[Chronique] Smoke de Dan Vyleta, saurez-vous résister aux tentations et à la Fumée ?

Publié aux éditions Robert Laffont – Janvier 2018 – 572 pages
Traduction Isabelle Delord-Philippe
Merci à Robert Laffont pour cette lecture


Angleterre, fin du XIXe siècle. À Londres s’entassent les classes laborieuses qui par tous les pores exsudent une infecte Fumée, preuve de leur noirceur intérieure et de leur infériorité. À la campagne vivent les aristocrates, d’une blancheur de lys et qui ne fument jamais, signe de leur vertu et de leur droit à gouverner.
Dans un internat d’élite, Thomas et Charlie, seize ans, s’exercent sans relâche à dompter leurs instincts afi n de ne pas fumer. Mais le doute les tenaille : comment se fait-il que l’un de leurs congénères, un vrai petit tyran, soit épargné par la marque du vice ? Avec l’aide de la ravissante et très prude Livia, ils enquêtent sur la nature réelle de la Fumée. Et découvrent que l’ordre établi est fondé sur une scandaleuse duperie.
Dès lors, une lutte à mort s’engage entre eux et la police politique. C’est la guerre de la passion contre la raison, du désir contre la bienséance, du droit contre l’injustice – même si leurs frontières sont souvent imprécises.
Un tour de force d’une féroce imagination, un conte d’une audace dickensienne en parfaite résonance avec notre époque.

« Smoke est une réflexion provocante sur la nature du mal, du pouvoir, de la foi et de l’amour. » Publishers Weekly.

Cela fait un bon moment que j’ai terminé cette lecture, mais que j’étais bien incapable de vous faire un compte rendu de ce que j’en ai pensé. Déroutant. C’est le mot. Dérangeant, parfois même. Sombre et élégant. Mais aussi malheureusement… soporifique. Pourtant tout part d’un univers fascinant, à la limite du dystopique, mais dans un cadre XIXe siècle anglais, ce qui a tout pour nous donner envie de découvrir cette histoire. Surtout que nous comprenons vite que les classes laborieuses vivent dans la suie et la fumée en raison de leurs trop nombreux péchés alors que les plus riches, eux, ne fument jamais et imposent leur vertu. Fumer ? Oh ne parlons pas ici de cigarettes, même si elles existent et même plus si affinités de classe. Non, ici, la fumée révèle le moindre de vos péchés. Soyez en colère, vous fumerez aux yeux de tous, et si la fumée est bien intense alors elle laissera sa marque sur vos vêtements. La moindre pensée « hors morale religieuse » et vous fumez. De la jalousie, de la convoitise, de l’envie, Fumée. Partout. Alors que nos deux héros Thomas et Charlie sont dans un pensionnat d’élite, ils vont découvrir le centre-ville de Londres et ses vices infinis, sa noirceur et ses crimes, sa pauvreté et sa déchéance. Et puis, peu de temps après, une rencontre qui les marquera. Celle de la tante de Thomas, qui semble en connaitre un sacré rayon sur la Fumée. Celle qui va leur révéler des éléments particulièrement dangereux. Mais dans leur lutte politique et libérale, un ennemi de taille se dressera sur leur chemin. Et une chose est claire, ce jeune garçon est prêt à tout pour conserver ses privilèges. À moins que la fumée ne l’atteigne…

Smoke nous propose donc d’entrer dans un univers malsain et clairement sombre. Nous comprenons très vite que classes laborieuses sont plus que jamais séparées des classes nobles. La Fumée, on apprend à la contrôler pendant notre enfance. Ainsi un adulte ne devrait que peu fumer. Mais dans la réalité, il semblerait que nos deux élèves pensionnaires n’aient pas toutes les données. De plus, Thomas, jeune orphelin « qui débarque de nulle part » semble habité par la peur et la colère, par la honte de ce que sa famille a fait avant de sombrer. Pourra-t-il échapper au destin et mener une vie agréable ? Charlie et lui n’auront pas vraiment le temps de s’interroger sur ces diverses questions puisque dès les vacances de Noël ils vont se retrouver en fuite. Ai fil de leurs errances, ensemble ou séparés, ils vont apprendre beaucoup de choses sur la nature même de cette fumée. Des choses qu’ils n’auraient jamais imaginées. L’univers est ici parfaitement construit et les deux personnages principaux sont très attachants, avec des caractères clairement différents. Livia est aussi un personnage fascinant, jeune fille de bonne famille qui n’est pas censée fumer, elle se verra confrontée à des épreuves bien difficiles.

