[Chronique] Avec des Si et des Peut-être de Carène Ponte, « et si » on voyait les choses autrement ?

Publié aux éditions Michel Lafon – Mai 2018 – 374 pages
Merci aux éditions Michel Lafon pour cette lecture

Aimeriez-vous savoir quelle serait votre vie si vous aviez fait d’autres choix ?
Prof de français au lycée de Savannah (-sur-Seine), Maxine vit en colocation avec Claudia (et ses crèmes au jus d’herbe fermenté), elle aime Flaubert (ses élèves, Stromae), courir avec ses deux meilleures amies (trois cents mètres) et aller chez le dentiste (sa sœur).
Maxine croit aux signes et aux messages de l’Univers. Pourtant elle ne peut s’empêcher de se demander : « Et si j’étais allée ici plutôt que là, si j’avais fait ceci au lieu de cela, ma vie serait-elle chamboulée ? »
En bonne prof de français, Maxine aime le conditionnel…
Mais à trop réfléchir Avec des si et des peut-être, ne risque-t-on pas d’oublier de vivre au présent ?
Et si la vie décidait de lui réserver un drôle de tour ?

« Est-ce que vous vous êtes déjà demandé ce que serait votre vie si vous aviez fait d’autres choix ? »

Je découvrais la plume de Carène Ponte l’an dernier, avec son roman Tu as promis que tu vivrais pour moi, histoire que j’avais vraiment bien appréciée. D’ailleurs, j’avais souligné le message important de l’ouvrage et si je vous en reparle, c’est parce qu’Avec des si et des peut-être détient son propre mantra. Voici ce que je disais de Tu as promis que tu vivrais pour moi :  » Ce roman ouvre les yeux aux lecteurs sur les peurs qui nous empêchent de vivre pleinement ce que l’on souhaite. À sa mort, Marie fera parvenir le plus beau cadeau qui soit à sa meilleure amie : le pouvoir de changer son existence et une preuve ultime d’amitié. Beaucoup de tendresse et jolies rencontres dans un roman feel-good et pétillant, une chouette leçon de vie ! À savourer sans plus attendre. »

« Ce n’est pas que je n’aime pas ma vie, non : je l’apprécie, ou en tout cas elle ne me déplaît pas. C’est juste que je me demande toujours ce qu’elle pourrait être si je faisais les choses différemment. »

Avec des si et des peut-être est relativement différent du précédent roman, et c’est tant mieux, cela prouve la capacité de l’autrice à se renouveler et à nous proposer des histoires pétillantes et inédites. Beaucoup plus d’humour dans ce dernier livre, j’ai même parfois été décontenancé devant tant de légèreté provoquant des rires ou au moins des sourires selon où vous êtes pour lire (conseil : vous pouvez lire partout, mais à vous de voir si vous allez vous lâcher parce que Carène a fait fort). Nous allons en effet suivre Maxine, notre héroïne professeure des écoles, qui ne cesse de se dire « et si j’avais fait ça » ou « et s’il avait plu ». Bref, elle ne cesse de remettre sa vie en question, tellement qu’elle ne profite pas tant que cela de ce qu’elle a. Si Maxine agit de la sorte, c’est pour certaines raisons et aussi suite à un drame personnel qu’elle ne parvient pas à surmonter si facilement que cela, et nous ne pouvons que la comprendre. Célibataire, elle vit en colocation avec une vegan écolo (trop clichée, mais ok, c’est drôle) et ne se sépare jamais de ses deux amies.

« On devrait pouvoir visualiser le tournant que prendrait notre vie si on faisait un changement, même un tout petit. »
(Je suis totalement d’accord avec Maxine, désolée !)

Maxine se plaint parfois de sa vie, regrette beaucoup de choses, est même indécise, mais elle reste pétillante et surtout bourrée d’humour et d’autodérision. S’apitoyer sur son sort ? D’accord, mais autour d’un verre dans un bar, rituel entre copines. Elle est également très proche de sa sœur, dentiste, chez qui elle a un rendez-vous toutes les semaines. En revanche niveau parental, c’est bien plus complexe. Mais alors, pourquoi Maxine ne cesse de rêver d’autre chose ? Que se serait-il passé si ce jour-là, elle n’avait pas oublié? Ah, mais attention à ne pas trop rêver Maxine, es-tu certaine d’être prête pour une autre vie ? Car la vie risque de lui jouer un sacré tour. Et nous, lecteurs, allons suivre, sourire aux lèvres, mais parfois aussi, larmichette au coin de l’œil, l’épopée de Maxine à travers ses Si et ses Peut-être.

L’autrice nous offre une galerie de personnages attachants bien qu’ils flirtent avec le cliché. Maxine est une jeune femme vraiment chouette et elle sait s’entourer. En fait, il ne lui manque que l’amour. Et ses parents. Et un métier plus épanouissant. Revenons-en justement à cet amour absent de sa vie, Carène Ponte a donné à nos trois femmes une vision de l’amour moderne et non réductrice. Ainsi, Audrey est une célibataire endurcie qui ne compte pas changer, Maxine cherche l’amour, mais sait parfaitement vivre sans, c’est une femme véritablement indépendante. Ce qui chagrine le plus Maxine, c’est un personnage adorable que nous aurons l’occasion de rencontrer, Moune. Moune et tout ce qui va avec, et là, je n’en dis pas plus, par peur de vous gâcher un peu la découverte. C’est un roman qui a déclenché une sorte de paradoxe en moi et je vais vous expliquer pourquoi.

