[Chronique] Aux deux hirondelles de Élise Fischer

Publié aux éditions Calmann-Lévy – Août 2017 – Collection France de toujours et d’aujourd’hui – 385 pages
Merci aux éditions Calmann-Lévy pour cette lecture

Paris, 1953. Pauline Delaumont et Anne, sa soeur jumelle, décevant les attentes de leur père, notable de Nancy, sont chanteuses dans un cabaret de la butte Montmartre. Leur spectacle fait recette mais pas assez aux yeux du propriétaire qui, pour mieux rançonner la clientèle, exige qu’elles le pimentent de numéros de strip-tease ! Elles décident alors d’ouvrir leur propre établissement : ce sera le cabaret des Deux Hirondelles, à Saint-Germain-des-Prés. Elles peuvent compter sur le soutien amical des artistes les plus en vue : Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Léo Ferré, Mouloudji, Georges Brassens, Grappelli, Django et tant d’autres…
Alors qu’Anne fi le le grand amour avec un musicien hongrois et que Pauline vit allègrement son célibat, tout se présenterait au mieux pour les jumelles sans la menace que fait peser sur elles une abominable campagne de calomnies. Qui, dans l’ombre, les poursuit de sa haine ?
Quand les masques tomberont, il faudra tout l’amour de leur famille nombreuse nancéienne pour panser les blessures et réparer les destins brisés…

J’avais repéré ce roman sur l’instagram de Calmann-Lévy et, totalement fascinée par l’époque et tombant amoureuse de la couverture, j’avais annoncé le mettre dans ma liste de Noël. Finalement, c’est l’éditeur qui a joué le rôle du grand barbu de fin d’année en m’envoyant par surprise le roman. J’étais folle de joie à sa réception et il a vite grimpé tout en haut de ma PAL, tellement j’étais impatience de le lire et de me plonger dans le cabaret des sœurs jumelles en 1953. Malheureusement, et ça, personne ne pouvait le prévoir, je n’ai pas du tout aimé ma lecture et j’ai même dû me forcer à le finir, tout en lisant en diagonale… Dommage, mais je vais vous expliquer ce qui ne m’a pas plu et souvenez-vous que cet avis n’engage que moi. De plus, je tiens à rappeler que mon immersion dans le monde des romans historiques n’est pas si vieille que cela, je dirai environ deux ans. Par conséquent, je suis très loin d’avoir parcouru la diversité des plumes et toutes ne nous conviennent pas.

En ayant lu la 4e de couverture, je me suis de suite projetée dans un Paris d’après-guerre, car nous savons bien que l’heure était encore à la reconstruction et aux deuils. En effet, dès le début de l’histoire, une fois le contexte historique mis en place, nous voilà plongés dans le cabaret qui emploie les jumelles et ces dernières sont face à un cruel chantage. Qu’importe, elles ouvriront leur propre cabaret. Là, j’étais ravie ! On nous raconte l’histoire de la famille, on parle des morts et des vivants, et l’on attend avec impatience la soirée d’inauguration pour côtoyer ces artistes français qui n’ont jamais fait partie de notre culture, mais dont nos grands-parents vantaient les mérites (du moins pour ma génération^^). Échec. L’ambiance n’est absolument pas là. Tout est plat, aucune valeur n’est donnée à l’art et la mise en scène. Ambiance sombre au possible. Pourquoi ? Bien entendu, j’ai parfaitement compris que tout le monde avait perdu des êtres chers pendant la guerre et je ne minimise absolument pas le traumatisme de cette guerre ni le deuil. Mais le cabaret était justement censé représenter l’esprit de fête et d’artistes et même la soirée d’ouverture ne nous immerge que très peu dans l’ambiance. Dommage.

J’ai poursuivi ma lecture, certaine que le déclic allait venir. Malheureusement, j’ai commencé à m’interroger sur la plume, mais aussi sur la place de ce roman. En effet, il n’est précisé nulle part que Aux deux hirondelles fait suite à deux autres romans (si j’ai bien compris). Qu’il s’agit donc d’un tome 3 et que bien qu’il puisse être lu séparément, j’ai fini par être plus qu’agacée par les notes de bas de page renvoyant sans cesse, au roman précédent, Le jardin de Pétronille. Ce dernier prend place dans les années 40 et va affronter toutes les années de guerre et ses pertes. Forcément sans l’avoir lu, il manque des données. Mais encore, cela pourrait passer si ces notes n’étaient pas incessantes. Il suffirait de rappeler un peu mieux l’histoire précédente plutôt que de se contenter de quelques lignes et une note renvoyant à un tome que nous n’avons pas forcément lu. J’ignore ici si c’est une volonté ou une erreur éditoriale et en soi, peu importe, je pointe juste ce qui m’a dérangée, MOI.

