américain. En voyant la couverture, je me suis dit que oui, ce serait une romance mignonne. Que l’héroïne devait être super fun. Bah… pas du tout. Mais attendez, ne partez pas, je n’ai pas dit que c’était un problème. Regardons ensemble quelques instants la 4e de couverture ? Qu’en pensez-vous ? Pour ma part, voilà ce que je m’attends à lire : Olivia est une peste, elle a fait du mal aux autres, mais finalement, elle décide de se ranger. On va donc apprendre pourquoi et à son tour elle va en baver. Parce que bon visiblement les anciennes victimes n’ont pas pardonné, et on les comprend. Du coup, faire craquer qui ? Nulle mention d’un mec, alors c’est encore plus intrigant. Mais de quoi peut bien parler ce livre ? De plein de choses, et vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Finalement, ce qui résume le mieux ce roman c’est l’avis de Kody Keplinger « Des filles compliquées… un style d’enfer ! » Mais n’allez pas penser que vous entrez dans une nouvelle saison (ou pire un reboot) de Gossip Girl (je garde Chuck, merci). Trêves de blabla…

Olivia est donc notre narratrice et c’est de son point de vue que nous allons suivre son histoire. Autant vous dire que nous rentrons directement dans le vif du sujet et que d’entrée de jeu, je n’étais pas vraiment copine avec elle, mais encore moins avec son inséparable Adrienne. Nous comprenons qu’Olivia est déstabilisée par un drame depuis quelques mois et qu’elle n’est plus trop elle-même, bien que cela ne l’empêche pas d’être une véritable garce au lycée. Toujours galvanisée par la sublime Adrienne, O. n’épargne personne et elle est crainte par tout le monde. Ou presque. Et puis, un élément vient mettre de l’huile sur le feu. O. décide, plus ou moins, elle n’est pas toujours au clair dans sa tête, d’inverser la tendance. Désormais, elle sera sympa. Elle aura de bonnes notes, et pour cela il lui faudra de l’aide, qu’elle demandera à la personne idéale (il arrive le garçon) et totalement opposée à elle (voire même réfractaire à la furie qu’elle incarne). Mais le chemin de la rédemption ne va pas se dérouler devant elle comme le tapis rouge des soirées V.I.P. ! Si O. veut changer, il va falloir ramer. Et sans doute devrait-elle commencer par se remettre en question individuellement, et trouver qui elle est devenue en l’absence de quelqu’un qui lui est cher. Coincée dans une ville minable et détestée de tous, elle a le choix : retourner chez les garces et ruiner des vies ou bien encore faire profil bas (bonne chance) et patienter jusqu’à la fin de ses études… Pas si simple.

Autant le dire de suite, j’ai trouvé que les parties « je suis une peste qui fait du mal aux autres » étaient beaucoup trop nombreuses, bien qu’elle nous fasse comprendre l’engrenage façon Blair/Serena dans lequel O. est coincée. Le mal incarne le pouvoir et elle s’en délecte. Pourtant, avant Adrienne, avant cette ville minable, elle n’était pas comme ça. Oui, et avant de perdre la personne la plus importante au monde pour elle, qui était-elle ? Olivia va devoir s’interroger en profondeur sur ce qu’elle était, sur ce que cette personne était, sur ce qui s’est produit et sur les émotions qu’elle ne parvient pas à interpréter. C’est sûr qu’ajouter à cela une rupture et une relation de tutorat avec un mec parfait qui la déteste, ce n’est pas l’idéal.

Le style de l’autrice est plutôt sympa, du moins sa traduction, mais je n’ai vraiment pas réussi à accrocher à notre héroïne. J’ai totalement détesté Adrienne, mais je me suis sentie un peu flouée à ce sujet là, puisque j’ai bêtement suivi les dires d’Olivia. Bon après, il y a certaines preuves qui font qu’on a envie de claquer cette fille, ou mieux, de l’envoyer sur Mars. Remarquez, faudrait pas qu’elle se trouve un crétin pour coloniser la planète avec elle, sinon la belle rouge va devenir Garce. En revanche, le personnage masculin principal de cette histoire est plutôt irrésistible. S’il est dans le contrôle et vit dans l’ombre de son aîné, il n’en demeure par moins sincère et réellement touchant. Il fera tout pour tenter de comprendre sa camarade ingrate. Et je peux vous dire que le pauvre garçon a une patience à toute épreuve.

Mais alors, romance ou pas romance, ce livre ? Bien sûr, romance. Mais ce ne sera pas ce qui domine l’histoire. En effet, il s’agit plutôt de thèmes délicats qui sont traités dans cette intrigue. L’amitié, pour commencer, et ses difficultés, à l’adolescence en particulier. L’apparence, toujours trompeuse et qui jamais ne doit être honteuse. La pression du milieu scolaire et des performances, cheerleading, etc., ce sont des éléments non négligeables dans le développement des adolescents américains. Et puis il y a la famille, le deuil, la rédemption, la quête identitaire, la reconstruction. Trouver sa place au sein de modèles formatés n’est jamais aisé et quand la douleur vous submerge, mais ne parvient à être exprimée, les choses se complexifient. Si j’avais réussi à m’attacher sincèrement à Olivia, je pense que j’aurais vraiment aimé ce roman, pour la beauté de tous ces thèmes. Malheureusement, sa rédemption n’a pas paru assez sincère pour moi, même si elle fait de son mieux. En revanche, les messages restent intéressants et c’est une très chouette lecture. De plus, Whit est vraiment un adorable garçon que nous adorons suivre aux côtés d’O. car lui seul sait révéler qui elle est véritablement.

