[Chronique] Les Belles de Dhonielle Clayton, ne souffrez plus pour être une Belle

Publication aux éditions Robert Laffont – Collection R – 22 février 2018 – 486 pages
Traduction Cécile Ardilly 
Merci à La Collection R pour cette lecture

Dans le monde opulent d’Orléans, les gens naissent gris, ils naissent condamnés, et seules les Belles peuvent, grâce à leur talent, les transformer et les rendre beaux. En tant que Belle, Camélia Beauregard est presque une déesse dans cet univers où triomphe le culte des apparences.
Or Camélia ne veut pas se contenter d’être une Belle. Elle rêve de devenir la favorite choisie par la reine d’Orléans pour s’occuper de la famille royale et d’être reconnue comme la plus douée du pays. Mais une fois Camélia et ses soeurs arrivées à la cour, il s’avère que la position de favorite tiens davantage du cauchemar. Derrière les ors du palais, les noirs secrets pullulent.
Le premier volet d’une série éblouissante.

Premier tome – Ce qu’en dit Marie Lu : « Un monde d’une beauté à vous couper le souffle et profondément déstabilisant, peuplé de personnages forts et complexes. »

Cette sortie de la Collection R était sûrement l’une de mes plus grosses attentes de ce début d’année. J’ai dû me faire violence pour ne pas le lire trop « tôt » afin de vous en parler en temps et en heure, mais pas trop en avance non plus. Mais je me suis bien vite rendu compte qu’il incarne tout à fait le genre de roman qui vous reste en tête pour un bon moment. Parce que, derrière ses airs de superficialité et de beauté, il présente une intrigue dérangeante, presque malsaine et qui nous pousse plus que jamais à nous interroger sur le poids des apparences et l’importance accordée à la beauté. Toutefois, ce n’est pas non plus un livre moralisateur qui rejette en bloc les artifices et subterfuges qui permettent de s’embellir temporairement. Non, c’est bien plus complexe que cela et toute la force du roman réside dans un savoureux et saisissant mélange de beau et de laid…

Les belles Dhonielle Clayton Collection R

Quand la beauté est un masque dissimulant la laideur d’un Royaume, bienvenue à la Cour, Mesdames et Messieurs et venez admirer notre toute nouvelle génération de Belles. Délestez-vous de votre Or et elles feront de vous des modèles de beautés. Préparez-vous à envahir les gazettes beautés du royaume. Mais surtout, souvenez-vous, personne ne doit être plus beau que la Reine elle-même. Venez, approchez. Elles sont 6 nouvelles Belles, formées depuis leur plus tendre enfance pour vous transformer. Être gris ? Voyons, laissons cela aux pauvres et médiocres personnages de notre île! Plus on est riches, plus on est beaux. Qu’importe l’immondice dissimulée sous les traits les plus artistiques. Car la Beauté, c’est le pouvoir. Et dans notre royaume, c’est tout ce qui compte. Mais chers lecteurs, permettez-moi de vous raconter avant tout un fragment de l’histoire des enfants d’Orléans. Pourquoi sont-ils maudits et naissent-ils gris et dépourvus de toute beauté, approchez Messieurs, Dames, et écoutez notre Histoire. Et gardez en tête notre proverbe orléanais. : « La beauté est une fleur qui fane ». 

« Au commencement du monde, le dieu du Ciel tomba amoureux de la déesse de la Beauté. Le Ciel arrosa la Beauté d’une pluie de présents choisis parmi ses attributs les plus plaisants – le soleil, la lune, les nuages et les étoiles. Elle accepta sa demande en mariage et, ensemble, ils engendrèrent les enfants d’Orléans. Mais la Beauté chérissait tant sa progéniture qu’elle passait le plus clair de son temps en sa compagnie. Comme elle refusait de rentrer auprès de lui, le Ciel dépêcha sur terre la pluie, la foudre et le vent pour noyer les premiers hommes. Lorsque la Beauté prit ces derniers sous sa protection, le Ciel les frappa d’une malédiction : ils naitraient la peau grise comme un ciel sans soleil, les yeux couleurs de sang et les cheveux rêches comme de la paille. Et ils les condamna à ressentir à jamais une profonde mélancolie qui se transforma vite en folie. En retour, la Beauté crée les Belles, des roses destinées à jaillir de la terre sombre et dévastée afin de rétablir la beauté dans le monde damné, de même que le soleil ramène la lumière. Extrait de L’Histoire d’Orléans. « 

