Calendrier de l’avent, jour 24 – 24 décembre : Histoire de Noël

Chers lecteurs,

Pour cette dernière case, j’ai envie de vous parler esprit de Noël, souvenirs. Non pas comme je l’ai déjà fait via des bribes de souvenirs mais un peu plus « romancé ». C’est un petit texte sans prétention, c’est mon cadeau pour ce dernier jour du calendrier de l’avent. 

24 décembre 2017 – Le Réveillon

Voilà comment j’imagine ce Noël, cette année :  difficile, trop de douleurs, trop d’absences. Mais rien n’est jamais comme on le pense, je suis certaine que je vais vivre des émotions, des sensations totalement différentes, une fois sur place. Après tout, ma nature d’hypersensible dépressive n’est plus un secret. Ce que je vis est connu de mes proches. Bien entendu, personne n’accédera jamais à la forteresse de mon cœur où sont stockés les informations et les souvenirs les plus dangereux. Oui, j’ai bien dit dans mon cœur, car c’est bien ici qu’ils font le plus mal, bien plus que ceux stockés dans les méandres de notre cerveau. D’ailleurs la matière cérébrale sait parfaitement collaborer avec le cœur, ne vous en faites pas. 

Il est 18 h, c’est l’effervescence autour de moi. Tout le monde s’active, se donne à fond, car tout doit être prêt, parfait. Est-ce que le menu ira ? Au fond, moi, un plat de pâtes ne m’aurait jamais posé problème. Pas la peine de se décarcasser. Mais on sourit face à cette bienveillance familiale. Car ma belle-famille est ce qu’il me reste de famille avec ma mère. J’entends par là, celle qui est toujours là, le vrai esprit familial. Celui que je ne vois plus, que je ne connais pas, que je fantasme. Ça tourbillonne et la tête me tourne. Je commence à vaciller, transpirer, fichus médicaments. Des étoiles brillent devant mes yeux et je ne reconnais plus rien autour de moi. Blanc. Tout est blanc et silencieux. Au loin, j’aperçois un panneau de direction, qui semble être fait de bois et de… de guirlandes électriques ? Mais où-suis je tombée ? Immaculé. Ce mot me vient à l’esprit face à cette neige qu’aucun pied n’a foulée avant moi. J’hésite à bouger, mais si je ne sacrifie pas la neige, elle risque d’engourdir mes membres et ce sont alors eux qui seront sacrifiés. Le panneau indique « Esprit de Noël – 200m ». C’est une blague ? Une hallucination ? Tout est dégagé et je vois bien qu’il n’y a rien à l’horizon. Pourtant, j’entends des grelots tintinnabuler et des rires. J’avance prudemment dans la direction indiquée et portée par les bruits mon esprit s’envole. À un moment, je ferme les yeux et hume l’air : sapin, cire de bois, chocolat chaud, cannelle. J’ouvre les yeux et sursaute face à la vision que je reçois. Un véritable décor de film de Noël, là où il n’y avait que de la neige à perte de vue. Je suis tétanisée… Et les chants de Noël mélangés aux marshmallows qui trempent dans les centaines de tasses de chocolat, des… des gens ? Non ! Des elfes. Mon Dieu, j’ai dû prendre trop de vin chaud.

-Eh bien jeune fille, vous n’allez quand même pas restée plantée là ?

-Pardon ? Mais où suis-je et qui êtes-vous ?

-Vous suivez les panneaux et vous ne savez pas où vous êtes ? Vous êtes dans le Royaume de l’Esprit de Noël. Celui qui vient à la rescousse de tous ceux qui n’aiment plus Noël. Pour des raisons qui leur sont propres. Je suis Gloups, et je suis en charge de votre dossier. Vu que vous n’avez pas d’antécédents, tout devrait se passer pour le mieux. En revanche, je suis désolé, mais Santa ne pourra pas vous recevoir en entretien, il est déjà sur sa tournée depuis un moment.

-Quoi ? Oh, ma tête, j’ai dû me cogner quelque part ! Gloups ? Un dossier ? Santa ? Qu’est-ce que vous racontez ?

-Allons, allons, petite, tout va s’éclairer. En revanche, vous allez devoir me suivre, vous asseoir à table et boire ce chocolat délicieux. Ne vous en faites pas, le vôtre est fait au lait de coco vanillé et cacao sans lait. Les marshmallows sont véganes. Nous avons pensé à tout, nous vous attendions bien entendu. Malgré tout, je suis surpris que vous ne soyez pas venue plus tôt.

Je suis le petit homme, docilement, mais particulièrement confuse. Qu’est-ce qu’est cet endroit où les sapins bordent toute la pièce, des chandelles flottent dans les airs, des étoiles scintillent au plafond, de la neige tombe sans jamais rester accrochée au sol. Des sucres d’orge géants sont disposés çà et là dans une harmonie luxueuse et enchanteresse. Des gingerbreads men semblent encadrer l’entrée d’une autre pièce… qui semblent faite entièrement de pain d’épices et de… ?

