[Chronique] La disparue de Noël de Rachel Abbott

Publié aux éditions Belfond – Le Cercle – Novembre 2017 – 460 pages
Traduction Muriel Levet
Merci à Belfond pour cette lecture.
Avec son art consommé de la psychologie, Rachel Abbott tisse un suspense familial riche en émotions et hautement addictif, dans la lignée de P. D. James et de Lisa Gardner.

 

Une route de campagne verglacée. Une voiture qui perd le contrôle : la conductrice est tuée sur le coup ; Natasha, sa fille de six ans assise à l’arrière, se volatilise sans explication.
Quelques années plus tard, David fait de son mieux pour se reconstruire après le drame qui a emporté sa femme et sa fille. Il forme désormais un couple heureux avec la douce Emma et le petit Ollie, adorable bambin de dix-huit mois qui comble leur foyer.
Mais un jour, une inconnue débarque dans leur cuisine. Natasha.
Où était-elle toutes ces années ? Comment a-t-elle retrouvé le chemin de la maison ? Si David est fou de joie, Emma, elle, se sent vulnérable devant cette adolescente silencieuse.Cadeau ou malédiction ? Que cache le retour de la disparue de Noël ?

 

Note : j’ai reçu ce livre de la part des éditions Belfond et j’ai pu participer au Book Club. J’ignorais que Rachel Abbott avait écrit d’autres aventures concernant l’inspecteur que nous rencontrons donc ici. En soi, le lire à part n’est pas dérangeant, car l’enquête est inédite et le policier reste discret sur sa vie privée. Toutefois, je pense que lire les autres opus rend les choses plus « faciles ». J’ai eu une expérience de lecture un peu mitigée sur le suspens, mais j’ai malgré tout passé un excellent moment et j’ai adoré certains personnages. Ainsi dans cette chronique, je vais parler du bon et aussi du moins bon.

 

Pour commencer, si vous pensez lire un roman de Noël, oubliez cela de suite. Le seul point qui relie cette histoire à Noël est le moment de la disparition de la petite Nathasha lors d’un accident de la route avec sa maman. Il faut savoir qu’en anglais, le titre est Stranger Child. Sans remettre en cause le choix éditorial de ce titre aux couleurs des fêtes de fin d’année, j’avoue que je m’attendais quand même un peu plus à une ambiance Noël. Toutefois, cette absence de l’ambiance festive ne m’a absolument pas dérangée, je le relevais juste pour les lecteurs qui s’imagineraient lire un thriller psychologique de Noël. Ce ne sera pas le cas. Il y a 6 ans, Caroline rentre d’une soirée chez son père avec sa précieuse et magnifique petite fille de 6 ans Tasha. Habituellement, son époux l’accompagne, sachant très bien qu’elle est une mauvaise conductrice et qu’elle détester rouler de nuit. Mais ce soir-là, David avait trop de travail. Caroline va alors perdre le contrôle du véhicule. Elle sera retrouvée morte, mais sa fille absente de la voiture. Une battue immense est organisée, en vain. Natasha a disparu et personne ne sait où elle peut être.

 

Six ans plus tard, Emma, la femme de David se réjouit de chaque instant passé avec son fils, Ollie. Ce dernier, adorable petit bébé est un peu un miracle pour Emma. De plus, elle et David parviennent à construire leur bonheur bien que David soit toujours rongé par les remords concernant le soir où son épouse est morte et sa fille disparue. En gage de ses regrets, un portrait de Caroline figure en bonne place dans la maison familiale. Alors que la maman s’occupe de son bébé, elle surprend un mouvement et se retrouve face à une jeune fille maigre et au regard sévère, mais qui surtout ne se présente pas, ne parle pas. Emma a peur, mais reconnait en ses traits ceux de Caroline. Tasha ? Non, impossible. Comment ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi semble-t-elle si menaçante ? Emma, à ce moment-là, illustre parfaitement ce qu’est être maman. Je n’ai pas d’enfant moi-même, mais j’ai saisi toute sa terreur de voir son bébé blessé ou traumatisé. Elle doit le protéger de l’enfant à tout prix. Et surtout comprendre ce qu’elle veut. Alors que David rentre, pas de doute, il s’agit de Tasha. Mais celle-ci, plutôt mutique refuse qu’ils appellent la police. Bien qu’Emma insiste, en toute logique, pour prévenir les autorités, David, le père aux mille regrets ferait tout pour garder sa petite fille. Il semble ignorer la gravité de la situation et souhaite juste se réjouir des retrouvailles. Mais Tasha ne va pas se montrer des plus agréables… Que s’est-il passé ? Pourquoi est-elle revenue et comment ? Pourquoi semble-t-elle détester son père et défier Emma ? Ollie est-il en sécurité auprès de sa nouvelle sœur ?
 

