[Chronique] Dans l’ombre de Stella de Alexandra Sirowy

Publié aux éditions Pocket Jeunesse – septembre 2017 – 416 pages
Merci à Pocket Jeunesse pour cette lecture

Il y a 11 ans, deux petites filles sont parties jouer dans la forêt, seule l’une d’elles est revenue…

Il y a onze ans, Jeanie et Stella sont parties jouer dans la forêt ; seule Stella est revenue… Aujourd’hui adolescente, elle aspire à passer un été doux et tranquille avec ses amis. Pourtant, la découverte d’un corps, dont la ressemblance avec Jeanie est troublante, va raviver des souvenirs enfouis depuis tant d’années. Stella va tout faire pour se remémorer et comprendre ce qui s’est passé lors de cette journée fatidique. Mais attention ! affronter les monstres du passé n’est pas sans conséquences…

À trop parler de monstres, ils finissent par prendre vie…

Dans l’ombre de Stella est typiquement le genre de roman que j’aime lire de temps à autre et qui se révèle parfait pour cette saison de frissons. Thriller young adult, rien que la couverture promet de sinistres rencontres et l’on se demande quand nous allons croiser l’inévitable chemin des monstres. Ne connaissant pas du tout l’auteure, je me suis lancée dans ce roman sans rien savoir d’autre qu’une petite fille avait disparu 11 ans plus tôt et que l’affaire allait ressurgir. Et je peux vous dire que je me suis régalée. Je suis même passée assez près du coup de cœur et Dans l’ombre de Stella, totalement addictif m’a volé une nuit puisque je ne pouvais plus le reposer ! (J’avoue sans honte et pourtant, il en faut pour que ça m’arrive, mais j’ai dû allumer toutes les lumières de la maison pour aller aux toilettes et nourrir mes chats cette fameuse nuit. Après cela, je me suis constitué une barricade de coussins anti-monstres, car c’est bien connu, ça fonctionne !).

Stella est une adolescente tout ce qu’il y a plus de classique. À l’aube de sa dernière année d’école, elle n’aspire qu’à une chose, profiter de l’été et sortir avec le garçon hyper canon (et superficiel) du lycée. Entrainée toujours plus loin dans les futilités par sa meilleure amie, un brin exigeante, Stella jouit donc d’un été paisible où flirt et barbotage sont de rigueur sous un soleil plutôt écrasant. Mais voilà la date de l’année que Stella redoute le plus : le Jour des Os. Rituel un peu stupide inventé dans une petite ville en manque de distractions et de faits divers, cette fête commémore la disparition de Jeanie, 11 ans plus tôt. Une date dont Stella préférerait ne pas entendre parler, car elle ne se souvient d’absolument rien, au grand désespoir des policiers du coin, et ceci lui vaut la haine de la famille de Jeanie. Pourquoi a-t-elle survécu ? Qui a fait du mal à la petite fille rousse si ordinaire ? Pourquoi Stella ne dit rien ? Qu’a-t-elle vu ?

Nous arrivons dans un virage assez particulier de la vie de Stella, celui où l’adolescente flirte avec certaines prises de conscience d’âge adulte. Au début du roman, ô combien est-il facile de détester cette gamine gâtée, riche, superficielle qui ne pense qu’à sa popularité et son physique, ainsi qu’aux mecs qu’elle va pouvoir enchainer en terminale. Pourtant, nous sentons dès le départ une certaine fissure en Stella, liée, bien entendu au drame, mais pas seulement. Elle est en plein combat interne entre l’image qu’elle donne parce qu’elle est influençable et que sa meilleure amie populaire et intraitable veut en faire une lycéenne typiquement vide de cervelle, et celle qu’elle fut, qu’elle cherche. Difficile donc pour elle de profiter totalement de son été, pourtant, elle parvient à mettre les choses de côté et se convaincre que tout est cool comme cela. Seulement, le jour des os, plusieurs évènements vont se produire pour Stella : un flash, des retrouvailles particulièrement tendues avec son meilleur ami d’enfance Sam, la découverte d’un cadavre qui ressemble à s’y méprendre à Jeanie. Largement de quoi perdre pied et Stella va devoir faire des choix.

