[Chronique] Artémis de Andy Weir, après Mars et Marc, partons à la rencontre de Jazz, sur la Lune.

Publié aux éditions Bragelonne – Janvier 2018 – 336 pages
Traduction Nenad Savid
Merci à Bragelonne pour cette lecture
Jazz n’a pas demandé à devenir une héroïne. Elle voulait juste être riche. Pas riche comme tous ces milliardaires qui visitent Artémis, sa ville, la seule colonie humaine de l’espace. Mais assez riche pour dormir dans un vrai lit et manger autre chose qu’une infâme bouillie d’algues. Alors, Jazz a saisi sa chance. Certes, elle a mis son intelligence et ses compétences au service du crime – au menu : contrebande, mécanique et explosions en tout genre. Mais mission accomplie !
Le problème, c’est que, sans le savoir, Jazz a pris part à une conspiration qui menace la sécurité d’Artémis. Et ça, Jazz ne peut pas laisser faire. Poursuivie par un tueur et désormais hors-la-loi, elle doit inventer le plan le plus génial de tous les mondes si elle veut sauver sa peau…

Mon amour pour la Lune n’est plus un secret. Depuis toujours elle m’a fascinée, attirée, régentée. Oui, je suis calée sur le cycle de la Lune, depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Alors, j’avoue, parfois elle me fait rager quand elle me met dans des états pas possibles. Mais la Lune est ma déesse et je la vénère véritablement. Pourtant, ce n’est même pas la raison qui m’a fait vouloir lire ce roman. Non, la raison c’est l’auteur ! J’avais adoré son précédent livre, Seul sur Mars (un peu moins l’adaptation ciné, mais je ne vais pas revenir sur ma relation à cela, elle est tendue^^), avec son héros Marc, qui, à la suite d’un incident en mission sur Mars, se retrouve… seul sur la planète rouge. À lui d’organiser sa survie. À l’époque, la plume de l’auteur m’avait totalement fascinée ! J’adorais ce mélange entre esprit très scientifique, humour, autodérision et survie. Eh bien cette recette du bonheur, on la retrouve dans Artémis même si je dois avouer avoir été bien plus larguée sur les notions scientifiques. Je suis une littéraire et la physique, chimie, électricité tout ça, moi je ne pige pas.

« Nous faisons notre possible pour empêcher la poussière lunaire d’entrer dans la ville. Même après ma mésaventure avec la valve défectueuse, je n’avais pas oublié de me nettoyer. Pourquoi s’embêter à ce point ? Parce que la poussière lunaire est mauvaise à respirer. Très mauvaise. Elle est constituée de minuscules cailloux extrêmement abrasifs car il n’y a pas de phénomènes climatiques pour les lisser. Chaque grain est susceptible de devenir un cauchemar attendant de s’introduire dans vos poumons pour les déchirer. Franchement, il vaut mieux fumer un paquet de cigarettes à l’amiante que de respirer cette merde. »

Le retour d’Andy Weir sera marqué par un changement de cap. En effet, adieu, Mars, et bienvenue sur la Lune ou plus exactement dans la toute première colonie humaine sur la Lune, Artémis. 2000 âmes en tout et pour tout et un système économique rigoureux, reflétant toutes les classes sociales et origines ethniques. Homosexualité et polygamie sont également légion. Bref, un monde nouveau et enfin ouvert d’esprit. Un monde qui doit accueillir tout le monde sans discrimination. Bien entendu, nous restons dans une société, il y a des religions et des idées, des pauvres et des riches. Nous allons suivre le parcours plutôt compliqué de Jazz, notre jeune héroïne, contrebandière de son état, à la recherche d’un « monde » meilleur, mais complètement adaptée à la vie sur la Lune puisqu’elle y est arrivée à l’âge de 6 ans. Plutôt solitaire, elle ne ménage pas ses efforts pour satisfaire ses clients. Jazz, de son vrai prénom Jasmina, vient d’Arabie Saoudite. (Enfin une héroïne arabe, avec un papa musulman pratiquant) mais adore les différentes bulles d’Artèmis. Très intelligente, vive d’esprit, scientifique dans l’âme et admirative du travail de soudeur de son père, Jazz sait se tirer de toutes les situations, au grand damn du « flic » du coin… Mais un jour, elle accepte une nouvelle mission pour son client richissime et fidèle. Erreur, elle tombe alors dans un complot sombre et puissant. Elle va devoir trouver l’idée du siècle pour s’en sortir.

« Rejoindre Artémis coûte très cher ; quant à y vivre, je ne vous en parle même pas. Cependant, une ville ne peut pas être uniquement habitée de riches touristes et de milliardaires excentriques. Elle a aussi besoin de gens qui travaillent. Richard de Saint-Pognon III ne va quand même pas déboucher ses chiottes lui-même, si ?
Je fais partie de ces petites mains.
Mon adresse, c’est Conrad -15, une zone pourrie du quinzième sous-sol de la bulle Conrad. Si mon quartier était un vin, les connaisseurs le décriraient ainsi : « merdique, avec des accents d’échec et de décisions de vie calamiteuses. »

