[Chronique] Les 5/5 – Tome 1 : En équilibre de Anne Plichota et Cendrine Wolf

Publié aux éditions XO – 12 octobre 2017 – 288 pages
Merci à XO pour cette lecture

FAR a 16 ans, c’est une jeune fille surdouée, déchirée entre deux cultures.
MERLIN et TITUS, les jumeaux, sont déscolarisés, ils ont 17 ans et la précarité est leur quotidien.
TOM, 13 ans, acrobate, solitaire et rebelle, ne connait pas le manque, si ce n’est l’estime de son père.
JOHN, enfin, le plus jeune, 12 ans, est un garçon né dans un corps de fille, choyé par ses parents mais incompris du reste du monde.

Tous ont quelque chose a prouver, une blessure à soigner. Tous vont se retrouver autour d’une même passion, les sports de la rue, et d’une même quête: la justice.
Le grand frère de Tom, Lip, va leur donner l’occasion de mener le combat. Révolté par le cynisme de son père, qui n’a de cesse de s’enrichir sur le dos des pauvres, il décide de faire des 5/5 un clan, les transformants en robin des bois des villes.
Bientôt, les cinq ados vont mener la vie dure à tous les profiteurs sans scrupules. Sans se douter des dangers auxquels ils vont être confrontés…

C’est mercredi et en plus nous sommes en période de vacances scolaires, alors chers parents de jeunes adolescents ou même vous (bah oui, moi j’ai adoré), voici de quoi occuper le foyer ! Aujourd’hui, nous parlerons donc du premier tome de la nouvelle série écrite par Anne Plichota et Cendrine Wolff : Les 5/5. Le nom des auteurs ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause, ce sont elles qui ont écrit la série Oska Pollock ainsi que Tugdual. De l’expérience et une intrigue palpitante c’est parti pour le mercredi jeunes Ados ! Accrochez bien vos ceintures, car les auteures vont vous faire vivre à cent à l’heure, sur patins, skates ou bmx, sauter sur le mobilier urbain et dépasser ses limites, frissons et suspens inclus !

Quand on m’a proposé de découvrir ce roman, je n’ai pas hésité bien longtemps. Il me semblait parfait pour cette rubrique du mercredi. De plus, je connaissais les auteures, les ayant rencontrées à Montaigu au Printemps du Livre il y a deux ans. Elles avaient expliqué un peu leur mode de travail et leur complicité était saisissante. Un roman jeunesse écrit par des femmes aussi motivées et impliquées ne peut que séduire les jeunes et les moins jeunes. Car pour ma part, j’ai totalement succombé, j’ai trouvé le roman addictif, entrainant, et surtout : il aborde des thématiques fortes tels l’identité, le respect et la tolérance, la relation aux autres et la fraternité. Jouant sur les codes d’un Robin des Bois urbain, elles apportent matière à réfléchir à chacun, mais aussi un point de vue sur les limites entre le bien et le mal, moral et immoral. Jusqu’où peut-on aller pour punir les riches coupables de bien des horreurs pour aider les plus pauvres ? C’est exclament sur quoi chaque héros va devoir réfléchir.

Les 5/5 sont une bande organisée par Lip, le grand-frère de Tom. Lip est plus âgé, mais a réussi sa carrière et semble en colère permanente envers les injustices du système. D’une nature généreuse, il cherche un moyen de réparer les erreurs. Observant son petit frère avec ses nouveaux amis, il décide d’en faire une bande rudement organisée en employant leurs talents respectifs. À la tête des 5/5, il peut assouvir sa soif de vengeance et les jeunes sont tellement admiratifs qu’ils foncent tête baissée. Moderne, le roman va aborder les sports tendance tels que le roller, le skate, le BMX ou encore le Parkour (ces adeptes de « l’art du déplacement »). Chacun des jeunes possède sa propre personnalité, les relations se nouent, d’autres se renforcent, mais surtout, tous ont un point commun : un secret qui leur pourrit la vie…

Si le roman propose action et suspens, cela ne se fera jamais en défaveur des questions fondamentales à l’âge adolescent. Chaque jeune doit apprendre qui il est, ce à quoi il aspire et tenter de se faire sa place dans le monde. Ainsi, les auteures nous parleront des relations aux autres, d’identité de genre, de déscolarisation, de cités dangereuses, de déchirement entre les cultures, du manque d’un repère paternel… Des sujets qui sont donc tout à fait pertinents et seront toujours abordés de la manière la plus juste et la plus respectueuse qu’il soit. Par exemple, l’identité de genre sera abordée aussi simplement qu’un fait, on n’y verra pas la dimension psychologique ou militante, mais uniquement la réalité et la cruauté du monde face à cela. Pour ma part, j’ai trouvé cela extrêmement pertinent, permettant aux adolescents de mieux s’identifier sans chercher à comparer certains points que la société pourrait pointer comme logiques à suivre. Le personnage concerné par cette identité de genre vit au milieu d’une famille unie et qui l’aime tel qu’il est, respectant parfaitement les choix, la nature même de l’enfant. Mais nous verrons vite que pour d’autres personnes, la cruauté sera l’unique réponse. Apprendre à s’aimer quand les gens vous pointent du doigt est loin d’être facile.