« Ce n’est pas en ignorant les choses qu’on réussit à les surmonter. »

Emma et David ont des réactions diamétralement opposées dans cette histoire. Bien entendu, il est le père de Tasha et son retour inattendu le bouleverse. Mais, bien malgré moi, j’ai de suite détesté cet homme, trouvant que quelque chose de faux sonnait chez lui et surtout, ses comportements envers son trésor retrouvé, manquant de logique. Emma, elle, est plus pragmatique mais aussi plus paniquée : elle veut tout comprendre, tout savoir du passé de l’enfant revenue et surtout, par-dessus tout, protéger Ollie, ce petit bébé parfait par définition. Adorable bébé qui va s’éprendre très vite de sa sœur. Mais ce retour est-il vraiment un cadeau ? Pourquoi la préadolescente refuse-t-elle de communiquer ou si peu ? Qu’a-t-elle vécu ? À mesure que les heures défilent, Emma s’interroge et n’a absolument pas confiance. Pourtant, avec son grand cœur de maman, elle sent qu’il faut protéger Tasha, qu’elle n’est qu’une jeune fille brisée, elle aussi. Emma nous apprend ce que représente la maternité : les inquiétudes, les moments de doute, la complicité, et ce lien indéfinissable qui la relie à Ollie. Durant ce roman, l’auteure exploite à merveille ce précieux lien entre une mère et son enfant et la psychologie d’Emma nous est expliquée dans le moindre de ses détails, les meilleures pensées comme les pires. Au départ, le lecteur est tenté de rager sur elle, mais non, l’auteure nous montre la vérité d’Emma et le danger qu’elle perçoit.

« Ce soir-là, cependant, elle avait pleuré. Pleuré pour la vie qu’elle aurait dû vivre. La vie qui leur avait été volée, à elle et à sa maman. Mais elle n’avait pas pleuré comme Emma. Quand Emma pleurait, on aurait dit que quelqu’un la découpait en petits morceaux avec une hache.
C’était peut-être ça qu’on ressentait quand on aimait vraiment quelqu’un.
Elle ne le saurait jamais. »

Mais alors, qu’a vécu Tasha ? Ce qui est certain c’est qu’elle est en rupture totale avec son père et que sa mère lui manque. Elle parle sans cesse de rentrer à la maison, mais aucun indice n’est donné sur ce lieu. Lorsqu’un drame survient, Tom Douglas, l’inspecteur en charge de l’enquête va se retrouver confronté à son passé, doublement. Emma et lui vont collaborer de manière intensive, partageant des informations précieuses. L’équipière de terrain, Becky, elle va gérer les situations de crise, les interrogatoires, et la police va se rendre compte que l’histoire de Tasha est liée à quelque chose de bien plus sordide qu’il n’y parait. Les pièces du puzzle s’emboitent, des personnages sont introduits, le lecteur élabore des pistes et même s’il est assez facile de deviner ce qui a pu se passer lors de la tragique nuit de l’accident de Caroline et sa fille (merci le prologue), même si le drame qui survient était plus qu’attendu, nous sommes assez loin de voir jusqu’au tout cela peut mener. Un réseau qui nous dépasse, nous terrasse et que Tasha redoute plus que tout. La psychologie de cette enfant est absolument bien construite. À un âge charnière, conditionnée par son passé et les informations qu’elle possède, Tasha est persuadée de faire de ce qu’il faut. Et, en un sens, c’est le cas, pour elle. Mais elle reste une enfant qui veut à tout prix être aimée, pour une fois dans sa vie. Un lien silencieux, mais magique se tisse avec Ollie… pour le meilleur ou pour le pire ?

