[Chronique] Hex de Thomas Olde Heuvelt

Publié aux éditions Bragelonne (L’Ombre) – Septembre 2017 -408 pages
Merci à Bragelonne pour le SP numérique et à ma maman pour la version papier

« Une sorcière glaçante retient prisonnière toute une ville près de l’État de New York. Brillant et totalement original. » Stephen King

Quiconque né en ce lieu est condamné à y rester jusqu’à la mort. Quiconque y vient n’en repart jamais.
Bienvenue à Black Spring, charmante petite ville de la Hudson Valley. Du moins en apparence : Black Spring est hantée par une sorcière, dont les yeux et la bouche sont cousus. Aveugle et réduite au silence, elle rôde dans les rues et entre chez les gens comme bon lui semble, restant parfois au chevet des enfants des nuits entières. Les habitants s’y sont tellement habitués qu’il leur arrive d’oublier sa présence. Ou la menace qu’elle représente. En effet, si la vérité échappe de ses murs, la ville tout entière disparaîtra. Pour empêcher la malédiction de se propager, les anciens de Black Spring ont utilisé des techniques de pointe pour isoler les lieux. Frustrés par ce confinement permanent, les adolescents locaux décident de braver les règles strictes qu’on leur impose. Ils vont alors plonger leur ville dans un épouvantable cauchemar…

« Un concept fabuleux et inoubliable. L’auteur nous expose des événements surnaturels comme le ferait un Spielberg. » The Guardian



Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de livres d’horreur. Quand j’ai vu Hex, sur internet, j’ai de suite su qu’entre lui et moi, ça pouvait vraiment fonctionner. Ne me demandez pas pourquoi, mais ce roman s’est transformé en obsession pour moi. La faute de la sorcière sûrement, voyez-vous, elle est un peu étrange et c’est bien ce que nous allons découvrir dans la petite ville de Black Spring. Vous songiez peut-être à vous y installer ? Allez-y, visitez les jolies maisons, mais écoutez bien quand on vous dit que c’est une très mauvaise idée. Si, si, les habitants ont raison. Ils ne sont pas contre de gentils et charment voisins, du sang neuf dans la ville, seulement, ils savent. Ce que vous saurez bien assez tôt. Ce que vous devez fuir. Ce qui vous rendra prisonnier à jamais de cette ville. Oh vous vous croyez plus malin qu’eux ? Mais je vous en prie, essayez un peu de partir de la ville pour voir. Soit vous reviendrez en courant, soit vous ne reviendrez jamais. Bienvenue à Black Spring, charmante petite ville isolée de l’état de New York. Venez découvrir ses paysages plutôt agréables, rencontrez ses habitants qui semblent toujours sur les nerfs, croisez l’innocence d’adolescents qui pensent pouvoir changer le monde, mais préparez-vous à la plus effrayante et étrange des rencontres. Car la reine de Black Spring, celle qui en fait réellement les lois, rôde dans la ville en permanence et même dans la maison. Katerine ne parle pas, ses lèvres sont scellées, elle ne voit pas, ses paupières sont cousues. Qui est-elle ? Le fantôme d’une sorcière, tout le monde l’appelle La Sorcière. Votre rôle en tant que citoyen sera de vous connecter à l’application Hex pour signaler ses mouvements, sa localisation. Croyez-moi en cas de visite, cela peut vite se révéler indispensable. Maintenant que vous savez tout et que vous êtes pris au piège dans votre charmante petite maison, prenez conscience que plus jamais vous ne vous en éloignerez.

« Si vous tombez sur un rond de sorcières, faites bien attention de passer à côté avec les yeux clos. 
Mais ne les gardez pas fermés trop longtemps. 
On n’est jamais à l’abri d’une mauvaise rencontre. »

