[Chronique] La fille sans passé de Sarah Everett, le livre YA qui m’a remuée de manière inattendue

Publié aux éditions Castelmore – Mars 2018 – 480 pages
Traduction Elsa Pellegri
Merci à Castelmore pour cette lecture

Le souvenir d’un amour est à jamais gravé dans le cœur…

Depuis qu’Addison a subi un accident, elle a des trous de mémoire et elle parle à un garçon qu’elle est la seule à voir. Est-elle en train de devenir folle ? Addison décide de s’inscrire à un programme médical qui est censé lui permettre de récupérer la mémoire. (Jugeant la suite un peu trop spoilante sur le contenu du roman, je la laisse en blanc, surlignez si vous voulez lire /!\ Spoilers /!\ )Mais rapidement, elle découvre que ce n’est pas sa première visite à la clinique : elle y est déjà venue pour effacer certains de ses souvenirs… Dont le souvenir d’un garçon. Qui est ce garçon ? Pourquoi l’a-t-elle effacé ? L’a-t-elle aimé ? Addison est prête à tout pour le retrouver et retrouver celle qu’elle a été…

« Addictif, charmant et plein de surprises, La Fille sans passé est un roman magnifiquement bien écrit sur nos erreurs et la façon dont nous nous en remettons. » Adi Alsaid, auteur de Partir, laisser, se trouver

« Une histoire complexe qui fait réfléchir. » Publishers Weekly

« Un récit marquant sur l’amour dont on rêve et celui qu’on ne devrait jamais oublier. » Booklist

(NDLR : j’ai laissé les citations des auteurs/médias car elles sont tout à fait pertinentes.)

 

Parfois, on décide de lire un livre juste parce que le titre nous plait, ou la couverture ou encore la 4e. Ici, j’ai volontairement zappé la 4e officielle, car elle gâche vraiment la découverte du roman en révélant bien trop de choses. De la même façon je vais tout faire pour ne rien révéler, car ces éléments précieux sont pour moi des faits majeurs du roman et qui doivent nous tomber dessus par surprise. Quand je me suis lancée dans ma lecture, je ne me souvenais plus du tout de la 4e de couverture, et je ne sais pas pourquoi j’ai décidé de ne pas la lire avant de plonger dans le bain émotionnel qu’est ce roman. J’ai bien fait, vraiment. Si je dois être amenée à parler d’éléments importants du livre qui ne sont pas plus spoilants que la 4e de couverture, je le ferai, mais mettrai les caractères en blanc et vous n’aurez plus qu’à souligner si vous souhaitez savoir. Avant de me lancer au cœur même de la chronique, il m’est cher de vous expliquer pourquoi j’ai noté dans le titre de l’article que ce roman m’a remuée..