Maintenant que vous connaissez l’Histoire d’Orléans, laissez-moi vous présenter la cérémonie magnifique qui va s’ouvrir sous vos yeux pour l’institution officielle des six nouvelles Belles. Six jeunes filles qui fêtent leur 16 ans. Élevées ensemble, formées à être les dans leur domaine, chacune rêve de devenir La Favorite de la Reine et de séjourner au palais. Mais il n’y a qu’une seule place et les cinq autres filles seront réparties dans les divers salons de thé du royaume, là où les nobles se rendent pour leurs retouches beauté. Camélia ou Camille, a toujours voulu être la favorite. Mais il en est de même pour sa sœur et meilleure amie Amber. À l’issue de leur démonstration publique et de leur présentation officielle, ces joyaux jusqu’à alors cachés seront au service de la déesse de la Beauté afin d’offrir la beauté aux enfants d’Orléans. Du moins, ceux qui en ont les moyens.

Sous les mains des Belles, tout, ou presque, est possible. Elles peuvent vous changer d’apparence totalement en une séance même si, avouons-le, ce n’est pas toujours une partie de plaisir. Leur secret est jalousement gardé, mais il se murmure des choses à ce sujet. Après avoir rejoint leurs nouveaux domiciles, les Belles sentent que quelque chose leur est caché. Du moins, le savons-nous via Camélia, la Belle la plus rebelle et déterminée. Elle veut comprendre ce qui se trame dans un royaume qu’elle vénérait alors et découvrir ce qu’il advient véritablement de chacune d’elle. En posant les pieds au palais, elle ne pouvait pas s’imaginer une seule seconde ce qu’elle allait mettre à jour, de ce qu’elle allait ainsi vivre. Être une Belle, pour le meilleur et pour le pire ? Peut-être pas quand on s’appelle Camélia Beauregard et que notre soif de justice est aussi grande que notre beauté légendaire.

« Je suis une Belle.
Je contrôle la Beauté ». 

Le roman nous immerge donc dans un monde stupéfiant, où la beauté règne en maitre. Rien n’est terne, rien n’est effacé, tout brille et rayonne. Les Belles font un excellent travail sur l’apparence physique, mais est-ce là vraiment tout ce qui compte ? Dans ces terres qui ne sont consacrées qu’à la beauté et au raffinement, sans doute. La course à la nouvelle mode et aux tendances domine et même les mères n’hésitent pas à imposer à leurs enfants des transformations… hallucinantes. Très vite, nous comprenons que Camélia, comme ses sœurs, n’étaient pas totalement préparées à toutes les éventualités. Et qu’il va falloir résister, tenir le coup, car les ennemis sont partout. Et puisqu’elles ne sont pas irremplaçables, à elles de garder en mains leur destin. Qu’est-ce qu’une Belle qui disparait ? N’y en a-t-il pas eu tant d’autres déjà ?