Maintenant que j’ai pris le temps de poser le contexte, nous allons pouvoir entrer dans le vif du sujet. Si j’avais envie de lire un livre assez horrible avec la présence d’une sorcière, c’est réussi. En revanche, je ne m’étais pas attendue à une telle intelligence des propos au travers de cette histoire. L’auteur m’a surprise, et je dois avouer qu’il est difficile de prévoir ce qu’il va se passer de chapitre en chapitre, car l’écriture se veut vraiment surprenante, et ce, de manière redoutablement efficace. La première rencontre avec Katerine que certains appellent Mamie ou d’autres La Sorcière n’est pas si effrayante que cela en soit. À vrai dire, pour ces habitants rompus à l’exercice de vivre sous le règne d’une sorcière vieille de 350 ans, cette dernière fait un peu office de décor. Des habitudes minutieuses, des modes opératoires précis, elle ne dérange personne et n’interagit avec personne. Mais une bande d’adolescents en manque de distraction et pour certains en colère de voir leurs projets de vie ruinés par la sorcière, vont tenter de changer les habitudes de cette dernière. Lui tendant des pièges et en la maltraitant. Ils ne savent alors encore ce qu’ils s’apprêtent à déclencher dans leur ville plutôt sinistre.

Le cœur battant la chamade, Steve s’agenouilla à côté de la femme aux yeux cousus et ramassa le torchon. Puis il se releva. Alors que son coude frôlait la chaîne de l’aveugle, cette dernière tourna vers lui son visage mutilé. Il lui remit le torchon sur la tête et se hâta de rejoindre les autres, le front trompé de sueur, alors que les aboiements féroces et alarmés de Fletcher retentissaient depuis le jardin.
— Bonne idée, le torchon, dit-il à Jocelyn.
La famille continua de manger, et pendant tout le dîner, la femme aux yeux cousus resta immobile derrière la vitre.

La grande force du roman s’incarne dans l’atmosphère oppressante et angoissante qu’installe l’auteur. Cette dernière monte crescendo jusqu’à arriver au paroxysme de l’horreur. Lentement, il prend le temps de nous présenter ses personnages, classiques, clichés, un peu timbrés ou indifférents, et de les faire interagir. Très rapidement, nous comprenons le rôle de chacun dans la ville, mais aussi dans la sécurité liée à la présence de ce fantôme. En effet, un véritable conseil est créé afin de préserver les citoyens, ainsi que les visiteurs. Le secret ne doit jamais quitter Black Spring car les conséquences pourraient être redoutables. Quand Jaydon, le fils de la bouchère, décide d’user de la violence envers Katerine, il met alors en branle une tout autre atmosphère à Black Spring. Le fils de Steve, que l’on peut considérer comme personnage central, Tyler, youtubeur en herbe commence à trouver que la blague et le reportage du siècle qu’ils voulaient faire entre copains, va bien trop loin. Mais une fois les forces misent en mouvement, tout devient incontrôlable.

« Les gens de Black Spring n’avaient que ce qu’ils méritaient. Ils étaient le mal, un mal humain. Ils avaient crée le mal qu’était Katherine en permettant à leur part de ténèbres de prendre le dessus, en punissant des innocents et en se glorifiant de leur propre vertu. Elle leur avait donné un choix. Maintenant, il était trop tard… »

Hex, c’est donc une ville qui tombe petit à petit dans l’horreur, et met tout sur le dos de la sorcière. Pourtant, nous la voyons rarement agir envers ses habitants. Qui est-elle ? Seules les vieilles histoires permettent de le savoir, mais je vous laisse le découvrir dans le roman. Au fur et à mesure de l’intrigue, des choses sordides se déroulent et nous comprenons alors que ce n’est que le début, que la folie vengeresse et meurtrière ne va plus tarder à transformer la ville en apocalypse. La plume de l’auteur nous enferme dans un huis clos oppressant et nous sentons la paranoïa, la peur, la folie, la culpabilité, le désespoir monter crescendo au fil des pages. C’est d’ailleurs assez étouffant, on suffoque, on retient notre souffle en attendant le drame. Bien entendu, vous l’avez lu plus haut, la sorcière a les yeux et la bouche cousus et c’est très certainement pas pour rien. Que se passerait-il si on coupait les fils ? Pourquoi a-t-elle tant d’influence sur la ville, empêchant les habitants de s’échapper ? Depuis toujours, ces derniers ont appris à s’organiser et à rester près de chez eux. Adieu vacances ou université, partir plus d’une journée peut vous conduire à un état dépressif bien trop intense pour y survivre.