Qu’on soit bien d’accord, mes chers lecteurs, je ne remets en aucun cas en cause le travail de l’auteure, car justement il est excellent dans le sens où la bibliographie qui a servi de base est importante et que l’historique est soigneusement observé, consigné. Je ne peux qu’imaginer à quel point Élise Fischer est calée en histoire, car j’ai appris énormément de choses dans ce roman que je n’ai pourtant pas pu apprécier. Et pour cause, je pense qu’il est trop historique pour moi, pas assez romancé, trop de leçons d’histoire. Pour les mordus de romans historiques, il passera certainement très bien, pour moi, c’était trop pointu. Encore une fois, je rappelle que je me suis mise qu’assez récemment au genre. Mais, jamais, je n’avais ressenti une telle frustration face à un récit. Je n’ai réussi à m’attacher à aucun personnage. Déjà, il faut savoir qu’ils sont très nombreux et qu’il n’est pas toujours évident de retenir l’arbre généalogique et amical de la famille concernée. Entre les morts et les vivants, parfois nous nous y perdons, et ce, même en faisant le plus grand des efforts. Bien évidemment j’imagine que lire les deux romans qui précèdent est une aide inestimable à ce sujet là. Le hic, c’est que des épreuves terribles arrivent à nos personnages, mais que je n’ai rien ressenti du tout. Il y a même une scène dramatique qui représente ma pire phobie et que j’aurais normalement sautée (incendie/gens bloqués), mais elle ne m’a fait ni chaud (ce n’est pas un jeu de mots) ni froid.

Là où je suis profondément frustrée, c’est ce sentiment de ne pas comprendre une plume, pourtant bien plus qu’habile et rompue à l’exercice de l’écriture quand on voit le nombre incroyable de romans publiés. Quand on ajoute l’immensité du travail de recherches historiques et de restitutions dans le récit par la suite, je n’ose imaginer à quel point ces romans sont travaillés et aboutis. Eh oui, je me suis sentie un peu bête de ne pas comprendre, ni être entrainée. Bien sûr, nous ne pouvons pas aimer tous les livres que nous lisons et il y a malheureusement des plumes avec lesquelles nous n’avons pas la moindre compatibilité. Toutefois, j’avais tellement espéré me plonger dans cette ambiance 50s Française et cabaret que je ne suis qu’amère de n’avoir que peu retrouvé ce que j’en attendais. J’aurais tellement aimé en savoir plus sur le milieu du cabaret, les tenues, les spectacles, les ambiances… Certes, nous avons cette rivalité effrayante, mais pas de paillettes. Alors attention je sais très bien que l’époque était délicate et que tout n’était pas champagne et glamour…

Venons-en à présent à ce qui m’a le plus posé problème dans ce roman et qui malheureusement concerne le style de l’auteure. Ne voyez pas ce que je vais dire comme une critique brutale de son travail, je vous l’ai dit je le respecte énormément, mais je chronique ici un livre, il est évident qu’il s’agit de mon avis et que c’est parfaitement subjectif. Si j’écrivais pour un journal ou un magazine, je chercherais sûrement à être plus objective et vous savez à quel point je m’efforce de le faire pour chaque chronique négative. Mais il faut bien en passer par ce qui casse. J’avais pris des notes dès l’achèvement de ma lecture et j’avais décidé de laisser reposer un moment avant de me lancer dans un avis. Ayant terminé ma lecture depuis plus de trois semaines, il est largement arrivé à maturation. Comme je l’ai dit, le cabaret est bien loin d’occuper le devant de la scène qui est plus réservée à l’histoire de la famille que nous suivons. Nous passons beaucoup de temps avec l’ainé de cette famille, un vieil homme au grand cœur, peut-être le seul qui m’ait un tant soit peu touchée. Nous nous retrouvons dans l’Alsace-Lorraine profonde, du moins pour les novices comme moi sur l’histoire de l’Alsace-Lorraine. Si des pistes historiques nous sont fournies, elles ne m’auront pas permis de comprendre toutes les allusions et amertumes des personnages. Pourtant, quand on parle d’éléments historiques, Élise Fischer n’est absolument pas avare. Et j’ai frôlé l’overdose. La noyade sous les leçons d’histoire. Je me suis revue à l’école, tentant de mémoriser les informations en masse. Car, si tout est parfaitement expliqué, les discours en perdent énormément en spontanéité ou naturel. On a l’impression que chaque discussion est un parfait prétexte à réciter sa leçon d’histoire et la façon systématique qu’ont les gens de répondre en restituant un contexte nous les rend extrêmement distants, froids.

Finalement, Aux deux hirondelles n’était pas pour moi, mais en aucun cas je ne regrette d’en avoir fait la découverte. J’ignore si je retenterai la plume d’Élise Fischer, mais, me connaissant, probablement. En effet, je déteste rester sur un échec et encore plus « juger » un auteur sur un seul ouvrage, surtout quand ce dernier est très qualitatif et la plume excellente pour le genre, mais juste pas en adéquation avec mes attentes. Je me suis profondément ennuyée alors que le travail fut probablement colossal pour l’auteure. Malgré le fait que j’en ressorte déçue, je suis ravie d’avoir pu le découvrir. Car ne pas aimer un roman, rester hermétique à une plume, c’est aussi ce qui nous fait grandir face à la littérature. Petit à petit, nous trouvons notre confort, mais tentons d’en sortir, à nos risques et périls. Et terminons par un fait connu au sujet des hirondelles : « L’hirondelle est un présage d’heureux augure et dans le monde entier est un porte-bonheur. » (source)

Aux deux hirondelles est un roman historique prenant place dans une saga familialle. Si le tome peut se lire indépendamment des autres, les nombreux renvois vers Le jardin de Pétronille finissent par agacer. Face à une plume bien trop historique à mon goût, je n’ai pas pu développer d’attachement aux personnages ni me sentir impliquée dans l’histoire. De plus, la 4e nous promet une immersion dans le monde du cabaret dans un Paris après-guerre et malheureusement, le sujet ne sera que mineur.

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