[Chronique] Le songe de Tarryn Fischer

Publié aux éditions Hugo NewRomance – 18 octobre 2017 – 400 pages
Merci à Hugo New Romance pour cette lecture. 

WARNING : Le résumé proposé est très spoilant. J’ai donc mis en blanc ce qui dévoilait trop de choses, libre à vous de surligner pour lire ou pas. Je commence par le résumé en anglais qui en dit beaucoup moins.

Helena Conway has fallen in love.
Unwillingly. Unwittingly.
But not unprovoked.
Kit Isley is everything she’s not—unstructured, untethered,
and not even a little bit careful.
It could all be so beautiful … if he wasn’t dating her best friend.
Helena must defy her heart, do the right thing, and think of others.
Until she doesn’t.

Tout commence par un rêve que fait Helena, l’héroïne. Elle s’y voit mère de famille avec le copain de sa meilleure amie, dans une ville à l’autre bout du pays, dans un futur très différent que celui qu’elle envisage alors. Le rêve est très vif et troublant et elle va se réveiller en se demandant s’il est prémonitoire. Elle se persuade que tout cela n’est pas important, mais ne cesse d’y repenser.
La vie reprend, à côté de son petit-ami Neil, mais chaque décision ou événement semble la rapprocher du rêve, et cela la trouble.
Peu à peu, elle commence à voir sa meilleure amie différemment et le petit ami de celle-ci, Kit, l’intéresse de plus en plus. Ils vont se rapprocher. Helena agit de plus en plus conformément au rêve. Surlignez pour continuer à lire l’intrigue.
Pour mieux connaître Kit, Helena commence à suivre ce qu’il fait. Il écrit un livre dont le pitch est que deux garçons aiment la même fille. Ce livre et les échanges qu’ils ont à ce propos vont les rapprocher. Elle s’immisce aussi beaucoup dans la vie sentimentale de Kit et de son amie.
Peu à peu, elle s’éloigne de Neil, comme son amie s’éloigne de Kit et sa relation avec Kit flirte avec une vraie relation sentimentale. Son amie va avoir un bébé comme le prédisait le rêve, bébé dont s’occupe beaucoup Helena…
Le rêve était-il prémonitoire ou Helena a-t-elle provoqué les circonstances propices à sa réalisation ? La réalité va-t-elle rejoindre l’imaginaire ?

Avant de partir dans le vif du sujet, à savoir la chronique, je tenais à signaler le titre original de l’œuvre, bien différent de celui choisi chez nous (même s’il convient parfaitement) : F*ck Love. Tout de suite, ça donne le ton, et comment dire ? Quelle romance nous attend ? Va-t-il s’agir de trahison ou d’insupportable triangle amoureux ? Pas vraiment, mais si le thème du petit ami de la meilleure amie vous chagrine, passez votre chemin. Enfin non, parce qu’il faut quand même préciser un truc : la meilleure amie a du niveau dans le genre garce superficielle et égoïste. Est-ce que ça excuse quelque chose ? Eh bien, tout dépend du rêve… Va-t-il se réaliser ou n’être qu’un doux songe ancré dans la mémoire d’Helena ?

Tarryn Fischer ne m’était pas inconnue puisqu’elle fut la coauteure de Never, Never auprès de la grande et ingénieuse Colleen Hoover (mon auteure de romance chouchou, oui, rien que cela). J’avais hâte de découvrir ce roman un brin mystérieux et dont la couverture ne fait que renforcer l’énigme autour du rêve d’Helena. Dans l’ensemble, j’ai passé un excellent moment de lecture, mais je dois dire que je fus aussi bien surprise par la tournure des évènements et qu’il n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Déjà, si vous recherchez des romans où les scènes érotiques sont présentes ou même omniprésentes, ce ne sera pas Le Songe. En effet, tout est joué sur les sentiments, les émotions, la morale, la rédemption et absolument pas sur le sexe, bien que l’attraction sensuelle, elle, soit présente.