« – Et que faites-vous dans la vie, Georges ? Je l’interroge en m’asseyant à mon tour sur un des fauteuils. 
– Assouplisseur de chaussures taille 41. »

Quand vous lisez les nombreux questionnements de vie de Maxine, vous êtes obligés de vous interroger sur votre propre comportement dans votre propre vie et vos remises en question. Bien entendu, je savais déjà que j’utilise beaucoup trop le conditionnel et parle souvent des choses avec un profond regret (je suis soignée pour cela). Mais là, on va se surprendre à se questionner sur nos « Si » et ce qu’ils entravent dans notre vie actuelle. Car on ne peut pas refaire l’histoire. Le passé appartient… au passé. Alors, pourquoi ne pouvons-nous pas nous empêcher de nous torturer ? Parce que nous n’avons pas et n’aurons pas la réponse, sûrement. Pour Maxine, l’expérience est tout autre. Si j’ai aimé l’indépendance de la professeure et son humour, j’étais en revanche un peu déçue de sa façon de faire les choix, comme si la fatalité allait finalement l’emporter. Les messages, feel-good et présents, sont bons, mais parfois presque trop culpabilisants. Maxine est parfois passive et c’est irritant, mais le but de ce roman est de l’encourager à passer un peu mieux à l’action, et l’on peut dire que son apprentissage de la vie « et si » va venir chambouler pas mal de choses. Souvent, le bonheur est juste sous notre nez et il ne sert à rien d’aller le chercher plus loin. Sachons trouver les beaux moments dans notre quotidien et au recyclage les regrets !

« Quand on est homosexuel, on est obligé de l’annoncer. Comme une nouvelle. Comme on peut annoncer une naissance ou un enterrement. Vous, les hétéros, vous n’avez pas ce problème. Inutile de réunir tout le monde le soir de Noël, de se lever pour porter un toast et de dire, après avoir pris une grande inspiration : j’ai une nouvelle, voilà, je crois que je suis hétérosexuel. »

Je termine sur le point négatif concernant cette lecture, mais qui ne le sera peut-être pas pour vous. Si l’histoire est agréable à lire, elle est quelque peu gâchée par une trame attendue, « déjà-vue », dans de nombreux romans. Bien entendu, il est difficile de sortir des sentiers battus et des chemins déjà bien tracés, mais j’attendais ici quelque chose d’un peu différent, d’un peu plus surprenant. En fait, il y a pas mal de petits détails qu’on voit venir à l’avance et c’est un peu frustrant. J’ai passé un super moment comme je le disais, j’ai ri (et franchement Carène si tu lis ces mots, merci pour ces rires, car c’est une dynamique absente dans ma vie actuelle), mais j’étais irritée par des choix trop conventionnels. Qu’on se comprenne bien, cela ne fait pas du roman quelque chose d’inabouti ou trop inspiré. Absolument pas ! On retrouve bien la plume de l’autrice, c’est juste qu’on est trop dans l’habituel (à l’exception peut-être des choix sentimentaux). Le plus gros cliché allant sûrement et malheureusement à ces personnages bien attachants, mais qui tombent vraiment dans la routine romanesque. Et s’ils avaient été différents ? Ah non ! Pas de si 🙂 L’essentiel c’est de passer un moment sympathique, non ?

« On ne maîtrise pas tout et à se demander tout le temps ce qui aurait pu être, on en oublie de vivre. »

 

Quelle belle idée de nous entrainer dans les Si et les Peut-être d’une héroïne indépendante et drôle en plus d’être attachante. Ce roman feel-good et arracheur de dents sourires ou rires nous fera passer un bon moment et il est indéniable que la plume de Carène Ponte se dévore en un rien de temps. Finalement, on ressort de notre lecture le sourire aux lèvres, des questions plein la tête avant de de se dire qu’avec des si.. Bah non, profitons de ce qu’on a et lâchons prise sur les possibilités non choisies ! On ne peut pas refaire le monde avec des si, mais on peut faire de nôtre mieux pour embellir notre existence.

« Avec des si et des peut-être…
En voilà une bonne idée de roman.
J’aurais aimé l’avoir ! »

Quelques bémols pour cette lecture mais qui n’empêchent pas de retrouver avec grand plaisir la plume de Carène et de se tordre de rire pendant notre lecture. Mission feel-good ? Mission accomplie ! (Et depuis, à chaque fois que j’émets un « oui mais si… », oups je le range)

24 réflexions sur “[Chronique] Avec des Si et des Peut-être de Carène Ponte, « et si » on voyait les choses autrement ?

  1. Carnet Parisien dit :

    Je lis ce que tu dis sur l’amour et malgré ça, j’ai été chagrinée par cet aspect du roman. L’héroïne finit par trouver l’amour, son aventure s’achève sur ça, elle est « enfin complète » et j’avoue que j’en ai marre de ce schéma narratif. J’en ai longuement discuté avec Carène.
    Et j’ai aussi ressenti la même chose sur le « déjà-vu ». Mais il n’empêche que j’ai passé un chouette moment avec Maxine et la plume de Carène, j’ai hâte de lire le prochain.

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    • BettieRose dit :

      Je comprends ce que tu veux dire sur le couple, l’amour. Oui, c’est vrai que c’est un schéma totalement classique, et que rares sont les auteurs prenant une autre trame. Qu’en dit Carène, justement ? Est-ce que pour elle, il fallait cela ?
      Et bien entendu, on passe un super moment, aucun doute là dessus ^^

      Aimé par 1 personne

      • Carnet Parisien dit :

        Carène m’a dit que pour la coloc de l’héroïne par exemple n’était pas en couple et était heureuse… sauf que moi, c’est très significatif cet exemple : elle n’est pas l’héroïne, elle n’est « que » le personnage secondaire.

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