[Chronique] La mélancolie du kangourou de Laure Manel, du drame vers l’espoir et le bonheur, le parcours d’un père bouleversé

Publié aux éditions Michel Lafon – Mai 2018 – 346 pages
Merci aux éditions Michel Lafon pour cette lecture

Alors qu’il s’apprête à vivre le plus beau moment de sa vie avec la naissance de sa fille, Antoine est confronté au plus horrible des drames : la mort de sa femme durant l’accouchement. Anéanti par la perte de celle qu’il aimait plus que tout, Antoine a du mal à créer du lien avec son bébé jusqu’à ce qu’il embauche Rose, une pétillante jeune femme à l’irrépressible joie de vivre, pour s’occuper du nourrisson. Parviendra-t-elle à aider Antoine à se révéler comme père et à se reconstruire ?

Il n’est jamais trop tard pour (ré)apprendre à aimer

TRIGGER WARNING – AVERTISSEMENT : MORT MATERNELLE

Dimanche dernier, ma maman est venue chez moi. Elle terminait juste, avec un grand enthousiasme, un livre nommé La délicatesse du homard, de l’autrice Laure Manel. Un roman que je lirai prochainement et dont j’avais entendu beaucoup de bien. Heureuse coïncidence, je venais de recevoir le nouvel ouvrage de l’autrice, La mélancolie du kangourou, publié aux éditions Michel Lafon que je remercie d’ailleurs pour cet envoi. J’ai vu qu’il l’appelait, qu’elle avait vraiment hâte de le dévorer ! Alors je lui ai prêté en lui demandant une chronique en échange. Bien entendu, moi aussi je le lirai ! Toujours est-il qu’elle est repartie avec et que mardi soir déjà, elle m’annonçait avoir fini le roman et avoir eu un véritable coup de cœur. Le roman a su la toucher et elle m’a dit que moi aussi j’allais certainement aimer. Elle a pris le temps de poser des mots sur l’expérience, on a pu en parler ensemble, sans qu’elle me dévoile trop de choses de l’intrigue, et je suis ravie de vous proposer cette chronique aujourd’hui. Parce que j’ai bien l’impression que Laure Manel est une autrice à suivre, qu’elle dispose d’un très fort potentiel et que ses livres n’ont pas fini de séduire le lectorat.

« Lou est dans son transat, il lui adresse un coup d’œil lointain. Pas un mot, encore moins un bisou. Rien. C’est sec et ça serre le cœur de Rose. Elle se dit qu’en plus de s’occuper de la petite, elle va devoir veiller sur le père et s’assurer qu’un jour il trouve le chemin du cœur de sa fille… Si c’est possible. »

Juste avant d’entrer dans le vif du sujet, pour ma part ce sont des points bien particuliers qui m’ont guidée sur les traces de cette mélancolie : la couverture du roman, fabuleuse, tendre et poétique ; l’accroche « il n’est jamais trop tard pour (ré) apprendre à aimer » ; le deuil et l’amour d’un enfant, les sentiments s’entremêlant de manière perturbante. Voilà pourquoi cette histoire m’a attirée. Et puis, une jeune femme qui se nomme Rose, ça me plait forcément.

« Ma Rapha,
Je ne sais pas si tu m’as vu aller sur ta tombe… Au cas où ce ne serait pas le cas, je te le dis: je suis venu te voir. J’ai déposé un bouquet de roses blanches… tes préférées. La fleuriste m’a demandé « C’est pour une occasion particulière ? », j’ai dit que c’était pour ton anniversaire ; elle a collé un petit autocollant doré sur le papier cristal. »

L’histoire d’Antoine est douloureuse, mais pour autant le roman ne l’est pas. Il est très riche en émotions. Il est empli de lumières qui viennent doucement réchauffer l’atmosphère et son cœur, le libérant délicatement de ses ténèbres pourtant sans fin. Comment admettre sa paternité quand le nouveau-né vous a arraché l’amour de votre vie ? Quand l’arrivée du bébé rime avec la perte de l’être aimé ? Car Antoine, plus que tout aimait sa femme et il ne digère pas sa perte. Comment distinguer l’enfant de la maman alors que cette dernière est morte en donnant la vie à la petite Lou? Malgré lui, Antoine va en vouloir à Lou pour lui avoir pris celle qu’il aimait plus que tout. Sa paternité comme un fardeau, il devra pourtant avancer. Pour mieux reculer. À moins que l’arrivée de Rose puisse adoucir les pleurs et rancœurs.

