[Chronique] Une femme entre nous de Greer Hendricks, Sarah Pekkanen

Publié aux éditions Sonatine – Mai 2018 – 456 pages
Traduction Corinne Daniellot et Pierre Szceciner
Merci aux éditions Sonatine pour cette lecture
Le jour où vous découvrirez leur histoire veillez à n’être dérangé sous aucun prétexte.
En lisant ce livre, vous allez faire beaucoup de suppositions.
Vous allez croire que c’est l’histoire d’une femme jalouse, délaissée par son mari.
Vous allez penser qu’elle est obsédée par la maîtresse de celui-ci, une femme plus jeune qu’elle.
Vous allez vous dire que vous connaissez déjà toutes les facettes d’un tel triangle amoureux.
Un conseil : laissez tomber toutes vos hypothèses.
Jamais vous ne pourrez imaginer ce qui se cache derrière les apparences, ni anticiper les multiples rebondissements qui émaillent ce livre.

À la façon de Gillian Flynn, Greer Hendricks et Sarah Pekkanen ont élaboré une construction inédite, littéralement diabolique, afin de nous faire éprouver l’espoir et le désespoir des femmes, l’usure du couple, l’amitié féminine, tout cela sous couvert d’une intrigue captivante et de personnages bouleversants. Best-seller depuis sa sortie aux États-Unis, bientôt traduit dans plus de trente pays, en cours d’adaptation cinématographique par la maison de production de Steven Spielberg, plus qu’un roman : un événement !

« Peut-être que les œillères font partie de l’équipement nécessaire pour tomber amoureux. »

Je vous le dis parfois, certaines chroniques sont plus périlleuses que d’autres à écrire. Ici, la difficulté ne provient pas de mon avis au sujet du roman ni de mon degré d’appréciation, mais plutôt de l’intrigue incroyable que vous allez rencontrer dans ce thriller. Je pensais avoir tout compris, mais non, pas du tout ! On nous prévient pourtant en 4e de couverture, mais comme je l’avais expliqué il y a quelque temps, je ne relis jamais les 4e avant de me lancer dans l’histoire. En général, cette 4e je l’ai lue lors du choix du roman, donc s’il est là, c’est qu’il y a une bonne raison. Seul connaitre le genre littéraire m’importe à ce moment-là. Et la contemplation de la couverture qui niveau indices ne vous aidera pas, faites-moi confiance. Ou plutôt faites confiance au duo diabolique formée par Greer Hendricks et Sarah Pekkannen (et applaudissons les deux traducteurs, car le tout est totalement cohérent).

 

« Le réveil est toujours le pire moment de la journée car, pendant un bref instant, j’ai les idées claires. Cruel sursis. »

 

En plongeant dans la lecture du roman Une femme entre nous, nous ne savons donc pas à quoi nous attendre. Dès le départ, j’ai pu constater une harmonie des deux plumes, les deux nous embrouillant tout autant et laissant chacun son lot d’interrogations en suspens. Voici tout d’abord, Vanessa, brune, 37 ans. Elle vit chez sa tante, travaille dans un magasin de vêtements. Elle n’est pas heureuse, elle boit, assez souvent d’ailleurs. Vanessa vient de divorcer de Richard, celui qu’elle a épousé en se disant qu’il était l’homme de sa vie. Très rapidement, nous comprenons que Vanessa n’a pas tourné la page. Elle apprend que Richard va se remarier. Ce n’est pas possible, c’est trop tôt. Alors elle devient obsédée par celle qu’elle nomme sa remplaçante. Elle la suit, elle l’observe, elle ne peut pas lâcher prise. De l’autre côté de la plume, vous allez rencontrer Nellie. Elle est jeune, 27 ans, blonde, belle, enseigne dans une école maternelle et vit en colocation avec sa meilleure amie, Sam. L’arrivée de Richard dans la vie de Nellie était inattendue, mais voilà qu’elle contemple sa robe de mariée et le diamant à son annulaire. Le grand jour approche. Mais Nellie a des doutes, des craintes. Normal, non, quand vous allez vous marier ? Encore plus quand vous avez cette sensation permanente d’être suivie et que vous recevez des appels anonymes. Et si c’était l’ex-femme de Richard dont elle ne sait rien de plus à son sujet que la couleur de ses cheveux. Bruns.

 

« Le corps humain réagit souvent de la même manière à deux états émotionnels ambivalents : l’excitation sexuelle et la peur. »

 

À partir de là, on peut faire le petit malin et se dire : encore une intrigue bateau et déjà vue ! La femme entre eux c’est l’ex ou alors c’est Nellie qui a trop de craintes, etc. On peut se dire aussi que Vanessa n’est pas bien dans sa tête, que son obsession est plus que terrifiante. On pourrait plaindre l’une comme l’autre. On pourrait chercher des secrets, des plus classiques aux plus malsains. Et ce, pendant toute la première partie du roman. Et vous n’allez rien voir venir. Bon, OK, j’ai effleuré LE truc, mais je n’étais pas pile dedans. Quand un roman me surprend, me déroute à ce point, moi j’aime beaucoup et je reste accrochée. Le livre m’a captivée du début à la fin et si ce n’est pas un coup de cœur pour autant, je peux dire sans ciller que ce n’est pas passé loin. Les deux autrices sont en effet diaboliquement efficaces, leur schéma est redoutable et les plumes se mêlent pour constituer une histoire sombre, complexe et où rien n’est ce qu’il parait être. Créant un climat de tension, de suspens, de plus en plus oppressant jusqu’à la fin du roman, nous tombons au cœur d’un drame touchant. Les deux styles se complètent, marquent les différences de propos, les visions divergentes et nous ne savons à qui se fier. Vanessa, l’ex-désabusée ou Nellie, la toute nouvelle fiancée. Si ces aller-retour sont fascinants, nous n’allons pas pour autant en rester là, les autrices ayant un plan pour nous.