Avant de parler de la partie thriller à proprement parler, j’aimerais m’arrêter sur le puissant message livré ici par l’auteure au sujet de la vie des lycéens américains. Quand vous lisez beaucoup de romans young adult américains contemporains, vous savez à quel point il est fondamental de s’intégrer et de tout faire pour être populaire, envié de tous, adulé et respecté. Pour les filles, l’enjeu se transforme souvent en véritable combat de tenue, vulgarité et séduction. C’est exactement ce qui nous est exposé ici. À Savage, morne petite ville, le statut social a toute son importance et détermine comment vous allez vivre votre scolarité. La meilleure amie de Stella a tranché : superficielle et bombe sexuelle, et que rien ne viennent gâcher la dernière année de lycée. Bien souvent, les lycéens américains aspirent à faire de leur année de Terminale la meilleure possible, car ils sont souvent, par la suite, dispersés dans des universités aux quatre coins du pays avec peu de chances de se retrouver. Autant vivre tout à fond. Mais, si Stella suivait bien ce moule imposé par son amie, les évènements vont la perturber, la pousser sur d’autres quêtes et l’interroger profondément sur le sens de tout cela. Puis, petit à petit, elle va devoir apprendre à lâcher du lest et reconnaitre les choses pour ce qu’elles sont : elle adore passer du temps avec le roi des loosers. Eh oui, les amitiés d’enfance ne s’oublient pas si facilement, et le jeune homme est persuadé que derrière sa carapace « pétasse », Stella est toujours la chouette personne qu’il a aimée.

Ce point étant clos, intéressons-nous au traitement de la partie thriller, mystère, enquête. Celle-ci est fascinante et l’auteur joue sans cesse avec nos nerfs, plaçant des pions avant de les renverser subitement et nous peinons, comme Stella à comprendre ce qui s’est passé ce jour-là. Si Stella ne se préoccupait pas vraiment de cette histoire, c’est désormais tout le contraire. Le cadavre de la petite fille rousse du Jour des Os a ébranlé ses certitudes, dont certaines vraiment détestables qu’elle n’hésitera pourtant pas à dévoiler. Car oui, parfois, Stella a tendance à faire enrager le lecteur par ses pensées et actions, mais peut-on lui en vouloir d’être jeune et immature ? Chacun grandit à son rythme et peut-être est-ce vraiment difficile d’accepter d’être celle qui a survécu. Petit à petit, des souvenirs vont l’assaillir, jamais bien clairs, mais particulièrement horrifique et suffisamment mystérieux pour l’inciter à aller fouiller du côté de la forêt de Savage, là où son amie d’enfance avait disparu.

Le rythme est percutant, haletant. Nous rencontrons des personnages très différents, il se passe des choses préoccupantes et nous avons l’impression d’être sur une pente glissante. Les indices sont troublés par des révélations et par de nouveaux mystères et finalement, l’oppression ressentie en forêt semble venir entourer toute la ville et détériorer l’ambiance de l’été. Car oui, bien que nous soyons très souvent à ciel ouvert, cette ville fait froid dans le dos et l’auteure distille les frissons de manière brillante et efficace. Peu à peu, nous observons le danger se déployer absolument partout, et les théories s’accumulent, comme dans la tête de Stella. Si elle peut compter, comme depuis toujours, sur Sam, la jeune femme devra aussi se remettre en question sur bien des choses. De plus, si l’amnésie post-traumatique ne lui est pas réellement reprochée, elle glissera aisément sur la pente de la culpabilité (non pas celle de survivre, mais celle ne de rien savoir) et fera tout pour provoquer les souvenirs. Ce qu’elle oublie, c’est qu’à trop parler de monstres, ils finissent par prendre vie. Sordide réalité, teintée de fantastique et de légendes urbaines, Dans l’ombre de Stella est bluffant par ses révélations et twist et j’avoue n’avoir rien vu venir réellement. Au-delà de la disparition d’une petite fille et de sordides assassinats, l’auteure nous entraine sur une réflexion profonde au sujet de l’âme humaine et de ses déviances. L’éventail des personnages rencontrés permet véritablement de pointer de sombres horreurs et d’évaluer le poids des secrets.