De plus, la féminité va ici être abordée d’une manière pertinente et intéressante, au travers de Far qui a 16 ans, est une jeune fille très intelligente, mais qui doit sans cesse « choisir » entre son passé en Afghanistan et son présent en France. Ses parents, épiciers, tiennent à conserver certaines traditions dont la jeune femme désire s’affranchir, à commencer par son foulard. Rêvant de liberté, prise dans les premiers émois amoureux de l’adolescence, Far ressent le besoin de s’évader et de fuir les convenances. Adepte de BMX, elle sera l’exemple même que les filles peuvent pratiquer un sport genré par la société, car après tout, pourquoi est-ce que le BMX devrait être réservé aux garçons ? Avec un caractère ferme et une intelligence très fine, Far parviendra à trouver de véritables bouffées d’oxygène auprès de sa nouvelle bande.

Le point commun de ces jeunes est indéniablement leur soif de justice dans une société qui ne leur correspond pas vraiment, dans laquelle il est difficile de trouver sa place entre quête identitaire, traditions ou religion, précarité et dangerosité du lieu de vie, solitude et recherche affective auprès d’un père détestable. C’est évidemment par le biais des sports de rue qu’ils vont pouvoir renforcer leur union et les scènes sont quelque part thérapeutiques, chaque action de la bande permettant à l’un ou l’autre de s’exprimer, de ressentir autre chose, d’être compris et aimé. Toutefois, nous verrons que les intentions de Lip restent floues et que le meneur de la troupe n’est peut-être pas tout à fait honnête avec eux.

Rassurez-vous le roman ne fait pas la promotion d’acte de vandalisme ou de délinquance. Le sport est l’excellent prétexte aux actions, qui bien souvent nous paraissent justes. Mais comme je vous le disais, ce sera aussi au lecteur de réfléchir et de trouver la limite entre ce qui est bien ou pas. Chaque personnage aura l’occasion de se poser cette question et les épreuves qui les attendent trouveront peut-être un écho différent en fonction de leur vie quotidienne. Car, soyons clairs, aucun ne jouit de la même liberté, du même confort, du même soutien. Et c’est justement cela qui fait de ce roman quelque chose de magnifique et essentiel à lire : la diversité, la tolérance, le respect des autres. Chacun avance avec ce qu’il a, parfois voudrait autre chose, mais aucun ne se montre ingrat, simplement heureux de pouvoir se retrouver et faire pulser l’adrénaline dans des parcours urbains survoltés.

Vous l’aurez compris, Les 5/5 est un roman de fiction qui puise son inspiration dans notre quotidien. N’abordant aucun thème fantastique, nous sommes véritablement plongés dans un quotidien français ordinaire où chaque adolescent lutte pour son identité, sa liberté, mais aussi, sans en avoir bien conscience, son avenir. Les sentiments commencent à fleurir, la relation aux autres se détermine, s’affine, le soutien parental s’intensifie ou au contraire s’amenuise. Mais quoi qu’il en soit nous avons avant surtout sous nos yeux une bande d’adolescents, des amis qui ne se posent que peu de questions quant à la nature profonde de l’autre, car ils ne voient qu’avec le cœur. Et si un dernier point fort était encore à souligner dans ce roman, c’est justement le cœur de nos héros. Ces adolescents aiment sans concessions, ressentent, vivent et respectent les autres. Un beau modèle, de belles valeurs tout en restant à 100% dans une histoire palpitante où adrénaline et suspens flirtent sans plaisir coupable.

La nouvelle Série de Cendrine Wolf et Anne Plichota prend un tournant réaliste grâce à une fiction qui puise son inspiration dans notre quotidien. En milieu urbain, 5 jeunes, tous avec un secret, mais aussi tous avec un talent particulier, vont être réunis pour rétablir un semblant de justice. Mais la quête de l’équité ne saurait se passer de quête identitaire et à travers cela, nos auteures vont aborder de très nombreuses thématiques cruciales à l’adolescence. Ce roman est excellent et rythmé et saura séduire les jeunes tout comme leurs parents en quête de réponses. Toutefois, attention, il n’y a ni psychologie de comptoir ni leçon de morale dans ce livre, juste de la sincérité et des sentiments.

J’ai beaucoup aimé suivre l’histoire de ces adolescents. Même si cette période remonte à assez loin chez moi et que la vie quotidienne est devenue différente, les thèmes restent universels et intemporels. Malheureusement, on se rend vite compte que certaines choses n’évoluent pas autant qu’on le souhaiterait. Sans parler d’action militante, rien que de lire cette histoire prouve une ouverture au monde, aux autres. Emplie de bienveillance et de compassion, sans jamais verser dans le registre du mélodramatique, l’histoire a un cruel goût de réalité tout en apportant son lot d’action réjouissante et inspirante. Y combiner les sports de rue rend le tout encore plus addictif et devrait rendre accro n’importe quel adolescent aimant cela ! Les scènes d’action sont parfaitement menées et la justesse des réflexions est saisissante. Bref, Les 5/5 c’est de la diversité, de l’action, du suspens, de la tolérance et bien plus encore. Je ne peux que le recommander. Certes, je n’ai pas l’âge de ce genre de lectures, mais rien que pour la valeur des messages et le côté très attachant de chaque personnage, je continuerai la série.

 

16 réflexions sur “[Chronique] Les 5/5 – Tome 1 : En équilibre de Anne Plichota et Cendrine Wolf

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