Mercredi Jeunes Ados : Piégés dans le train de l’enfer de Hubert Ben Kemoun

Publié aux éditions Flammarion Jeunesse – Mai 2017 – 164 pages
Merci à Flammarion pour cette lecture

« Teddy s’assit, le sac rouge cadenassé, bien posé sur le siège à côté de lui. Interdit d’ouvrir et d’ausculter ce bagage, il connaissait la règle. Un mulet transporte son chargement sans se préoccuper de ce qu’on lui a posé sur le dos. Il était 14h23 quand il prit place dans le wagon du train à destination de Toulouse. Celui-ci s’arrêtait à Bordeaux à 17h42. A peine plus de trois heures. Une affaire vite pliée. »

Mais ce qui semblait tranquille, devient très vite un enfer… Quand le hasard se met à nous jouer des tours, il ne sert à rien de chercher à lui échapper.

Comme pour les autres mercredis jeunes Ados, ma chronique n’en sera pas vraiment une. En effet, j’ai eu envie de lire ce livre, mais je sais parfaitement que je ne suis pas la cible réelle. Portée par ma curiosité, j’ai souhaité découvrir le genre de publications que les adolescents de nos jours ont à disposition. Parce que pour rappel, je fus adolescente dans la seconde moitié des années 90, donc vous vous doutez bien que certains titres sont particulièrement différents. Déjà, dans mon monde d’adolescent, point de téléphones portables ou d’ordi super connectés dans les romans pour le public en question. Eh oui, pour ma part j’ai eu mon premier téléphone à mes 16/17 ans, il faisait la taille d’un frigo, c’était un Nokia et j’avais un forfait 10 SMS par mois. Oui. Ah et il avait une antenne magnifique, mais on jouait à Snake sur l’écran dépourvu de couleurs. Bref, j’arrête la séquence nostalgique et voici ce que j’ai retenu de ce livre.

Tout d’abord, j’ai trouvé que le titre induisait légèrement en erreur. Certes, le wagon que nous allons suivre va connaitre des péripéties importantes et pour le moins dangereuses. Mais avec la notion de « piégés » et d’« enfer », je m’attendais à quelque chose de plus palpitant, plus angoissant et surtout beaucoup plus compte à rebours. Toutefois, ce dernier est indiqué au début de chaque chapitre. D’ailleurs, chaque chapitre nous propose la vision d’un personnage, ainsi nous avons une vision d’ensemble des personnes impliquées dans le gros bazar dont il va être question. Car l’auteur a fait fort en multipliant les intrigues et les secrets, les magouilles et les menaces. Ce qui nous donne un wagon, certes peu rempli, mais fourni en bizarreries et évènements catastrophes.

Le fait de rentrer dans la tête de chacun des personnages est un atout non négligeable puisque nous, lecteurs, nous avons alors une avant-première sur ce qui se trame, ce qui fait monter la tension, le suspens. Certaines personnes nous apparaissent innocentes, d’autres terriblement dangereuses. Et quand on pense avoir tout saisi, les cartes se redistribuent pour constituer une intrigue plus profonde qu’il n’y parait. Toutefois, je n’ai pas toujours relevé de pertinence dans ces liens qui se mêlent… Attention, cela reste crédible, mais j’aurais parfois aimé un approfondissement de ce point (mais là, c’est l’adulte en moi qui parle, vous voyez ?). L’avantage, c’est que l’auteur, en très peu de pages, parvient à croquer des personnages au profil psychologique identifiable et nous comprenons alors qui agit comment et pourquoi. Rien n’est mis en œuvre pour pardonner les mauvaises actions, mais vraiment saisir l’essence même de certains choix. Finalement, chacun des personnages que nous allons rencontrer, suivre, a une mission bien précise dans ce wagon, qu’elle se la soit donnée elle-même ou qu’elle soit un ordre, voir un engagement professionnel. Se mêlent alors les thèmes de la drogue, des passeurs, de la trahison, de la criminalité, de larcins divers, mais aussi de la passion amoureuse et de l’adultère, ou encore du harcèlement de « rue ». Oui, rien que cela.

On pourrait presque parler de huis clos lancé sur rails vu que la majorité du récit se déroule dans ce fameux wagon maudit. Toutefois, certaines scènes finiront par prendre le large, pas bien loin, mais suffisamment pour tomber les masques de certains et jouer les cartes qui restent en mains. Un seul but alors, celui de survivre. Nos protagonistes sont donc d’âges variés et viennent chacun apporter une touche bien personnelle à l’histoire, pour le meilleur et pour le pire. Peu de jeu d’équipe, mais beaucoup d’individualisme contribue à un certain climat de méfiance et de paranoïa. Tout le monde observe tout le monde et tout le monde se sent observé. De quoi se poser de nombreuses questions jusqu’au dénouement.

Notons toutefois que l’épilogue, s’il apporte comme il se doit, des réponses sur l’avenir de nos personnages, est un peu grossier et vite envoyé. Certes, faire plus long aurait cassé l’ambiance grande vitesse du train et de la course à la survie. Mais, malgré le fait qu’il ne tienne qu’en quelques lignes, nous aurions pu être épargnés de certains clichés. Nous regretterons donc la fausse promesse du titre, car malheureusement, ce livre est dépourvu de tout sentiment d’oppression ou d’urgence absolue. L’auteur a certainement, à mon sens, pris trop le temps d’installer le contexte et les personnages dans son wagon dynamite, au détriment d’un rythme plus étouffant, stressant. En effet, si on regarde l’ensemble de la lecture, l’action n’est présente réellement que sur la dernière moitié du roman. Toutefois, je note l’excellente idée du 3 h pour s’en sortir, 3 h pour le lire. Cela devrait plaire aux lecteurs à partir de 13/14 ans. Pour ceux qui veulent un peu d’action, des personnages bien travaillés, et un peu de suspens. Ravira les fans d’escape game !

A bientôt pour un nouveau Mercredi Jeunes Adolescents !

 

8 réflexions sur “Mercredi Jeunes Ados : Piégés dans le train de l’enfer de Hubert Ben Kemoun

  1. Je pense qu’au vu de la description nous avons eu le même premier téléphone portable 😀 (bon moi j’avais 10 ans par contre, mais comme on n’avait pas de fixe à la maison, ma maman voulait pouvoir me joindre quand elle me laissait toute seule, et vice versa ceci dit)
    Je lis aussi des romans dont je ne suis pas du tout la cible, mais ça n’en reste pas moins plaisant je trouve 🙂

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