Vous l’aurez déduit, nous voilà de retour dans un monde qui nous est inconnu. Andy Weir, avec sa plume toujours appuyée sur l’aspect scientifique, mais aussi sur le franc-parler et l’humour de son personnage principal, prend le temps de nous initier à ce monde, de nous le présenter et nous comprenons rapidement comment le tout est orchestré. Alors imaginez quand vous devenez la cible d’un énorme complot et que vous êtes enfermés dans une cité de 2000 habitants ? Impossible bien entendu de sortir à moins de vouloir mourir de suite. Eh oui, les AEV (activité extravéhiculaire) n’ont pas été mises au point pour rien. Et si leur accès est très limité et réservé à une certaine élite, ce n’est peut-être pas innocent non plus. Du coup, nous pouvons facilement admettre que Jazz est en cage, et que l’étau se resserre. Toutefois, elle va élaborer des stratagèmes pour comprendre la vérité et rétablir un semblant de justice. Car si notre jeune Saoudienne Artémisienne est hors-la-loi, tout n’est pas acceptable pour autant.

« Dans ce métier, on a une obligation de résultat. La Lune est une vieille salope. Le pourquoi du comment de la fuite, elle s’en fout. Elle se contente de vous tuer. Vous auriez dû inspecter votre équipement plus consciencieusement. »

Bien évidemment, si Jazz est notre personnage principal et que la narration se fait de son point de vue à la première personne, nous n’allons pas pour autant manquer de rencontres fascinantes ou terrifiantes. Nous ne pouvons que nous attacher à Jazz qui nous laisse l’approcher et ne nous cache rien de ses sentiments. Elle sait prendre les choses avec du recul, un esprit logique et mathématique et avouons que dans son cas, les sciences sont importantes. Car oui, elle va devoir quitter la cité. Très sincèrement, les aspects scientifiques m’ont parfois ennuyée, vu que je ne comprenais pas tout et je trouvais vraiment qu’ils ralentissaient le déroulement du récit. D’ailleurs, il m’est arrivé de me dire « mais qu’est-ce que ? » tellement je n’intégrais pas ce qu’elle expliquait. Pourtant, rien n’est fait « façon leçon de lycée », au contraire, c’est accessible et nécessaire à la bonne appréhension des évènements et des aléas. De même, le langage cru et franc de Jazz peut déstabiliser, après tout elle est entière, immature et pas toujours très honnête.

« Le moment est venu de décider quel genre de ville nous voulons qu’Artémis devienne. »

Formidable critique de la société, ou plutôt de toute société humaine pervertie par l’argent et le pouvoir, le ton, parfois acerbe nous plonge dans l’ambiance. Car oui, la Lune ne fera pas exception, mais comment Jazz peut-elle résoudre tout cela ? L’instinct de survie est bel et bien appuyé, mais les instants de désespoir au comptoir d’un bar ne manqueront pas de nous divertir. Je ne vous parle volontairement pas des personnages secondaires, puisque c’est un plaisir de les rencontrer, les découvrir et certains d’entre eux nous arracheront plus d’un sourire. Alors est-ce que ce roman est aussi bon que Seul sur Mars ? Pour moi non. On le lit moins facilement, c’est moins fluide et si Jazz est excellente, je ne suis pas certaine qu’elle atteigne le niveau de notre cher planteur de patates ! J’ai en revanche vraiment apprécié cette diversité que l’on trouve dans le livre sans qu’elle ait à être justifiée. Nous pourrions presque penser que c’est une société idéale, mais non… Après tout, ici ou ailleurs, l’âme humaine reste aisée à pervertir.

« Je ne veux pas vivre sur Terre. Je suis une fille lunaire. Sans compter que ça poserait tout un tas de problèmes médicaux. J’ai passé plus de la moitié de ma vie ici, et mon corps est habitué à la pesanteur réduite. Avant de pouvoir aller sur Terre, il me faudrait faire beaucoup de sport et prendre des pilules pour stimuler ma croissance osseuse et musculaire. Et puis, il y aurait la centrifugeuse. Des heures de centrifugeuse tous les jours ! »

Artémis est un roman façon thriller spatial qui nous fait passer un excellent moment. Aux côtés d’une anti-héroïne à l’humour grinçant, à la répartie extraordinaire et à l’intelligence vive même si elle est empêtrée dans une immaturité remarquable, nous parcourons les différentes bulles d’Artémis pour la survie de chacun. Car si Jazz est hors la loi, ce n’est pas pour autant qu’elle accepte les magouilles qui se préparent et viendraient alors totalement pervertir son univers. Si le roman aurait pu être plus fluide, avouons que les éléments scientifiques apportent un plus à l’histoire. 

À découvrir absolument pour son héroïne incroyable qui n’a d’ailleurs rien d’une héroïne ! Contrainte de fuir et se protéger, elle va mettre à jour des complots tellement énormes que son esprit vif sera soumis à de bien rudes épreuves. Enfin une protagoniste « badass » et cool qui sauve le monde. Ou plus exactement, la Lune.

 

7 réflexions sur “[Chronique] Artémis de Andy Weir, après Mars et Marc, partons à la rencontre de Jazz, sur la Lune.

  1. J’avais noté la sortie pour mon copain et tu me confirmes que le roman devrait lui plaire même si à la lecture de ta chronique, je pense qu’il préférera aussi Seul sur Mars qu’il avait adoré

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