 

Rien ne nous est donné facilement. Si vous voulez savoir, vous devez comprendre. Si vous souhaitez comprendre, vous allez devoir vivre les choses, du moins y assister. Vous allez vous plonger dans la psychologie de chaque personnage ayant un rôle dans l’histoire. La machinerie infernale est en place, mais qui active ses mécanismes redoutables ? Une femme entre nous est un thriller psychologique par excellence. S’il ne fait pas peur, il confronte en revanche à de nombreuses problématiques de notre société moderne. Toutefois, je ne peux pas vous les dévoiler, cela reviendrait à vous fournir trop d’indices et donc trop de secrets vous bloquant dans la spirale machiavélique de l’intrigue. L’écriture nous permet d’être au cœur de l’action ou de la réflexion selon les cas. Nous bougeons en même temps que Vanessa ou Nellie, nous ressentons aussi en même temps qu’elle et les verrous sautent sous l’intensité de leur réflexion. L’instinct de survie, l’intuition peut-être forte, mais qu’en est-il de nos choix et de l’amour ? Au-delà des personnages féminins principaux, nous aurons, au travers de leur regard, une vision de ceux qui les entourent. Et en particulier Richard.

Richard, quarantenaire dynamique, cadre dans la finance. Il est beau, charmant, protecteur et très riche. Richard a une vie parfaite à vous offrir, si vous devenez l’amour de sa vie, et quand il aime il ne fait pas les choses à moitié et vous couvre de présents, d’amour, de marques d’affection. Vanessa a aimé son Richard plus que tout, et voilà qu’il la remplace. Et la nouvelle alors ? Comment le trouve-t-elle ? Eh bien à quelques jours de son mariage, elle est forcément ravie. Richard n’est pas un personnage tout à fait ordinaire dans sa construction. Les autrices nous présentent ses grands traits dès le départ, mais il nous faudra avancer dans le roman pour le comprendre. Nous avons aussi Tante Charlotte, chez qui loge Vanessa. C’est une femme très touchante, artiste peindre et chaleureuse. À son contact, Vanessa se sent toujours mieux et Charlotte n’hésite pas à dire ce qu’elle pense. Nous rencontrons Sam, la coloc de Nellie, sympathique et dynamique jeune femme qui, sous son côté bordélique, cache un cœur énorme et ne demande qu’à être aimée. Maureen, la sœur de Richard apparaitra de brefs instants, peut-être d’ailleurs plus au cours des souvenirs. Je n’en dis pas plus..

 

Ce que j’ai trouvé incroyable dans ce roman, c’est cette oppression permanente et progressive. Vers la dernière partie, j’avais la sensation d’un souffle plus court, d’être essoufflée de chercher LA solution, alors qu’il suffit de patienter et de lire. Mais c’est tellement de perches tendues qu’on s’accroche à ce qu’on peut pour démêler les nœuds de l’intrigue. Et quand vous vous dites que c’est bon, les autrices n’hésitent pas à vous rajouter des révélations de dernières minutes, des secrets dévoilés ou des drames déjoués. Toujours est-il qu’on passe un excellent moment avec Une femme entre nous et que si je n’ai pas eu le coup de cœur que je laisse pourtant entendre dans cette chronique, c’est à cause d’un tout petit « manque » à mon sens, celui de réponses à tout. Toutefois, on sait qu’on n’aura jamais accès à tous les détails, mais ça n’a pas empêché ma frustration de monter un tout petit peu d’un cran en refermant ce livre.

 

« Elle n’a aucune idée de ce que je lui ai fait.
Elle ignore le mal que je lui ai causé, les cataclysmes que j’ai mis en oeuvre. »

 

 

Une femme entre nous ne devrait pas vous laisser indifférents. Sa grande force est sa construction suivie par les twists convaincants et une intrigue oppressante, mais également pertinente. Les sujets abordés sont forcément percutants, car actuels, particulièrement contemporains. Un duo de plumes qui s’accorde aussi bien, on ne peut qu’en redemander. Excellent moment, même s’il faut prévoir de refroidir les neurones par la suite (ou le kit de rechange).
Quand je ne vois pas les choses venir, j’aime ! Ici, plein d’éléments sont venus me cueillir comme « une débutante » et je me suis dit que c’était tellement bien joué et bien écrit que je suis contente de m’être fait avoir. Des rebondissements, du suspens et un climat oppressant, bienvenue dans un univers où rien ne ressemble à ce que vous pensiez trouver.

22 réflexions sur “[Chronique] Une femme entre nous de Greer Hendricks, Sarah Pekkanen

  1. Chagaz'. et vous? dit :

    voilà voilà, encore un livre dans ma PAL ! ton avis a aiguisé ma curiosité alors qu’à la base, effectivement, j’aurais cru à une histoire « classique » au regard du titre.
    merci beaucoup pour ton avis très détaillée et inspirant
    chagazetvous.com

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  2. souliervert dit :

    On est bien loin des romans que je lis mais c’est typiquement ce que je regarde comme film!!!! Et souvent c’est la colocataire ou une 3ème femme, rejetée par cet homme (Richard dans ce cas) qui vient semer le trouble. Je me risquerai presque à le lire…ou alors je vais attendre que quelqu’un en fasse un téléfilm de m6 😆

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