[Chronique] Dark Net de Benjamin Percy

Publié aux éditions Super 8 – septembre 2017 – 400 pages
Merci à Netgalley et Super 8 pour cette lecture

Fermez toutes vos fenêtres !
Le Dark Net, vous connaissez ? Sous les fondations du réseau, un second Internet prospère : un eldorado sulfureux où rien n’est impossible et où on trouve de tout – drogues, armes à feu, instructions terroristes, etc.
Mais aujourd’hui, les forces obscures s’assemblent dans ces profondeurs. Des démons qui menacent d’envahir notre mon physique en « hackant » les esprit des utilisateurs pour les transformer en tueurs psychotiques.

Pour les arrêter, quatre personnages que rien ne destinait à se rencontrer : Hannah, une jeune aveugle de 12 ans ayant récemment recouvré la vue (mais pas seulement) grâce à une prothèse futuriste ; Mike Juniper, un ancien évangéliste qui combat ses propres démons et veille, dans le sous-sol de son refuge pour sans-abri, sur un impressionnant arsenal d’armes à feu ; Derek, un hacker aux allures d’Anonymous qui entend faire régner la justice au sein du réseau ; et Lela, une journaliste technophobe persuadée d’être tombée sur une histoire que personne ne veut entendre.

Bientôt, les portes de l’enfer vont s’ouvrir. Sont-ils prêts ?

Parmi les nombreux titres de cette rentrée littéraire, je dois avouer que Dark Net m’appelait comme un phare dans la nuit. J’ignore exactement pourquoi, mais probablement ce titre puis la couverture. En lisant la 4e, je me rendis compte que je n’en savais définitivement pas assez sur ce roman et qu’une seule solution s’imposait alors à moi : découvrir par moi-même. Et quelle expérience ! Si ce roman n’est pas un coup de cœur, il m’aura vraiment entrainée dans ses couloirs ténébreux et surprise au fil des pages. C’est une histoire sombre et atypique, et attention aux ombres dans la nuit, lisez-le peut-être lumières allumées. Je l’ai lu sur ma liseuse, dans le noir pour ne pas réveiller mon mari, et les frissons sont plus intenses. Bref, amateurs de sensations fortes et de passages qui peuvent faire peur, entrez dans ce roman sombre ésotérique sous fond d’hyper connexion et de données accumulées à vous rendre paranoïaque.

Tout d’abord, j’ai rendu visite à un ami accessible sur l’internet du quotidien, à savoir Wikipedia car savez-vous ce qu’est le darknet ?

Un darknet est un réseau superposé (ou réseau overlay) qui utilise des protocoles spécifiques intégrant des fonctions d’anonymisation. Certains se limitent à l’échange de fichiers comme RetroShare, d’autres permettent la construction d’un écosystème anonyme complet (web, blog, mail, irc) comme Freenet.
Les darknets sont distincts des autres réseaux pair à pair distribués car le partage y est anonyme (c’est-à-dire que les adresses IP ne sont pas partagées publiquement) et donc les utilisateurs peuvent communiquer avec peu de crainte d’interférence gouvernementale ou d’entreprise. Pour ces raisons, les darknets sont souvent associés avec la communication de type dissidence politique et les activités illégales (ex. : cybercrime). Plus généralement, le « Darknet » peut être utilisé pour décrire tout type de sites non-commerciaux sur Internet3, ou pour référer à toutes les technologies et communications web « underground », plus communément associés avec les activités illégales ou dissidentes.
Le terme darknet ne doit pas être confondu avec « deepweb » lequel signifie web profond. « Darknet » ne doit pas non plus être confondu avec le néologisme « darkweb ». Lien de la source.

Cette clarification étant faite, nous pouvons passer à la chronique. Rassurez-vous, l’auteur explique de quoi il s’agit dans le roman aussi, bien entendu, mais ici je ne vous révèle rien de l’intrigue, je donne juste une définition pour ceux et celles qui se poseraient la question quant à lire ce roman. J’avoue que le concept de Dark Net est ce qui m’a séduit en tout premier. Puis, sentant le côté occulte, ésotérique je ne pouvais que me lancer. Ce roman m’a donné l’occasion de découvrir la plume de l’auteur et je dois dire que ce fut plutôt surprenant. En effet, je n’ai pas réussi à « identifier » réellement le style de l’auteur qui a recours bien souvent à des phrases courtes, mais certes, efficaces. La plume ne donne pas de réel rythme et ne va pas toujours au fond des choses. Pourtant, beaucoup d’explications nous sont fournies quant à la menace qui pèse sur la ville de Portland, mais il m’a manqué un petit quelque chose pour vraiment accrocher à toute l’histoire. À vrai dire j’ai mis un peu plus de temps que d’habitude pour lire ce roman, coinçant parfois entre les lignes, piégée entre une très légère lassitude et l’envie de voir où il nous mène. Toutefois, reconnaissons à cette plume une certaine nervosité ou urgence qui va contribuer à installer une atmosphère anxiogène, surtout que l’auteur prend plaisir à nous laisser dans le trouble, distillant les menaces entre dark web et créatures démoniaques.