Le style est totalement adapté à cette histoire, entre futilités et drames, amitié et amour, disparition et mort, mystère et fantastique. Mais que les lecteurs peu avides de monstres fantastiques se rassurent Dans l’ombre de Stella a bien des choses à vous proposer et vous allez foncer tête baissée. Préparez-vous à vous énerver contre Stella tout comme à l’aimer pour le parcours incroyable qu’elle va réaliser au cours de cet été. L’auteure nous illustre à merveille la fin d’une ère, celle de l’adolescence, qui s’efface pour laisser place à la plus sordide réalité de la vie d’adulte, où chaque choix sera assumé pour ce qu’il est et où les dissimulations ont moins de chance de résister au regard perçant des autres. Une jolie leçon d’humilité et d’humanité, tout en explorant les tréfonds des âmes perverties… Enfin, saluons cette formidable capacité d’Alexandra Sirowy à naviguer sur la mince frontière entre fantastique et réalité, laissant toujours planer le doute sur les origines d’un mal qui reste encore un mystère dans cette ville de Savage, lieu de légendes urbaines puissantes et inspirées directement par la nature dont elle est constituée. 

Plongez au cœur du mystère et venez rencontrer les monstres de Savage. Préparez-vous à vous égarer entre fantastique et réel, à vous imprégner des légendes et du folklore nordique. Quand la futilité lycéenne percute le monde dramatique des adultes, ça fait mal et Stella va tout faire pour grandir suffisamment et résoudre enfin cette troublante disparition. Mais surtout, n’oubliez jamais que c’est à trop parler de monstres qu’ils finissent par prendre vie. Page turner total, Dans l’ombre de Stella m’a volé mon sommeil et je l’en remercie. Frissons garantis sans avoir à tomber dans les clichés de l’horreur ou du glauque car Alexandra Sirowy est la magicienne de l’atmosphère lourde et angoissante, et elle prendra plaisir à vous perdre dans la forêt sombre de Savage. Qui/qu’allez-vous y croiser ?

J’ai adoré cette lecture qui a dépassé mes espérances en la matière. Séduisante, la plume joue sur plusieurs niveaux et excelle à nous introduire dans une atmosphère particulière. Tout à coup, c’est comme si l’air de la forêt nous recouvrait, et que l’on pouvait percevoir les monstres qui y sont dissimulés. Le mélange absolument parfait de fantastique et réaliste nous donne encore plus de frissons et les théories que nous élaborons sont si nombreuses qu’elles nous accrochent à l’intrigue et nous empêchent de reposer le roman. Enfin, le côté futile des lycéennes en quête de popularité et d’approbation constitue la base solide dans laquelle le contexte vient s’insérer en obligeant les jeunes à grandir, tout en gardant leur envie de profiter encore un peu de l’innocence. En bref, tout est savamment dosé et ça donne un roman vraiment réussi à découvrir sans tarder. Une perle dans le monde des thrillers young adult. 

 

 

20 réflexions sur “[Chronique] Dans l’ombre de Stella de Alexandra Sirowy

  1. J’ai peur très peur de devenir encore plus flippée que je ne le suis déjà mais… Il me tente tellement.. il a l’air d’avoir toutes les qualités qui font souvent défaut au genre c’est à dire des personnages profonds et qui grandissent dans une atmosphère réaliste au précipice du fantastique !

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  2. Tu m’intrigues ! J’ai une amie qui a elle aussi passé un bon super moment avec cette lecture et c’est vrai que les romans pleins de mystères, j’adore !

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  3. Pingback: [Bilan Mensuel] Octobre 2017 – Plaid, thé, café et chats. | BettieRose books

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