Si l’univers est vraiment excellent et le trio principal intéressant, c’est malheureusement à peu près tout ce que j’ai trouvé de positif dans le livre. Déjà, il m’a fallu une semaine pour en venir à bout, ce qui ne m’arrive jamais. Ce fut pour moi une lecture laborieuse, mais je ne voulais pas lâcher le roman, me disant que les passages à vide seraient compensés par de l’action et des révélations qui en valaient la peine. Eh bien, il n’en fut rien. L’auteur se perd dans ses descriptions de son univers, qui si au départ sont fascinantes deviennent vite soporifiques et il ne parvient pas à y mêler l’action de manière efficace. En effet, chaque scène d’action se perd dans des considérations et détails venant totalement desservir la scène, la faisant retomber platement. Pourtant, le style de l’auteur, promis à l’image de Dickens, est très qualitatif et élégant, la traduction semble s’y être conformée. Seulement, c’est véritablement quand l’auteur tente d’allier les choses que tout se déséquilibre. Et puis, nous cheminons, certes, mais clairement pas vers les réponses attendues.

Seule lumière dans cet univers sombre, l’amour. Celui entre les deux garçons qui sont fidèles et loyaux, mais aussi celui de Livia. Ou encore celle de chercheurs pour la fumée. D’ailleurs, les personnages évoluant autour de cette Fumée sont, disons-le clairement, tous un peu illuminés. La Religion prend une place tellement importante dans le concept que j’ai fini par m’y perdre. Et puis, il y a ce jeune Lord, totalement fou, qui semble libre d’aller et venir, tuer et massacrer à sa guise sans que personne ne puisse l’arrêter. Nous avons certes des pistes de réflexion théologiques et philosophiques qui se pointent, mais, pour ma part, j’ai eu cette impression de ne rien comprendre, de me perdre dans les trop nombreuses descriptions et digressions. En effet, l’auteur n’hésitera pas à partir sur de l’anecdotique en plein milieu d’une scène d’action, et là, personnellement on me largue. Dommage, car l’univers est solide, l’auteur mélange les genres littéraires, la plume est magnifique, mais rien ne se passe véritablement. On s’ennuie, on attend l’action, on se prend à vouloir sauter des descriptions barbantes… De plus, je n’ai pas vraiment su identifier le réel combat mené, celui promis sur la 4e de couverture. J’ai bien conscience qu’il se fait tout au long du cheminement, mais il n’est pas assez mis en valeur et notre curiosité pour la lutte retombe alors. Bref, je suis ressortie vraiment mitigée de ce roman. Si je ne l’ai pas détesté, je ne peux pas vraiment dire que j’ai aimé pour autant. Je lui reconnais de grandes qualités littéraires et imaginaires, malheureusement cela n’aura pas suffi pour moi. Toutefois, je suis contente d’être allée jusqu’au bout de ce roman, pour voir ce qu’il avait à offrir.

Cela n’aura pas fonctionné pour moi en raison des longueurs vraiment ennuyeuses. J’ai toutefois aimé l’univers sombre et dystopique, le concept de péchés et de fumée, dans un monde gouverné par la religion et les ambitions personnelles des Nobles. Le roman est lent, trop d’ailleurs, et ne nous permet pas de savourer les scènes d’actions qui se perdent dans des considérations superficielles. Dommage, mais il reste à découvrir au moins pour la beauté de la plume.

C’est à la fois une déception et une découverte originale. Le roman aurait vraiment pu être formidable si l’auteur était parvenu à mieux mêler action et descriptions, sans nous mettre dans des considérations soporifiques. Joli pari en revanche, que le mélange de genres littéraires au cœur même de cette histoire. Je n’ai pas vraiment assisté au combat promis.

5 réflexions sur “[Chronique] Smoke de Dan Vyleta, saurez-vous résister aux tentations et à la Fumée ?

    • C’est vraiment ce qui m’a peiné. Ne pas réussir à aimer cette lecture alors qu’elle est dense, riche et propose des choses inédites. C’est juste que ça ne s’imbrique pas comme il le faudrait à mon goût.

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  1. Oh zut zut zut ! L’univers avait vraiment l’air très chouette, le principe de départ aussi mais je ne suis pas sûre d’aller vu ce que tu en dis au final. Je suis déçue par avance, c’est vraiment dommage.

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