Intrigues de cour, tendances beautés, complots politiques, romance naissante, amitié sincère et sens de l’équité, voici des valeurs qui vont venir s’affronter dans cet incroyable univers. Tout est pensé, de A à Z pour nous immerger dans ce monde unique qu’est celui des enfants d’Orléans. Les objets, les fleurs, les outils, les habitudes, tout vient au service de la beauté, priorité numéro 1 des citoyens d’Orléans. Les séances de retouches nous sont décrites avec un sens du détail aigu, et certaines pourraient presque nous dérouter, nous mettre mail à l’aise. Plus rapide et moins invasif que de la chirurgie esthétique, les modifications corporelles sont légion. Par exemple, vous pouvez arriver rousse, la peau laiteuse, fine et grande et ressortir la peau noire et parée d’or, la chevelure dorée et scintillante, petite et voluptueuse. Si certaines limites furent votées par la Reine, il reste un incroyable panel de possibilités. Ainsi l’auteur prend le temps de nous décrire une diversité infinie de physiques.

« Toute restructuration du squelette ou manipulation destinée à modifier en profondeur la forme d’un corps ou d’un visage est interdite.
La taille ne doit jamais mesurer moins de trente-huit centimètres de circonférence afin que la silhouette conserve forme humaine.
La carnation de la peau doit rester dans la limite de la pigmentation naturelle comme spécifié dans l’article IIA, Alinéa IV.
Le nez ne doit pas être trop fin de manière à ne pas empêcher la respiration naturelle.
Les citoyens de plus de soixante-dix ans ne doivent pas recevoir de soins qui viendraient à les rajeunir et ce afin de préserver le développement naturel du corps. »

D’ailleurs cette diversité ne se retrouvera pas uniquement sur les physiques et couleurs de peau, mais aussi sur les orientations sexuelles des personnages qui sont totalement acceptées et jamais pointées du doigt. C’est extrêmement fascinant de voir comment l’auteure a pu inclure une telle thématique dans un monde où la beauté domine et rend donc le tout plutôt superficiel. Il en est de même pour nos Belles qui sont toutes très différentes dans bien des aspects et qui, si elles sont au service de la Beauté, n’en sont pas moins intelligentes. Exit les cruches associées généralement dans la littérature à l’esthétique, ici nous avons des jeunes femmes de 16 ans qui ont reçu une éducation stricte, riche et qui disposent de capacités intellectuelles qui leur sont propres. Nous verrons d’ailleurs que la fougue et la rébellion de Camille peuvent parfois la mettre dans des situations périlleuses. Mais l’auteure, toujours avec justesse, incitera à rester soi-même quoi qu’il en soit. Ce sont des notions précieuses qui nous sont distillées au fur et à mesure qu’on découvre le vrai visage de la cour.

 » -J’ai entendu dire beaucoup de bien à votre sujet, favorite. Notre princesse vous adore. Elle vous croit capable de tous les miracles. Elle pense même que vous pourriez faire apparaître la déesse de la Beauté.
– Je…
– Ne faites pas la timide. (Il sourit.) Vous lui avez donné ce qu’elle voulait. Vous êtes rusée. Pour le moment. Mais faites attention à ne pas vous brûler les ailes, petit papillon. Vous risqueriez de vous retrouver en mauvaise posture. »

Comme souvent dans ce genre d’intrigue, il y a LE méchant. Ici, il s’agit plutôt de LA méchante et le moins qu’on puisse dire c’est que Dhonielle Clayton n’y est pas allée de main morte sur la psychologie de la personne en question. Si nos Belles sont bien dessinées et que leur psychologie nous est offerte avec sincérité, celle de l’ennemie numéro 1 de nos jeunes femmes va chercher encore plus loin. Mensonges, manipulations, diversions, passion, meurtre, jalousie, trahison, dissimulation… Tout est bon pour détenir le Pouvoir. Aux Belles de surveiller leurs arrières, car elles sont très loin de tout comprendre. D’ailleurs, ce tome 1 nous laissera sur de grandes questions et nous donnera une folle envie de lire la suite pour comprendre mieux les enjeux et situer certains personnages qui ne nous sont pas encore accessibles.