Helena est une jeune fille ordinaire, qui a un petit ami et une meilleure amie et tout va bien pour elle. Jusqu’au jour où elle fait un rêve très étrange et particulièrement déstabilisant. Dans ce rêve, elle est plus âgée et en couple avec Kit. Le souci c’est que Kit est le copain de sa meilleure amie, Della. Pourtant, dans le rêve, Helena est si heureuse, qu’elle a du mal à croire que ce n’était pas réel. À son réveil, perturbée et ébranlée, elle va commencer à voir les choses différemment. Ressentir aussi des émotions parfois contradictoires. Découvrir peu à peu le vrai visage de son amie. Se rapprocher de Kit, apprendre à le connaitre et devenir complices. Mais elle n’a pas le droit de tomber amoureuse de Kit, l’amitié avant les garçons n’est-ce pas ? Mais peut-on résister et cesser d’écouter son cœur ? C’est ce que va expérimenter Helena en mettant de la distance, mais le destin a parfois de drôle de façons de vous rappeler à l’ordre. Helena se sent vide sans Kit, et pour ce qui nous est donné à observer de lui, il en est de même pour ce jeune homme. Pourtant, il est tout l’inverse de ce qu’Helena cherchait dans la vie. Le cœur a ses raisons… et puis finalement, un slogan « F*uck Love ».

La première grande force de ce roman n’est autre que notre héroïne, Helena. Il nous est très facile de s’identifier à elle tant elle est ordinaire, simple. Elle le dit sans retenue, elle est une fille beige, elle n’est pas exubérante, ni extravertie, ne cherche pas à plaire ou être plus jolie, ne se met en compétition avec personne. Tout ce qu’elle souhaite est d’avancer dans la vie, sans louper des occasions de bonheur. Et justement, ce bonheur, elle l’a entraperçu auprès de Kit dans ce rêve. Elle va se rendre compte de son attirance pour le jeune homme et de sa réciprocité. Helena est drôle, a un grand cœur et assume qui elle est. Seulement, elle ne se voit pas non plus briser le couple de sa meilleure amie. Mais jusqu’où doit aller la loyauté avec cette amie ? Que ferait celle-ci à sa place ? Peu à peu, notre jeune femme découvre un visage nouveau de son amie et a bien du mal à poursuivre leur relation… L’exil qu’elle choisit lui permettra de rencontrer une jeune femme très différente, plus aimante, pleine de compassion et de bonté, Greer. Greer est incontestablement un personnage fascinant. Très secondaire, certes, mais tellement précieuse et inspirante. Et puis, il se pourrait bien qu’elle sache certaines choses.

Refuser de souffrir ou de faire souffrir quelqu’un, c’est ce que notre jeune femme cherche à tout prix. Mais il ne faudrait pas en oublier son propre bonheur. Alors que son amitié avec Kit se renforce, que leurs échanges se font de plus en plus nombreux et passionnés, la mince frontière entre amitié et séduction semble franchie et commence ainsi un flirt inconscient, mais saisissant. L’auteure va vous surprendre par ses choix et les émotions qu’elle vous procurera. Il se pourrait même que vous détestiez ces fameux choix, que vous trouviez certains comportements révoltants. Pourtant, vous ne pourrez pas vous empêcher d’avancer pour voir ce qu’elle va faire de ce couple si parfait qui n’en est pas encore un. Autant vous le dire, la route ne sera pas droite, il y aura de très nombreux et douloureux obstacles, mais un lien si beau qu’on ne peut que le souhaiter éternel. La remise en question de l’amitié sera également abordée, en prenant l’exemple de ces filles qui se connaissent depuis toujours, mais qui finalement n’ont peut-être pas grandi dans la même direction ? Et puis, avouons-le, son amie est plutôt insupportable, égocentrique, parfois une véritable garce. Alors, à quoi bon préserver ce genre de relation ?