« La vie est devant lui, il faut cesser de toujours regarder en arrière, vivre dans le passé, vouloir revivre les moments d’avant…Il faut inventer l’après. »

L’homme veuf va devoir se résoudre à employer quelqu’un pour s’occuper de Lou. Mais s’il souffre de la présence de cet enfant, ce n’est pas pour autant qu’il peut la confier à la première personne venue. Soutenu par sa propre mère, il se lancera alors à la recherche de la perle rare et c’est une fée du nom de Rose qu’ils vont trouver pour Lou. Et peut-être bien aussi pour lui… Car au-delà d’un lien paternel qu’il reste à tisser, ce n’est pas seulement en tant qu’homme qu’Antoine doit se reconstruire. Après le drame, il lui faut réapprendre à aimer, à s’aimer, se construire en tant que père, accepter la perte. Le deuil est si difficile qu’un peu d’aide est plus que nécessaire. Antoine est juste un homme brisé, un être dont la vie a volé en éclat au moment même où il aurait dû célébrer l’arrivée de son enfant. L’absence de Rapha imprègne l’atmosphère de chez lui, mais aussi chacune de ses respirations. C’est comme si tout était éteint, presque mort, dans l’attente d’une flamme qui ravive le tout. Rose peut-elle être cette femme ? En tout cas, elle est pétillante, fraiche, débordante de joie et pleine d’envies. Elle accepte le travail, car elle a besoin d’argent pour rentrer dans la prestigieuse école de danse de ses rêves. Elle viendra pourtant ensoleiller la vie d’Antoine et de la petite fille orpheline de mère.

« Parfois il me semble que je suis mort avec toi… Je ne me reconnais pas et j’ai peur que tu ne me reconnaisses pas non plus. C’est te dire comme la douleur me bouleverse et me rend fou. 
Et tu n’es plus là pour m’aider. »

Rose est discrète, elle sait rester à sa place, s’effacer et ne pas envahir l’espace vital d’Antoine… et surtout, elle veille sur Lou comme seule une mère sait le faire et elle s’y attache, même si elle a bien conscience qu’elle ne le doit pas. Sans le vouloir, elle va devenir essentielle à Antoine, d’une grande aide à sa reconstruction, à son « après Rapha » ; elle va être son phare dans la nuit, son ancre dans la tempête houleuse qui fait rage dans son cœur ! Rose va faire vivre à Antoine et Lou des moments de bonheur et de douceur inoubliables, comme jamais Antoine n’aurait pensé pouvoir en revivre. Antoine va-t-il pour autant réussir à se reconstruire et à accepter sa paternité ? Une chose s’avère certaine : c’est probablement bien auprès de Rose qu’il pourrait y parvenir.

« Je sais que je suis un mauvais père, un père absent, un père invisible, un père manquant. Mais je n’arrive pas à être père… J’ai déjà du mal à me lever, à tenir debout… alors, être père… ? J’essaie juste de rester vivant… »

Laure Manel va nous proposer de suivre la vie d’Antoine sur plusieurs années, années de reconstruction après un deuil, ce qui est toujours un long et douloureux processus, mais elle le fait avec beaucoup de pudeur, de douceur sans oublier les intenses émotions d’une telle épreuve. Difficile de rester insensible face à une telle souffrance, face à la perte de l’être aimé. Ce roman nous apparait dès les premières pages comme touchant. Mieux, il est poignant, nous serre le cœur et nous permet de vivre un crescendo d’émotions. Le style de l’autrice s’adapte à son intrigue, préservant ce qu’il faut, relâchant les éléments qu’au bon moment. Ainsi, l’histoire nous parait terriblement authentique et l’ensemble se pare d’une justesse incroyable. L’écriture se veut fluide, le style limpide, la plume sait rester simple tout en peignant des thématiques particulièrement difficiles. Celles que représentent le deuil et le déni de paternité. Toutefois, Laure Manel n’oubliera pas de tisser la toile d’autres thématiques pertinentes, comme celle de la différence d’âge dans un couple. Ce sont donc des sujets sensibles auxquels elle s’est attelée avec succès. Car ce roman est tout aussi abouti que La délicatesse du homard. Peut-être même encore plus.