Le point fort du roman est très probablement l’association des personnages à qui rien ne sera épargné. Ajoutons-y le chien de Lela, car après tout, il fera partie de toute l’histoire, veillant sur sa maitresse au moindre signe de malveillance. Benjamin Percy n’a pas choisi de nous présenter des héros ou des personnages sympathiques, si ce n’est la jeune Hannah. J’entends par là que chacun possède un caractère fort et que la morale n’est pas forcément dans leurs habitudes. Lela, la journaliste est particulièrement vicieuse, mais elle pense que c’est grâce à cela qu’elle fera sa carrière. Elle n’a cependant pas tort, mais son absence totale de prudence et de morale va la conduire dans une situation très particulière, du genre surnaturel et pas forcément évident à encaisser pour une femme qui ne croit en rien. Quand en plus on lui fait comprendre que l’évènement qui menace la ville est lié aussi aux technologies modernes, c’est un coup rude pour elle. En effet elle ne se sert jamais d’un ordinateur pour rechercher des informations et possède un téléphone portable probablement plus vieux que sa nièce. Cette dernière s’appelle Hannah. Aveugle depuis quelques années, sa mère la protège comme si elle était en sucre et la jeune fille est parfois agacée de ce comportement. Mais voilà qu’elle vient tout juste d’être équipée d’un tout nouvel appareil, l’Occulus. Il lui permet de recouvrer la vue. Toutefois, elle ne semble pas voir seulement ce que le commun des mortels distingue… Derek, lui, est un spécialiste du net et de ses dérives, hacker renommé, rien ne lui fait peur et surtout pas le Dark Net. Cependant, les connexions occultes et machiavéliques qui s’y forment pourraient l’effrayer un peu. Et puis nous avons Mike Juniper, qui n’est pas là sans raison, au passé bien marqué et qui est dans l’œil du cyclone démoniaque avec son amie si vieille qu’on ne peut lui donner d’âge.

Rapidement, la ville va se retrouver hors de contrôle, car les démons sont déterminés à remporter la mise cette fois-ci. Leur but est de prendre le contrôle sur la ville de Portland et pour cela tous les massacres sont bons. Enfin, les moyens, vous aurez compris. Sang, cris, torture et sauvagerie seront au rendez-vous de ce roman noir. Nos personnages vont vivre des épreuves très intenses et ça tourbillonne à grande vitesse autour d’eux. Les alliés seront parfois mis à terre trop rapidement, mais nous pourrons toujours compter sur les ressources de chacun, qui, en s’associant, donnent un grand pouvoir. Même la jeune Hannah et que dis-je, surtout elle, sera de la partie. Alors oui, on s’attache à ces personnages, car ils sont immoraux et si naturels, du coup les leçons de morale sur l’utilisation intensive du net passent en douceur et on se pose forcément la question des dérives du web. Toutefois, notez que l’auteur ne nous a pas lancé dans la fosse aux lions n’importe comment et qu’il prend le temps d’introduire la problématique du web mais aussi son scénario ésotérique, reposant sur une histoire que notre journaliste semble déterminée à écrire… et vu que rien de l’arrête, vous aurez compris qu’elle va vite précipiter son petit monde dans une tornade démoniaque.

Si certains moments nous apparaissent fades et un peu lents, le reste du récit va vite, très vite, et il ne faut pas attendre trop longtemps pour que les démons passent à l’offensive. Quelque peu effrayants, ils ne sont pourtant rien à côté des molosses qui les accompagnent et qui, eux, nous donnent des frissons dans le dos. Quant à cette ville mise à feu et à sang, c’est totalement oppressant et nous avons hâte de la quitter. Benjamin Percy n’épargne personne et surtout pas le lecteur, tant pis pour vous si vous vous attachez à certaines personnes, il peut les faire disparaitre d’un coup de couteau ! Le roman parvient à surprendre le lecteur et met les neurones en surchauffe, car le lien entre dark net et forces occultes n’est pas toujours évident à saisir. Il faut savoir se projeter dans le code, dans l’abstrait, et le surnaturel, ce qui demande donc un effort pour le lecteur ou, tout du moins une belle ouverture d’esprit. 

Dark Net est un roman qui se démarque pour l’originalité de son intrigue. En mélangeant dark net et forces démoniaques, Benjamin Percy nous livre un récit à la fois technologique et fantastique. Frissons et oppression sont au rendez-vous, mais certains temps morts, causés par un style presque impersonnel peuvent parfois lasser. Heureusement que la nervosité du ton nous entraine au plus profond des ténèbres. Une sympathique découverte.

 

8 réflexions sur “[Chronique] Dark Net de Benjamin Percy

    • Je t’avoue qu’au début je ne pensais pas que cela irait si loin dans le fantastique/horreur/créatures ésotériques. Je pensais qu’on serait beaucoup plus dans le dark net pur et dur.
      Mais comme j’aime le genre, ça l’a fait. Je comprends toutefois la réticence qui est bien légitime.

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