Pas bien difficile à deviner rien qu’avec le titre de l’ouvrage (en anglais Everyone We’ve Been), qu’une fille sans passé est une fille qui a des soucis de mémoire. Par « soucis », j’entends un large éventail de possibilités. Quand j’étais étudiante en psychologique, je me destinais à un parcours dans la psychologie de l’enfance et adolescence, mais il y avait ce cours, en spécialisation cognitive qui me captivait totalement : la mémoire humaine. J’ai appris des choses fascinantes, j’en ai oublié d’autres, eh oui c’est le jeu. Mais surtout, je me suis un peu plus pardonné. Il faut savoir deux choses avant la suite, des faits personnels : je n’ai aucun souvenir de mon enfance avant l’annonce du divorce de mes parents et par conséquent du départ de mon père. Donc rien avant 6/7 ans et cela m’a toujours posé problème (je n’imagine pas la souffrance des amnésiques et des personnes atteintes d’Alzheimer). J’ai eu du mal à me construire, il me manquait une base, une référence. Comme si je n’avais pas vécu. Aujourd’hui, je n’ai pas retrouvé ces précieux (ou pas…) souvenirs. La seconde chose renvoie à une question qui a commencé à me trotter en tête dans les débuts de ma dépression majeure (dans laquelle je suis toujours au moment où je vous parle). Dans ce livre, la question sera centrale, je le mets en blanc au cas où : /!\ MINI SPOILER, surlignez /!\ La question centrale de l’intrigue repose sur le choix de garder ou effacer les souvenirs. En effet, comme le stipule la 4e, dans le présent de notre adolescente, une clinique a mis au point une méthode pouvant cibler et effacer les souvenirs. Afin que le passé ne gâche jamais notre présent et encore moins notre avenir. Rassurez vous c’est bien exploité et j’y reviendrai. Ce qui m’a totalement remuée c’est de retrouver dans ce roman, une question phare de ma maladie et de mon parcours, tellement phare que j’en avais aussi fait un sujet de futur roman : si vous pouviez effacer les souvenirs douloureux, le feriez-vous ? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse et là n’est pas mon but de discussion. Ce qui m’a coupé le souffle c’est que quand je suis tombée très bas, mais vraiment au moment où seule la mort me semblait une issue à ma souffrance, j’ai dit à ma psychiatre : si vous m’annoncez demain qu’il existe un traitement grâce auquel on peut m’enlever mes souvenirs douleureux, ceux qui font que j’en suis là aujourd’hui, alors je viendrai le faire en courant ». La fille sans passé exploite ce fil et de manière tellement judicieuse que je me suis retrouvée déstabilisée. Et qu’encore aujourd’hui, alors que cette question d’oublier les mauvais moments me trotte en tête en permanence, que je voudrai balayer à coup de médicament les traumatismes et blessures profondes, le roman exploite l’idée d’une manière convaincante et « éthique ». Mais surtout, le questionnement soulevé fait l’effet d’une mini tornade en moi depuis. Fin de cette longue parenthèse blablabla perso.

Addison a une passion dévorante dans la vie, la musique. Plus exactement, elle joue de l’alto, vous savez ce violon qui n’en est pas un et que peu de gens comprennent. Fascinée par le pouvoir émotionnel de son instrument, elle travaille sans relâche, notamment auprès de sa meilleure amie, qui elle, joue du violon. Les deux jeunes femmes sont différentes, mais s’entendent malgré tout à merveille. Niveau familial, pour Addie, ce n’est pas trop cela. Depuis des années, un fossé la sépare de son grand frère Caleb. Ils n’ont pourtant que deux ans d’écart, mais rien n’y fait et Addie ne sait pas du tout ce qui a pu déclencher cela. Ainsi, elle fait avec. Elle voit très peu son père, qui est très distant avec elle, depuis le divorce de ses parents. Ça aussi elle est incapable de se l’expliquer, n’ayant que des souvenirs joyeux de sa famille. Elle admet toutefois avoir une zone un peu floue. Alors qu’elle rentre d’un concert auquel elle a assisté, un jeune homme monte dans le bus et Addie tombe rapidement sous le charme de son beau sourire. Étrange sensation de déjà vu, mais elle n’aura pas vraiment le temps d’épiloguer là-dessus puisque le véhicule va avoir un accident. Rien de grave pour Addie ni les autres passagers, mais elle ne parvient pas à avoir de nouvelles du mystérieux garçon dont elle ne connait même pas le prénom. Jusqu’au jour où elle va le revoir par hasard et vouloir le présenter à sa meilleure amie. Cette dernière ne le voit pas, les gens regardent notre adolescente bizarrement quand elle s’adresse au vide… Car oui, Addison est la seule à le voir et elle doit comprendre pourquoi. Elle doit retrouver la mémoire, et une chose est certaine, elle n’est pas folle. Qui est-il ? Pourquoi ressent-elle autant d’émotions à chacune des apparitions du garçon ? 