« Oublie que tu m’as vu. Ma mort est mon choix. »

Alors qu’est-ce qui a cloché dans cette histoire pour que je ne sois pas plus emballée que cela? Comme je le disais, j’ai deviné trop vite certains éléments. De même, l’arrivée d’un personnage dans l’histoire ne m’a pas convaincue du tout. Niveau enquête, rien à redire, ça tâtonne, ça galère, c’est limité par l’administratif. Les personnalités policières donnent du rythme, apportant des éléments intéressants, mais pas vraiment dominants. Parce que le gros secret de l’histoire rend les choses un peu confuses. J’ai trouvé qu’il débarquait comme un cheveu sur la soupe et n’apportait pas grand-chose à tout cela, ne pardonnait pas ce qu’a vécu Tasha. Si Emma fait preuve d’un courage immense, elle reste déstabilisée, c’est normal. Certains rebondissements sont si évidents que l’auteure vient alors (mais on s’y attend totalement) les renverser. Et finalement, cela donne une intrigue parfois confuse où l’on cherche qui tire vraiment quelle ficelle et dans quel but? Les épreuves de fin de ce livre ne m’ont pas semblé pertinentes et c’est donc une fin frustrante, quand la personne secrète s’efface. Il y aurait pu avoir là une piste à creuser pour démontrer encore plus la cruauté, la bassesse de l’âme humaine, pervertie et dépravée. Reste à souligner que ce n’est pas le charmant portrait de l’Angleterre qui nous est offert ici. Quant à la fin du livre, quelque peu ouverte, elle nous donne espoir et envie de revoir certains personnages.

Si ce thriller psychologique se veut haletant et instille une tension bien marquée tout au long de l’histoire, il manque pour moi de profondeur sur l’intrigue secondaire. Certes, elle est en retrait volontairement, mais certains liens ne nous sont pas correctement expliqués. En revanche, la psychologie des personnages est très soignée et développée et même si, pour ma part, j’avais deviné en grande partie l’histoire de Tasha, le reste du maillage demeure complexe et intéressant. Une bonne lecture.

Je maudis mon instinct de m’avoir mis sur la bonne piste dès le départ concernant un des éléments tragiques du passé. J’ai aussi vu venir un élément du présent même si, bien évidemment, je n’avais pas toutes les clés. La lecture fut toutefois agréable, si certains personnages nous agacent, en prenant du recul, nous en comprenons toute la psychologie, la complexité. L’auteure sait travailler ses personnages et les actionner comme il le faut, quitte à semer le doute dans l’esprit du lecteur ou des autres personnages. Elle n’a pas peur d’appuyer où cela fait mal et nous montrer les zones d’ombres d’un monde perverti. L’intrigue principale est assez classique sur sa forme, mais quand vient s’y mêler le passé avec le mystère de Tasha et l’implication d’un personnage inattendu, le tout devient assez excitant et exaltant. On passe donc un bon moment avec cette enquête, on apprend à aimer (ou pas) les personnages, et les moments de douceurs sont particulièrement réconfortants. Moi qui suis fascinée par la psychologie du développement, je fus servie ici avec Tasha.

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6 réflexions sur “[Chronique] La disparue de Noël de Rachel Abbott

  1. Il m’arrive de lire des thrillers, le dernier en date étant « Mon amie Adèle » que j’ai trouvé excellent 🙂 En tout cas celui-ci à l’air palpitant malgré le fait que tu aies vu venir certains éléments de l’intrigue !

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