« Tu fais la morte… Au fond, tu ne l’es pas vraiment. En moi, tu vis. En Lou, sans doute plus encore…, mais je préfère ne pas le voir. »

Enfin, n’oublions pas les autres personnages de l’histoire. Si Rose, Lou et Antoine sont nos protagonistes de référence et qu’on les suit avec plaisir, les autres intervenants ne sont pas pour autant négligés. L’exemple le plus vif est celui d’Hermance, grand-mère essentielle à la vie d’Antoine. Chacun des personnages véhicule son propre message, généralement plutôt fort, percutant, mais qui peut être délivré en douceur, avec retenue ou pudeur. Ils sont tous attachants à leur façon, cette galerie d’humains nous apporte beaucoup en nous faisant prendre conscience des choses importantes, essentielles dans notre existence. Ainsi, allons-nous partir sur la route épineuse qu’est celle d’aller de l’avant, de dépasser le drame, de rebondir, surmonter les épreuves. Bien sûr, il n’est pas question de nier l’amour et la douleur. Juste d’apprendre à accepter l’inacceptable, à surmonter l’insurmontable. Car derrière les absents, la vie continue son chemin, le temps passe à une allure folle et un enfant doit s’épanouir, ne pas se sentir responsable d’être né en emportant la vie de sa mère.

« Antoine est veuf. Son coeur et son corps lui crient qu’il est veuf, pas qu’il est père. Il ne veut pas de sa paternité. Elle lui paraît indécente, étrangère. »

Véritable résilience, rédemption, combat pour la vie, l’histoire d’Antoine ne peut que nous bouleverser, nous toucher. L’homme doit rebondir, mais ne peut le faire ni dans la solitude ni dans le déni de sa paternité. Rapha n’est plus, mais Lou, elle, demande qu’à grandir et aimer son papa. Rose apportera sa douceur et sa fraicheur et fera de ce roman une authentique quête de bonheur, de seconde chance. Dotée d’une sensibilité juste et touchante, Laure Manel donne vie à des êtres profondément humains et qui doivent apprendre à se connaitre et se laisser porter par le destin. Quelle meilleure façon d’avancer que celle d’être ouvert à l’évolution, au changement, à l’amour dans sa lumière la plus éclatante ?

Je vous conseille donc vivement la lecture de ce roman et pourtant au début j’ai cru que je n’accrocherai pas autant qu’avec La délicatesse du Homard… C’était une erreur. Merci Laure Manel pour ce joli moment et j’en redemande. Encore ! Quand la vie reprend ses droits, que l’amour parvient à vaincre les pires démons, l’expérience de lecture ne peut-être que profondément touchante. Coup de cœur.

(Changement de design pour La fille de Saint-Jean)

25 réflexions sur “[Chronique] La mélancolie du kangourou de Laure Manel, du drame vers l’espoir et le bonheur, le parcours d’un père bouleversé

  1. Coucou, ho dis donc le titre ne reflète pas vraiment l’histoire j’ai cru que c’était un livre drôle mdr
    mais il a l’air pas mal du tout
    Bisous

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    • Je te comprends.
      Comme je te le disais je ne me suis pas rendue compte de sa portée potentielle.
      Toutefois, cela permettra peut-être à des lecteurs d’être sensibilisé à la douloureuse thématique. Merci en tout cas.

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  2. En lisant ton article, j’ai vite pensé à la citation qui dit  » ne jamais juger un livre par sa couverture ». Si je n’avais pas lu ton article, j’aurai pensé à une histoire toute en niaiserie .. Mais finalement, une avalanche de sentiments s’empare du lecteur … Merci pour ce magnifique partage !

    xoxo,
    Lydi

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    • Quand on lit beaucoup, comme je le fais, on apprend à ne plus faire trop attention à la couverture. Bien entendu si elle est belle ça donne encore plus envie. Mais ça ne veut pas dire que le livre sera conforme à notre propre représentation, interprétation.

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  3. J’ai beaucoup aimé « La délicatesse du homard » que j’ai découvert il y a peu. Mais je pense qu’ici on passe à l’étage supérieur. Je le lirai, c’est certain, et je pense même que je verserai quelques larmes. Il a l’air vraiment émouvant ! Je peux comprendre le coup de coeur de ta Maman !
    Bon week-end
    Elsa

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    • Elle ne m’a dit que du bien de La délicatesse du homard. Il va vraiment falloir que je tente. J’espère avoir l’occasion de lire ton avis si tu tentes La mélancolie du kangourou. Bon week-end à toi.

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    • Contrairement à ce que l’on peut penser, Laure Manel ayant écrit ce livre avec tant de délicatesse et de douceur que je n’ai pas versé de larmes, même si parfois c’était limite… Avec La délicatesse du Homard, j’ai pleuré par contre ! Comme quoi !!

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  4. Coucou,
    Tu m’as vraiment donné envie de lire ce livre. Cette histoire qui débute sur une notre triste est remplie d’espoir. Oui, il faut apprendre à avancer malgré tout, même quand cela ne semble pas évident. Dans mon entourage proche, il y a un veuf suite au décès de son épouse en accouchant. Ce n’est pas une situation facile à vivre, mourir en donnant la vie. Merci pour le partage

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