« Nous n’apprendrons décidément jamais. »

Belle critique de la société, Hex nous raconte comment une ville s’emprisonne et s’épouvante elle-même à partir d’un mythe qui erre dans ses rues. Si les évènements qui vont venir se produire peuvent être réellement catégorisés d’horreur totale, seront-ils tous attribués à la sorcière ou juste à la perversion de l’âme humaine ? Les comportements égoïstes y sont dénoncés, de même que le harcèlement ou l’humiliation. Si notre Katerine peut effrayer de par son comportement, nous devons comprendre comment elle en est arrivée là et pourquoi elle s’y retrouve bloquée. N’ayez pas peur qu’elle soit à côté de votre lit en vous réveillant, c’est fréquent. Mais le monde semble destiné à la détester depuis toujours, et la frénésie de Jaydon et ses petits copains pourraient bien mettre en péril la sécurité et la vie commune avec la sorcière bâtie après des années de dur labeur. Les comportements humains sont exposés à l’œil du lecteur, dans un grand panel bel et bien varié et nous sommes obligés de nous arrêter pour réfléchir, comprendre, encaisser. C’est un roman d’horreur au style prodigieux qui rentre dans les limbes de votre cerveau et vous emprisonne. Certes, vous n’êtes pas à Black Spring mais les schémas de notre société ne sont-ils pas ressemblants à la sorcière de la paisible ville ? Quant à l’avenir de la ville, rien n’est moins incertain. D’ailleurs, je terminerai cette chronique sur un avis pertinent et efficace. :

« Une parabole réellement terrifiante sur la perversion humaine… l’histoire n’est pas seulement dérangeante, elle est effrayante… lisez, si vous l’osez ! » Kirkus Reviews

Un auteur néerlandais décide d’écrire un roman d’horreur en faisant écho à la perversion humaine et installe son intrigue dans une petite ville américaine de l’état de New York. Avec une plume prodigieuse, il capture son lecteur et le jette dans la fosse aux sorcières, à Black Spring et le laisse observer l’âme humaine au travers des personnages élus pour portés cette histoire. Le tout se veut dérangeant et glaçant, l’horreur étant parfaitement dosée et en harmonie avec l’état d’esprit de la ville. Le suspens monte crescendo et l’histoire se finit dans une apothéose peu ordinaire, mais bien effrayante.

J’ai vraiment adoré ce roman qu’on dévore en frissonnant. Si Katerine, si mystérieuse et redoutée, peut nous effrayer, j’ai pour ma part beaucoup plus craint les comportements humains. L’auteur nous prouve ici toute la laideur et la perversité de l’âme humaine. Huis clos par excellence, Black Spring nous offre des bouffées d’air que l’on sait pourtant empoisonnées et dangereuses. À nous de faire notre chemin, notre choix, mais surtout ne jamais découdre la sorcière. Vous pourriez alors être en grand danger. À moins que ce danger ne soit que les autres ? Qu’êtes-vous prêts à faire pour survivre ? Qu’avez-vous à perdre ? Parce que Katerine, elle, n’a plus rien à perdre… ne réveillez pas les mauvais souvenirs, vous pourriez en payer de lourdes conséquences… Prodigieux, un auteur à suivre absolument. Un vrai bon livre d’horreur comme je n’en avais pas lu depuis un moment, avec une intelligence pertinente qui nous entraine à la recherche de l’origine et de la définition du mal. Fascinant !

47 réflexions sur “[Chronique] Hex de Thomas Olde Heuvelt

  1. Bravo ! Voilà que j’ai encore envie d’acheter un livre ! Je ne t’en félicite pas ! 😉 Entre là ME, que je vénère, l’histoire de sorcellerie, le huit-clos installé dans le village et la critique sociale, je suis conquise par avance !

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  2. Très belle critique, grâce à toi ou à cause de toi (j’ai pas encore décidé ^^), je vais acheter ce livre dès que je rentre en France ^^! La manière dont tu le décris est impressionnante, tu me donnes envie de le lire directement :)! Je trouve que l’´histoire ressemble un peu à une vieille série qui passait quand j’étais petite ^^

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  3. Pingback: [Bilan mensuel] Novembre, les premiers jours de froid et encore plus de plaids | BettieRose books

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