Le personnage de Kit provoquera quant à lui une multitude de sentiments, d’émotions, de pensées. Indéniablement attachant, nous aurons pourtant parfois envie de le secouer et de lui montrer la voie à suivre. Loyal, il fera les choix de la raison sans forcément écouter son cœur. Mais il est aussi capable de se dépasser et de prouver des choses, s’il est justement suffisamment secoué. Ce garçon est très attentionné, touchant et mu par sa passion d’écrire une histoire. Et puis l’auteure nous entraine dans une seconde partie de l’histoire, après une violente rupture, fêlure et il devient alors difficile de départager nos sentiments, d’approuver certaines choses, voire certaines pensées. Mais ce sont ces étapes qui viendront confirmer la nature évidente que la relation, entre Kit et Helena, devrait prendre. N’en déplaise à d’autres.

Finalement, c’est une leçon de vie et de choix. Parfois, se montrer égoïste et penser à soi avant de penser aux autres n’est pas une mauvaise chose. Si certains comportements sont condamnables et difficilement justifiables aux yeux de tous, ils n’en demeurent pas moins naturels, spontanés. Difficile de laisser ses sentiments de côté pour épargner quelqu’un qui ne vous a en fait jamais vraiment aimé. Della, cette meilleure amie autoproclamée est une jolie fille qui ne cherche qu’à briller et s’accompagner de quelqu’un qu’elle trouve moins belle lui permet de mieux se montrer. Elle est absolument détestable, agaçante, égoïste et nous avons tellement de mal à l’apprécier que, finalement, l’histoire qui prend vie entre Helena et Kit n’est plus vraiment condamnable. L’auteure joue aussi sur les frontières, les choix, les limites, les devoirs. Avancer à tout prix, oui, mais sans perde de vue le bonheur. Au cours de ces errances, Helena rencontrera des personnages hauts en couleur, voire complètement hallucinants. Mais plus que tout, notre fille beige va se trouver elle. Et n’est-ce pas le plus important ? Car se trouver est le meilleur chemin vers le cœur de l’autre afin d’abattre les barrières protectrices érigées au nom de la loyauté ou de l’amitié. Le songe est un véritable page turner, les émotions d’authentiques déferlantes et l’amour est ici présenté sous un jour différent, avec de l’originalité, de l’humour et des épreuves. Une chose s’avère certaine, Tarryn Fischer jouit d’une plume hors du commun et vous allez adorer détester cette romance (NB : elle ne contient pas de scènes de sexe).

 

Où commence la frontière de la réalité après un rêve aussi prenant ? Helena va devoir écouter son cœur et faire la part des choses. La relation qu’elle développe avec Kit est magnifique, mais certaines personnes pourraient en payer le prix fort. Faut-il toujours suivre nos sentiments ou vaut-il mieux laisser place à la raison ? Une romance douce, mais avec son lot de drames et de prise de conscience. Parfaitement construit et addictif.

 

Un rêve peut-il venir bouleverser votre existence ? Si vous cherchez une New Romance qui change, Le songe est fait pour vous. La plume de l’auteure ne ressemble à aucune autre et elle vous laisse cette drôle de sensation de confusion entre approbation et désapprobation, vous met même mal à l’aise en s’affranchissant de certaines limites imposées par le bon sens moral. Pourtant, si certains choix nous semblent égoïstes ou immoraux, ils correspondent à la nature même des choses. En voyant le vrai visage de quelqu’un, on peut parfois parvenir à s’en détacher et s’affranchir de ces limites. La relation entre Kit et Helena m’a beaucoup plu, bien que j’aurais parfois aimé secouer un peu plus notre jeune homme. Deux personnages drôles, différents et uniques qui font de cette romance un étrange oiseau littéraire non identifié…

20 réflexions sur “[Chronique] Le songe de Tarryn Fischer

  1. J’en l’ai lu quand il est sorti en VO et j’avais adoré même si j’étais un peu perdu au début (normal je savais Pas de quoi ça parlait et le temps de me remettre dans le bain de l’anglais)
    Perso j’aurais gardé le titre original qui colle mieux à l’auteur mais bon ça n’est que mon avis

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  2. Pingback: [Bilan Mensuel] Octobre 2017 – Plaid, thé, café et chats. | BettieRose books

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