Je terminerai par un point très positif que j’adresse à l’autrice, et ce pour la construction de ses personnages. Les filles sont, en effet, particulièrement complexes, le vice, la vengeance, la trahison sont légion et la culpabilité n’a pas sa place, chaque coup est permis. Alors oui, quand Adrienne couche avec le mec d’Oliva, mec qu’elle a toujours détesté, c’est un peu la goutte d’eau. Et pourtant… Non. Adrienne ne voit pas le problème et O. n’arrive pas à couper les liens d’une relation complètement malsaine. Les sentiments d’Olivia sont tellement contradictoires qu’on sent qu’elle se perd et elle se réfugie alors dans des mondes plus douloureux où se mêlent souvenirs et culpabilité. L’emprise est terrible, et la sensation de contrôle liée au pouvoir qu’elles détiennent sur les autres les grise. Difficile d’abandonner un trône pour redevenir aussi banale que le sage troupeau autour. L’emprise flirte aussi avec l’enfermement dans cette ville ridicule qu’Olivia déteste. Elle s’appuie sur cette sensation d’étouffement pour créer un climat de désespoir et de choix par dépit. On sent parfaitement ce qui étouffe notre héroïne et seul Whit parviendra à lui donner l’oxygène dont elle a toujours manqué. La difficulté de la communication entre parent et enfant est aussi très habilement abordée (et bonjour les émotions…), et tout cela est parfaitement maitrisé, contenu et ne déborde jamais sur le cours de l’intrigue. Finalement le roman se dévore et le chemin parcouru risque de vous impressionner. Un roman à lire, car il met beaucoup de choses en avant, pointe de nombreux soucis (harcèlement, différences milieu social, apparences, deuil, communication, construction identitaire, reconstruction…) et le fait parfaitement bien. Et puis, j’ajoute qu’il est rare pour moi d’aimer un roman quand le personnage principal me laisse de marbre. Pourtant, j’ai passé un super moment et je fus touchée par certaines problématiques.

En bref, ce roman n’est pas du tout ce qu’il parait être. Attendez-vous certes à une romance, mais pas au premier plan et surtout pas enrobée de guimauve. De douloureux thèmes sont abordés à la perfection par l’autrice qui nous entraine plus dans une histoire de reconstruction que dans une amourette lycéenne. 

La diversité des thèmes abordés fait que je ne peux pas mettre moins à ce roman !

 

22 réflexions sur “[Chronique] Comment le faire craquer de Laurie Devore, le roman bien moins léger qu’il ne parait

  1. apprendreareverblog dit :

    Hello, en effet je te l’accorde, au premier regard ce livre semble plutôt léger! Finalement à te lire pas du tout. C’est très intéressant que des sujets importants soient traités dans des romans qui semblent un peu plus légers comme ça ils permettent de toucher plus de monde et de sensibiliser!!!

    Merci pour ton partage!

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  2. MamanDeOuistiti dit :

    Les relations amicales au lycée ne sont guère simples surtout quand il y a des pestes dans le paysage. C’est intéressant de lire une histoire du point de vue de l’une d’elle et de se rendre compte que c’est compliqué aussi pour elle. Mais ce n’est pas pour ça que je l’apprécierai ceci dit :p
    A première vue, je ne me serais pas arrêté sur ce roman, mais ta chronique me donne envie d’en découvrir davantage

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  3. pichetteetpaillettes dit :

    Je serais restée sur la couverture: bof pas pour moi……changement de direction finalement j’ai trop envie de le lire ( enfin quand je serais à bout de ma pile hein).
    Comme toujours, ta chronique m’a donné envie de le lire.
    Je crois que tu pourrais me faire lire tout et n’importe quoi tellement tu analyses parfaitement chaque ouvrage.
    Des bises

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  4. Bulles de Plume dit :

    En voyant le titre et la couverture, je ne me serai pas attendue à ce genre d’histoires.
    Le résumé nous indique que ce n’est certainement pas ce à quoi on s’attend et ton analyse et avis sur cette histoire nous éclaire davantage!
    Un sujet devenu monnaie courante que ces « garces » qui pourrissent la vie des autres : le changement de cap pour Olivia ne risque effectivement pas d’être un long fleuve tranquille….

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  5. Chagaz'. et vous? dit :

    ah et bien tu vois, en voyant la 1ere de couverture j’aurais pensé comme toi, et je ne suis pas sure que j’aurais eu envie de le lire, mais du coup tu rajoutes une sacré pointe de mystère et j’ai envie de le lire !
    et j’avoue j’aimerai bien voir ce qui l’attend du coup

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