Ajoutons enfin que le monde de la presse est largement et ouvertement critiqué dans ce roman puisque les journalistes sont omniprésents via des objets astucieux nommés ballons poste (qui servent aussi à recevoir ou envoyer du courrier) qu’ils équipent d’appareils photo venant capturer la moindre émotion, la moindre expression. Ils se faufilent dans les recoins et surgissent pour lancer rumeurs et accusations, scandales et colères. Ainsi le royaume est-il rythmé par les bruits de couloir et spéculations de personnages sans scrupules. Mais il en est de même pour tellement de personnages qu’il nous faudra vite faire le tri. À Camélia de nous montrer la voie, en tout cas j’ai déjà hâte de replonger dans cet univers incroyable et à couper le souffle que l’auteure nous offre ici. Avec une fin qui laisse place à du suspens, les retrouvailles ne pourront qu’être formidables.

Quel délice que ce roman ! Dépaysant, c’est l’évasion garantie. L’univers créé est sensationnel et nous ne voyons que beauté et raffinement. Pourtant, si l’on gratte sous les artifices et la magie des Belles, ce n’est un si joli royaume que cela. Et nous comprenons bien en refermant ce premier tome que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Une superbe entrée en matière, vivement le tome 2 ! J’aurais pu vous dire tant de choses… mais je préfère vous laisser découvrir cet univers époustouflant par vous même.

Il m’aura manqué un tout petit quelque chose, peut-être un peu de finesse dans le déroulement et une intrigue plus creusée en dehors de la simple apparence pour que ma lecture devienne coup de cœur. Toutefois, j’ai passé un moment formidable et totalement addictif dans cet univers où l’apparence est maître. Des complots, des secrets, et des jeunes femmes jetées dans la fosse aux lions, pour le meilleur ou pour le pire. Mais surtout pour être Belles.

 

Nb : célébrons comme il se doit cette publication qui n’est autre que le 100e bébé de la Collection R ! Tous en librairie, mais aussi en ce jeudi 22, tous sur les réseaux sociaux des Serial-Readers, il va y avoir du cadeau à la clé, venez !

22 réflexions sur “[Chronique] Les Belles de Dhonielle Clayton, ne souffrez plus pour être une Belle

  1. leslecturesdesinabaniawa dit :

    Ouahou. Ta chronique est enthousiasmante! La couverture que j’ai trouvé sublime m’ avait déjà donné envie de l’avoir. Avec cette chronique en plus, je ne vais pas résister bien longtemps.

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  2. Serena dit :

    Coucou,
    Je trouve la couverture trop belle et le titre me plaît bien, rien que pour ça, ça donne envie ! Et comme tu as passé un bon moment, je crois que je vais devoir l’ajouter à ma longue PAL ahah !
    Gros bisous à toi 🙂

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  3. eleonorebacher dit :

    Personnellement, je serais jamais arrêter vers ce genre de livre, mais pourtant, tu m’as convaincu =) Ce livre met en avant plusieurs sujets qui m’interressent : le culte de célébrité, des apparences mais aussi la monarchie. Ton article est très complet =)

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  4. annafaitsonblog dit :

    Il a l’air vraiment top ce livre ! (ou plutôt la série) Je suis sûre que c’est une lecture qui pourrait beaucoup me plaire 😀 Je vais mettre le nom de côté :p
    PS : j’adoooore tes photos, ça donne encore plus envie de lire le livre ^^

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  5. Sarah_Croft dit :

    Les gens disent que c’est souvent les personnes les plus belles en apparence qui sont les plus « moches » à l’intérieur. Et ça me faut penser à ton histore ou dans le milieu des Bellesites, tout est noir derrière, comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences. En tout cas ça a l’air d’être une très belle histoire !

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  6. La route des lecteurs dit :

    Ta chronique très enthousiaste me rassure un peu ! Avant de la lire, j’appréhendais de me retrouver dans le même univers que la saga « La sélection », à laquelle j’ai moyennement accroché. Du coup, maintenant que je suis un peu rassurée, j’ai très envie de me faire mon propre avis sur ce premier tome et cette histoire, en générale 🙂

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