-Oh, ça, c’est ce qu’on appelle le caisson de décompression. Il arrive que, parfois, la séance soit mal vécue alors nous n’avons pas d’autre choix que de… eh bien que de… soutenir nos visiteurs.

-Que fais-je ici ?

-Vous devriez le savoir. C’est votre propre volonté qui vous a amenée dans notre monde secret. Votre regret de ne plus aimer Noël. Je suis là, non pas pour vos forcer à aimer Noël, mais pour vous donner des souvenirs, ceux qui sont dans votre « forteresse » et qui ne demandent qu’à réchauffer votre cœur.

-Non, mais s’ils sont dans ma forteresse c’est pour une bonne raison, ils sont trop douloureux, c’est tout. Et puis, attendez, comment savez-vous que… ? Oh non, vous lisez dans mes pensées c’est ça ?

-Oh je ne les lis point. Je les entends. Et elles sont particulièrement bruyantes chez vous. Enfin non, c’est plutôt qu’elles sont très sombres et que l’espoir, la magie sont tapis trop loin pour surgir et vous sauver.

-Je vois ! Et vous êtes un lutin malicieux qui va m’aider à aimer cette fête ? Vous pouvez toujours rêver !

– J’adore rêver ! Et je suis un elfe pas un lutin.

-Mes excuses…

Je prends place sur le confortable siège en velours rouge, bordé d’une soyeuse fourrure blanche, synthétique me précise Gloups, bien entendu. Il m’invite à tremper mes lèvres dans la boisson chaude. Aussitôt, une sensation de plaisir me saisit et la douceur des goûts m’engourdit. Je ferme les yeux.

-Quand vous allez ouvrir les yeux, jeune fille, vous allez vous confronter à certains de vos Noëls. Vous ne pouvez pas interagir avec les personnages de vos souvenirs, mais contempler, écoutez, apprenez, rêvez. Je ne serai jamais bien loin si vous avez besoin.

J’ignore combien de temps j’ai pu passer dans mes Noëls antérieurs. Je n’avais aucune notion de temps, de trahisons, de deuil dans cette version du monde. J’ai revu les gens que j’aimais, ils s’adressaient à la « petite moi » avec bienveillance et tendresse. J’ai vu les larmes, les dents serrées et les vœux d’une meilleure année à venir. J’ai vu mon père quand j’étais encore sa fille, mais je l’ai vu aussi, s’isoler dans une pièce un soir de Noël le temps d’écraser une larme à mon souvenir. J’ai vu mon oncle et ma mère enfants décorer le sapin et être surexcités par l’approche des cadeaux. Complices et amis. J’ai vu ce même tonton se réjouir de chaque Noël qui arrivait. Tant que nous étions là. Je n’ai vu ensuite que la peine, la tristesse, la solitude et la mort. J’ai vu tous ceux qui sont partis, trop tôt, il n’y a pas de doute. Mais ils m’ont dit qu’ils étaient bien et qu’ils s’apprêtaient à être enfin une vraie famille et fêter Noël tous ensemble. Mon grand-père au fourneau, ma tante et ma grand-mère aux fruits « surprise », mon oncle aux décorations, mon cousin distribue dans les chaussettes des mandarines, le chocolat chaud de 16 h et l’amour, la chaleur d’un foyer. Et j’ai compris pourquoi j’étais là : rien ne nous oblige à aimer Noël ou à faire des cadeaux. Bien sûr, les personnes qu’on aime sont susceptibles de nous quitter trop tôt et de laisser un manque cruel lors des fêtes. Mais elles sont toujours là, en nous, pour nous, tant que nous nous souvenons, elles demeureront. Noël, ce n’est pas manger à outrance la chair d’animaux sacrifiés ni jouer l’hypocrite avec certains membres de la famille. Noël ne fait pas dans l’apparence, mais dans la chaleur d’un foyer et la bonté du cœur. Alors j’ai su. Su que j’allais passer un bon Noël, en dépit des épreuves et des douleurs. Car je serai entourée d’amour.

À tous ceux qui sont seuls pour Noël, je vous envoie mon amour, mes pensées. Aux autres, profitez de vos proches, ils partent toujours bien trop tôt. À tous :

Joyeux Noël

8 réflexions sur “Calendrier de l’avent, jour 24 – 24 décembre : Histoire de Noël

  1. Vampilou fait son Cinéma dit :

    Pour le coup, ce Noël sera assez douloureux pour nous, mon grand-père étant décédé brutalement hier, c’est très compliqué…Mais comme je l’ai dit, il faut le fêter tout de même, ce sera notre petite bulle de normalité et je pense que nous en avons tous besoin !

    Cependant, j’arrête là mon blabla et je voulais te dire que ce petit texte m’a profondément touché ma belle, il est une fois encore, superbement écrit, alors merci pour ce beau moment ❤

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