La chasse aux souvenirs est lancée, mais bien entendu, ce serait trop facile si on suivait un parcours classique. J’ai beaucoup apprécié les choix de l’auteure, dont La fille sans passé est le premier roman. Elle nous entraine dans les fins fonds de la mémoire, mais aussi des émotions. Comme je le disais, le roman nous renverse, nous interroge et au-delà de comprendre son passé, il s’agit d’une véritable quête identitaire. Qui serions-nous sans nos souvenirs, notre mémoire. Addie a désespérément besoin de savoir qui est le garçon pour chasser le « fantôme ». Le roman va alors alterner entre présent et passé. Les instants révolus nous guident sur l’été merveilleux qu’a apprécié Addie l’année précédente, sa rencontre avec un garçon, ses amours, ses amis, ses expériences et un peu plus. Le présent lui n’est que quête pour récupérer les éléments manquants. Ce faisant, l’adolescente va faire ressortir des souvenirs plus qu’enfouis et ainsi inatteignables si ce n’est par du ressenti, remuer la tranquillité apparente de sa famille et se confronter à des choix, que certains ont jugé bons, que d’autres auraient préféré ne jamais faire. Addison elle-même va devoir affronter déceptions et douleurs pour comprendre ce qu’elle ressent, ce qu’elle est. Si elle récupère tout au sujet de ce garçon, pourra-t-elle enfin surmonter ? Et si notre corps, au-delà du souvenir perdu, disposait de schémas réactionnels qu’on a alors de la peine à saisir ?

J’arrive au moment où je ne peux pas vraiment en dire plus. Ce roman suit, selon moi, une route parfaitement construite, qui correspond aussi bien au passage à l’adulte qu’à la lutte contre les souvenirs douloureux. Les deux sont mis en relation dans une parfaite logique et nous découvrons également une magnifique histoire d’amour, tout aussi bien que le cheminement d’une adolescente vers un âge responsable et plus complexe. Si au début il faut bien être accroché, à cause de l’alternance entre passé et présent (et de l’avance qu’on a alors sur l’héroïne du présent concernant son passé), le livre reste un véritable page turner laissent planer un suspens intéressant et parfois oppressant. J’avoue avoir ressenti beaucoup de choses, comme je le disais plus haut, et je confesse que ce joli roman jeunesse doux et percutant à la fois m’aura tiré quelques larmes. Encore une fois, cela est lié à ma propre existence, mais vous savez que j’aime les récits qui s’insinuent en moi et me poussent dans une direction ou une autre. Depuis que j’ai refermé ce livre, une même question me trotte en tête, notre héroïne, elle, semble y avoir trouvé une réponse. J’ajoute que les personnages sont bien construits et intéressants, que la relation qui prend vie sous nos yeux est touchante, sincère, humaine. La désillusion et les vestiges du passé nous apparaissent aussi totalement authentiques. Seul demeure le mystère de la mémoire, qui nous sera présenté sous un angle fictif ou peut-être futuriste…

J’ai beaucoup aimé ce roman, à l’écriture simple, mais entrainante et aux sujets touchants. Addison est un personnage équilibré, mais perdu, nous aimons la suivre dans sa chasse aux souvenirs et sa quête identitaire. Nous sommes avides de vérité tout au long du roman et l’alternance passé/présent nous permet d’alterner douceur et épreuves, tout en cheminant vers une réalité quelque peu effrayante, mais qui ne peut que nous interroger. Le premier amour n’est-il pas à jamais gravé dans notre cœur ?

Un rythme peut-être un peu faiblard et une 4e beaucoup trop révélatrice de l’intrigue viennent desservir ce roman qui est pourtant parfaitement construit et fluide. Addie est attachante et comme elle on veut comprendre. J’ai vraiment aimé l’effet que m’a fait ce livre. Je ne garantis pas en revanche qu’il fonctionnera sur tout le monde, mais c’est un chouette roman YA. Belle réflexion sur ce qui fait notre personnalité.

 

18 réflexions sur “[Chronique] La fille sans passé de Sarah Everett, le livre YA qui m’a remuée de manière inattendue

  1. Ton article m’a vraiment touché ! Le thème m’a l’air hyper intéressant du coup ça me donne envie de me lancer dans la lecture de ce roman 🙂

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  2. Waouh, ton article me donne vraiment très envie de lire ce roman, je vais l’ajouter à ma pal, récemment j’ai un autre livre que tu as chroniqué récemment et qui m’a beaucoup plus : la meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, j’ai apprécié le fait que ta chronique n’en dévoile pas trop et j’ai beaucoup aimé ma lecture qui n’a pas été aussi légère que le laissait entendre la 4e de couverture. Merci et bonnes lectures =)

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